‹ Du rythme en françaisChapitre 3 sur 41 · LE RYTHME, SA NATURE ; QUELQUES ERREURS · texte numérisé non relu

LE RYTHME, SA NATURE ; QUELQUES ERREURS

ceux qui ignorent complètementquelefrançais possède un accent; et ceux-là se bornent à compter les syllabes sur leurs doigts, en les groupant par nombres symétriques: s'il y a symétrie, il y a rythme ; s'il n'y a pas symétrie, il n'y a pas rythme. D'autres connaissent l'accent du français, qui serait sur la dernière syllabe sonore du mol à terminaison masculine, ou sur l'avant-dernière du mot à terminaison féminine, ce qui est vrai lorsque le mot est isolé : a joyeux, joyeuse », mais ce qui n'est plus vrai dans un groupe : « joyeuse vie ». L'accent du français est en effet sur la dernière syllabe tonique du mot mélriqae. Lorsque, métrique ou grammatical, le mot a plus de deux, trois ou quatre syllabes, il porte toujours un second accent, le plus souvent sur l'antépénultième : « exlraordinaire, insupportable^ certain{e)ment, ct'rlain(e)ment non ». L'effet oratoire déplace parfois l'accent : « c'est horrible.')) mais beaucoup plus rarement que veulent le faire croire ceux qui s'obstinent à refuser au français une accentuation déterminée. La plupart du temps, cet effet renforce seulement la syllabe voulue aux places coutumières. Faute de connaître la nature exacte de notre accent dans le mouvement des mots, les seconds lecteurs ne savent pas s'en servir pour mieux découvrir que les premiers le jeu du rythme.

Au point de vue du mouvement seul, la nature de cet accent est double ; c'est d'abord un accent de durée, c'est ensuite un accenld' inlensilé.

Notre entendement dépend avec une telle rigueur des axiomes inlligés par la routine que jusqu'à ces dernières années je n'arrivais pas à reconnaître que l'accenl de durée est raceenl fondamental dujrançais.

Oui, comme en grec, comme en latin, comme sans doute dans toutes les langues du monde, le mouvement verbal est d'abord une succession de longues et de brèves; cl losj)reuves expérimentales sont faites qu'en français comme en lalin deux brèves équivalent à peu près à une longue. Comment pourrait-il en être autrement du moment (jue par la parole on agit dans le temps ? et comment n'importe quel mouvement verbal, étant une manifestation de la durée, serait-il isochrone ? échapperait-il à cette loi des ondes successives el ordonnées qui est celle di; tout ivtluue ?

12 DU RYTHME, EN FRANl.AlS

On sait que les théories scolaires établissent une sorte de divorce dans les langues anciennes entre leur mensuration et leur accenluation. Dans le latin, le parler populaire, qui a engendré les langues romanes, aurait été accentué, non mesuré, tandis que le parler savant n'aurait pas tenu compte en poésie des valeurs d'intensité ('). En réalité, aucune forme du latin ne pouvait échapper à ces deux phénomènes, qui peut-être se confondaient en un seul à double face, car on a cru pouvoir démontrer expérimentalement lidentité de la quantité antique et de l'accent dynamique de la phonétique moderne (-). Dans tous les cas, la force Ionique de l'accent rythmique dans le latin populaire n'avait fait que supprimer entre les longues un certain nombre de brèves contractées et, j)ar là, quelques figures trop comphquées. La mensuration était à la base du rythme même qui la dominait. Une forte était toujours une longue (sauf exceptions artificielles), et dans la versification savante une longue ou une brève pouvait souvent changer de valeur selon la place et le mouvement, comme en français. Phénomènes différents, mais concomilanls. la quantité et Vintensité sont inséparables ['^].

Jadis on se trompa. Les uns découvraient bien des brèves et des longues (trop souvent confondues d'ailleurs avec le timbre) (^) mais pour ne leur accorder aucun rôle ; les autres le fixaient dans le mot pris à part, le mot grammatical dégagé du mouvement émotionnel, des valeurs de position qui commandent toujours le français ; et ils croyaient décalquer des mètres anciens que le rythme véritable rendait inexistants. Des deux côtés l'erreur était capitale ; on ignorait d'abord Vaccenf propre de la lan-

(i) Quoique avec des restriclions et des nuances, nous nous en étions tenus encore à cette théorie dans Où nous en sommes, p. 67

(2) LiîoscE RoiDET, Eléments de phonétique générale, p. aSG (H. Wailer, éd. ii)'<^). (^oir I'Appendice \ . )

(3) « On a cru longtemps que le vers français se contentait d'un nombre fixe de syllabes avec la rime. Mais on sait aujourd'hui que sans rythme temporel le vers n'existe pas. » Uousselot, Principes de phonétique expérimentale (Welter, éd. 2 \o\, i()Oi-ir)08) T. Il, p. looi.

