‹ Du romantisme au réalismeChapitre 87 sur 268 · Taine. Thomas Graindorge, p · texte numérisé non relu

Taine. Thomas Graindorge, p

définitions de la beauté comme de la laideur. Ils ont ordinairement de grands yeux, les pommettes saillantes, le front proéminent et droit, le nez court aux ailes minces, la bouche sèche. Delacroix se préoccupe beaucoup moins de leurs traits que de l’expression de leurs visages, et cette expression reste subordonnée elle-même à l'intention générale de l’œuvre.

Il faut une première adaptation pour comprendre les types de Delacroix ; il en faut une plus délicate pour entendre son dessin. Ce dessin a provoqué l’indignation des contemporains. Ils y étaient mal préparés. Lorsque Jules Breton vint à Paris en 1 84 5 , les Léopold Robert, les Horace Vernet le ravirent d’admiration, mais les Delacroix lui semblèrent hideux : « Ce peintre me révoltait par son dessin. Je me représentais les furieux reproches que m’eût adressés Vonderhaest, s’il m’était arrivé de torcher des pieds et des mains comme ceux que je voyais aux Femmes d’ Alger et à la Noce Juive h » La bonne foi de Jules Breton esthors de doute, celle de Jal, de Delécluze, de Louis Peisse ou de Viardot me paraît également indubitable, non seulement parce qu’ils n’ont pas refusé des éloges à Delacroix toutes les fois qu’ils l’ont compris, mais parce que les partisans déterminés de Delacroix n’ont pas montré plus d’intelligence. Charles Blanc, en 1840, au milieu d’un éloge dithyrambique de Delacroix, lui reprochait un dessin défectueux2.

Ce dessin pourtant n’était pas inintelligible, et quelques écrivains plus compréhensifs essayaient d’en expliquer le système. « L'on dessine par les milieux autant que par les bords», affirmait Théophile Gautier3, « parle modelé autant que par les lignes. Ceux qu’on nomme coloristes ont une tendance à tirer des objets un relief, et les dessinateurs une

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