LA SCANSION DES DIPHTONGUES
61. La scansion des diphtongues est la grande chinoiserie de la versification française. Théodore de Banville, qui certes, était graphique par excellence, disait lui-même : «la règle n'est nulle part ; il faut s'en rapporter à ce fantôme masqué qu'on nomme l'usage. . . ; l'autorité des poètes peut seule faire loi en pareille matière ». Or cette autorité est très fantaisiste.
Les métriciens confondent des phénomènes divers. Par exemple, pour la diphtongue ia, ils la mettront sur le même rang dans des mots comme pri-a et di-adèmc. Dans pri-a il n'y a pas diphtongue, 1'/ est bien une voyelle franche, obligatoirement détachée par notre articulation ; qui ne voit que dans diadème il en est tout autrement ? Et en effet, 1'/ n'y est qu'une voyelle consonnifiée, c'est-à-dire une voyelle perdant de sa sonorité comme de sa durée et s'appuyant sur Va. Nous savons que le français possède ainsi trois semi- voyelles : /, ou, ii {y, iv, iû) qui donnent différentes diphtongues :
ia, iai, ié, iè, io, ion, ian, etc.
oua, oué, ouè, oui, etc.
lia, uai, uè, ui, etc.
Graphiquement nous avons aussi o, mais phonétiquement il devient ou : oa, oe (moelle). — Ronsard écrivait ?uouellc ; aujourd'lnii nous prononçons mwalœ.
6^. Ces diphtongues dans un débit lent, commandé surtout parle numérisme du rythme, peuvent être artificiellement dissyllabisés ; mais elles ne le sont jamais d'une façon constante, et la diphtongaison se produit aussitôt que la diction s'anime un