Salon de 1839, dans l’Artiste, 10 mars 183g, p
préparé, témoignent du soin avec lequel l’artiste recherchait un geste (le geste de Trajan) ou précisait un raccourci (le corps de l’enfant mort).
Tandis que Delacroix proposait une formule révolutionnaire de dessin à la France, un autre grand artiste travaillait également à libérer le crayon, et Baudelaire, avec sa clairvoyance aiguë, proclamait la valeur de l’effort de Daumier. « Nous ne connaissons, à Paris », écrivait-il1, « que deux hommes qui dessinent aussi bien que M. Delacroix, l’un d’une manière analogue, l’autre dans une méthode contraire. — L’un est M. Daumier, le caricaturiste ; l’autre, M. Ingres. M. Daumier dessine peut-être mieux que Delacroix, si l’on veut préférer les qualités saines, bien portantes, aux facultés étranges et étonnantes d’un grand génie malade de génie. »
L’évolution que subit, après i83o, la pensée de Delacroix eut une répercussion directe sur la couleur de ses tableaux2. Jusqu’alors curieux des harmonies colorées, jaloux d’orchestrer des symphonies de tons, il avait créé un coloris où, parmi de la fatigue, des tâtonnements, des notes sourdes, surgissaient de douloureux et pénétrants accords. Ilavait réalisé ce paradoxe d’être un grand coloriste sans gaîté et de donnera ses œuvres le caractère d’une volupté triste.
De même qu’il garda un fond de mélancolie et des accès de tristesse, il peignit encore des toiles enveloppées d’une atmosphère sombre et tragique. L’esquisse poignante de Boissy cl'Anglas ou Ier Brairai , où quelques taches rouges éclatent parmi des notes étouffées, l’angoisse tumultueuse du Meurtre de V évêque de Liège ( 1 83 1 ) , le voile sinistre qui couvre La Bataille de Nancy (1 834) > l’horreur dramatique du Prisonnier de Chillon (1 835), Hamlet (1 838) sont du même pinceau tourmenté qui avait peint les Massacres de Scio en