‹ Du romantisme au réalismeChapitre 233 sur 268 · Salon de i838 (La Presse, ier mai i · texte numérisé non relu

Salon de i838 (La Presse, ier mai i

VERS LE RÉALISME 3q3

sujets de l’histoire moderne tout à fait rebelles à la grande peinture1 » et il montrait une indulgence, chaque année plus molle, à l’égard des petits maîtres du joli, Muller, Diaz, Baron ou Winterhalter.

Plusieurs témoignages concordants nous attestent une sorte d’affaissement du goût public. Pour réagir contre « la peinture proprette, le joli, le niais, l’entortillé et aussi les prétentieuses rapinades » 2, contre les « fadeurs écœurantes et les sucreries fondantes » 3, quelques œuvres saines, quelques toiles bien intentionnées ne suffisaient pas ; « une réaction, faite avec les turbulences nécessaires de toute réaction, était positivement nécessaire ».

IX. Cette réaction violente devait être l’œuvre de Courbet et aussi de Millet. Mais, pour pouvoir l'accomplir, il leur fallut, tout d’abord, prendre conscience, eux-mêmes, de leur propre génie.

Les débuts des deux maîtres, malgré la différence des tempéraments, la diversité des contingences, offrent des traits dont l’analogie mérite d’être relevée. Tous deux, après avoir reçu une première éducation en province, sont venus à Paris avides d’originalité et de gloire. Tous deux se sont révoltés contre l’enseignement officiel, et ils ont cherché appui dans la leçon des Romantiques et les suggestions du Musée. Tous deux, enfin, ont été des remarquables peintres avant d’avoir trouvé l’emploi véritable de leur supériorité.

Courbet — et l’on comprend que, pour lui comme pour Millet, je m’appuie sur les biographies sans avoir î’inten-

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