‹ Du rythme en françaisChapitre 10 sur 41 · NOS F0R5IES PRINCIPALES CONSCIENTES · texte numérisé non relu

NOS F0R5IES PRINCIPALES CONSCIENTES

— KJ KJ — — W V-» —

Sifûe la faux, saignent les fleurs, i-3 + i-3

Voici le soir de la grand' /une ; lt+!x

Vienne la nuit, pleurent mes sœurs, i-3+i-3

Les fleurs ont chu Tune après l'une. 4+4

Tourne le rouet, dorment les vieux, i-3 + i-3

C'est un linceui qu'on lisse en l'ombre : 4+4

— ww — — \j '^ —

Tremblent les poings, clignent les yeux, i-3+i-3

1^ — ^ — w — \j — Les morts sont là, mes sœurs, en nombre. (') a-2-2 + 2

Stuart Merrill. — Les Quatre Saisons, La mystérieuse chanson.

Les poètes se gardent bien de répéter successivement avec rigueur des strophes analogues; le plus souvent, ils les font intervenir dans le courant du rythme strophique. M. Adrien Mithouard a usé toutefois avec insistance, et heureusement, dans le Pauvre Pécheur de strophes métriques particulières, mais avec une préoccupation trop extérieure'de la symétrie et du syllabisme.

32. Sans aller plus avant dans l'analyse rythmique, il faut cependant nous arrêter, à travers quelques-uns de ces exemples, sur une question à la fois secondaire et capitale, celle des syllabes douteuses, particulièrement de Ve dit muet dont nous avons constaté déjà le traitement variable. On a vu que l'expérimentalion permet enfin de s'assurer de ses valeurs exactes, qui présentent tous les degrés de sonorité et qui, par conséquent, se prêtent comme viennent de le démontrer nos citations, aux plus diverses nuances du rythme.

Si cette question est secondaire, puisque en effet le rythme dépend avant tout des accents et de leur succession, elle n'en est pas moins capitale, puisque avec la nature des groupes numériques, distribués entre les accents et par eux, intervient un élémentqui change le rythmedans sa couleur et ses nuances. 11 n'est pas indifférent qu'entre les accents le nombre des temps soit pair ou impair, que deux longues se suivent, qu'une croche remplace

(i) Dans le poème les stroplies métriques sont séparée; par des lai>srs il'nii mètre libre sur trois accents. (Voir I'Ai'pendice VII.)

une double croche, etc.. On doit donc attacher autant d'importance au jeu des muettes qu'à celui des accents. D'après certains, il n'y aurait pas lieu de s'en inquiéter, les différentes valeurs des e se distribuant d'elles-mêmes avec euphonie lorsque les accents sont bien placés. Cela revient à dire qu'intuitivement le poète qui sait son métier en résoud les problèmes dans l'exécution instinctive. Et c'est entendu, et l'on ne saurait trop le redire... Mais pour qu'il sache son métier, il doit d'avance se préoccuper autant des conditions organiques qui s'imposent aux sonorités diverses de Ve qu'à la nature de notre accentuation française, il doit composer autant avec les variétés numériques, particulièrement avec celles de Ve, qu'avec les accentuelles. Et c'est faute de ce double soin que tant de novateurs ont imparfaitement abouti, que les uns sont retombés dans la numération mécanique, que les autres en ne se fiant qu'à l'accent ont brodé sur le tissu de leur rythme des dessins trop lâches.

33. Précisons par quelques illustrations objectives. Le troisième vers de la « strophe » de M. Francis Vielé-Griffin:

— ■ w i^' — 'u — 'w — 'u — Comme sur l'herbe cette ronde de Jilles

est très curieux au point de vue du traitement des muettes en contradiction forcée avec la prononciation courante. « Comme », d'habitude, est un proclitique bref qui se lie invinciblement au groupe qui le suit, de la même manière, en dépit de notre orthographe, qu'au temps de Charles d'Orléans : >< Blanche com lys, plus que rose vermeille » ; la tonique rythmique « her ». très longue par position suffirait à ne pas tenir compte de la muette du mot « herbe >\ bien que celle-ci soit toujours très sensible, ainsi que cela se produit après des labiales ; « cette » est un proclitique, encore plus bref que «comme » et dont la muette moins influencée qu'après une nasale {m) ne se prononce guère ; Ve de « ronde » seul subit un traitement normal par son absorption naturelle dans la rencontre des deux dentales et d'un autre e. Or lisez :

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