‹ Du romantisme au réalismeChapitre 204 sur 268 · Nous l’avons noté, chapitre ni, p · texte numérisé non relu

Nous l’avons noté, chapitre ni, p

2. Lettres de Hébert à Paul Iïelarochc, du 18 juillet 1841 et du 27 mai 1842 {Ilevue de Paris. ior décembre 1910, p. 499, et Soi).

Comment s’étonner que les artistes, naguère indifférents ou impassibles, soient peu à peu ébranlés. La religion pure de la beauté n’est plus suffisante pour assouvir les âmes ; peu à peu s’imposent le souci et le culte de la cité.

Les écrivains précèdent les artistes. Sans retracer un chapitre d’histoire de la littérature, qu’il nous soit permis de rappeler rapidement les faits d’évolution les plus caractérisés. Ils ont ici un double intérêt : d’une part, ils nous éclairent sur l’orientation de l’époque; par ailleurs, ils n’ont pas été sans exercer une action directe sur des artistes habitués, nous le savons, à chercher des suggestions littéraires.

Il est à peine besoin de répéter combien les thèmes d'inspiration des poèmes publiés par Victor Hugo après i83o diffèrent de ceux qui lui avaient dicté les Orientales. Sans doute Victor Hugo demeure essentiellement lyrique et épique et ce lyrisme épique éclate, peut-être d'autant plus qu’il se greffe sur des sujets plus simples, mais si ces sujets familiers ne paraissent pas en accord intime avec le génie du poète, ne faut-il pas précisément en conclure qu’ils lui ont été imposés par ce sens si profond qu'il a eu des instincts de son temps?

Si Musset rompt prestement avec le Romantisme, ce n’est pas, certes, au nom du réalisme, mais c est du moins au profit de la sincérité. Sa fantaisie désinvolte se joue parmi les incidents de la vie courante, les types coudoyés, les spectacles et les paysages parisiens ; lorsque la passion le soulève et jusque dans ses plus purs élans lyriques, il ne cesse, par des notations très simples, d’évoquer la réalité1. Qu’une question publique le touche, il abordera la satire politique et protestera, en 1 835, contre la loi sur la presse2.

a. Lu loi sur la Presse in Poésies Nouvelles.

J'étais à la fenêtre, attendant ma maîtresse,. La rue où je logeais était sombre et déserte...

VERS LE REALISME

Parce que Gautier a été un évocateur admirable des splendeurs lointaines et des civilisations somptueuses on a oublié qu’il avait parfois, surtout au lendemain de i83o, appliqué son génie descriptif aux modestes paysages de banlieue et célébré, « l’humble coteau », « un menu filet d’eau », une caisse d’œillets, un pot de giroflées1.

Par là il se rapproche de Sainte-Beuve. Celui-ci avait, dès 1829, donné avec les poésies de Joseph Delorme, un premier exemple d’une poésie lyrique encore, mais toute réaliste déjà, non seulement par ses thèmes, mais par son inspiration. « Dans les Pensées d’ Août le poète plus désintéressé, plus rassis, moins livré désormais aux confidences personnelles, a désiré établir un certain genre moyen; développer, par exemple, l’espèce de récit domestique et moral2. » Sainte-Beuve prend soin d’appuyer le genre intime 3 sur l’autorité de Lamartine, chantre, dans Jocelyn (i836), de la vie du curé de campagne.

Les ïambes qui ont illustré Auguste Barbier sont fort propres à montrer comment, sous l’influence directe des journées de i83o, la vie politique put susciter un poète et le peuple devenir le héros de magnifiques déclamations. Mais Barbier est aussi l’auteur de Lazare (1837), que l’on a injustement oublié. Il y décrit la vie ouvrière à Londres et pose la question sociale 4, avec une volonté évidente d’agir sur l’opinion5; le ton n’est plus celui des ïambes : au

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