\li) Par exemple, l'a députe serait encore jugé uniformément long et l'a de patte bref, alors que l'un ou l'autre peut être bref ou long dans le mouvement de la phrase; mais a de pâte est un n qrave et a de patte un a moyen. — Les accents circonflexes, contrairement à l'opinion générale, n'apportent aucune valeur de durée, pas plus d'ailleurs que de timbre, à la voyelle qu'ils surmontent : l'a grave de pas peut être aussi long que l'a de pâte ou l'a aigu de part. (Voir I'Appendice VI.)

LE RYTHMi:, SA NATLRE ; QUELQUES EKKEUKS 13

gue, qui détermine des toniques et des atones, par conséquent le rôle entraîneur delà durée ioué par l'intensité, puis cette concomitance intime sans laquelle la nature de l'une ou de l'autre reste dans le mouvement faussée. Il est toutefois curieux de remarquer que la préoccupation de la quanlilé seule ou de la durée coïncida avec toutes les grandes époques de refonte poétique. Malgré leur méthode erronée, c'est par ce poids qu'ils cherchaient à donner aux syllabes dans une juste balance que les poètes de la Pléiade retrouvèrent une plénitude musicale qu'après la Poétique (1763) de Marmontel et la Prosodie (1736) de l'abbé d'Olivet, les lloucher et les Chénier surent reprendre.

( )uoi qu'il en soit, on arrive aujourd'hui à cette constatation : les figures rythmiques sont d'autant plus heureuses que les jeux des longues et des brèves ont été mieux choisis.

6. Voici donc le premier état du vers emprunté à M. Paul Castiaux et cité par M. Arnauld, vers qui peint la grâce d'un horizon aux faites vaporeuses :

Fluide et douce caresse de cendre bleue,

c'est-à-dire une succession d'ïambes parfaitement régulière. Mais cette succession ne nous donne que la trame du rythme; V intensité survient, qui frappe certaines syllabes pour composer les variétés passionnelles du mouvement, les ligures rythmiques définitives, et nous avons :

V\\xide et douce ca^resse | de cendre bleue, (*)

qui établit les balancements numériques peu compliqués de 2-l\ k avec une très légère pause après le sixième temps. Qu'avait besoin M. Arnauld daller chercher le souvenir du décasyllabe pour sentir le rythme excellent de ce vers ? et même un dodécasyllabe, comme si les concordances parfaites île ces ondes avaient besoin d'être alexandrincs pour s'appuyer au voisinage d'autres alexandrins ?

(1) Dans toute la suite de ces pages, les syllabes en italiques des cilulions marquent les accents d'intensité, les accents expressifs.

On pourra m'objecterque, cette scansion n'étant pas traditionnelle, le lecteur devra être prévenu, qu'elle ne s'impose pas, puisque sans elle il aura pu goûter tant de vers de la poésie française. Or c'est le mouvement naturel du langage qui l'impose, qui l'a de tous temps imposée plus ou moins consciemment à ceux qui savaient vraiment lire, à ceux même qui ne le savaient pas(').

7. Nous allons en fournir la preuve indubitable. Tant qu'on ne pouvait fixer dans l'espace pour un examen indéfini la fuite d'un mouvement, en particulier les multiplicités synchroniques des souffles et vibrations qui constituent la parole, cette preuve était impossible. Soit que le souvenir déformât à mesure les impressions de l'oreille, soit que l'oreille n'entendît que suivant les commandements de l'esprit, il était inutile de chercher à se mettre d'accord sur les phénomènes des sons dans la rapidité aux mille nuances du mouvement verbal. 11 n'en est plus de même aujourd'hui. On connaît (à vrai dire, très vaguement) les appareils d'analyse, qui servent aux découvertes de la Phonétique expérimenlale, cette science nouvelle aux ramifications si nombreuses et inattendues, créée par M. l'abbé Rousselot. Parmi ces appareils, dont les applications n'ont rien de commun avec les pauvretés d'un charlatan comme ce docteur Maragequi par son cours et ses réclames honteuses à travers la presse ignorante déshonorent la Sorbonne, il en est un, décomposant inscripteur et enregistreur des moindres traces du souffle et du son, qui oflre aux poètes un excellent moyen de contrôle ("-). Car il ne s'agit pas d'autre chose. Certains s'imaginent que je m'en vais fabriquer de la poésie au Laboratoire du Collège de France comme on recherche

(i) « Eii dehors de toute rectierche de l'harmonie et de toute préoccupalion oratoire, par le fait seul que plusieurs syllabes se succèdent les unes aux autres, il s'établit entre elles une succession de brèves et de longues qui constituent un rythme naturel ». I\(jusselot, Principes, T. II, p. 998.

