‹ Du Saint-Gothard à la mer (volume 2)Chapitre 11 sur 75 · V CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

V CHAPITRE PREMIER

Diverses étymologies du nom du fleuve : Rhoda, Rhodanusia, *Po5àvo;, Rhadini, Rad-an, Eridanus. — Source du Rhône. — Glacier de la Furka, son aspect et ses abords. — Cascade de glace. — Sources thermales du Rhône. — Oscillations du glacier actuel. — Glaciers alimentaires du bassin du Rhône; leur nombre, leur superficie, leur volume. — Comparaison avec les glaciers alimentaires du Rhin, de la Reuss, de l'Aar, de la Limmat, du Tessin. Profil en long et profil en travers de la gorge du Valais. — Cluses et seuils. — Roches morainiques. — Villages valaisans. — Affluents latéraux du Rhône : la Massa, la Viège, la Dransc, etc. — Avalanche du glacier de Getroz. — Gorgre du Trient. — La plaine d'alluvions entre Saint-Maurice et le Léman. Régime torrentiel du Rhône et de ses affluents. — Action du fœhn sur la fusion des grl^^ers ; son origine ; son passage sur les chotts de la Tunisie et de l'Algérie. — Inondations du Valais. — a Correction » du Rhône. — « Correction n des torrents latéraux. — Résultats obtenus par Tendiguement du Rhône et de SCS affluents, c-boulements des montagnes. — Cirques d'érosion. — Avalanches de rochers. Ecroulement de la Dent du Midi. — Ancien écroulement de la ville de

osition stratégique des principales villes du Valais. — Premières populations historiques de la Suisse. — La ville et le monastère de Saint-Maurice d'Agaune. La. légion thébéenne. — L'abbaye de Tarnaïas ; son ancienne opulence ; sa décadence. — État actuel.

des

^^s noms géographiques sont de vrais documents; et l'étude

'^ots est souvent le seul, presque toujours le meilleur guide

P^ur Ceux qui cherchent à pénétrer les obscurités de la préhis-

'"^- Nlalheureusement, on ne connaît rien ou à peu près rien de

^^is sur Torigine du nom du Rhône.

^ sait cependant qu'il existait, il y a deux mille cinq cents

ans environ, sur la partie du littoral de la Méditerranée comprise entre Marseille et Barcelone, deux colonies grecques qui i>ortaient les noms de Rhoda et de Rhodanusia.

La première, Rhoda, Rhode ou Rhodos, paraît avoir été fondée par les Rhodiens chassés de Sicile vers Tan 578 avant J.-C. (i). Elle occupait la position de la ville même de Rosas, située un peu au delà des Pyrénées, au fond du golfe du même nom. La petite échancrure de Rosas est commandée au Nord par le cap de Creux, dont la saillie marque la frontière franco-espagnole. Rhoda se maintint florissante jusqu'à ce que les Massaliotes, devenus les maîtres de la ville phocéenne d'Emporias (EjxTropiov ou E/xiroput, aujourd'hui Emporias en Catalogne) , en eussent fait une sorte de succursale de cette dernière colonie, dont le nom seul (èf/iirôpcoy, marché, entrepôt) suffit pour rappeler l'ancienne importance commerciale (2) . La colonie grecque de Rhoda, ainsi située en dehors des limites de la Gaule, de l'autre côté de la chaîne ibéro-gallique, ne pouvait avoir aucune relation directe et continue avec 1^ vallée | du Rhône.

Celle de Rhodanusta, au contraire, était dans Testuaire même du fleuve. Scymnus de Chio dit que l'un de ses bras la traversait; ce devait être vraisemblablement le plus occidental, celui qui se déversait par l'embouchure que Pline appelait la « bouche espagnole », os hispaniense (3). Sur l'emplacement de Rhodanusia s'éleva plus tard la petite ville de Saint-Gilles du Gard, aujourd'hui presque morte, et qui fut, pendant tout le moyen âge, Tun des ports les plus vivants et les plus prospères dans l'intérieur de la lagune du Rhône (4) .

(i) Dom Cl. Devic et dom J. Vaissette, Ilisi. gèn, de Languedoc, t. I, note £. M.

(2) Strabon, Geogr., 1. III, c. iv, 8, et 1. XIX, c. 11, 10.

