‹ Du romantisme au réalismeChapitre 90 sur 268 · EUGÈNE DELACROIX. LA JUSTICE DE TRAJAN · texte numérisé non relu

EUGÈNE DELACROIX. LA JUSTICE DE TRAJAN

Salon de 1840.

(Musée de Kouen.)

1824 Mais à ces pages enténébrées ou mornes s’ajoutent des pages rassérénées.

A l’extrémité de cette orientation nouvelle se place un groupe d’œuvres peu nombreuses mais extrêmement remarquables que caractérise une tonalité générale claire dont les harmonies sombres sont entièrement bannies. La Justice de Trajan en est la manifestation la plus complète. Tout y est pénétré d’une lumière blonde qui supprime les ombres et les ramène à un gris lui-même lumineux.

Y)’Abd-el-Rhaman conçu dans un esprit analogue, Baudelaire écrivait en 184a1 : « Ce tableau est si harmonieux malgré la splendeur des tons, qu’il en est gris — gris comme la nature — gris comme l’atmosphère de l’été quand le soleil étend comme un crépuscule de poussière tremblante sur chaque objet. »

Les toiles de ce système restent exceptionnelles dans l’œuvre de Delacroix. Elles ne manifestent pas seulement la libération d’esprit de leur auteur, elles sont influencées en partie par les recherches que l’artiste faisait alors pour lutter, dans ses décorations monumentales, contre l’éclairage défectueux des surfaces qu’il avait à peindre2.

J’inclinerais aussi à classer à part, pour la finesse et la séduction légère de leurs harmonies, quelques toiles dont le type serait les Femmes d'Alger. L’apaisement de la lumière, la morbidezza de la touche ont un charme alangui, plus sensible encore dans une réplique du Musée de Montpellier. Jamais Delacroix n’a tenu ses harmonies dans une mesure plus exquise. Jamais il n’a été plus accessible3; mais il n’y est pas tout entier.

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