Salon de i83g. p
VERS LE RÉALISME
de traiter un sujet d’histoire romaine (Virgile lisant l’Enéide) etl’engager à chercher l’inspiration dans son temps1. Meissonier commençait sa carrière « avec cette idée très arrêtée que l’art doit servir à moraliser la société2 ». Et Théophile Gautier, champion naguère de l'art pour l’art, cédait luimême à ce courant humanitaire contre lequel il n'avait cessé de protester3 4. Parlant, dans son Salon de 1846, de la confusion des tendances : « cette incertitude », disait-il, « ne durera pas longtemps : ce qui dans un temps donné doit changer la politique et les mœurs renouvellera aussi la face de la peinture... La glorification de l’homme et des beautés de la nature, tel paraît être le but de l'art dans l’avenir »; puis après avoir, en phrases magnifiques, indiqué les spectacles que l’artiste découvrirait sous tous les climats et déclaré que « dans quelques années le Salon serait le Panorama du monde », il concluait, mi-sérieux, mi-railleur, « le Pégase moderne sera une locomotive1 ».
VIL — Une atmosphère favorable, un mouvement intense d’idées. Il y eut, enfin, parmi l’abondante production artistique, des pages dans lesquelles se faisait déjà pressentir l’esprit nouveau, pages qui, pour la plupart, n’échappèrent pas à l’attention des contemporains, mais dont 011 ne sut pas, sur le moment même, mesurer la portée.
Je ne pense pas ici aux scènes de genre qui se multiplièrent pour le plaisir des amateurs bourgeois. Médiocres d’exécution comme de dimensions, ces toiles s’adressaient
1 . Reinaud, Ch. Jalahert , p. 3 1 . — L' Artiste, dans un manifeste, le 3 mai 1 844 » annonce qu’il est rédigé « pour ceux qui ont des villas comme pour ceux qui travaillent, qui rêvent et qui espèrent dans l’atelier ».