(3) Libyca appeliantitr duoejus ora modica : ex his alterum Hispaniense, alUruni Metapinum, tertium idenique ampîissimum Massalioticum, (Plin., Hist, natur., 1. III, v.)

Voir les cartes anciennes du littoral du bas Rhône, les Portulans du quinzième et du seizième siècle. — Cf. Ch. Lenthéric, Les villes mortes du golfe de Lyon. Paris, 1876.

(4) Ei in ascendendo per Rhodanum itur ad civitatem bonam Arckiepiscopalem,

Les Massaliotes furent les fondateurs de Rhodanusîa comme ils l'avaient été de Marseille; mais la petite colonie n'existait déjà plus du temps de Pline, qui semble même la confondre avec son homonyme Rhoda de l'Ibérie et en attribuer également la fondalion aus Rhodiens.

Il est cependant assez difficile de dire si c'est le f!euve qui a pris le nom de la colonie, ou si c'est, au contraire, la ville qui a pris le nom du fleuve sur les bords duquel elle était bâtie.

Les navigateurs grecs avaient souvent l'habitude de donner la mÉme désignation à la ville, au pays et au cours d'eau qui les travsisait; et il est à peu près impossible de savoir lequel des trois avait lapriorité. C'est ainsi que, sur la même côte méditerranéenne, lAude, l'ancienne Alax, la Tet, Tetis, le Tech, Tuhis, ont été désignes pendant longtemps sous les noms Aejluvius Narbo, fluvius Rgschus, fluvius îUiherris, que portaient égalemetit les villes Marchandes situées sur leurs bord-s et presque à leurs embouchures : "arbo, Narbôn, Narbo Mariius , aujourd'hui Narbonne; Ros- ^"tno, Caslel-Roussillon près Perpignan; Illiberris, aujourd'hui *^'ne. L'Êbre lui-même, Jberus, le plus grand fleuve des Pyré- **^s, ne devait son nom qu'au peuple ibère (lE/ifoi) que Polybe place au Nord-Est de la péninsule appelée déjà de son temps

4icilMt Atles-le^lanc ; tt in aicmdtnda SMpeti^s ftr cumdem fiuvium, ilur P"fr Sanctitm ^gidium; tt in atcendendo siifierius ptr tumdem, fiuvium ilur ad ^"nan âvitatfm çutt dicïliir Lyon-su t-le-Rhfine. — (Rqgehi de Howedem, Attno'

Il en ceitain que, outre la ville d'Agde, ît y avait une autre ville grecque

»»*«i<< Vit le bord occidental du Rhûne appelée Shode, ce qui a donné lieu à

Pline (t. m, v1 et à saint Jérôme ll'raf. in lib. 2, Epist. ad Galalas) de croire

que les Rhodiens en avaient 6té le« fondateurs. D'autres (Marcien d'Hfraclie,

Et- dcByiuice, de Urb.) croieqf, avec plus de fondement, que cette ville de

Rkodeoi la même que Rhodattusia, située sur les bords du Rhâne, dont quel-

([Miincicas font mention, et où les Marseillais Établirent une de leurs colonies.

Hètattét éoii aussi une autre colonie grecque, située à l'embouchure du RhAne,

«♦ qui fiit détruite, ainsi que celle de Rhode, avant le temps de Pline. On conjec-

tunijue c'est sur les ruines de la première que la ville de Saint-Gilles a été

"l* \Hi,l, gfn. de Languedoc. I. I, c. v.)

^"'t Biiclorii tl Htraelaiam oppidum in BitioRhodaHi fuisse . (PurJ., I, lIT.c. v.) "nr GuiHEn-Dt.'iiAND, Iiucriplioni grecques trouvées à Sainl-Gilles. (Mémoire* '^''Académie du Gard. 1868-1869.)

ribérie. Quoi qu'il en soit, il y a une corrélation étroite entre le Rhône et la ville maritime de Rhodanusia. Le port et le fleuve portaient le même nom ; ils le tenaient incontestablement l'un de l'autre, et ce nom devait avoir une commune origine.

Cette origine a été bien souvent discutée ; et les étymologistes se sont donné, comme toujours, libre carrière.

Adrien de Valois (i) pense que le nom de Rhodanus avait été attribué au fleuve par les Massaliotes pour rappeler la rapidité de son cours. C'était le fleuve impétueux par excellence. Certains commentateurs ont même cru devoir inventer le mot grec poJcEyoç, « rapide », qui n'existe dans aucun dictionnaire, et qu'ils font naturellement dériver de péco, « couler, rouler ».

