‹ Du rythme en françaisChapitre 7 sur 41 · NOS FORMES PKINCIPALES CONSCIENTES · texte numérisé non relu

NOS FORMES PKINCIPALES CONSCIENTES

tout, I à la fois vierge et imanle, \ Eve innocente, Eve tom6ee, | l'enchan te re^se par qui me venait ma îoUe \ était un mélange de mystères et de passions. | Chateaubriand. — Mémoires d'Outre-tombc.

26. Le verset. — Le verset est la J or me métrique de la prose rythmée. Sans poursuivre non plus les images étroites de l'accent, il ramasse et balance davantage des périodes brèves. Le verset est la stancc de l'abstrait.

i^ Equilibres entre plusieurs équivalences inégales :

Jadis j'ai vu mon père et ma mère, | votre père aussi et votre mère, Goût fontaine', | paraître sur l'échafaud ensemble, \

Ces quatre figures saintes à la fois qui nous regarrfat^«<, | liées comme des \icdmes\'\ mes quatre pères et mères que l'on a abat/ifs" | l'un après l'autre sous la hache ]'']

Et quand ce fut le tour de ma mère, \ le bourreau roulant autotir de son poing la queue de cheveux gris, \ lui tirait la tète sous le couteau. \

Paul Claudel, L'otage, se. I. {')

2» Equilibres par deux équivalences presque égales :

O Georges, quoi de plus clair qu'un voleur \ et que veux-tu savoir encore ? |

HeurcH.r'qui a quelque chose à donfit-r, | car à celui qui n'a pas on ôtcra même ce qu'il a. \

Heureux qui est dépouillé injustemt'»/, | car il n'a plus rien à craindre de la jus</'c<'. I

Celui qui n'accepte pas le mal, \ comment recevra-t-il le bien ?. . . |

Paul Claudel, idem .

27. La laisse rythmique. — .1 la différence de la prose rythmée et du verset, la laisse cherche consciemment la conlinuUc dans les équivalences du soujjle expiraloire, mais sans ramasser les périodes logiques. Elle ne prétend à aucune combinaison systématique de l'accent. Elle va de l'abandon le plus allongé jusqu'à toucher le mètre libre et le rythme slrophiquc.

1° Equilibres abandonnés sur la plus grande longueur dune haleine.

Commandements de Dieu, vous avez endolori mon <'ime. \ Commandements de Dieu, sercz-vous dix ou ringt ? | Jus'/u'où rétrécirez- vous vos limites? |

Enseignerez-i'0((.s' qu'il y a toujours plus de choses défenc/ucs ? | — De nouveaux chàti;)ic/i(.-; prorais à la soi/] De tout ce que j'aurai trouvé beau sur la terre ? | Commandements de Dieu, vous avez rendu malade mon dnie. \ Vous avez entouré de f/nirs les seules eaux pour me désaltérer. | Anuri'; Gide. — Les Nourritures terrestres.

(i) La Xouvclle lievue française, i"-'' Dec. lo"^"-

34 DL" KYIHME, EN FKANCAIS

a^quilibres plus fermes sur des longueurs moyennes .;

Il n'évoquait celui d'aucun fruit de nos terres ; 1 11 rappelait le goût des goyaves trop mûres, \ Et la chair en semblait pass(*e ; | Elle laissait après làpreté dans la bouche ; | On ne la guérissait qu'en remangeant un fruit nouveau ; \ A peine bientôt si seulement durait leur jouissance | L'instartt d'en savourer le suc ; | 0 Et cet instant en paraissait tant plus aimable |

Que la fadeur après devenait plus nauséaèofide. | La corbeille fut vite vid^e. . . | Et le dernier nous le laissâmes | Plutôt que de le partager... |

André Gide. — Idem.

