Mémoires d'un bourgeois de Paris, t. VI, p. 264 sqq
donnait les sentiments et les idées à la traduction des mêlées tumultueuses, des campagnes incendiées, des temples écroulés, des costumes curieux et des vastes paysages.
Lorsque Charles Blanc croyait voir « dans l’histoire de Samson celle du peuple qu’il a si vigoureusement colorié, de ce peuple qui tourne sa meule en silence mais qui peut-être aussi quelque jour, sentira repousser sa chevelure 1 », il prêtait évidemment à Decamps des intentions auxquelles celuici était parfaitement étranger. Decamps était également innocent de toutes les conceptions mélodramatiques et fantastiques que Balzac lui avait, un jour, attribuées2.
Théophile Gautier, au contraire, exprimait un jugement juste lorsqu’il louait chez Decamps « l’indifférence absolue, la souveraine impartialité de son talent3 ». Gautier ajoutait, prêt à se dégager au premier jour : « Les grands artistes sont toujours indifférents. » Sous une forme plus absolue, plus étroite que Delacroix, Decamps incarnait la doctrine de l’art pour l’art. Celle-ci, pour Delacroix, était la libération de la pensée affranchie de toute finalité extérieure, susceptible d’infinis développements. La même théorie autorisait Decamps à l’absence de toute pensée.
Un art qui n’est point cérébral doit emprunter toute sa force à sa valeur formelle. Celle-ci, chez Decamps, est de tout premier ordre. Il jette, sur le monde visible, un regard d’une exceptionnelle acuité. Sa vision est saine et gaie. 11 ne recherche ni les harmonies mystérieuses ni les tons qui prédisposent à la mélancolie. Les dégradations diaprées de tons céruléens chères à Delacroix, origine d’un art morbide qui devait s’épanouir en Gustave Moreau, Decamps ne les ignore pas, mais, s’il fait mourir par des atténuations subtiles