L'érudit Bochart (2) a été bien autrement ingénieux; et très préoccupé de l'idée de trouver une étymologie orientale à un fleuve qui, dès les premiers âges de la civilisation, a été l'une des principales routes suivies par les navigateurs de Tyr et de Carthage, il a cherché à voir dans le nom de Rhodanus une corruption du mot arabe rhadtnt, qui, d'après lui, signifie a jaune ». Pourquoi jaune? On serait tout naturellement conduit à rattacher cette qualification à la nature même des eaux troubles du fleuve, dont la couleur ocreuse est duc aux limons apportés en grandes masses par ses affluents latéraux, l'Isère, la Drôme, l'Ardèche, la Durance; mais cette explication eût été trop simple, trop naturelle, et n'aurait pas eu une physionomie assez scientifique. Bochart a imaginé mieux. Les Gaulois, dit-il, qui occupaient les rives du fleuve avaient tous d'abondantes chevelures rousses; et cette couleur fauve, tout à fait caractéristique des habitants de la Vcdlée du Rhône, devait naturellement servir à désigner le grand fleuve de cette « Gaule Chevelue », Gallia Comata, qu'on appelait quelquefois « la blonde Gaule », Flava Gallia (3). Il est. inutile de discuter la valeur d'aussi ingénieuses interprétations.

(i) Adr. de Valois, Notitia gall. in voce Rhodanus.

(2) Sam. Bochart, Fhaleg., Lugd. Batav., 1712; Lipsi», 1793-96.

(3) E. Levasseur, Esquisse de l'ethnographie de la France. (Journal offici* 28 octobre 1880.)

IBTl'ftONH ALPESTRE ET LE VALAIS. 147

Après avoir cherché dans le grec et dans l'arabe l'étymolc^e lin des plus grands fleuves de l'ancienne Celtique, c'était bien le moins qu'on interrogeât sur place la langue même des premiers Gaulois. Toutefois, il est assez difficile de savoir au juste quelle était cette langue; et, à vrai dire, on n'en connaît que quelques vocables assez incertains. On sait que les érudits modernes ont entrepris, dans ces dernières années, l'étude laborieuse de la langue celtique ou gauloise. Le problème est ardu; car, en dehors de quelques mots gaulois isolés, dont les auteurs classiques, Tlte- Live, Pline, etc., nous ont donné la signification ou !a traduction, on ne connaît qu'un très petit nombre d'inscriptions authentiques; et rien n'est moins satisfaisant que les essais d'interprétations plusieurs fois proposées (i). Aucun terrain étymologique n'est semé de plus de pièges que celui de la langue celtique, sur lequel s'engagent, de ta meilleure foi du monde, un certain nombre desavants aventureux. Nous n'aurons pas la témérité de les suivre, et laisserons aux a celtistes » l'honneur et la responsabilité de leurs interpré tatio n s r

On croît cependant que le gaulois, comme tous les idiomes néoceltiques, descend d'une langue primitive qui a dû être celle des premiers ancêtres de toute la race avant son fractionnement préhistorique en diverses branches, dont l'une s'est répandue sur \e territoire de la Gaule.

Cette ancienne langue n'aurait été elle-même qu'une sorte de de la langue aryenne, qui s'est peu à peu éloigné de son et s'est étendu vers l'Occident et vers l'Europe; et les istes n'hésitent pas à affirmer qu'elle devait se rapprocher des deux plus anciens idiomes connus, le sanscrit et le zend, ainsi fit de la langue des Aryas tout à fait primitifs (2) .

Nous n'aurons garde de nous engager dans des dissertations P*^ trop nuageuses; nous rappellerons seulement que tous ceux

. ") Voii Ch. Le»tr£ric, La Grict el l'Orirnt en Prinenct (chap. x ec pièce I '^"^^ive VII doDDUiC la traduction de que]ques inscriptions gauloises con- **»'■ Piris. 187S.

