‹ Du romantisme au réalismeChapitre 185 sur 268 · La Presse, 3i janvier · texte numérisé non relu

La Presse, 3i janvier

de subterfuges, plus de demi-jours d’atelier, plus de coquetterie d’exécution, plus de petites finesses et de petites roueries. Le chic et les ficelles ne servent de rien. Les lignes sévères de l’architecture, les tons sobres des murailles vous enseignent l’équilibre de la composition et la tranquillité de la couleur. »

Les peintres s’imposèrent donc une contrainte ingrate. Ils morcelèrent leur travail, s’interrompirent pour attendre les heures ou les périodes d’éclairage favorable; ils séjournèrent sur des échafaudages incommodes, dans des salles froides, humides, exposées aux vents, sans confort possible. Ilippolyte Flandrin, Delacroix compromirent ainsi gravement leur santé.

Cette abnégation fut rarement récompensée. Elle aurait été efficace si les monuments avaient été disposés pour recevoir delà peinture; or de telles dispositions ne se trouvèrent qu’exceptionnellement réalisées. Les peintures exécutées à Saint-Germain-l’Auxerrois sont, sauf à quelques brèves minutes de la matinée, noyées dans une obscurité opaque. Sans doute, il s’agit ici d'un monument séculaire; mais les conditions ne sont pas meilleures dans des édifices récents, construits sous l’Empire ou inaugurés même sous Louis-Philippe. Les peintures de Saint-Denis-du-Saint- Sacrement ou de Sainte-Elisabeth, la plupart de celles de Notre-Dame-de-Lorette sont invisibles; les murailles de la Madeleine sont presque toujours obnubilées et Delacroix a été obligé, au Luxembourg, de peindre « dans l’ombre une coupole lumineuse 1 ».

Les contemporains reprochèrent très vivement aux architectes leur indifférence en ce point ou leur incapacité. Nous devons y ajouter un autre grief. Des précautions insuffisantes furent prises pour assainir les murailles et s’assurer

i. Théophile Gautier. La croix de Berny [La Presse, 3i janvier 1847)-

LA. PEINTURE MONUMENTALE

qu’elles offraient à la peinture un support durable. Si les architectes avaient été plus prévoyants nous n’aurions, sans doute, pas à déplorer l’état de dégradation progressif des ouvrages de Ghassériau à Saint-Merry, d’Hippolyte Flandrin à Saint-Séverin, de Roger à Sainte-Elisabeth. Orsel, chargé de décorer l’église d’Ainay à Lyon, en fit étudier les murailles et renonça à la commande lorsqu’il fut démontré qu’il était impossible de les assécher. Il est fâcheux que d’autres n’aient pas imité sa prudence.

Quelques esprits attentifs s’aperçurent assez vite qu’il ne suffisait pas, pour obtenir une décoration irréprochable, de confier les diverses parties d'un édifice à des artistes individuellement initiés au style monumental. Ils reconnurent que des œuvres, dont chacune était recommandable, se portaient un tortréciproque, et, au nom d’une harmonie nécessaire, ils réclamèrent l’unité de commande ou du moins l’unité de direction.

Ces idées, plusieurs fois répétées \ furent surtout exprimées avec force par Lepère et Hittorff dans un très remarquable rapport qu’ils présentèrent au préfet de la Seine, au moment où ils achevaient la construction de Saint-Vincentde-Paul, vers la fin de 1 84 1 - Dans ce mémoire 1 2, Lepère et Hittorff demandaient qu’une direction unique présidât à tous travaux d’architecture, de sculpture et de peinture. Ils protestaient contre la multiplicité des peintres dont « les qualités mêmes peuvent se changer en écueils, nuire presque autant que leurs défauts » et, si parfaite satisfaction ne leur était pas donnée, insistaient, du moins, pour que les peintures de la nef et celles du sanctuaire fussent confiées à un ou tout au plus à deux artistes.

Deux difficultés s’opposaient à la réalisation de leurs vœux .

1. L’Artiste, 9 décembre 1 8 3 8 , p. 45. — Eug. Pelletan, dans la Démocratie pacifique , 7 avril 1845, etc.

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