CHAPITRE III
Pûlilique de propagande. — S'il faut faire la guerre pour une idée. —Effets de la politique de propagande.
Je me suis efforcé de démontrer que la politique des intérêts était seule compatible avec l'existence des institutions libres, parce que seule elle pouvait assurer aux peuples la jouissance des biens pour lesquels ils avaient souhaité d'être libres. J'ai fait voir également qu'elle échappait au reproche d'égoïsme qu'on lui a tant de fois et si légèrement adressé, entin qu'elle ne laissait pas plus en
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souffrance les intérêts moraux des peuples que leurs intérêts matériels. Il me reste à démontrer que la politique acceptée par le parti démocratique est funeste à la liberté dans tous ses résultats possibles, d'abord parce qu'elle en choque le principe, ensuite parce qu'elle compromet les intérêts que la liberté a pour mission spéciale de défendre.
C'est une opinion fondamentale de la politique du parti démocratique, que la France doit secourir les nations opprimées, et leur assurer, au besoin par les armes, la jouissance des principes de 89. Toutefois, il ne se peut rien de plus contraire que cette opinion aux idées adoptées par toutes les autres nations et spécialement par les nations libres en fait de politique extérieure. Ni l'Angleterre ni l'Amérique, les seules i:randes nations qui soient parvenues à fonder chez elles une liberté du-
rable, n'ont jamais adopté d'idées analogues sur la nature de leurs devoirs internationaux, et elles ont constamment repoussé toute politique qui tendait à modilier les relations existantes de peuple à peuple et à changer les bases du droit international.
La politique de propagande, c'est le nom qui fut donné, en 1851, dans des discussions célèbres, à la politique qui a pour objet l'affranchissement des peuples et le triomphe armé des principes libéraux, — la politique de propagande compromet gravement la puissance nationale, et elle oppose à l'établissement des institutions libres un obstacle insurmontable.
Lorsqu'un peuple met sa politique au service du'n principe, d'une idée ou d'un sentiment, ce qui est proprement le but de la politique de propagande, il y engage sa force
du même coup. La politique de propagande conduit donc directement à faire la guerre pour un principe, pour une idée ou pour un sentiment, et c'est par là qu'elle choque la liberté dans son essence.
Peut-il être effectivement permis de faire la guerre pour une idée ou pour un sentiment, et quand est- il permis de la faire pour ces grands objets? C'est-à-dire quand est-il permis de mettre la force au service d'un principe, d'une idée ou d'un sentiment?
Ce serait assurément une pensée noble que celle qui porterait un peuple à se lever pour faire la guerre en faveur d'une idée; mais cène serait pas une pensée juste. Il ne faut mettre la force qu'au service du droit; il ne faut faire la guerre que pour la justice. Faire la guerre pour une idée, et conséquemment mettre la force au service d'une idée,
c'est accomplir l'acte le plus éclatant d'intolérance qui se puisse imaginer, c'est imiter l'inquisition, et l'absoudre en l'imitant, car elle aussi faisait la guerre aux idées en faveur d'une certaine idée.
Toutes les guerres d'intolérance dont le souvenir de sang pèse à l'humanité ont été faites en faveur d'une idée : guerre pour l'idée catholique contre toutes les hérésies ; guerre de Sigismond contre les Hussites, de saint Louis contre les Albigeois, de Charles IX contre les huguenots, des huguenots et des cathohques entre eux ; guerre de Louis XIV aux habitants des Cévennes; guerre d'une idée contre une autre idée; guerre de l'Europe contre la Révolution.