"J A, Picrcr, Essai sur Us inscriptûnu gauJoises. Paris, iBâ;,

qui étudient, avec plus ou moins de succès, les différents dialectes qui ont pu être parlés, plusieurs siècles avant notre ère, dans l'Europe occidentale, s'accordent, en général, pour attribuer au vieux mot celtique rhedeg la signification de « couler avec impétuosité »; et l'une des étymolc^es qu'ils ont le plus volontiers donnée au Rhône est rhed-an ou rhod-an, « qui-court-eau, rapideeau ». D'après Zeuss (i), le radical celtique reth, ramené aux formes primitives red^ ret, aurait donné naissance au cymriquc rhedu, a courir », et à l'armoricain ret^ « course »; d'où le qualificatif redan, retan, rodan, « rapide », dans lequel on reconnaît toutes les variantes usitées dans les vieux manuscrits pour désigner le fleuve, Rodanus, Roze, Rode (2).

C'est la même racine qu'on retrouve dans le nom du char gaulois par excellence qu'on appelait la rheda ou reda, et qui s'est maintenue à travers les âges dans plusieurs idiomes locaux de l'Irlande, des Vosges, du Jura (3) [rette, « chariot », patois du Jura) . Il n'est pas d'ailleurs sans intérêt de remarquer que le Rhône a porté, pendant longtemps, le nom générique d'Éridan^ qui a été appliqué à beaucoup de fleuves de l'Europe, notamment à l'Elbe, au Rhin, au Pô, à la Vistule, et dans lequel il est aisé de retrouver les mêmes radicaux caractéristiques, er ou ar^ rid ou red, qui ont contribué à la formation de tant de noms de fleuves et de rivières : le Rhône; le Rhin] VÈbre; la Saône, « ^rar ■; l'Isère, « Is^r»; l'Hérault, «^rauris»; l'Orbe, a Orhis»; l'/irve; l'^rre, etc., etc.

En somme, le nom du Rhône, comme celui de beaucoup de cours d'eau, est un nom générique et paraît avoir été formé, dans le principe, pour rappeler l'allure torrentielle des eaux. Dans l'état actuel de nos connaissances philologiques, il est difficile d'en dire plus ; et le plus sage est de s'en tenir aux indications générales et un peu vagues que nous venons de donner, et de

(i) Zeuss, Grammatica ccîtica, pass.

(2) Roger de Belloguet, Ethnogènie gauloise, pass.

(3) Gluck, Keltischen Namem, pass.

P. V'iAL, Chemins, habitations et oppida de la Gaule au temps dt Char, op. cit. Besançon, 1862.

laisser le champ libre à Tesprit d'invention des chercheurs d'étymologies.

Ce caractère torrentiel du fleuve, que l'ancien nom même du Rhône rappelait aux premières populations de ses rives, l'aspect de sa source l'explique en partie et peut même le faire pressentir.

Les anciens ne semblent pas d'ailleurs l'avoir exactement connue, et la source du Rhône n'est mentionnée dans les textes classiques que d'une manière assez vague. C'est sur la croupe Sud-Ouest du Saint-Gothard, dans une gorge dénudée et sauvage, qu'il faut aller la chercher.

Comme tous les grands fleuves alpins, le Rhône naît d'un glacier. Ce réservoir suspendu au col de la Furka est appelé tantôt « glacier du Rhône », tantôt « glacier de la Furka ». Ce col est bien en réalité une véritable fourche, furca^ par laquelle on débouche sur le haut plateau d'Andermatt, carrefour central de la Suisse, conduisant à la fois dans les vallées du Rhin, de la Reuss, du Rhône et du Tessin. Le glacier du Rhône est abrité, du côté du Nord et de l'Est, par les hautes crêtes qui dominent le plateau d'Andermatt. Quoiqu'il présente une étendue relativement faible (vingt-trois kilomètres carrés environ) , si on la compare à celle des g^nds glaciers d'Aletsch et de Chamonix, c'est incontestablement un des plus beaux glaciers des Alpes. Il offre surtout l'avantage incomparable d'être abordable à tous avec une extrême facilité. La route carrossable de la Furka, qui est l'une des grandes routes de poste de la Suisse, le contourne sur plusieurs kilomètres, serpente le long de ses rives; et le voyageur peut appuyer son bâton ferré sur les dernières ondulations de la nappe de glace presque sans quitter le fond de sa berline.

