Cfr. René Paul Huet, Paul Huet , p
1. On trouvera dans Striensky, Landelle, pp. i5-2o, des renseignements très précis sur les gains de Landelle qui fut, tout de suite, apprécié et vendait facilement.
Eu 1845, un portrait par un artiste réputé, Pérignon, Henri Scheffer ou Sébastien Cornu, coûtait 1 5oo francs. Dubufe demandait davantage ; Horace Vernet ou Court valaient 3 000 francs; mais Belloc s’obtenait à 800 francs. On disait qu’lngres avait réclamé au duc d’Orléans 4ooo francs et l’on trouvait la somme exagérée.
Pour éclairer ces chiffres, il convient de remarquer que les toiles anciennes signées par les plus grands noms dépassaient difficilement, en vente publique, 20000 francs. 45 000 francs donnés en 1839 pour les Plénipotentiaires de Munster de Terburg furent un chiffre tout à fait exceptionnel. Parmi les peintres de l’époque impériale, les plus belles enchères allaient à Prud’hon dont Y Assomption se vendait 12000 francs en 1842 et Psyché enlevée i5ooo en 1889.
Enfin, comme à toute époque, la majeure partie des œuvres ne trouvaient pas acquéreur. En i845, d’après Paul Lacroix, sur 2 029 tableaux, miniatures ou dessins exposés au Louvre, il y avait 700 portraits acquis par des particuliers, 25o toiles commandées par le ministre de l’Intérieur, i5o destinées à Versailles, à des particuliers ou à des marchands, 1 000 œuvres enfin qui devaient rester à leurs auteurs ou être vendues 10 à 12 francs pour l’exportation en Russie, Allemagne Amérique ou Angleterre1.
Un artiste pourvu de quelque notoriété, trouvait encore des ressources dans la vente du droit de reproduire ses œuvres. La diffusion de la lithographie, la vogue de la gravure en taille-douce, donnaient, avant le développement de la photographie, un grand essor au commerce des estampes2.
1. En livrant au public ces indications cursives, nous ne nous dissimulons pas leur insuffisance. La question mériterait d’être reprise, en détail, par quelque patient érudit.
1. Landelle signait en 1844 un traité avec Goupil par lequel il s’engageait à ne faire reproduire aucune de ses œuvres avant d’en avoir offert la reproduction à Goupil au prix convenu à l'avance de francs par franc du prix de publication fixé aux estampes à publier d’après lui. A la suite de ce traité, il vendait à Goupil deux pendants (Idylle et Elégie ) pour 2000 francs, deux
En certains cas, le droit de reproduction était beaucoup plus fructueux que la vente même de l’ouvrage, Ingres avait vendu Y Odalisque Pourtalès 12 000 francs et 24 000 francs le droit de la reproduire. En mars 1 84 1 , des débats très amples eurent lieu à la Chambre des députés sur la propriété litté. raire, la question des modalités du droit de reproduction artistique fut largement envisagée. On proposa de limiter à trente ans après la mort de l’artiste la possession, pour ses héritiers, de ce droit et de décider qu’à moins de stipulation contraire expresse, l’achat d’une œuvre d’art comprendrait, pour son acquéreur, le droit exclusif de la faire reproduire. De remarquables discours furent prononcés par Lamartine, rapporteur de la loi, par Berryer, par Odilon Barrot1 ; mais la discussion finit par un vote incohérent. Le projet qui avait suscité une protestation collective des artistes les plus réputés, dès 18392, et contre lequel Horace Vernet avait écrit une étude remarquable3, fut donc écarté et les tribunaux restèrent à peu près libres de leur décision dans les cas litigieux \
autres ( Aujourd'hui et Demain) pour 3ooo francs, droit de reproduction compris (Striensky, Landelle, pp. 14 et 17).
1. Séances du 23 et du 3o mars 1841. Lamartine (3o mars) développa, en phrases magnifiques, l'idée de la popularité donnée à l’art par les reproductions qui, si faibles ou si imparfaites fussent-elles, n’avilissaient jamais l’original dont elles répandaient la gloire. Berryer (23 mars) et Odilon Barrot (3o mars) défendirent les intérêts matériels de l’artiste. « Si vous enlevez à l’artiste », disait O. Barrot, « dans l’état de division de nos fortunes, de pauvreté moyenne en quelque sorte de notre société, ce moyen de reproduction, vous lui enlevez le résultat utile de son œuvre. »
2. Texte dans l'Artiste , 7 juillet i83g; parmi les signataires : Pradier, Dumont, David, Delacroix, Flandrin, etc.
3. France littéraire, 7 mars 1841, pp. 257-268. Cfr. l'Artiste, 1841, passim.
4. La Cour de cassation dans un procès entre Gavard et les héritiers de Gros, avait décidé, le 29 juillet 1841, que « la vente d’un tableau n’emporte le droit de le reproduire par la gravure ou tout autre moyen de reproduction, qu’autant que le peintre a cédé ce droit par une stipulation particulière. » (. Recueil général des lois et arrêts, 1841, I, 56 1 .) L’affaire revint l’année suivante et un nouvel arrêt rendu toutes Chambres réunies, le 27 mars 1842, déclara, au contraire, que l’achat d’une œuvre d’art en entraînait la propriété sans nulle réserve (même Recueil, 1842, I, 385).
La vogue des vignettes pour l’illustration des livres et des romances donnait à certains artistes des revenus considérables et presque réguliers, et fournissait à d’autres les moyens d’attendre des acheteurs pour leurs œuvres peintes*. Les frères Joliannot étaient dessinateurs plus que peintres; Jean Gigoux dût à son GU lilas sa plus légitime notoriété ; Daubigny illustrait les Chants et chansons populaires de la France (i843) et Meissonier faisait, des Contes Rémois , un livre incomparable.
Quelques peintres ouvraient, comme Joliannot, en 1 834 » ou Ftoqueplan, en 1 8 J 5 , des ateliers d’élèves. Des leçons de dessin ou d’aquarelle données à des jeunes li 1 les, dans les pensionnats ou dans les collèges, venaient parfaire le budget de l’artiste.
11 y avait enfin îles besognes inavouées : des travaux de décoration1 2, les lithographies bâclées pour des marchands qui les payaient francs la douzaine, les enseignes pour les magasins, les chemins de crois que l’on expédiait ingénieusement : « On plaçait les toiles a la file, et on peignait tous les rouges de la série, en passant d'une toile à l’autre, puis tous les bleus3 4 5 6... » Jean Gigoux*, Gerôme, jeunes, faisaient ici concurrence à Schaunard. Diaz, Dupré, Fiers, Raffet, à leurs débuts, peignirent dans des ateliers de décorateurs de porcelaine*.
XIII. — « On ne se figure pas », écrivait Jules Breton', « jusqu’où allait l’ignorance des milieux ou se passa mon en-