Il n'est pas permis, sans se rendre coupable d'un acte odieux d'intolérance, de faire
* la guerre pour une idée ; conséquemment un
peuple accomplit un devoir sacré, en se levant pour défendre ses idées contre l'oppression étrangère. C'est pour la justice alors qu'il combat et pour le plus sacré des droits. S'armer pour un droit, c'est s'armer pour une idée juste; mais s'armer pour une idée juste, ce n'est pas toujours s'armer pour un droit. Ainsi, la nation qui s'armerait pour faire adopter par les autres nations européennes l'idée d'un tribunal ampbictyonique européen appelé à juger les différends des peuples entre eux. cette nation, dis-je, s'armerait pour une idée juste, presque pour une idée sainte, mais ne s'armerait pas pour un droit. Elle ne pourrait même, sans attenter au droit, à la liberté des autres nations, les forcer à recevoir une idée dont elles se refusent à reconnaître la justesse ou qu'elles n'estiment pas encore mûre pour la pratique.
Maislorsque la Révolution française, menacée dans son existence et dans ses principes par la coalition européenne, se leva pour venger l'indépendance et la conscience française outragées, elle s'armait pour le premier et pour le plus saint des droits. L'Europe, au contraire, prenait aux yeux de l'histoire la responsabilité d'une guerre d'intolérance, d'une guerre de propagande entreprise pour étouffer chez un peuple certaines idées, au profit et pour le triomphe de l'idée absolutiste niée par la Révolution.
En un mot, vous ne pouvez faire la guerre pour une idée, même juste, qui n'est pas universellement reconnue, sans faire acte d intolérance; et si cette idée est universellement reconnue et adoptée, elle n'a plus besoin de vos armes ni de votre propagande. Ce qui revient à dire qu'il ne faut jamais
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faire la guerre pour une idée; la guerre de propagande, bien entendu. Car, — répétonsle 1 our ne pas laisser d'équivoque dans l'esprit du lecteur, — s'il n'est jamais permis de faire la guerre aux autres à cause de leurs idées, il est toujours permis de défendre ses idées contre la violence étrangère. La guerre offensive, en semblable matière, est un attentat; la guerre défensive est un droit et un devoir. L'une est un acte odieux d'intolérance, l'autre affirme et revendique les droits de la conscience humaine à une tolérance égale pour la vérité et pour l'erreur. Si un personnage politique veut faire triompher une idée, une opinion, il faut qu'il ait recours aux seuls moyens dont la vérité dispose pour assurer ses conquêtes : l'exposition et la persuasion. De même pour un peuple qui voudrait faire prévaloir dans
le monde une idée ou un sentiment; afin de conquérir les autres peuples à cette idée ou à ce sentiment, il ne peut disposer que des seules armes qu'avoue la vérité. Il faut que ses penseurs aient le plus de raison, ses écrivains le plus d'éloquence possible; que la nation elle-même, dans sa partie la plus éclairée, avec un zèle infatigable, s'empare des idées nouvelles, s'en éprenne, s'en enthousiasme, et leur rallie sans cesse de nouveaux prosélytes par l'attrait et le charme dont elle saura revêtir sa propagande. C'est ainsi qu'au siècle dernier une société raffinée, agissant sur une nation intelligente et vive, entreprit de répandre d'abord au sein de cette nation, puis par elle au milieu des autres nations, quelques principes logiques et simples, destinés à changer la face du monde. Cette entreprise réussit. La France
était alors peu favorisée par la gloire des armes, et il lui arriva de gagner le inonde à l'instant même où elle perdait le plus de batailles. Ce qui prouve, en passant, qu'une infanterie sans rivale, une cavalerie pleine de fougue , une artillerie perfectionnée , quoique choses excellentes en elles-mêmes, ne sont pas cependant indispensables aux triomphes de la vérité.
L'idée quun peuple s'apprête à soutenir parles armes peut être une idée fausse, elle peut être une idée juste. I.a nation qui mettrait sa force au service d'une idée fausse se chargerait, au yeux du monde, du plus odieux des attentats. Celle qui mettrait sa force au service d'une idée juste commettrait une action moins odieuse dans son principe, mais assurément aussi dommageable à la vérité dans ses résultats, et certainement
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toujours funeste aux intérêts de la puissance nationale.
Les triomphes de la vérité sont des triomphes pacifiques; il n'appartient qu'à l'erreur d'établir son règne par la violence. La politique de propagande, agissant par les armes en faveur de la vérité, aurait donc pour premier résultat de lui donner les apparences de l'erreur.