Le glacier du Rhône se divise en deux parties superposées, très distinctes Tune de l'autre, et séparées par une splendide cascade de glace qui n'a pas sa pareille dans les Alpes accessibles au com-

mun des touristes. La partie supérieure du glacier, longue de huit kilomètres environ sur une largeur qui varie de mille à quatre mille mètres, est un des types les mieux caractérisés du genre appelé « glaciers réservoirs ». Elle remplit un vaste cirque, dominé de tous côtés par de hautes cimes, le Furka-Horn, le Galenstock, le Rhonestock, le Schneestock, le Gerstorn, dont les altitudes atteignent 3,600 mètres, et pénètre comme un coin dans le cœur du Gothard entre la source de l'Aar et la source de la Reuss. C'est là le véritable bassin de réception du glacier du Rhône, immense champ de glace à la surface et sur les rives duquel les neiges s'amoncellent pendant huit mois de l'année, se transforment d'abord en névés, puis, sous l'influence de la pression de nouvelles couches de neiges superposées, deviennent de plus en plus compactes, se soudent en assises de glace et finissent par s'incorporer au glacier lui-même (i).

La masse entière du glacier supérieur descend d'abord lentement sur une pente douce et régulière; mais bientôt le fleuve solide se rétrécit et se trouve resserré entre deux étaux. Le fond de la gorge qui lui sert de lit change brusquement d'inclinaison. L'équilibre est alors rompu. Il se forme une énorme cassure. A l'écoulement régulier de la masse glaciaire succède tout à coup un chaos indescriptible. Tout le glacier se disloque pour passer sans transition à un niveau inférieur; et, sur trois ou quatre cents mètres de hauteur, il présente un admirable enchevêtrement de

(i) Les champs de neige qui se trouvent au sommet de tous les glaciers et qui recouvrent en hiver tous les reliefs des Alpes sont des amas de neige fine, cristallisée, dont l'éblouissante blancheur conserve toujours un mat caractéristique. Une très légère couche superficielle exposée au soleil se fond lentement; l'eau de fusion s'infiltre dans les pores de la masse neigeuse, pénètre ainsi profondément dans la glace et s'écoule par-dessous ; mais pendant la nuit une grande partie du liquide se congèle de nouveau ; et le résultat de ces fusions et de ces regels alternatifs est de donner h. la masse entière un état intermédiaire entre la neige et la glace qu'on appelle « névé ». Ces névés s'éboulent et s'écrasent sans cesse sous leur propre poids ; ils tombent en poussière granuleuse qui se resserre et se condense de plus en plus ; sous l'influence des regels successifs et de la pression des couches de neige supérieures qui alimentent sans cesse le glacier, ils finissent par se souder et se transforment peu à peu en glace de plus en plus compacte. C'est ainsi que se forment les grands fleuves et les grandes mers de glace des régions supérieures.

blocs étincelants, d'aiguilles resplendissantes, de grandes masses pyramidales aux formes étranges, aux couleurs irisées, aux reflets d'aigue-marine, entre lesquels s'ouvrent béantes des crevasses aux parois lisses, dont l'approche présente toujours de réels dangers. Au-dessous de cette cascade de glace dont aucune parole ne saurait rendre l'incomparable grandeur, les débris entassés des blocs écrasés dans leur chute se soudent de nouveau. Le glacier se reforme sur un deuxième plan incliné; il s'élargît, s'arrondit en coquille, coupé de larges crevasses longitudinales qui rayonnent autour d'un point central, et, semblable à un immense éventail, étale sur le sol, en forme de segment circulaire, ses dernières franges d'argent. Au bas de ce segment, qui est le véritable front du glacier, s'ouvre une grande voûte qui donne passage à un torrent impétueux.

C'est là que commence le Rhône liquide.

Sous la coupole de glace qui lui sert de berceau et dont les parois se brisent et se reforment tous les jours, coulent les eaux de fusion du glacier principal et d'un autre glacier secondaire, — le Mutthom, — dont le cirque croulant et dénudé domine à droite le col de la Furka. Les eaux du Mutthorn passent mfime en tunnel sous la coquille du glacier du Rhône et sont en réalité le premier affluent du grand fleuve à peine sorti de son enveloppe solide. Deux ou trois autres ruisseaux provenant aussi de la fusion du glacier glissent à sa surface, le contournent sur ses rives et viennent se joindre au courant principal. Le Rhône est dès lors formé et traverse en serpentant le lit dévasté du glacier.

