‹ Du romantisme au réalismeChapitre 94 sur 268 · Le Temps, 6 mars · texte numérisé non relu

Le Temps, 6 mars

4. « Eu regardant son génie si mal servi par sa main, je le comparais tout bas aux grands faiseurs de corps du xvie siècle. Il est de la même famille, mais son malheur l’a fait naître dans un mauvais milieu, comme un mammouth demi-gelé, ankylosé par l’arrivée de la période glaciaire » (p. 284 de la 11e éd.)

nique, par le renouvellement perpétuel de sa pensée et la variété de ses œuvres1 2, demeura une énigme pour presque tous ses contemporains. Lui eût-il été impossible de tendre la main à la foule, eût-il perdu à le faire? Question oiseuse, que je ne poserais pas si, dans l’une au moins de ses œuvres, je ne croyais percevoir des traces de concessions : je veux parler de la Médée du Musée de Lille qui est précisément une des toiles le plus unanimement admirées du maître. L’effort de conciliation n’est pas dans le choix du sujet, encore que Delacroix ait mis quelque coquetterie à observer le célèbre précepte d’Horace et nous épargne un spectacle sanglant; il m’apparaît évident dans la facture. Le

modelé y est obtenu par des dégradations insensibles, étrangères, en général, à Delacroix ; les membres « tournent » ; la touche est fondue, non seulement exempte des hardiesses que j’ai relevées dans le Saint Sébastien , mais privée même des moindres libertés coutumières. Il y a là une nouveauté qui ne peut échapper à un œil qui sait voir. Ajoutons un signe décisif : tandis que les œuvres de Delacroix se refusent, en généra], à la traduction trop précise et trop sèche du burin et ne sont véritablement rendues que par la lithographie ou l’eau-forte, la Médée a subi avec succès l’épreuve de la taille-douce3.

Les intentions conciliatrices de Delacroix furent dédaigneusement accueillies3. L’artiste ne persista pas.

Tous ceux qui ont étudié Delacroix se sont indignés des injures et des sarcasmes qui lui furent prodigués; ils l’ont

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