III. De la couleur ( Curiosités esthétiques, p
taines... Si l’on veut examiner le détail dans le détail sur un objet de médiocre dimension, — par exemple, la main d’une femme un peu sanguine, un peu maigre et d’une peau très fine, on verra qu'il y a harmonie parfaite entre les verts des fortes veines qui la sillonnent et les tons sanguinolents qui marquent les jointures ; les ongles roses tranchent sur la première phalange qui possède quelques tons gris et bruns... ; l’étude du môme objet vu à la loupe, fournira dans n’importe quel espace, si petit qu’il soit, une harmonie parfaite de tons gris, bleus, bruns, verts, orangés et blancs réchauffés par un peu de jaune. »
Les vérités subtiles que Baudelaire ressentait et exprimait si vivement, demeurèrent lettre close à ses contemporains. Ce qui est chez Delacroix raffinement, fut, pour eux, brutalité ou grossièreté : Alphonse Karr comparait la Justice de Trajan à la procession du bœuf gras et trouvait à Trajan l’air « d’un garçon boucher enluminé de rouge de brique1 ». Et d’autres, surpris par la touche que nous admirons, ne voyaient dans le même chef-d’œuvre « qu’une tapisserie h gros points d’après un tableau de maître2 ». Pour Ch. Lenormant, le langage de Delacroix se réduisait « à un bégaiement parfois sublime3 4 », et cette opinion, émise en i834, devait rencontrer longue créance puisque Taine l'a reprise dans Thomas Graindorge \
Ainsi, dans cette période qui s’étend de sa trente-deuxième à sa cinquantième année et qui fut la plus féconde de sa vie laborieuse, Delacroix, par ses conceptions, par sa tech-