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LE RYTHME, SA NATURE EN FRANÇAIS; QUELQUES ERREURS

3. Insignifiantes sont ces conséquences tantque devant une suite de rythmes parfaitement mécaniques, on nous dit en général : voilà de l'excellent « vers libre », voilà de la composition rythmique ! Cela ne trompe personne: qui ne retrouve ses vieillescnnnaissances ? Cette erreur a été commise par M. Louis Mandin dans sa belle Etude sur les « Ballades françaises », lorsqu'il voulait répondre à M. André Beaunier touchant l'asservissement de M. Paul Fort à l'ancienne métrique. M. Paul Fort est un admirable poète; mais il ne sait pas ou plutôt il ne veut pas savoirce qu'est une composition rythmique. Il n'y a pasde poète historiquement traditionnel dont le ronronnement soit plus évident; ses poèmes sont des chapelets.

Ce balladier, comme La Fontaine, était « fablier », avait pourtant en lui le sens le plus juste des éléments rythmiques de la langue : une accentuation d'un relief toujours exact, une appropriation à l'accent des syllabes les plus savoureuses, une prononciation naturelle dont le tact parfait ne laisse presque jamais prise, par la place de l'accent même, à l'incertitude des muettes ou à des contractions peu conformes au mouvement. Hélas ! toute la justesse de ces éléments renforce une rythmique insupportable chaque fois qu'elle ne s'accorde point aux petits pas d'une gent trotte-menue et populaire. Cela arrive souvent pour notre plaisir; mais en ce cas même nous restons dans la métrique et dans l'ancienne ; la tricheried'une disposition en prose de versets ne peut tromper. Quel dommage que tant d'abondance, que tant de variétés d'une poésie merveilleuse soient entraînées comme st)us le cvlindro de la

stance ! qu'elles aboutissent à l'ensemble d'une œuvre d'art à la fois magnifique et bâtarde, — œuvre de transition d'ailleurs, comme tant d'autres de notre génération.

4. Les conséquences d'un examen critique nous valent autrement d'erreurs, lorsque les poètes abordent le détail de la technique. Mais il n'yaurait que demi-mal, si les analystes de profession réussissaient oii les poètes échouent. Voyons un peu. M. Michel Arnauld écrivait dans une discussion avec M. Henri (ihéon sur Le Vers Jrançais : « Entre nos poètes, ceux-là seulement sont qualifiés pour dire comment les vers libres doivent être écrits, qui ne laissent point le lecteur douter commentées mêmes vers doivent être lus ». Pardon ! les poètes ne sont-ils pas en droit de demander d'abord aux lecteurs s'ils savent lire ? exigence, je crois, naturelle, même si les poétesse trompent dans leur propre lecture.

M. Michel Arnauld, après cette phrase, ajoute en note: ((...(Prenons) les mots suivants :

Fluide et douce caresse de cendre bleue...

Cette suite de sons mélodieux est-elle un vers ? assurément. Ou plutôt — voilà ce qui m'inquiète ! — elle donne plusieurs vers à mon choix, selon la façon de déclamer. Dois-je prononcer les finales des deux mots douce et caresse ? en élider une seule ? ou bien toutes les deux? si je les ai supprimées d'abord, c'est que je ramenais à mon insu le régulier décasyllabe du Roland ou de Marot. Si je me décide à les maintenir, c'est qu'un vers de douze syllabes s'accorde mieux avec des alexandrins réguliers, qui précèdent ou suivent d'assez près. Mieux vaudrait que la coutume, sinon la règle du vers libre, m'imposât d'avance un parti. »

Cette note me suffit : je suis certain à présent que M. Michel Arnauld ne sait pas lire. Il n'entend pas le chant véritable du langage français; il n'entend qu'un certain nombre de refrains découpés par une tradition. Essayons de le démontrer en reprenant noire b, a, ba.

o. Devant toute ligne figurative d'un mouvement verbal quelconque, comment en reconnaître la nature rythmique? Parla place des accents. Mais que font la plupart des lecteurs ? Ilya d'abord

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