3° Equilibres assurés par des moyennes égales liées de rimes :

L'abbesse pâle et frêle lui disait, ainsi, | En lui nattant le cou de sa main posée, | Le rêve rêveur de son ancien souci : | « Bel ours, ma vie et la tienne sont mêmes. | Et c'est pour cela que je t'aime et tu nf aimes. | Je vivais aussi dans le calme des bois, \ Dans le vert donjon de mon père, ami ; | Nul bruit de guerre n'y mettait l'émoi. | Et il n'est pas de nuit où je n'aie dormt, [ Calme auprès de ma mère a moi : i Toi, lu vii'ais dans la forêt bleue, | Dis-moi, bel ours, tu vivais heureux .3 1 — Et elle lisuit dans ses yeux lei'e's | Le calme rèee de la foret. |

Francis Vielé-Griffin. — L'Ours et l'Abbesse.

28. Le mètre libre. — Le mètre libre recherche le même balancement, souvent renforcé de la rime, entre les temps du souffle, mais en rendant cette équivalence tributaire d'un nombre fixe d'accents rythmiques indépendant du compte des syllabes. — Suivant les ~cM£nces de la rime ou le plus ou moins d'accord entre les figures numériques, le mètre libre peut rejoindre la strophe.

lO Mètre sur quatre accents :

Si ce sont eux, je rallumerai la flamme du foyer |

Pour que s'y c/iau/fent les pauvres que personne n'a choje's, |

Et la porte ouverte a leur soif et à leur faim, \

Je leur verserai le vin et je leur briserai le pain |

iusquà ce que les huches soient vides et les verres pleins. \

Stu.\rt Merrill. — Les Quatre Saisons. Les Poings à la porte.

2° Mètre sur trois accents :

.\insi soit-ii, pauvre femme sanglante. |

.NOS lOHMKS PHLNCIPALES CONSClliiNTES '.V6

Qu'une sœur, qui sait ta noire histoire pleure, | Ce soir de brises légères et de fleurs, | Comme si elle \oulait par un chaslc marc/i^ | Porter à Dieu le poids de tes péchés . I

Stuart Merrill. — Idem. A une prostituée.

3" Mètre sur trois accents distribué par les périodes et par les rimes en strophes :

Le soleil léger, si dépouillé, de ['aiiilomne \ Sourit dans les collines de vignes : | Le sol, que le gel va reprendre, sonne, \ Et tout le pays est en molles lignes. |

Les maisons basses, aux longs loits penchés, en tuiles \

Que le temps lit de m-aticre précieuse, \

Sont assises dans leurs jar(/(as, loin des villes, ]

Si quiètes d'être eujin silencit'Kses. |

Elsa KtEBERLÉ. — Cunol . (')

Nos poètes n'ont pas très bien compris les ressources de cette forme; ils en ont usé très rarement, et mal. M. Stiiait Merrill, qui est plus métricien que r\ thniicien. et qui la cuiplovée à peu près seul d'une façon systématique, l'a insuffisamment dégagée trop souvent d'un syllabisme artificiel.

29. Le rythme strophique. - La prose rythmée, le verset, la laisse rythmique ne s'occupent ([u accidentellement des combinaisons de l'accent : chacun de ces modes les laisse se perdre dans le courant du soufjïe ; dans le mètre libre l'accent précise seulement des équivalences approchées. Le rythme strophique a pour caractère principal de mettre en relief les moindres imarjes du mouvement par toutes les formes temporelles et intensives de l'accent, par les fujures numériques i/u'it compose, par les plus fities ress(nirres de l'harmonie. — Jusqu'ici les équioalences respiratoires dominaient le rythme, maintenant le rythme commande à la respiralion. — Le rythme strophique ne constitue pas toujours à proprement parler une strophe ; il participe de la laisse, lor.'iqu'il s'allonge, et que se.'< cadenas sont plus lointaines, du mètre lihre lorsquauec des accents en nombre fixe l'expiration s'éqalise.

(i) l.(t l'hulange, jo \ov. iijio.