Rien n'est plus désolé que ce sol mis à nu, formé de galets et de sable fin comme de la cendre, blanchâtre, onctueux, presque savonneux, à peine verdi çà et là par quelques touffes d'herbes. Cette maigre prairie, encaissée entre des falaises abruptes et dénudées, est criblée de débris rocheux de toute taille et de toute forme, noirs, rugueux, couverts de taches lépreuses, de mousses et de lichens. De distance en distance, des flaques d'eau grisâtre, des amas de boue grasse, résultant de la trituration des roches par le frottement du glacier. Tout a été brisé et réduit en poudre.

Aucune végétation ne peut se fixer sur ce sol désagrégé et mobilci que le fleuve de glace, dans ses oscillations périodiques, a déjà recouvert plusieurs fois et peut envahir de nouveau d'un jour à l'autre, sans qu'aucune barrière puisse lui être opposée.

C'est qu'en effet tous les glaciers sont animés de mouvements de progression et de recul. Sans remonter à l'époque glaciaire, qui marque l'apogée de leur développement, nous les voyons, annudlement ou par série d'années, marcher tantôt en avant, tantôt en arrière, oscillant ainsi autour d'une moyenne que nous ne connaissons pas parfaitement, et obéissant très certainement à des lois rhythmiques qui nous échappent. Ce mouvement de va-et-vient est le résultat de la fonte du glacier à sa surface et à son extrémité inférieure, combinée avec l'augmentation incessante de son volume par suite de l'accumulation des névés à sa partie supérieure.

Le glacier s'alimente et se recharge de nouveaux éléments par le sommet; il se résout en eau et s'appauvrit par le bas. Si 1'^ port supérieur des neiges l'emporte sur la fusion inférieure, le glacier avance, et rien ne peut l'arrêter; les forêts sont ensevelies, les roches latérales striées et polies, le sol nivelé et réduit en poussière. Dans le cas contraire, le glacier recule et met à nu son lit dévasté et stérile.

Comme la plupart des glaciers des Alpes, le glacier du Rhône est, depuis un demi-siècle environ, dans une période de recul. La résultante de tous ses va-et-vient, de toutes ses oscillations, a été une marche en arrière intermittente, coupée de quelques retours offensifs, mais très nettement accentuée, et qu'on peut évaluer en moyenne à treize mètres par an. Aujourd'hui, le front du glacier est à sept cents mètres environ du petit pont établi sur la route de la Furka, qui traverse le Rhône naissant, à quelques pas de l'hôtel connu de tous les voyageurs, Gletsch-HôteL C'est là que se trouve la moraine terminale du glacier dans son état actuel. Une deuxième moraine se dessine très nettement à trois cents mètres en avant; elle date de 1856. Une autre plus rapprochée encore se rapporte à Tannée 18 18 ; et ces dates ont pu être relevées assez approximativement, soit d'après les témoignages des

habitants, soit d'après les dessins de quelques explorateurs de l'époque. Depuis 1874, les glacialistes du canton de Vaud ont observé avec le plus grand soin la marche rétrograde du glacier. Une couche de couleur noire a été passée chaque année sur les principaux blocs morainiques ; on a ainsi dessiné sur le lit abandonné par le fleuve de glace une série de courbes qui représentent les limites annuelles de l'épanchement glaciaire. On pourra ainsi, dans quelques années, calculer le taux moyen du recul ; mais on ne peut rien conjecturer sur le taux d'avancement, si, d'une année à l'autre, le glacier vient à progresser. La moraine terminale, qui se trouve aux portes mêmes de l'hôtel, indique seulement qu'à une époque relativement récente le glacier s'avançait jusque-là ; et on s'est quelquefois demandé si cet hôtel n'est pas destiné à être, dans un avenir plus ou moins prochain, emporté par un retour offensif de la coulée glaciaire.

On peut toutefois se rassurer. A moins d'un cataclysme que rien ne fait prévoir, ou d'un épanchement de glace hors de proportion avec tous ceux qu'on a observés depuis le commencement du siècle, cet accident, qui aurait pour résultat de couper la route de la FurWa et de fermer les communications de la vallée supérieure du Rhône avec le haut plateau d'Andermatt, ne se produira pas.

En voici la raison.