Une autre conséquence de la même politique, non moins immédiate et non moins logique, serait d'exciter sur-le-champ contre l'idée qu'un peuple armé présenterait à d'autres peuples une insurmontable méfiance. En voyant la guerre prise comme instrument de propagande et la conquête marquer partout les logements de la vérité, les peuples se demanderaient assurément si le moyen, c'est-à-dire la conquête, ne
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serait pas le but véritable ; et le but apparent, c'est-à-dire le triomphe d'une idée, un prétexte destiné à couvrir d'ambitieux desseins. En tout cas, ce sont de mauvais missionnaires à envoyer que ceux qui ne persuadent que par escadrons ou par bataillons en masse, et se concilient par des réquisitions l'esprit des peuples néophytes.
Lorsque la France prit les armes pour laffranchissement de l'Italie, l'Europe se montra d'abord soupçonneuse et peu sympathique à l'entreprise désintéressée de la politique impériale ; l'Europe se refusait à croire qu'une idée fut le seul motif pour lequel la France eût pris les armes. Aussi, lorsque se réalisa l'annexion de la Savoie, l'opinion européenne, inquiète et surexcitée, affecla-t-elle de voir, dans une simple rectification de frontière, un agrandissement de
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territoire et le but réel de la guerre. Ces soupçons, cette interprétation malveillante des desseins de notre politique étaient aussi naturels qu'ils étaient injustes.
Une nation qui se met à conquérir est une nation inquiétante pour ses voisins, iet, ce qui frappe tout d'abord des imaginations prévenues, dans ce résultat d'une guerre entreprise pour une idée, ce n'est pas le triomphe de cette idée, encore incertain ou voilé peut-rtre, c'est le fait alarmant de la conquête.
Des défiances si facilement et si naturellement excitées grandiraient encore, si le peuple propagandiste se met'tait en guerre pour faire triompher chez d'autres des principes dont il n'aurait fait chez lui qu'une application incomplète. Ai-je besoin d'insister sur ce que son action aurait d'illo-
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gique et de difficilement explicable par les lois ordinaires de la raison? Assurément, pourraient lui dire tous ceux dont sa conduite exciterait les soupçons, vous pouvez être un peuple généreux, mais vous «Hes certainement un peuple inconséquent, puisque, d'un cùté, vous estimez certains principes, au point de risquer pour eux votre sang, vos financ^^s, et votre indépendance mrme: et, que, de l'autre, vous en faites assez peu de cas pour ne pas tenter en leur faveur l'effort infiniment moins magnanime de les appliquer chez vous. Comment pourrions-nous croire à votre désintéressement? Vous nous êtes suspects, vous et vos principes.
Ainsi donc, funeste aux principes, funeste au peuple dont elle serait le mobile., aux peuples sur lesquels elle agirait, la politique
de propagande ne pourrait avoir, à tous les points de vue et dans tous les cas, que des résultats Fâcheux. Mais ces résultats seraient encore plus graves dans un état despotique que dans un pays libre.
Rien n'est franc comme un peuple libre, et, en prêtant la moindre attention au langage de ses chambres, à celui de ses journaux, ses voisins peuvent se faire une idée aussi juste que possible de ses aspirations réelles et de ses projets véritables. Si un peuple libre voulait faire de la politique de propagande, il donnerait moins d'ombrage que tout autre. Toutes réserves faites pour l'étrangeté du procédé qui consiste à venir camper chez les gens pour leur apporter de nouvelles idées, il est certain qu'un peuple libre, sans pouvoir espérer de faire accomplir par la propagande armée un seul pro-
grès à ses principes, et, tout en risquant de s'attirer sur les bras quelque grosse affaire, n'éveillerait pas au même degré les soupçons et les méfiances, la haine et les passions nationales que ferait naître d'abord, dans les mêmes circonstances, un état despotique.
