EUGÈNE DELACROIX. OVIDE CHEZ LES SCYTHES
(Fragment de la décoration de la bibliothèque du Palais Bourbon.)
LA PEINTURE MONUMENTALE
duire des idées accomplies. Le rôle de précurseurs prophètes leur semble interdit*. »
Ces idées accomplies, nous leur donnons, d’ordinaire, un autre nom, ce sont des lieux communs. La paix, la guerre, la grandeur de Fart, la gloire des lettres, l’industrie, l’agriculture, voilà le fonds que les peintres ont exploité. Le génie y trouve une matière incomparable ; les esprits médiocres y trahissent leur pauvreté. Je ne sais pas d’exemple de pauvreté plus typique que le trop célèbre Hémicycle de l’Ecole des Beaux-Arts de Paul Delaroche. L’artiste s’est proposé de glorifier les arts et il ne paraît avoir songé à aucune des grandes banalités qui sembleraient s’imposer immédiatement à tout esprit : que les artistes embellissent la vie humaine, qu’ils conduisent la civilisation, qu’ils ont un rôle moralisateur, que, sous des formes multiples, ils traduisent la réalité ou poursuivent un idéal vers lequel ils nous entraînent. Rien de tout cela n’arrête l’esprit de Delaroche : il se contente de grouper les portraits des maîtres célèbres autour de figures allégoriques plus ou moins dénudées et d’une Gloire qui distribue des couronnes1 2.
Au contraire, Eugène Delacroix déploie, à la Bibliothèqhe du Palais-Bourbon, toute l’originalité de son intelligence à célébrer la civilisation antique et à caractériser, par des images saisissantes, la poésie, la religion, la législation, la philosophie et la science. Je résiste au désir d’analyser ce noble cycle et me contente d’en détacher un exemple : la philosophie est définie dans ses mystères, dans ses recherches des lois cosmiques, dans ses études psychologiques et morales par quatre compositions : Hérodote interrogeant les mages — les bergers Chaldéens consultent le ciel — Sénèque — Socrate.