‹ Du rythme en françaisChapitre 6 sur 41 · NOS FORMES HKINCIPALISS CONSCIENTES · texte numérisé non relu

NOS FORMES HKINCIPALISS CONSCIENTES

nisme à créer entre ce qu'on appelle prose et ce qu'on appelle vers . 11 n'y a pas une différence de nature entre la prose et le vers ; il n'y a que des différences d'états (^). La prose est langage, par conséquent mouvement, par conséquent rythme. Mais comment extraire de cette matière, pour constituer un art, une technique déterminée ? Par la mise en valeur d'effets conscients. Ce qui sépare du rvthme naturel du langage le rythme poétique est un état de conscience plus rigoureux, qui ne laisse rien perdre des figures vivantes de notre émotion.

'23. Ces figures du mouvement peuvent obéir aux états les plus divers, en imposant un ordre initial flottant ou resserré, selon la prédominance de l'abstrait sur le sensuel, de la période logique sur la période rythmique, selon la place et le nombre des accents principaux, selon la longueur du souffle commandé. Et en serrant de près la matière exacte d'une composition rythmique française, nous arrivons à cette formule d'ensemble dont on excusera le déroulement méticuleux, mais nécessaire :

Ls^^rythme verbal est un cqailihrc 'le sons, rte souffles et de bruits entre diverses durées articulatoires et expiratoircs, lesquelles comportent une alternance ou une succession de groupes numériques libres de brèves cl de longues. — puis, spécialement dans l'expression poélit/uc conscienle, de groupements plus ou moins étendus et avec plus ou moins de retours de ces groupes, déterminés les uns et les (Uilrcs par l'acrcnl Ionique d'intensité suivant le sens énwlionnel.

"ii. Si nous convenons d'appeler prose l'état le plus lointain de la subconscience oîi le langage ne garde que juste ce qui lui est nécessaire de vie rythmique pour être transmis, et si nous conve-

(i) oh nous en sommes, note p. i34.

Il ne faudrait pas rapprocher celte constatation do la plirase trop souvent citée de Mallarmé : " En vérité, il n'y a pas de prose il y a l'alphabet et puis des vers plus ou iimins serrés, plus on moins difTus. Tontes les lois qu'il y a effort au style, il y a versilicalion . » C'est trop dire ou pas assez ; cela prête à des confusions danf,'ereuses pour l'art de la composition rythmique dont les multiples élut^ n'existent qu'en détruisant la virtualité de la prose. — Lorsque je disais dans Où nous en sommes : « Le vers lihre ejt la parole même dans toute sa force d'oripine », je votilais dire est l'expressioii verhale ramenée au plus près de l'éniolion physiolcifrique primitive et de son mouvement naturel, avant toute détermination de la langue et de ses formes {générales, prose, vers. etc. . .

nons d'appeler mètre l'état le plus volontaire où une conscience trop étroite aura pétrifié dans une symétrie morte la mobilité des ondes, le clavier du poète devra s'étendre sur tous les états du rythme compris entre ces deux extrêmes. Toute manifestation tend à son extrême pour revenir à son point de départ. La joixjse tend au rythme, le rythme au mètre, le mètre au rythme {^}. En divisant notre clavier par parties générales sans valeur absolue, nous pouvons obtenir ainsi : i"Laj)ro5e rythmée, a" /e verset, 3" ta laisse rythmique, 4° /t* mètre libre, 5" le rythme strophiqae, 6° la strophe métrique, — progression continue des divers états conscients auxquels se prête le dynamisme du langage, sous l'impulsion expressive, spécialement poétique. Précisons ces états l'un après l'autre.

!:2o. La prose rythmée. — La prose rythmée est un état semiconscient, dans lequel une équivalence approchée entre les longueurs de l'expiration prédomine sur le jeu voulu des accents, qui intervient ou non de loin en loin. La période logique garde toute son autorité.

1° Simples balancements ou équilibres des mouvements respi-

ratoires ("-) :

La Morvande se sauua dans l'atelier de menuiserie de son hoinine. \ Elle s'étendit sur les copeaux et longtemps demeura sans rien dire. \ Du bran de scie se collait à son visage en sueur. | Machinalement d'un copeau elle se faisait une bague. \ Les yeux sers, elle poussait toutefois de gros soupirs tenant du san3/o<. |

Jules Renard. — Coquecigrues.

a** Equilibres analogues entremêlés d'un jeu d'accents :

Les paroles que j'adressais à cette femme auraient rendu des sens à la vieiUesse \ et réchauffé le marbre des tombeaux. \ Ignorant tout, sachant

(i) Dans tous les ordres du mouvement, quels que soient les phénomènes différents de la mesure et du rythme, la mesure du mètre est un rythme pai elle-même, et le rythme s'identifie à la mesure dans un grand nombre de cas simples.

(2) Par les syllabes en italiques qui marquent les accents du rythme, nous n'ayons pas retenu, jusqu'à ceux du mètre libre, tous les accents possibles, mais seulement quelques principaux Et il est bien entendu que ceux même qui sont marqués dans la prose rythmée, le verset et, la plupart du temps aussi, la laisse rythmique n'ont pas du tout la valeur qu'ils prennent à partir du mf-tre libre. Le véritable accent rythmique conscient dans les trois premiers états coïncide avec la barre d'arrêt du sens logique et de la reprise respiratoire.

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