Stendhal. Promenades dans Rome, tome II, p
du paysage néo-classique eurent une influence certaine sur le mouvement auquel ils furent appelés à concourir.
Les panoramas, introduits en France dès le début du siècle, jouirent, sous la monarchie de Juillet, d’une vogue que soutinrent plusieurs inovations; le néorama d’Alaux en 1829, le diorama créé en 1823 et perfectionné en 1 83 1 . Sans pouvoir produire, à ce sujet, aucun document positif, j’inclinerais à croire que l’examen de machines dans lesquelles la perspective, les décorations architectoniques, la composition recevaient des applications nouvelles et parfois imprévues, inspira des réflexions utiles et des suggestions aux peintres qui les visitèrent'.
Je tiens pour plus certaine encore l inlluence des spectacles offerts par le théâtre. Assidus au Théâtre Français, comme Ingres, ou passionnés de l’Opéra italien, comme Delacroix, les peintres collaborèrent, en mainte occasion, à la mise en scène d une pièce nouvelle. Delacroix, Chassériau, Delaroche, Louis Boulanger fournirent des dessins de costumes et, quand bien même Delacroix 11’aurait pas noté, sur un feuillet île son Journal quelques idées inspirées par un décor des Puritains1 2 3, on devinerait sans peine, l’excitation produite sur des cerveaux d’artistes par les développements que reçut alors l'art théâtral3. C’est le moment où les décors prirent, avec Cicéri, une ampleur et une complexité inusitées, où l’on tenta, grâce au gaz, des effets nouveaux de lumière, où des masses de figurants vinrent évoluer sur la
1. Guillaume. Xotices et discours. Jean Alaux, p. 102. — Germain Bapst. Essai sur i histoire des panoramas et des dioramas , 1891. — Léon Gozlan, dans Les deux Boulevards (Nouveau tableau de Paris. T. III, p. 2$o) donne une description du diorama.
2. Delacroix, dans une lettre à Nourrit proteste, le 10 mars 1 835 , contre le luxe excessif de la mise en scène de la Juive ( Lettres . 2e éd., t. I, p. 209). Voir aussi Journal, 3 mars 1847. Tome ier, p. 279-280.
3. Germain Bapst. Essai sur l'histoire du théâtre, 1893. Livre III, chapitre vu passim.
LA PEINTURE MONUMENTALE 809
scène de l’Opéra, du Théâtre Historique et aussi du Cirque Olympique. Que de leçons pour des artistes attentifs !
Les découvertes d’Hittorff sur la polychromie des monuments antiques, par leur importance même, par les discussions passionnées qu’elles suscitèrent, amenèrent les peintres à réfléchir sur le rapport qui doit exister entre les peintures décoratives et les ensembles auxquels elles concourent et à concevoir ces rapports sous des formes nouvelles.
Les efforts de rénovation décoratifs furent encouragés, enfin, par l’opinion1. Les amateurs et les critiques lassés par la prolongation de la lutte entre les Romantiques et les écoles classiques, fatigués d’attendre indéfiniment l’issue d’un combat dont le début les avait passionnés, s’empressèrent auprès d’œuvres qui leur apportaient des sensations inédites et provoquaient des discussions neuves. Ils eurent, en présence des murailles peintes, le sentiment de la vitalité de l’art que ne leur donnaient plus les Salons.
Y. — Telles furent les circonstances qui entourèrent et qui expliquent, dans une large mesure, le travail considérable accompli sous la monarchie de Juillet. Nombreux furent ceux qui s’appliquèrent à l’œuvre et il y aurait injustice à sacrifier leurs recherches à l’admiration exclusive de quelques protagonistes. Il y eut part d’originalité dans des pages oubliées, dans des morceaux médiocres. Je m’efforcerai de le montrer. Quelques contributions, toutefois, restent essentielles. Le Salon du Roi et la Bibliothèque du Palais Bourbon peints par Eugène Delacroix de i836 à 1847, et la coupole de la Bibliothèque du Palais du Luxembourg qu’il signa en 1847 ; la chapelle de Sainte-Marie-l’Egyptienne
1. Et aussi, s’il faut en croire Delaborde (L' Académie des Beaux-Arts , p. 269-270), par l’Institut. Lebas aurait présidé à la décoration de Notre-Damede-Lorette, et Gatteaux, membre du conseil municipal de Paris aurait soutenu Hippolyte Flandrin. Cfr. Schneider, Qualrcnicre de Quiney, p. n6sqq.
à Saint-Merry ( 1 844) et 1 escalier de la Cour des Comptes 1848) par Chassériau; la chapelle Saint-Jean, à Saint-Séverin (1840- 1841) le sanctuaire et le chœur de Saint-Gerinaindes-Prés (1842-1848), par Hippolyte Flandrin; les compositions ébauchées à Dampierre, à partir de 1 843, par Ingres, qui devait les laisser inachevées en i85o ; la chapelle de la Vierge (i 833- 1 85 1) œuvre d’Orsel et la chapelle de l’Eucharistie, œuvre de Périn, toutes deux à iSotre-Dame-de- Lorette, dominent soit par leur valeur absolue, soit par les idées dont elles sont les manifestes et par l'effort tenté. Mais on comprend que l'examen des conceptions et des ouvrages de Delacroix, de Chassériau, de Flandrin, d'Orsel et Périn ou d’Ingres ne saurait faire négliger l’étude du Baptême du Christ, à Saint Xicolas-du-Chardonnet (1845), par Corot, de l’hémicycle de 1 Ecole des Beaux-Arts ( 1 838- 184P par Delaroche, des fresques de Saint-Germain-FAuxerrois ( 1 836) par Mottez, et que Roger. Ziégler, Bertin, Paul Flandrin, Guichard, Abel de Pujol ou Picot, et bien d’autres, ont droit à notre attention.
Rapidement un certain nombre d'idées se répandent, s'imposent aux artistes comme au public et constituent les éléments d’une esthétique monumentale qui s'élabore. La première et la moins contestée de ces opinions est la supériorité de la peinture murale. On en retrouve de tous côtés l’expression.
Ingres s'écrie, en 1840 : « C’est à la décoration des églises, des palais publics, des temples de la justice que l’art doit se consacrer ; c’est là son véritable, son unique but1. » Ce n'est pas là une boutade et l’on peut lire, dans le livre consacré par Amaury-Duval à la gloire de son maître, un grand développement contre le tableau « une invention des époques de décadence et, par conséquent, d'un goût douteux », en