‹ Du romantisme au réalismeChapitre 71 sur 268 · Namouna Chant I, xxiii et xxiv · texte numérisé non relu

Namouna Chant I, xxiii et xxiv

par la nécessité de plaire à une clientèle nouvelle peu sensible aux qualités proprement artistiques.

Si nous ajoutons que la peinture allégorique n'a pas été abandonnée, que la nature morte a été cultivée, que le paysage, ainsi que l’étude de la vie contemporaine, se sont singulièrement enrichis, nous pourrons affirmer sans trop d’exagération, qu’aucun ordre d’inspiration n’a été étranger aux peintres de la monarchie de Juillet, et conclure que les tendances individualistes ont été favorisées par l’extraordinaire dispersion des sujets.

V. — L’art a subi, dans le môme temps, les influences les plus variées et les plus complexes.

Sous l’hégémonie de David, l’étude de l’art antique avait dirigé les travaux des peintres français ; l’art italien n’avait pas perdu toute autorité et l’on n’avait oublié ni Raphaël ni les Bolonais. Puis, sous la Restauration, lors de l’explosion du Romantisme, la Flandre, la Hollande, l’Angleterre avaient dicté leurs leçons.

Aucune de ces actions ne s'efface après i83o, mais la plupart se renouvellent et, par surcroît, l’Allemagne et l’Espagne viennent s’imposer à l’esthétique française.

Par un paradoxe historique remarquable, c’est au moment où l’Ecole davidienne chancelait que l’antiquité grecque, dont elle s’était recommandée sans la connaître, avait été révélée à l’Europe. En 1818, Quatremère de Quincy avait rendu publique, dans ses Lettres écrites de Londres à Canova, la surprise qu’il avait éprouvée devant les marbres du Parthénon ramenés au British Muséum par lord Elgin. Il constatait la supériorité de ces œuvres sur tout ce que l’on connaissait alors de l’art antique et trouvait, pour les louer, des formules vives et des mots heureux : « Le torse du Gecrops », écrivait-il, « semble modelé avec de la chair1. » Lorsque la

i . Lettres écrites de Londres à Canova sur les marbres d Elgin, 1818, p. 1 1 5 .

Vénus de Milo fut rapportée en France, Orsel fut frappé d'y voir « la plus chaste gravité unie à une étonnante puissance de forme1 ».

Ces révélations ne purent avoir immédiatement d’action efficace. L'Ecole était trop affaiblie pour se régénérer; les novateurs proscrivaient de parti pris les sujets antiques, et Ingres qui, depuis longtemps, étudiait les vases peints2, pour y surprendre le génie grec, n’avait pas encore de disciples. L’influence n’éclata que sous la monarchie de Juillet et des faits nouveaux y collaborèrent L’émancipation de la Grèce permit d’aborder le sol hellénique même, d’en relever et d’en décrire les monuments. Les travaux retentissants d'H ittorfF 3 bouleversèrent les idées reçues sur l’usage de la couleur chez les anciens.

Lorsque la France, par une pente naturelle, parut retrouver plaisir au commerce avec les anciens un instant proscrits, ceux-ci se présentèrent à elle avec une physionomie renouvelée.

De l’Italie, les élèves de David, quand ils voulurent élargir leur manière, ne connurent guère que les dernières œuvres de Raphaël et les machines des Bolonais. Souvent, dans les sujets religieux, ils amalgamèrent, sans trop de peine, les études faites devant l’Apollon du Belvédère ou le Laocoon et celles qu’ils avaient dessinées auprès du Guide ou des Carra che.

Les Romantiques découvrirent Venise. Bonington célébra la ville, Sigalon pasticha les peintres ; la couleur vénitienne vint réchauffer les palettes chargées de couleurs froides et lou rdes.

L'Italie continua, après i83o, à inspirer à la fois les traditionnalistes et les novateurs, visitée par les lauréats de

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