‹ Du romantisme au réalismeChapitre 88 sur 268 · La Presse, 28 mars i · texte numérisé non relu

La Presse, 28 mars i

silhouette. » Delacroix, en effet, avait emprunté à Géricault l’habitude de rechercher les masses par noyaux, mais, comme il l’écrivait lui-même « on ne veut en peinture que le dessin de sculpteur, et cette erreur sur laquelle a vécu toute l’Ecole de David, est encore toute-puissante1 ». Le public ne s’intéressait qu’au jeu des lignes. Les traits lui paraissaient indécis, vagues ou incorrects. En vain expliquait-on que ce dessin était « soumis aux conditions de la vitalité et du mouvement 2 » , qu’il rendait « parfaitement le mouvement, la physionomie, le caractère insaisissable et tremblant de la nature3 »; la foule n’écoutait pas les exégètes et l’on n’aurait pas suivi davantage Fromentin si l’on avait lu, dans une éphémère revue provinciale où elle était imprimée, l’explication ingénieuse qu’il donnait de la notation du geste par Delacroix 4.

Des yeux habitués à un fini extérieur, ne pardonnaient pas non plus à l’artiste de n’accuser la forme que dans la mesure nécessaire à l’expression de la pensée. On lui reprochait tel morceau « exécuté plus qu’une esquisse mais par malheur un peu moins qu’un tableau 5 » ; il exposait des pochades 6, des toiles inachevées, et Jules Janin l’accusait de paresse7.

Il n’est plus besoin, aujourd’hui, de réfuter ces sarcasmes. Des dessins conservés à Montpellier, notes prises à Alger, suffiraient à montrer que Delacroix savait achever quand il en éprouvait le besoin ; ils ont la netteté d’une miniature persane. La série des études pour la Justice cle Trajan exposée au Musée de Rouen auprès du chef-d’œuvre qu’elles ont

1. Brouillon d’une lettre à Thoré, vers 1840 (Lettres, 20 édit., p. 256).

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