36 DL" KYTHME, E.N FKANÇAIS

i" Rythmes strophiques allongés (^).

w L/ — ^ — \j — w — Mélissa, que pensais-<u de moi? 3+4-2

— Ixmpériale (^) et nue — 0 + 2 Lorsque sans diwet à ma lèxre émue, 1-4+3-2 J'éleua; sur l'orgie inattenhuc 3-3-4

Ma voix bègue et sans art 3 + 3

Avec sa parole hâtive 5-3

Où la syUabe s'embarrasse, 4-4

Arrà'e tard a + i

Après le rire qui léger, la dépasse, 4+3-3-

Se re/ourne et VACcable ? 3-3

Je m'éiafs dressa au bas boni de la table, 3-Î+3-3

Appuj^, fébrile, au pilier proche ; 3-2+4

Un buveur, g/abre, vautré à ta gauche, 4+2-3

Dans une ma/^diction sonore ; 1-3-2-2

— ww — ^ ^ ~ w —

Lança sa coupe demi-pleine encore 4 + 3-2

De vin lourd et de bave ; 3-3

Elle m'attei;7;i(7 au front, tranchante comme un glaive, 4-2-f-2-4

v/— www— 'OW — ww —

Mê/an< sur le laur/er ironique et diuin, 2+4-3-3

Dont m'aya("<affu6/e' telle de tes esciai'es, 3-3-1+4

Le sang au vin, a-2

Sa bassesse à mon rêve. 3-3

Francis Vielé-Griffin. — En Arcadie, le Rêve de Mélissa.

(i) Quand les syllabes en italiques qui portent l'accent du rythme sont terminées par des « muettes » en caractère romain, c'est que ces muettes se prononcent plus ou moins, c'est qu'elles comptent dans la figuration du mouvement. Dans les mots non frappés d'accent rythmique, la muette compte ou non. suivant qu'elle porte ou ne porte pas le signe de la durée.

Les chiffres en marge indiquent les groupes numériques composés par l'accentuation intensive, en italique, qui donne la variété du rythme. Le chiffre suivi d'une croix est celui dont la dernière unité porte l'accent intérieur le plus fort ; c'est celui dont la figuration est la plus importante pour les rapports des groupes d'une ligne à l'autre dans leur déroulement strophique.

Cette notation est sommaire ; elle ne serait complète qu'avec la mise en valeur des à la ligne, des blancs^ des pauses dont le rôle rythmique considérable a été jusqu'ici tout à fait négligé par les techniciens.

(:>.) Voir pour le traitement des diphtongues I'Appendice IH.

NOS FORMES PRINCIPALES COiNSClENTES

En ce soir de printemps mouillé,

de si loin que m'arnï'e sa uague liède, w — v^ — w — de /fi Orient chéri,

regretta. . .

^ — v^ w — de tel que je reue. . .

du fond de tant de jarc/ins inconnus,

mieux fleuris

SOUS une plus pleine lumière,

de tous les paradis perdus

de la terre...

w — je dis :

« Soit !

arômes vertigineux,

haignez-moi !

— 1^ ^' — donsez pour moi

la danse bleue des seshias

forune des pa/mes

Henri Ghéon. — Foi en la France.

2» Strophes proprement dites .

•^ W — ^'— WW— — \J L/ —

1 Vos chansons, dit-i/, mon enfant, tournent dans l'air

D'un souple vol Aisé,

Comme sur Vherhe cette ronde de filles ;

Ton art est joli, frêle et trop faci/e :

Ta rime sonne à peine comme un baiser ;

— V — ^— Ta muse est trop a^i/e

A fuir vers les saules. »

\J \J — — W — \J ww —

Je l'écoutais, car j'aime sa paro/e

Et son esprit subtil.

Fbancis ViELÉ-GniiHN. — En Arcodie, La Coupe.

(i) La .\ouvelle fievue française, /''>■ /'ni//et IVIO.

Aspiretelle, émule des sœurs Piérides,

au grand sourire d'UramV ?

La folle .' elle est faible, {ayante, moTtelle. . .

— — w — ww — w —

Mais l'Of's .' elle lutte, elle agjie ses ailes

WV^ — W 'U 'U U'W —

et s'élance dans l'ombre aux erroHtes images

w — w — ww — w —

%t plane, et iuite de l'aik encore

— — — KJ \J — 1^— W >o' —

vers la nue et le vide xertii/e et l'espace

où se brise soudain son essor. . .

Albert Mockel.

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