La Presse, 3i janvier
LA. PEINTURE MONUMENTALE
nécessaire attribut de la peinture monumentale. Nous en ressentons, à notre tour, le charme ; ces harmonies apaisées, où se traduit le repos d’un cœur généreux, nous enveloppent de leur calme bienfaisant et de leur richesse abondante. Tout d’abord, les sujets auxquels s’est complu Delacroix, graves ou souriants, écartent non seulement toute émotion tragique mais aussi tout mouvement violent. Attila , en ce point, constitue une exception, mais Attila est conçu en contraste avec l’ensemble auquel il appartient : il dit la ruine de la civilisation antique célébrée dans les cinq coupoles de la Bibliothèque du Palais-Bourbon et termine, par une note sauvage, un hymne recueilli. Le Salon du Roi était destiné à des fêtes et des réceptions officielles. Delacroix le revêt d’une parure riche aux harmonies joyeuses. Ici la pensée ne doit pas s’arrêter ; les allégories semblent s’accorder avec les discours d’apparât qui seront prononcés auprès d’elles. Les personnages, qui, pour distraire l’ennui des cérémonies où leur présence est nécessaire, regarderont le plafond et les frises, ne sont pas contraints par l’artiste à de philosophiques méditations. La description très sobre que Delacroix a donnée de ses travaux du Luxembourg1 montre que, là encore, il a désiré bercer l’œil et l’esprit. « Une prairie riante » est le séjour des sages visités par Dante et Virgile; « un ruisseau serpente dans ces lieux agréables ».
Ces intentions sont soutenues par la clarté et la simplicité des compositions. Celles-ci sont parfois d’une nouveauté, d’une invention imprévue et saisissante, d’une plénitude, où éclate le génie de l’artiste. Toujours, elles sont d’une lisibilité parfaite. Sans tomber dans la pauvreté ou dans l’abstraction qui répugnent à son esprit, Delacroix sait choisir et résumer. Les dimensions qu’il attribue aux person-