Il existe, à côté même de l'hôtel, un jaillissement très abondant d'eau thermale que les guides et les touristes regardent souvent comme la source même du Rhône, tandis qu'ils ne donnent presque jamais ce nom au torrent d'eau de fusion qui s'épanche du glacier lui-même et qui est bien en réalité la source du fleuve. Ce jaillissement continu d'eau chaude, en plein pays de neiges et de glaces, avait été déjà signalé par de Saussure; il avait frappé de tout temps l'imagination des habitants de la contrée ; et on attribuait même plus d'importance à ce ruisseau fumant qu'au cours d'eau principal dont il n'est qu'un affluent. La température de cette eau a été mesurée par de Saussure, qui a relevé 14 degrés 1/2 Réaumur, soit un peu moins de 18 degrés centigrades. De nou-

velles expériences ont été faites en 1870 par le professeur Q. Dufour; il a trouvé 17 degrés 9. La température est donc constante depuis près d'un siècle, et elle se maintient telle pendant tout le cours de l'année. Quelques autres petites sources thermales jaillissent dans le voisinage, se réunissent au ruisseau principal et accusent une température un peu plus élevée, — 19 à 19 degrés 5 (i). — Toutes ces eaux ont été utilisées pour des bains et différents usages domestiques ; mais, ainsi que le fait remarquer ingénieusement M. Dufour, il arrivera peut-être un moment où elles pourront rendre des services d'un autre ordre. L'hôtel est à une distance assez faible du glacier. Cette distance était de 612 mètres en 1870, de 280 mètres en 1856, de 180 mètres seulement en 18 18. Rien ne s'oppose à ce que, d'un moment à l'autre, le mouvement de recul ne vienne à s'arrêter et ne se transforme en mouvement de progression.

Lorsque cette marche en avant commencera à devenir inquiétante, il sera facile de l'arrêter en déviant la petite rivière d'eau chaude et en la dirigeant sur le front même du fleuve de glace. Bien que le point d'où jaillissent les sources thermales soit un peu plus bas que celui où l'eau devra attaquer la coulée de glace, il sera très aisé d'établir une force motrice avec les eaux mêmes du Rhône, et de faire remonter le courant d'eau chaude jusqu'au glacier, dont il attaquera et fondra l'extrémité au fur et à mesure de son avancement. Les blocs de glace ainsi désagrégés tomberont dans le lit du Rhône et viendront se perdre dans les régions inférieures.

C'est peut-être le seul exemple dans le monde d'une source thermale émergeant au pied même d'un glacier et pouvant ainsi opposer à la marche du redoutable envahisseur une limite infranchissable.

La vraie source du Rhône est donc le glacier lui-même, et non les trois ou quatre fontaines thermales qu'on a quelquefois bapti-

(i^ Ch. Dufour, Sur la iempératiire de la source du Rhâne. Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, vol. X. Lausanne, 1881.

sées de ce nom. Inutile de dire que les géographes classiques n'avaient que des notions assez confuses sur l'origine du fleuve. Strabon, le plus exact de tous, dit assez sobrement que le Rhône sortait, comme le Rhin, des flancs du mont Adulas (i). L'Adulas était le Saint-Gothard. Ptolémée donne sa longitude et sa latitude avec une certaine approximation (2). Mais Festus Avienus l'appelle, on ne sait trop pourquoi, « la Colonne du Soleil », columna solts. a Le fleuve, dit-il, sort de la bouche béante d'une caverne, et il est navigable à sa naissance même et dès son apparition. » Festus Avienus, qui, pour un géographe, avait très peu voyagé et ne connaissait pas du tout les grandes Alpes, a été évidemment mal renseigné (3).

Pline dit simplement qu'il s'échappe des Alpes (4) ; et Ammien Marcellin, qui a voulu préciser, se trompe en le faisant naître dans les Alpes Pennines, c'est-à-dire dans la chaîne du Saint- Bernard (5). Dans leur description poétique, Silius Italicus et Avienus ont cependant indiqué, avec raison, que le fleuve sortait du massif neigeux des Alpes (6). Mais tout cela est, comme on le voit, assez vague; et il est évident qu'aucun des géographes anciens n'avait exploré le massif du Gothard; ils s'étaient tous probablement bornés à le regarder de très loin, et leur imagination a fait tous les frais de leur description.

(i) ^ 'ASovXa; tô ôpo; £$ où feî xaî 0 *Py5vo;.

(Strab., Geogr., IV, vi, 6.)

(2) 'AîouXaç ôpo;, 29** 30' — 45" 15'. (Ptolem., II, ix, 5. Cf. III, i, i.)

