‹ Du romantisme au réalismeChapitre 230 sur 268 · Au musée de Caen · texte numérisé non relu

Au musée de Caen

5. Laviron, dans le Salon de i833, fait de ce tableau une description déclamatoire (p. 356-337). J'en extrais ce passage typique : « Le malheureux eut le courage de vivre. Il sacrifia son orgueil à l'existence de ses enfants et vint exposer leur misère à la foule inattentive préoccupée de joie et de fête visà-vis le palais où des hommes qui se prétendent les mandataires du peuple français, stipulent tous les jours des lois de privilège qui ôtent le dernier morceau de pain à la bouche des enfants du prolétaire. »

б. Au Musée de Lille.

VERS LE RÉALISME 38t)

deux ans plus tard Thoré, « la tournure puissante et délibérée des deux forgerons, dont l’un coupe du pain à une pauvre femme. C’est de l’art nouveau par la forme et par le fond et l’un ne pouvait aller sans l’autre; car en entrant dans cette sympathie populaire, il fallait aussi renouveler en même temps la forme abâtardie, c’est-à-dire exprimer tout ce qu’il y a de noblesse et de grandeur dans la nature humaine de toutes les classes. Que M. Jeanron », ajoutait Thoré, « nous fasse donc encore de ces émouvantes peintures... M. Jeanron porte une grande responsabilité ; c’est lui qui comprend mieux la direction de l’art moderne et qui l’exprime avec le plus de verdeur 1 ». A vrai dire, dans cette page, Thoré décrivait moins la toile de Jeanron qu’il ne traçait un programme, et l’artiste, malgré des tentatives nouvelles dont aucune ne retrouva le même succès, ne devait pas répondre à l’espoir magnifique ici formulé.

Aux Salons de 1 838 et de 1840, Bonhommé exposait des vues d’usines. « M. Bonhommé », disait Challamel en 1840, « a pensé avec raison que les forges de Fourchambault offraient au peintre un sujet curieux et intéressant. Il s’y rencontre des beautés particulières et pour ainsi dire inconnues en peinture. Rien n’est plus original que l’aspect d’une usine avec son mouvement, ses accessoires, sa foule laborieuse1 2 ». La Gentennale de 1900 et l’exposition rétrospective du Salon d’Automne de 1913 ont permis de juger la valeur d’un artiste qui se trouvait ainsi le très valable précurseur de Menzel. Les forgerons de Jeanron, ceux de Bonhommé, les forgerons que Chassériau allait bientôt camper sur les murs de la Gourdes Comptes 3, n’était-ce pas,

1. Thoré, Salon de i838 ( Revue de Paris, 2e série, t. II, p. 269). — Voir aussi A. Decamps, Salon de i836 [Le National, i3 mai i836).

2. Jules Robert (Challamel), Album du Salon de 1840. Une reproduction lithographique accompagne le texte.

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