Si le premier mérite d'un peuple libre, quant aux relations extérieures, est la franchise, le premier défaut d'un gouvernement despotique est la dissimulation. Comme les intentions réelles ou feintes sont ce qu'il est le plus difficile de connaître exactement, les étrangers seraient dans une inquiétude perpétuelle sur les projets d'un pays où un seul homme gouverne. La sagacité la plus aiguisée du diplomate n'a point de prise sur cette pensée solitaire qui refuse de livrer ses secrets, qui dissimule au sein des plaisirs le sérieux de ses desseins, et se fait d'un si-
lence habituel une profondeur impt'nétrable. Si un gouvernement pareil annonçait tout à coup l'intention de faire une guerre de propagande, il éveillerait sur-le-champ tout autour de lui une invincible méfiance; et la mauvaise opinion qu'on a généralement des pays despotiques ne serait pas propre à faire revenir les étrangers ('es soupçons qu'ils auraient conçus.
La liberté fait naître des intérêts que les peuples qui en sentent le prix ne risquent jamais sans regrets: ce qui fait de Tamour de la paix et de l'amour de la liberté deux sentiments indissolubles. Je suppose qu'un peuple vraiment libre vînt déclarer que, sans renoncer à son amour pour la liberté, il est cependant déterminé à exposer tous les bienfaits qu'il a reçus d'elle, dans la ferme et loyale intention de remplir un grand de-
voir (le diffusion morale ou de propagande politique; certainement ce peuple trouverait les autres attentifs et peut-être bienveillants jusqu'aux hostilités déclarées. Mais un état
despotique prenant un rôle analogue
qu'apporterait-il aux autres, et quelle confiance pourrait-il inspirer?
Assurément, de toutes les idées fausses qui peuvent s'emparer de Tesprit d"un peuple, il n'en est pas de plus dangereuse que celle qui tondrait à représenter à ses propres yeux ce peuple comme chargé d'une mission providentielle armée, et qui. changerait une nation moderne industrieuse, éclairée, laborieuse, en un tléau dévastateur, exécrable et redouté. La nation de l'Europe la plus c «mmunicative, celle qui. par la hardiesse de son libre gi nie, aurait fait faii'e le plus de progrès à la raison, et
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qui aurait le mieux mérité de l'humanité, ne tarderait pas à devenir l'objet de l'aversion universelle, si elle cédait à cette idée orgueilleuse et fausse d'une mission providentielle exclusive. Dans nos sociétés modernes, toutes sorties de souche chrétienne, ayant toutes acquis une somme équivalente de moralité et de lumières, il n'y a pas assez de supériorité de telle ou telle nation sur toutes les autres, pour faire pardonner à celle qui l'assumerait ce rôle de tutrice et d'initiatrice arnue, blessant pour le patriotisme sincère des uns et la vanité nationale des autres, alarmant pour les intérêts et la sécurité de tous. Mais les maux dont cette nation égarée menacerait toutes les autres seraient promptement surpassés par ceux que ses prétentions insensées attireraient sur elle-même, en détournant ses regards du
soin de ses libertés intérieures pour les repaître du spectacle vain d'une influence et d'une grandeur chimériques.
11 est si vrai que la politique de propagande est incompatible avec la nature des institutions libres, que la nation qui se risquerait à l'adopter serait bientôt contrainte de renoncer à sa liberté ou de modifier sa constitution. Pour soutenir une guerre acharnée, comme le sont toutes les guerres de principes, et aussi pour com.muniquer à toutes ses forces, avec funité d'impulsion, la vigueur désespérée, seule capable de donner la victoire dans un duel inégal, cette nation sentirait bientôt la nécessité d'une dictature. Qu'elle fût confiée au patriotisme d'un comité terrible ou aux mains ambitieuses d'un seul homme, la dictature amènerait avec elle son cortège obligé de mesures arbitraires et
de lois d'exception : j'ajouterai, ce qui ne surprendra guère ceux qui ont réfléchi sur les événements des dernières années, que cette nation accomplirait fiicilement, et pour ainsi dire sans regrets, le sacrifice de ces libertés, sans lesquelles nous ne pouvons plus concevoir pour les peuples d'existence digne et forte. Puisqu'elle serait chargée d'une mission civilisatrice, elle ne pourrait se comparer elle-même à ces peuples déchus qui vivent résignés sous une main despotique; elle envisagerait bien plutôt son sacrifice comme nécessaire à l'accomplissement de sa mission, comme volontaire, non comme imposé, et consentirait probablement à vivre sans presse ni tribune libres, sans sûretés ni garanties d'aucune sorte, satisfaite de voir de temps en temps défiler dans ses rues ses bataillons vainqueurs. On peut affirmer que
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cette nation serait plus exposée qu'aucune autre aux entreprises du despotisme, et que ses mains belliqueuses s'offriraient d'ellesmêmes aux chaînes dont on les voudrait charger.