(2) Voir mes études parues dans la Revue l'Occident, numéros de Septembre, Octobre, Novembre 1906 et Décembre 1907. — C'est dans ce dernier numéro que fut décrit pour la première fois le nouvel appareil enregistreur de M. Rousselot, qui par ses perfectionnements et ses dimensions permettait seul, depuis 1903, des études développées sur le rythme. (Au sujet de M. le D'' .Marage, voir I'Appendice VIII ; à propos de l'appareil Rousselot, voir I'Appendicf. i\).

LE RYTHME, SA .NATLKE ; QUELQUES EKKELRS lo

des formules chimiques pour créer de nouveaux parfums. Il importe simplement, par des agents automatiques indépendants de nos suggestions personnelles, de reconnaître la réalité des phénomènes harmoniques et rythmiques qui se produisent dans le chant des poètes. Seulement, il se trouve que plus on avance dans cette connaissance, plus la réalité élargit le domaine de notre technique en nous révélant combien vaines, trompeuses et grossières sont les règles officielles adoptées jusqu'ici.

8. Ce point clairement élucidé, reprenons notre exemple. Je le transcrivis sur une feuille de papier et, me gardant soigneusement de le lire comme de dire mes raisons, je le présentai à M. l'abbé Rousselot. Mon vénéré maître est l'expérimentateur idéal pour toutes les recherches d'une technique moderne. Son oreille, très aiguisée dans l'ordre delà science acoustique proprement dite, a été peu développée dans le sens de la plastique du rythme. Elle est restée serve d'une éducation classique, abstraite et fort rigide. D'une autre manière que AI. Michel Arnauld, ce n'est pas un lecteur très expérimenté ('). Aussi lorsqu'il eut ma feuille entre les mains et mis ses lunettes, il s'écria :

— Qu'est ce que c'est ({ue ça ?. . ça n'a aucun sens. . . ç.i. un vers ! . . . Je ne pourrai jamais dire ça. . .

— Bien, mon cher maître, c'est parfait!., vous êtes dans d'excellentes conditions pour l'expérience... Ça ?.. . dites-le tout de même.

Quand je revins pour déchiffrer l'inscription, il m'avertit :

— Je l'ai dit n'importe comment... Je n'ai même pas su ce que je disais .. c'était trop antipalliicpie... et ce (jue j'étais agacé!... puis l'embouchure ne marchait pas. .

Et il tint à mesurer lui-même les [)honèines des quatre tracés, les tleux siens et deux autres de M. Lote dont la (.liction avait été soignée.

Voici le résultat de la lecture analyti(iueavec le relevé pour chaque

(i) « Si mon oreille n'est pas encore laite an vers libre, je comprcnd.s cependant que pour d'autres le rylhnie puisse suffire. J'ai au moins paj^né ceci que les vers classiques dépourvus de rythme, m- >(iiit plus des vers [)i)ur moi ». HoussELOT, l'rincipcs, T. Il, p. lOgS.

CD

co

oc

in

CD

ZZ

CNJ

ce

iS

^in

CD

ce

ro

Cï

phonème de sa durée en centièmes de seconde. Les sons qui portent l'accent de durée sont en chiffres gras ; ceux frappés plus particulièrement de laccent rythmique d'intensité sont en gras italiques. (Pour l'écriture phonétique, voir TAppendice I.)

9. Nous laissons la ligne verbale dans sa continuité indéchirable. Nous ne totalisons pas certains groupes de chiffres par syllabes . Nous tendons de plus en plus à croire que, phonétiquement, pas plus que le « mot », la « syllabe » n'existe pas. (Voir I'Appendice II.) Ce n'est pas que les articulations ne produisent autour de certaines tenues sonores 2 G^i -i* des agglutinations précipitées que

î;^ l'oreille synchronise en grosses uni-

t^ y^ ^ tés successives, synchronismes flot-

"^ ^ tants f[ui sont dits m syllabes » ;

j^ Cl es cs) '*' mais dans l'analyse, dans la recher-

che du point rythmique déterminant, ce qui importe est la tenue "^ "" "" dite « voyelle » qui soutient le

