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Le National, i5 février

Zurbaran, 38 à Murillo, 25 à Ribéra, 19 à Vélasquez, 22 à Alonso Gano et 10 à Valdès Leal, il est certain qu’il y avait plus d’une œuvre magistrale parmi une foule de tableaux d’école1. L’ensemble était imposant. Du rapprochement d’un très grand nombre de morceaux, même médiocres, se dégageaient des impressions plus nettes que de quelques chefsd’œuvre isolés. Telle production d’une main moins experte pouvait traduire la pensée espagnole avec plus d’évidence qu’un morceau où la perfection de l’art en dissimule les procédés.

Jules Breton a rappelé l’impression qu’on éprouvait dans ces salles où régnait un fanatique silence. « Il m’en reste », écrivait-il 2, « comme un rêve plein d’effrayant mystère, d’extases farouches, de noirceurs pieuses et d’éclairs fulgurants. Cela sentait le cloître et l’inquisition. Il y avait là des choses d’une intensité lugubre, de férocité froide; des supplices inimaginables, entre autres celui de ce saint qui, tournant une meulette, dévidait ses propres entrailles enroulées tout autour. Et ce Saint Barthélémy de Ribéra, quelle merveille horrible ! Des bourreaux l’écorchent tout vif, et le couteau entre les dents, en arrachent avec des pinces les lambeaux de peau sanglants; et vraiment les lèvres du patient tremblaient de douleur contenue et de prière. Et le Saint François aux stigmates de Zurbaran et les Herrera, et les divins Morales et les Goya ! Comme toutes ces toiles vivaient étrangement dans ces salles austères et monacales pavées de carreaux rouges. Tout cela me revient à l’esprit comme un cauchemar dévot et grimaçant. »

Champfleury, avec la même vivacité, marquait, devant une Adoration des mages du Greco, la surprise que lui causait « cette peinture qui ale délire, qui semble avoir le mors aux

1. Consulter l’analyse faite par Huard dans le Journal des Artistes (14 janvier i838 et numéros suivants).

Nos peintres du siècle , p. 175.

dents, cette peinture étrange et allongée qu’on jugerait une fresque de Bicêtre1 ».

Au Musée Espagnol vinrent s’ajouter, en 1842, des toiles et des dessins donnés au roi par un Anglais et qui constituèrent le Musée Standish. On y voyait, à côté de toiles flamandes importantes, quatre Murillo, un Ribéra, des dessins de Berruguette, Alonso Gano et Antonio dal Castello 2.

La vente, en 1841, de la collection de Aguado, marquis de las Marismas, si elle ne répondit pas aux espérances de son possesseur, contribua du moins, elle aussi, à attirer l’attention sur l’art espagnol8.

Enfin, la galerie du Maréchal Soult4, n’était, sans doute, pas inaccessible. Ainsi l’Espagne fut révélée à la France et son action, que nous étudierons sous la monarchie de Juillet, devait dépasser cette période, si Courbet, Th. Ribot et Manet en subirent l’empire.

Depuis David, les traditions nationales avaient été rompues. Le xviii0 siècle était méprisé comme une époque de dévergondage et de décadence ; les maîtres du xvne siècle étaient ignorés. Les romantiques avaient partagé cette indifférence ou ces préjugés. Le retour aux maîtres aimables du xvme siècle se fit, sous la monarchie de Juillet, avec une extrême rapidité. Watteau, dédaigné encore en i83o, se vit en quelques années, étudié, estimé et même pastiché. En même temps, Poussin et Lesueur étaient invoqués pour fortifier la cause de l’art spiritualiste.

VL — A ces leçons, demandées aux siècles passés, s'ajou-

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