En montrant à limagination populaire comme résultat d'une guerre glorieuse les peuples affranchis et le despotisme chassé du continent, la politique de propagande satisfait tout à la fois les tendances libérales, les instincts généreux et Thumeur guerrière de la nation: mais elle crée, ne l'oublions pas, à rétablissement régulier des institutions libres u:i obstacle insurmontable, puisqu'elle permet à la nation de croire que la passion des armes peut se concilier avec l'amour de la liberté.
L'impossibilité d'unir ces deux passions contradictoires chez quelque peuple que ce
soit, etsurtout chez celui dont un passé héroïque altère et fausse la raison, conséquemment la nécessité d'opter entre les enivrements que donne la gloire des armes et les jouissances plus paisibles que la liberté procure, sont l'objection la plus forte et l'argument le meilleur que l'on puisse opposer à tous ceux qu'égarent des sentiments généreux mais qu'anime le désir sincère d'asseoir en France la liberté sur une base durable. Combien cet argument n'acquiert-il pas de jour en jour plus d'urgence et de force maintenant que près de quatre-vingts ans se sont écoulés depuis 1789, et que la liberté française est encore à fonder ; et à fonder non plus sur la base relativement étroite d'une monarchie constitutionnelle, avec une chambre aristocratique et le suffrage restreint, mais à fonder au sein d'une démocratie sans cesse plus
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profonde, sur la base immense et flollantc du suffrai^e universel !
Voulez-vous accomplir cette œuvre qui sera, s'il nous est donné de l'achever, le dernier pas de la Révolution parmi nous et le symbole éclatant de son triomphe aux ycuxdu monde? Demanderai-je à tous ceux qui tiennent une plume politique en France; rc noncez donc à vos passions belliqueuses, renoncez surtout à parler de guerre à ce peuple dont les visions martiales troublent sans cesse la pensée.
Ârnault d'Andiily raconte dans ses Mémoires, que son père avait été chargé défaire, à la présentation du duc do La Trémouille au Parlement, le discours quil était d'usage de prononcer chaque fois qu'un nouveau pair venait prendre séance. Arnault rappelâtes exploits des ancêtres du jeune duc, et, ayant
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à parler de la bataille de Fornoue, il en fit, d'une voix accentuée et vibrante, une description si mâle, que le duc de Montpensier, présent à son banc de pair, ravi par cette éloquence guerrière et se croyant au milieu de la mêlée, se leva tout à coup et tira son épée. Revenu à lui-même, il courut embrasser Arnault. — Eh bien, tous ceux qui parlent de guerre à la France, et écrivent d'une plume soi-disant libérale des articles belliqueux, me paraissent briguer un succès analogue à celui d'Arnault, peut-être avec autant d'éloquence que lui, mais, assurément, avec moins de mérite; puisque leur pays est encore plus accessible aux émotions martiales que le duc de Montpensier, et qu'en lui faisant perdre le sentiment de l'heure et de la nécessité présente, ils lui ôtent en même temps celui de ses devoirs
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les plus sacrés et de ses intérêts les plus chers '.