îo !o « îo "^ plus grand poids de l'accent et qui,

rs lo <N ^ ..^ généralement, frappe par une hau-

teur musicale plus élevée. Les agglutinations des sonores et des sourdes ([ui se produisent autour de la voyelle et qu'elle entraîne fausseraient aisément la valeur rythmique de la durée. Ainsi les sourdes (/" : R, 2« ; k : L, 2^ ; s de sa : L, i'^ et 2') sont plus longues que l'rt, l'a ou (-y- I l'a. La durée de ces bruits ne me

CM 00 Cvj Csi

in

CM

OC

CN

en

en

LE HYTHME, SA NATURE; QUELQUES ERKEURS 17

paraît pas devoir être ajoutée à celle des sons ; elle ne s'y incorpore point. Le y notamment deJUl est comme une préparation du souffle avant l'éclatement du son. Quant aux sonores qui semblent pénétrer la voyelle d'une durée aussi longue que la sienne ou plus longue, il n'y a guère de pénétration réelle que pour les liquides (r, l) et encore ! — toutes les autres sont bien successives. Leur importance quantitative ne peut rivaliser avec celle de la voyelle qui la domine, même lorsque celle-ci est d'une durée moindre. La durée du son voyelle joue bien le principal rôle rythmique. Pour mieu.x s'en rendre compte, il suffît de dire les voyelles, avec le souvenir des autres sonorités détachées, dans le mouvement du rythme :

u £ — é ou a <■' — e an e eu

la figure du mouvement reste intacte. D'ailleurs, s'il n'en était pas ainsi, comment reconstituerait-on les mêmes figures rythmiques avec des syllabes dont la tenue « voyelle » est tantôt précédée, tantôt suivie, tantôt précédée et suivie d'une ou deux consonnes de toutes natures ?

10. Maintenant lisons. Que constatons-nous tout d'abord ? C'est, dans ces quatre dictions différentes, les involontaires de M. l'abbé Rousselot comme les étudiées de M. Lote, une similitude souvent absolue, ou à un centième de seconde près, des phénomènes. C'est ensuite une alternance exacte de brèves et de longues avec des rapports de temps considérables, et qui n'étaient pas nécessaires pour les rendre sensibles. Quelques centièmes de seconde suffisent pour que soit perceptible l'intervalle d'une brève à une longue ou d'une longue à une brève. (D'après \L Bourdon Cj, on commence à éprouver une sensation de durée à partir de i ou 2 centièmes de seconde). Puis la succession est parfaitement régulière des ïambes, telle que notre lecture l'avait déterminée. C'est enfin les mêmes syllabes (|ui sont frappées de r,n(('iil rytliniique ('fnolionnol sur la trame égale des ïambes et (juc ni.iKjue r;ill(>ngfment de la

(1) /.(/ percejition du li'iuji^, Rcmic pliilusoiiliiciuc, niai HJ07.

18 DU HYTHME, EN FKAiNÇAlS

durée, sauf dans les interversions légères de 28, ou de douce, par rapport à 26, è de caresse, (R, i") et de 2 5, l àe, fluide, à 3o, e de caresse, [K, 2*')dues à la négligence extrênfie de l'expérimentateur. Les deux fortes-longues principales sont bien ide et resse, et, seule différence entre ma lecture et ces dernières, tandis que je glissais sur douce et allongeais resse jusqu'à lui donner la valeur ^'ide et de bleue.

Fluide et douce caresse de cendre bleue,

MM. Rousselot et Lote ont été portés davantage par la cadence ïambique, (|ui les inclina à presque rythmer douce en le rapprochant de resse, sans donner à cette syllabe-ci une valeur égale à ide.

Or, il est bien évident que cette variante ne change rien à la figure générale du rythme.

La preuve me semble faite qu'une seule manière organique convient à la déclamation de l'exemple qui présentait tant d'incertitude à M. Michel Arnauld, et que cette manière s'impose par la simple logique de l'accentuation dans la lecture la plus inconsciente et la plus hostile. 11 est probable que M. Arnauld lui même n'eut pas lu autrement, sans qu'il eût été capable d'entendre sa propre lecture. Car dans la délicatesse de ces questions rythmiques, ce n'est pas tant le mouvement imposé qui n'est pas reproduit, que l'oreille qui n'est pas accordée à la réalité des faits.

1 1. Mal saisie, cette réalité cependant n'a jamais échappé aux véritables rythmeurs. L'accent réel du français ne fut pas méconnu de nos classiques. C'est en les analysant dans leur fonds véritable, non sur leurs apparences, que nous trouvons toutes nos assises.

