Par exemple dans Le Musée d’A. Decamps en
Quel que soit le procédé adopté, le dessinateur ne se propose pas une transcription complète de la toile qu’il traduit; il cherche, d’une façon parfois très cursive, souvent ingénieuse, d’en faire ressortir l’esprit. Aussi ces vignettes ont-elles gardé, pour nous, de la fraîcheur et un grand intérêt. Elles ont acquis, souvent, une valeur documentaire, puisqu’elles préservent la mémoire d’originaux disparus, détruits, ou enfouis dans des collections peu accessibles. 11 n'est pas de morceau un peu important de la période qui nous occupe, dont nous n’ayons conservé quelque témoignage.
L’importance prise par la critique nous est attestée par l’attention et les attaques dont elle est l’objet. Gustave Planche, « paysan du Danube », à « l’éloquence impérative et savante 1 * », est, si je ne me trompe, raillé assez durement par George Sand dans les Sept cordes de la Lyre". Théophile Gautier est persiflé par Laurent Jan3.
Il n’est pas jusqu’aux journaux satiriques, le Charivari ou la Caricature qui ne se mêlent de publier des notes sérieuses et des lithographies fidèles sur les Salons et c’est le moment o Ci Gavarni, Bcrlall et Chant* inaugurent ces Salons comiques dont la vogue n’est pas épuisée.
XI. — Le public ne s’intéresse pas seulement au mouvement présent et aux expositions. Les grandes Revues publient des articles sur l'art ancien ou l'art étranger. Les Revues populaires les imitent et le Musée des Familles croit
i. Baudelaire, Salon de 1845 ( Curiosités esthétiques , p. i).
a. Revue des Deux Mondes, i5 avril 1839, p. 1 85 sqq.
3. Laurent Jan, Salon de 1839, p. 2; — Le Journal des artistes de i838 contient des attaques très curieuses contre les critiques en vue : Delécluze, Gautier, etc.
4- Gavarni dans le Musée Philipon, 1843 ; — Bertall dans les Omnibus, 1840, dans Y Illustration, 20 avril 1844, et dans les Guêpes illustrées d À. Karr, mars 1847; — Cham dans le Charivari, Ier avril 1847.
LES CONDITIONS SOCIALES
répondre aux préoccupations de ses lecteurs en les conduisant dans l’atelier de Biard, de Sclinetz, d’Ary Scheffer ou en leur racontant la biographie de Murillo ou de Géricault1.
Des revues artistiques se fondent. La plus somptueuse, les Beaux-Arts de Curmer, disparaît au bout de deux années (i843-i844); l 'Artiste, au contraire, fondé en i83i, avec de multiples avatars et de décevants changements d’allure, traverse victorieusement toute cette période2. Il ne répond pas encore au type actuel des revues d’art et laisse une place importante à l’imagination ou à la critique littéraires.
Michelet demande à Rubens, à Rembrandt, à Paulus Potter de lui révéler le génie des Pays-Bas, ou des Flandres3. Edgar Quinet consulte Cornélius sur l’Allemagne, les cathédrales, les marbres et les fresques sur l’Italie ; il apprend de Murillo et de Zurbaran la pensée religieuse de l’Espagne4 5 * * * *.
Dans le roman les artistes interviennent souvent comme héros ou comme personnages épisodiques. Le chef-ci' oeuvre inconnu de Balzac, dans lequel il introduit les figures de Poussin et de Pourbus, est demeuré seul parmi une série d’ouvrages oubliés où des peintres célèbres jouaient le premier rôle. Saint-Henry Bertliould s’était créé, en ce genre, une sorte de spécialité11.