Théophile Silvestre. Les artistes vivants, 1878. p. 3o
LA PEINTURE MONUMENTALE 3o5
moins, par l’expression de convictions et de sentiments intimes J.
Ils furent guidés, entraînés, parfois aussi dévoyés par l’exemple des maîtres anciens ou de contemporains étrangers. Ils avaient, tous, la conviction de la supériorité des Italiens. Sigalon copiait le Jugement dernier de Michel Ange 1 2 et Thiers dirigeait avec le concours d’Ingres3 et malgré Horace Vernet4 la copie des Loges, puis des Chambres de Raphaël, pour faire bénéficier, à Paris même, les artistes de ces grands exemples. D’ailleurs presque tous les décorateurs séjournèrent en Italie. Delaroche, chargé de décorer la Madeleine, allait s’instruire dans la péninsule. On sait que Delacroix résista à un entraînement si général, peut-être par peur de suggestions nuisibles à son originalité. Il connut, du moins, les Vénitiens du Louvre et reçut d’eux des enseignements5. En Italie, les peintres portèrent leurs yeux avides de plusieurs côtés. Ils étudièrent tous Raphaël, mais aucun ne le fit d’une façon exclusive. Les disciples les plus exacts d’Ingres admirèrent les Vénitiens6. Chenavard, qui copiait presque sans choix tous les morceaux qui le frappaient, s’éprit de Michel Ange. Les faits les plus essentiels furent
1. Alexandre Decamps, dans le National du 4 mars i836, affirme que « l’art monumental rend les nations plus puissantes, plus morales et plus éclairées ».
2. Un arrêté du 18 juin 1 833 confiait à Sigalon la copie intégrale de la Sixtine ; l’artiste devait commencer par Le Jugement dernier ( Archives nationales, dossier F'21 4881).
3. Note, de novembre i834, de Cavé au ministre de l’Intérieur ( Archives nationales, dossier F21, au nom d’Ingres).