Etudiant Le Mouvement dans la Poésie lyrique Jrançaise, M. Henri Ghéon citait des vers de La Fontaine, et il remarquait « la disposition variable des accents à l'intérieur des groupes syllabiques de longueur elle-même variable ». Mais je ne sais s'il fut frappé combien cette diversité reposait sur des mesures régulièrement alternées de longues et de brèves que pourrait nous

LE KVTHME, SA NATIKE; gUELOUES ERREURS 19

envier n'importe quel poète anglais ou allemand. Peut-on lire autrement qu'ainsi :

^ — ^-- - ^ - ^ -^ — Un loup n'avait que les os et la peau,

Tant les c/ij>n5 faisaient bonne gfarrfe. Ce loup rencontre un dogue aussi puissa/if que beau.

Gras, poli, qui s'était fourvoya par mégarde.

^' '^ — w — w w — L'attaquer, le mettre en quartiers.

Sire loup l'eut fait volon/i'er.f. . . etc. Et encore :

Un homme de moyen âge.

Et t'iraiU sur le grisou, Jugea qu'il était s&ison

w w — www —

De songer au maria^^e,

11 avail du comptant Et partant

Dequoi choisir... etc. . . (')

Dans la première citation, remarquez les correspondances

métriques, surtout de Tant les chiens avec Gras poli, puis du cinquième et du sixième vers ; dans la deuxième, l'alternance

11) Ces exemples que nous pourrions multiplier indéfiniment ne nous permettent pas d'accepter avec l'incidente soulipnôe par nous ce passage des Prinriju's (Tome II, p. looi), de M. Rousselol : c l.es langues prosodiques utilisent la quantité comme base de leur rytlin)i({ue. Les langues non prosodiques, comme le français, sans rechercher le rythme Icmiiorel. ne peuvent néanmoins s'en passer ».

M. Albert Thibaudet dans son étude sur Sli'fihane .l/(i//((r;at? indique très bien comment s'établit la « recherche » en art : <( Qu'il s'aftissc de rythme, de rime, de cou[)o. nous ne dirons pas d'abord que le poêle les a clierchés, mais seulement qu'il les a trouvés. Kt ensuite nous réllérhirons que trouver et chercher ne se séparent qu'à l'analyse et pour le langage, non dans la réalité ». {f.a Phalange, n° 55, p. 'io.)

presque rigoureuse des quatre premiers vers et la suite si exactement imagée par les pieds, aussi bien mesurés qu'accentués. Quant aux muettes de La Fontaine, ce n'est pas sa faute si la prononciation d'aujourd'hui n'est plus la sienne et si un hom{me] de, bonn.{e) garde, SLr(e) loup ne peuvent guère être syllabisés.

I -1 Revenons au vers de M. Michel Arnauld, en particulier à ses muettes. Alors elles sont supprimées? me dira-t-il. Oui et non. Qu'est-ce qui me l'indiquait ? l'élan naturel des accents d'abord, la nature des phonèmes dont elles dépendent ensuite, les sifflantes avec les vibrantes laissant fuir les muettes plus facilement qu'aucune autre. Pourtant ces deux muettes ne le sont pas également. Douce cares(se ne forme qu'un mot ; tandis que lorsque la muette est précédée d'un temps principal du rythme comme l'est rcs, ou simplement dune longue, elle tend à se prononcer ('), sans que même devenue syllabique elle change quoi que soit à la nature du rythme. Seulement, une syllabisation complète n'a pas lieu de se produire ici, parce que la muette en rencontre une autre et qu'en général, dans ce cas, un seul e garde sa valeur. A examiner le résultat de nos quatre tracés, l'œ moyen, dit muet, peut être l'objet d'observations curieuses. On remarquera qu'il n'est jamais absent du débit de M. Rousselot, bien que ce débit soit plus rapide que celui de M. Lote a'Soi-^ et 2"83i2 contre 3"6o et 3 4ô)f et dans le débit de M. Lote il n'est entièrement supprimé que dans la partie médiane du mot métrique douc[e) caresse. Nous sommes loin de la décapitation radicale de nos phonéticiens suivant l'école de M. Paul Passy. Et l'on ne peut pas dire que notre œ se confonde avec la sonore ou la sourde qui le porte : il en est parfaitement distinct. L'on ne peut pas dire non plus que sa durée est insignifiante, insensible à l'oreille ; plusieurs de nos dentales sonores, la première et la quatrième, ne sont pas plus marquées : ne sont-elles pas entendues? (■-)

(i) J'ai démontré le fait en 1903 (voir l'Occident, novembre) par une expérience que M. l'abbé Rousselot a retenue dans ses Principes de l'honétiqae expérimentale.

(2) Rappelons que la « valeur réelle wde l'a' moyen n'est point « méconnue

Page 1