* Lorsqu'on s'efforce d'engager son pays dans une guerre d'assistance et d'affranchissement, il est bon de prouver, comme Ta fait M. de Noailles {la Pologne et ses fronlicres), que cette guerre est conforme à Ihumanilé et qu" elle est également conforme à un certain intérêt national. On n'a rien fait cependant si Ton ne prouve encore plus évidemment que cet intérêt ne le cède pas à un intérêt plus grand. Si, pour obtenir un avantage secondaire, une nation aventure un intérêt de premier ordre ; si, pour reconstituer une autre nalionalité, elle e.xpose la sienne à périr, agit-elle sagement? Se prononcer pour l'affirmative c'est proclamer que le dévouement doit former désormais la base du droit international, contrairement à la règle qui enjoint aux gouvernements de ne risquer l'existence n^itionaie que pour la défense de cette existence même. Mais ioulenir, comme Ta fait M. Henri Martin, qu'il faut faire la guerre en faveur du peuple polonais, « parce que la tête et le cœur de la vraie
lace slave c'est la Pologne et non la Paissie »; « parce
qu'une Pologne nouvelle affranchie de corps et d'esprit, latine, grecque, juive même tout à la fois, unira les croyances dans la liberté sur le Dnieper comme sur la Vistule, dans la victoire, comme naguère dans le martyre n {Pologne et Moscovie, p. 45): c'est évidemment se déterminer en une matière bien grave par des raisons d'ethnographie, d'iiis-^ toire, de sentiment, qui n'ont que bien peu de rapport avec
les intérêts de la France sainement et rigoureusement interprétés.
M. Guéroult, lui, se déterminait surtout par des raisons stratégiques et traçait d'une main ferme le plan d'une invasion française en Pologne.
Il éliminait d'abord les difficultés et les obstacles : TAngleterre n'est plus belliqueuse, elle serait charmée de voir la France ébrécher la puissance russe; FAutriche, au pis-aller, loin de nous être hostile et d'entrer dans une coalition contre nous, verrait plutôt notre intervention avec faveur et y participerait tout au moins par sa diplomatie, lors même qu'elle ne jugerait pas à propos de nous prêter le concours de ses armes.
Quant à la Prusse, elle n'oserait remuer ou serait écrasée :
« Supposons que dans quelques semaines une flotte française, rassemblée à Cherbourg et précédée de quelques vaisseaux cuirassés, transporte à Stockolm 50,000 hommes et 100,000 fusils; il nest pas douteux qu'un corps de cette importance, débarqué sur les côtes de la Samogitie, ne déterminât dans toute la Pologne une explosion formidable ; qu'une véritable armée polonaise se formerait rapidement à Fombre de notre drapeau, et que l'insurrection secourue, approvisionnée, organisée, serait assurée d'un triomphe. » [Opinion nationale du 25 mars 1805.)
11 faut remonter jusqu'au conseil de guerre tenu par Picrochole pour trouver quelque chose de semblable : «j Cyre, lui disaient ses conseillers, aujourd'hui nous vous rendons e plus heureu.K, plus chevalereux prince qui onques fust
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depuis la mort d'Alexandre Macedo... Le moyen est tel... Votre armée partirez en deux, comme trop mieux l'entendez. L'une partie ira ruer sur ce Grandgousier et ses gents- Par icelle sera de prime abordée facilement desconfict. Là recouvrerez argent à tas... L'autre partie cependant tirera vers Onis, Sainctonge, Angomois et Gascogne ; ensemble Périgord, Médoc et es Lanes. Sans résistance prendront villes, chasleaux et forteresses. A Bayonne, à Sainct-Jeande-Lus et Fonlarabie, saisirez toutes les naufs, et cosloyant vers Galice et Portugal, pillerez tous les biens maritimes jasques à Ulisbonne. où aurez renfort de tout équippage requis à un conquérant. Par le Corbieu Hespagne se rendra, car ce ne sont que madourrés, etc. > .Rabelais, Gargantua^ cil. XXXIII.) i
* Voy, Appendice n" 1.