TABLEAU D'UN ALPHABET PHONÉTIQUE
5i. La lecture analytique des sons da langage démontre qu'elle est impossible sans un alphabet moins rudimen taire que celui de l'écriture grammaticale.
Mais l'on sait qu'autant de phonéticiens, autant d'alphabets avec des caractères de toutes langues et des signes diacritiques d'un usage difficile.
Il importe que les poètes aient à leur disposition un alphabet pratique, tel qu'ils puissent le trouver chez tous les imprimeurs.
En même temps que les nuances, on remarquera les simplifications qu'entraîne l'écriture phonétique et combien ses moyens sont peu compliqués. Si le môme son ne demande jamais qu'un signe (k = choc, écho, quatre, kilo, grecque, axe [ks], etc. ; à = chant, champ, content, embaume, paon, Caen) il suffit de l'accent grave et de l'aigu pour nous donner les principaux intervalles des timbres. — La seule nouveauté apparente est dans le tilde ( >- ). Or son application aux nasales par l'abbé de Danjeau date du xvii'' siècle.
Des principaux sons et bruits qui sont employés en français, le classement le plus sommaire en dislingue l\2 : — 22 voyelles, 3 semi-voyelles ou voyelles consonnifiées, 17 consonnes.
Si on les dispose selon leur degré de sonorité, nous obtenons les échelles ci-après, du grave à l'aigu et des sonores aux sourdes.
Sur les 22 voyelles, iS sont pures et f\ nasides ; les <i [Jurcs » représentent trois gammes harmoniques (le latin et l'ilalicn n'en ont que deux) : une grave, une médiane vers l'aigu cl une aujuc.
(A lire dans le sens des flèches, de la grave à l'aiguë.
Voyelles pures
ù (pou)
û (pu)
i (pie)
u (pouce)
ii (pulpej
i (p/le)
ô (peau)
OB (peu)
é (lampe'e
o (porte)
CE (petit)
e (périt)
ô (port)
œ (peur)
è (père)
< à (pdte)
a (patte)
à (part)
Nasales
ô (pont) 4
è (pin)
œ [un)
à (chant)
Semi-Votelles
w (oui) y
(b/en)
w (huilej
Consommes
vibrantes :
nasales :
Sonores :
r (rond) 1 (p/aine) n (agneau) m (jamais) n (anémone) z (a.ur, rase) j {juge) — V lurent) — b (6as) — d (rfu) g [gorge) —
Sourdes
->- s (as) ->- c [huche) ->- f (./aon) ->- P ^pas) -^ t (ta) -> k (C07)
sifjlantes :
chuintantes fricatives :
labiales : dentales :
gutturales :
Le h pourrait être un signe d'aspiration, mais l'aspiration n'existe plus normalement en français.
Pour mieux se rendre compte de la nature des consonnes, il est bon de les prononcer avec la même voyelle : Fiœ, mœ, zœ, sœ, etc., . . .
Les oreilles non exercées ne distinguent pas qu'il y ail deux u,
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deux a, deux /; leur existence est prouvée à la fois par des mouvements articulatoires distincts, et par des nombres de vibrations marquant la difTérence des timbres.
06. On ne doit attacher aucune valeur excbisive aux sons de ces diverses échelles. Toute nomenclature est imparfaite, toute classification insuffisante. Voyelles et consonnes peuvent jouer le même rôle, et « les extrêmes seuls sont nettement séparés « (Rousselot). Il y a des sourdes en partie sonores, et des sonores qui s'assourdissent. La nature des voyelles n'est pas non plus toujours rigoureusement tranchée : il y a des 11 (ou) qui sont presque des 6 sans l'être encore, des ô presque des n. et vice versa, des u, des ce, etc. Pour ma part, je distingue en français bien d'autres nuances franches que celles retenues [)ar notre tableau. Mais de ce que toute classification est insuffisante, il n'en faut pas déduire comme certains qu'elle est aibilraire. Le choix des sons est juste, ijieri que réduit, autant que le système de leur enchaînement, et ce minimum renferme tous les timbres principaux suivant des échelles rationnelles.
07. M. Léonce Roudet, dans ses excellents Eléments de phonéliqiie générale, note ainsi (p. 58) les différents œ : « œ, pe»r, beurre, œ, neuf, bœuf; œ, bleu, nœud ; o-, premier (e muet) ».
Nous ne pouvons accepter cette notation. L'œ de neuf ei bœuf n'est pas un œ moyen, mais un œ ouvert, arrêté sèchement par l'explosion sourde de/, tandis que peur et beurre ont des œ ouverts que semblent prolonger les vibrations de /•. L'œ moyen très franc de premier ne peut être indiqué par l'affaiblissement ^r, ni être dit e muet, réservé aux cas où l'a' moyen perd de sa sonorité aux places finales ou médiales : pœlit"-, pœtit'-ment, (jui sans intention peut devenir: pœtit(œ)ment. (Voir I'Appendice IV.)