Je commerce des objets d art (i835), p
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publié de très intéressants articles. Déjà, en 1842, Thoré s’était associé avec P. Lacroix (le bibliophile Jacob) pour diriger une agence générale d’expertise, vente et échange de livres et de tableaux1. Eux aussi avaient un journal officiel, le Bulletin de l'Alliance des Arts (1842-1848) qui se recommande également aux chercheurs.
Les marchands ne se contentaient pas alors de vendre des tableaux, ils en louaient à qui voulait les copier2.
Peut-on évaluer la valeur marchande des tableaux? Rien, sans doute, de plus difficile : chaque œuvre a sa valeur propre, sujette, d’ailleurs à de promptes variations ; les conditions de chaque vente sont différentes. Cependant je crois être arrivé à quelques résultats — très généraux, très approximatifs — en confrontant les prix obtenus dans les ventes publiques3 4, les offres des marchands" et deux articles très curieux, l’un de Paul Lacroix en 1 845, l’autre de Thoré, en 1846, où ils essayent tous deux, le premier avec une tendance pessimiste, le second avec un esprit contraire, de définir la valeur vénale des œuvres exposées aux Salons 5.
L’artiste ne doit se hasarder à une œuvre de grandes dimensions que s’il a reçu une commande officielle ou s’il a espoir de vendre à la Ville de Paris, à la liste civile ou au ministère de l’Intérieur. Dans ces cas favorables, son travail lui est médiocrement payé6. Les prix alloués par la liste
1. Cf. Une lettre de Balzac à Thoré, le i3 décembre i836 ( Correspondance t. II, p. 309).
2. Fromentin se plaint, dans une lettre du 2 mars 1846, de ne plus trouver de Marilhat à louer ( Lettres de jeunesse, p. i63).
3. Charles Blanc, Trésor de la curiosité, 18, complété par les indications données par les journaux du temps, surtout par l’Artiste , le Journal des artistes, le Bulletin de l'alliance des arts, le Bulletin de l'ami des arts.
4. Catalogues d’œuvres à vendre, avec prix, dans le Bulletin de l'ami des arts.
5. Bulletin de l'alliance des arts, 10 et 25 mai 1 84-5 et 10 juin 1846.
6. Dans La Némésis du i5 janvier i832, Barthélemy prend à parti pour
civile n’ont pas été recueillis. Deux dossiers aux Archives Nationales donnent, l’un (F214881) une série de commandes ministérielles de 1 833 et 1 834 1 7 l’autre (F21559) l’indication, pour les budgets, de 1 835 à 1 845 , des tableaux achetés avec leurs prix2. On peut glaner, dans des monographies des renseignements complémentaires dont on ne saurait, au reste, garantir l’exactitude3. L 'Inventaire général des œuvres d’art appartenant à la Ville de Paris nous donne, pour ces dernières, des indications presque complètes. Nous y voyons que les prix alloués sont à peu près en rapport direct avec les dimensions de la surface à couvrir ; ils oscillent entre 1 5oo et 6000 francs, prix qui n’est qu’exceptionnellement dépassé. Dans un même édifice, les différents artistes,
sa lcsinerie M. d’Argout, ministre des Beaux-Arts et des Travaux publics: Pour l’ouvrage imposé par l’instinct populaire,
Ta main qui du génie ignore la valeur
Ne consent qu’à payer le cadre et la couleur
Et par de faux marchands, complices de ta honte,
Tu la fais à vil prix acheter pour ton compte.
1. Ces commandes étaient données pour un tableau au choix de l’artiste, ou sur un sujet déterminé. 3ooo francs sont alloués à Louis Boulanger, Champmarlin (portrait du baron Portai), Orsel, Régnier, Monvoisin, Norblin, etc., 4000 francs à Ziegler, Bouchot, Henri Scheffer-, Abel de Pujol, Broc, Blondel etc ; 5ooo francs à Féron, Lapito, Dagnan etc. ; 6000 francs à Gérard (pour une répétition ou portrait du roi), Giroux, Rémond, etc. ; 8000 francs à Isabey (pour une vue de Marseille) : 10000 francs à Roqueplan (pour La mort de Montaigne ) et à Brune (pour deux vues d’Auvergne).
2. Ainsi, en 1842, un paysage de Corot est acheté i5oo francs; en 1843 Dehodencq reçoit 800 francs pour un Saint-Michel. On trouve aussi quelques chiffres dans des dossiers de la série F21, 1 à 60. Par exemple, Hippolyte Flandrin a reçu 3ooo francs pour le Christ et les Enfants (F21 6) et 5ooo pour Napoléon législateur (F213o).
3. Piron ( Eug . Delacroix, p. io5 sqq) donne, sans les garantir, les prix payés à Delacroix par l'Etat : 3ooo francs pour la Liberté aux barricades, 4ooo pour la Bataille de Nancy , 3ooo francs pour les Femmes d’Alger, 6000 pour la Justice de Trajan (ce chiffre est confirmé par l’arrêt aux Archives Nationales F21 24), 10000 pour les Croisés ; 20000 francs pour la décoration du salon du roi, même somme pour la Bibliothèque de la Chambre des députés, 3oooo francs pour la Bibliothèque du Sénat. — Delaroche aurait reçu a5ooo francspour le Passage des Alpes ( l'Artiste , 1841, p. 18), et Couder pareille somme pour la Fédération du Musée de Versailles (Montalivet, Louis-Philippe, p. 121). Cfr. Ze livre de comptes d’Horace Vemet publié par A. Dayot ( Les Trois Vemet, 1898).
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qu’elle que soit leur notoriété, reçoivent la même allocation pour des surfaces égales. Delacroix reçoit, à Saint-Denis du Sacrement, 6000 francs, comme Court, Picot ou Decaisne ; Chassériau, à Saint-Merry, 7 000 francs comme Amaury Duval et Sébastien Cornu. Hippolyte Flandrin touche 3oooo francs pour décoration du chœur de Saint-Germain-des-Prés. Si faibles que soient ces salaires, ils constituent pourtant, quand les commandes sont fréquemment renouvelées, des revenus honorables pour quelques artistes favoris de l’administration, anciens prix de Rome, en général, ou membres de l’Institut et l’on comprend comment Abel de Pujol, par exemple, Blondel ou Heim ont pu vivre sans presque jamais s’adresser au public.
L’artiste qui n’avait pas trouvé acquéreur officiel pour un grand tableau avait peu de chances de le vendre, à moins qu’il ne se résignât à le dépecer par morceaux.
Un tableau de petites dimensions, s’il était de Decamps ou de Diaz, pouvait monter jusqu’à 5 000 francs, mais ce chiffre était exceptionnel. Des petits Delacroix se payaient 1 000 francs. Des Meissonier, des Roqueplan *, des Eugène Isabey oscillaient de 1 000 à 3 000 francs 1 2.
Parmi les paysagistes, il était fort rare de voir dépasser ou même atteindre 2000 francs. Paul Huet, qui se vendait bien, faisait, avec des œuvres importantes, en 1 843 , 1 5oo francs. On avait des Cabat ou des Dupré pour 1 000 francs, des Court, des Français, des Fiers pour 5oo francs. Les vues de Joyant valaient 7 à 800 francs. Parmi les animaliers, Brascassat, très estimé par la bourgeoisie, atteignait des prix jugés alors énormes : 4000, 5ooo francs et davantage. Rosa Bonheur ou T royon atteignaient 800 francs.