‹ Du romantisme au réalismeChapitre 213 sur 268 · Alexandre Decamps, Le National, 4 mars i · texte numérisé non relu

Alexandre Decamps, Le National, 4 mars i

5. La Réforme . 18 avril 1844 et Histoire des peintres français, 1 845, p. 37,

La peinture est désemparée ; reflet d’une société divisée qui n’a su lui imposer ni idéal, ni direction, elle manifeste « une confusion inouïe d’idées et d’écoles diverses1 ». « Chaque peintre travaille selon son goût particulier et pour son propre compte. Le caprice du moment, la fantaisie des riches ou de son âme désœuvrée lui donne le sujet2. » « Aucune impulsion forte qui lui vienne de la société ou du pouvoir3. »

Il s’ensuit que « les arts sont devenus presque étrangers parmi nous 4 », ils ne retiennent que « peu de chose de notre temps, de nos mœurs et de nos habitudes 5 ». Le contraste est choquant entre le prestige de l’exécution et le vide de la pensée. « Une femme spirituelle», écrit, en 1 833 , le salonnier du Courrier français, « résumait ainsi le Salon de 1 833 : Beaucoup d’esprit et pas de poésie ; progrès remarquable pour la couleur, du savoir-faire et nul enthousiasme ; c’est le miroir fidèle de notre temps6. » Treize ans plus tard, Charles Blanc reprend la même idée d’une façon plus tranchée : «En attendant que l'humanité ait résolu ses problèmes et inventé ses dieux, l'art est complètement absorbé dans l’étude de la forme 7. »

Fromentin, avec une véhémence juvénile, exprime de sem-

1. Louis Dussieux, L'art considéré comme le symbole de l’état social, i838, p. 8a. — « Absence d'idées, d’inspirations, de croyances communes, n’est-ce pas tout le secret de l'infériorité de notre peinture. » Eug. Pelletan. Salon de 1841 {La Presse, 16 mars 1841).

2. Henri Heine, Salon de i83r [De la France, i833, p. 28a). — «Peinture ou statuaire, l’art est aujourd'hui frappé d'impuissance parce qu'il n a rieu à exprimer que la fantaisie individuelle des oisifs. » Charles Blanc, in La Réforme, 16 mars 1 845 .

Page 1