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L'Artiste, 183g, 28 avril, p. 33g

5. Lettre du 10 octobre i843, publiée par Lapauze. Histoire de l’Académie de F’ rance à Rome. Nouvelle Revue , i5 avril igog, p. ig4. L’année précédente, Hébert dans son envoi de Rome avait tenté « une espèce de synthèse du peuple romain et de son abrutissement sous les empereurs ». Lettre à Paul Delaroche du 27 mai 1842, in Revue de Paris, ier décembre igio, p. 5o2.

6. Lettre publiée par le Journal des Artistes , 25 mars i838.

lyse ; à côté de ce travail inconscient, il s’est trouvé des écrivains qui, d’une façon délibérée, aiguillèrent l’art vers les voies nouvelles ; des artistes qui, avec plus ou moins de timidité ou de maladresse, ont engagé le mouvement.

Parmi les écrivains qui ne désespérèrent pas de l’avenir de la peinture, il en est qui crurent trouver une solution aux luttes irritantes dans une réconciliation universelle. Ils prêchèrent l'éclectisme un peu par lassitude, comme Théophile Gautier dont la critique se faisait, chaque année, plus compréhensive et aussi plus indifférente. Des éditeurs d’estampes ou de publications illustrées, très embarrassés au milieu des goûts divergents de leur clientèle et désireux de satisfaire tout le monde, prêchèrent la neutralité qui ne blessait personne. « Nous n’adoptons aucune école », disait le prospectus des Beaux-Arts de Curmer ,« nous n’avons et ne voulons avoir aucune coterie. Bientôt nous verrons réunis sans distinction d’école, Ingres et Delacroix, Delaroche et Decamps1. » Le baron Taylor, préoccupé de grouper les artistes dans l'association qu’il avait fondée, affichait des idées analogues dans la préface des albums de Challamel. Attitude manifestement inefficace. L'éclectisme, nécessaire à l’historien, n’apaisait aucune des passions auxquelles il renonçait et laissait la jeunesse désemparée devant le conflit des doctrines.

Très différente est l’attitude des écrivains qui font œuvre véritable. D’accord avec les éclectiques, ils se désintéressent des querelles techniques mais, s’ils pensent, ainsi que la plupart des contemporains, et non sans exagération, que « l’exécution fait des miracles 2 », ils déplorent que tant de

i. Les Beaux-Arts , iS43, 1. 1, p. a.

a. Charles Blanc dans la Réforme, 18 avril 1 844 • — ;< Supériorité incontestable d’exécution », lit-on dans 1 Artiste, i836, p. 63. — « Le faire dans 1 art est arrivé en France à un degré incontestable de supériorité ». Revue indépendante, a5 mars 1 843 , p. a37- — « L habileté matérielle devient plus générale de jour en jour. » G. Planche, Revue des Deux Mondes, iermai 1 847 •

VERS LE RÉALISME

virtuosité soit mal appliquée ou plutôt ne sache à quoi s’appliquer.

« Notre peinture a un corps », s’écrie Charles Blanc, « il faut lui souffler une âme L » Louis Peisse le reconnaît : « La peinture n’est plus... un véritable besoin vital des peuplesi. 2. » « L’art se trouve réduit à n’être plus qu’un amusement d’oisifs... 11 perd toute sa valeur sociale, il ne s’adresse plus aux masses3. » Pour le régénérer, il faut lui rendre le sens de sa mission. La doctrine de Part pour l’art, selon Alexandre Decamps, « n’est que l’expression d’une époque transitoire, et de toutes ces nuances d’opinion, de principes, surgira sans doute en son temps l’art vraiment national, véritablement moderne, vers lequel l’impatiente pensée des artistes et des nations s’élance aujourd’hui 4 ».

Telle est la position prise par ceux que Charles Blanc appelle « les écrivains de l’école démocratique 5 » : Alexandre Decamps, Thoré, Charles Blanc lui-même, Victor Schœlcher, Félix Pyat, Auguste Luchet, H. Robert, etc. Leurs déclamations, on le conçoit, ne sont pas d’une parfaite clarté : ils écrivent parfois un peu au hasard ; les esprits les plus fermes parmi eux, tel Alexandre Decamps, restent souvent dans le vague ou ne prennent pas parfaite conscience de leur propre pensée. Il ne faut pas leur attribuer plus de clairvoyance ou de prescience qu’ils n’en ont eue, ni prêter à leurs paroles un sens, qu’ils n’ont pu entendre leur donner. Toutefois, ces précautions de bonne foi prises, leur action n’en demeure pas moins fort importante.

L’accord est unanime sur la nature du mal et sur ses causes.

i. Revue du Progrès, i83g, p. 34g.

■i. Louis Peisse, in Revue des Deux Mondes, icr avril 1841.

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