Alex. Deeamps, Le Musée, Salon de i834, p
a. Salon de 1846, XVIII, De l'héroïsme de la vie moderne ( OEuvres complètes, II, p. 193).
3. Vers ce moment même, Flaubert (£’ éducation sentimentale, première version, p. 269), proclamait la fécondité artistique de la vie contemporaine.
VERS LE REALISME
n’entendent pas par ces termes ce que nous y voyons1. Ils demeurent, malgré tout, romantiques et Thoré, lui-même, qui, plus tard, deviendra le champion du réalisme, affirme la prédominance de l’impression personnelle sur la réalité2.
L’indication la plus valable qu’ils donnent aux artistes est de leur rappeler des exemples glorieux : David et Gros, peintres de la vie contemporaine3 * et mieux encore Géricault.
Le mouvement d’idées, à la fois très confus et très cohérent que je viens d analyser, fut soutenu par les réformateurs sociaux. Dès 1829, les saint-simoniens avaient lancé un appel aux artistes et, en 1 83 1 , le Globe, journal de la doctrine de Saint-Simon, se vantait d’apporter à la peinture la foi dont celle-ci avait besoin Auguste Comte, dans la dernière leçon de son cours de philosophie positive, assignait à l’art, en 1842, « une éminente destination sociale5 ». « C’est à chanter les prodiges de l’homme, sa conquête de la
1. Yoici un passage de Jal ( Causeries du Louvre, i833, p. 3o6). « Le talent qui ment est cent mille fois moins estimable que le talent qui sait être vrai : et puis il est plus facile de se jeter dans une donnée fausse et séduisante que de suivre la nature pas à pas. Etre vrai c’est être réellement fort. On ne peut rien inventer de mieux que la nature, je pense ; copier la nature sans rien ajouter à son accent, c’est le comble de l’art. » Le passage a l’air décisif, or, en réalité, Jal vise ici le Romantisme et la vérité qu’il admire est celle de l’école de David. — De son côté, Planche qui, à plusieurs reprises, attaque, au cours de cette période, le réalisme désigne sous ce terme le souci du rendu, du pittoresque extérieur des Romantiques, et c’est à ces préocccupations matérielles qu’il opposa le spiritualisme.
2. « Mais encore une fois qu’est-ce donc que la réalité? Est-ce qu’il y a dans la nature et dans l’art une réalité saisissable et déterminée? Est-ce que le monde extérieur n’existe pas relativement à l’expression qu’il produit sur l’organisation humaine ? Est-ce qu'on peut dire que deux grands artistes, pris au hasard, voient la nature de la même façon... ? L’art c’est le monde extérieur réfléchi dans le miroir de l’àme humaine. »
3. « Tous deux, l’élève comme le maître, ont voulu faire de l’art pour l’art lui-même et, malgré eux, ce qu’ils ont fait de mieux, c’est de l’art contemporain. » Salon de 1 833 (anonyme) ( Le Charivari, 5 mars 1 833) . On lit, plus loin, dans le même article : « Aujourd’hui il faut nécessairement que la peinture devienne populaire et démocratique. »