(3) Effusus ilîe, et ore semet exigens

Hiantris antri, vi truci sulcat sola, Aquarum in ortu et fronie prima naviger, At rupis ilîud erigentis se latus,

Quod edit amnem, gentici cognominant

Solis Columnam

(Fest. Avien., Or. inar., v, 639-644.) (4"^ Ex Alpibus se rapiens. (Plin., III, v, 2.)

(5) A Pœninis Alpibus effusiore copia fontium Rhodanus fluens.

(Amm. Marcell., XV, XI, 16.)

(6) Aggeribus caput Alpinus et rupe nivali.

(SiL. Ital., III, 447.) Nivosum in auras erigunt Alpes jugum.

(Fest. Avien., Or. mar., v, 635.)

Ne nous montrons pas cependant trop sévère envers eux. L'un des plus brillants esprits du dix-septième siècle ne nous a-t-il pas dépeint la source du Rhin, qui est analogue à celle du Rhône, comme il l'aurait fait d'une jolie rivière de Normandie ou de jardin anglais, se frayant un passage à travers les roseaux et murmurant doucement dans une verte prairie émaillée de fleurs (i) ? Des roseaux sur un sol de granit, au milieu des glaces étemelles, à 2,500 mètres au-dessus du niveau de la mer !

D'une manière générale, on ne doit pas considérer le glacier du Rhône comme la principale source du fleuve, et il faut envisager le phénomène de plus haut et dans son ensemble. Le glacier que nous venons de décrire n'est pas le seul réservoir qui écoule ses eaux dans le fond de la vallée. Il n'est ni le plus haut ni le plus vaste. C'est seulement celui qui se trouve le plus au fond dans le grand couloir du fleuve ; et c'est de cette situation qu'il a pris le nom, à l'exclusion de tous les autres, de « glacier du Rhône ».

D'autres réservoirs alimentaires du fleuve ont une bien autre importance.

Nous avons dit que le glacier du Rhône n'a que 23 kilomètres carrés de superficie. Presque à côté de lui, le grand glacier d'Aletsch, suspendu aux flancs des massifs de la Yungfrau et du Grimsel, a une longueur de près de 24 kilomètres et une superficie de 150 kilomètres carrés. Le calcul approximatif de sa masse a donné 22 milliards de mètres cubes de glace (2); et cet immense réservoir n'est encore qu'un des éléments de l'alimentation du fleuve.

Le long sillon du Valais, creusé au cœur même des Alpes, orienté presque exactement de l'Est à l'Ouest, mesure, en effet, près de quarante lieues depuis les pics neigeux qui dominent le

(i) Ah pied du mont Adule, entre vit lie roseaux,

Le Rhin, tranquiiie et fier du progrès de ses eaux. Appuyé d'une main sur son urne penchante. Dormait au bruit flatteur de son onde naissante.

(BOILEAU, Ép. IV.)

(2) ZuRCHER et Margollé, Z^« ^/ariVri. Paris, 1875.

col de la Furka jusqu'aux rives verdoyantes du Léman. Ce sillon, le plus long, le mieux dessiné de la Suisse, est bordé de deux chaînes escarpées qui se détachent toutes les deux du Gothard : au Nord, les Alpes Bernoises; au Sud, les Alpes Pennines. La vallée, resserrée entre ces puissantes murailles, atteint à peine une lieue dans sa plus grande largeur.

Les Alpes Bernoises courent presque parallèlement au Rhône qui baigne leur pied. La chaîne méridionale des Alpes Pennines s'écarte, au contraire, graduellement du fleuve, s'arrondit en arc de cercle et le rejoint ensuite. Des deux côtés se dressent les plus hauts sommets des Alpes : la Yungfrau, le Finster-Aarhorn, le Simplon, laGemmi, le Mont-Rose, le Cervin, le Mischabel, dont les crêtes supérieures dépassent toutes quatre mille mètres. A leurs cimes resplendissent au soleil des amas de névés étincelants. Des deux côtés du vallon s'ouvrent seize vallées latérales, trois dans la vallée septentrionale des Alpes Bernoises, treize dans la chaîne méridionale des Pennines, sans compter les petits couloirs secondaires. Ces vallées écoulent dans le thalweg principal les eaux de près de quatre-vingts affluents, dont quelquesuns, comme la Viège et la Dranse, ont, en temps de crue ou de débâcle, une importance plus considérable que le Rhône luimême. Dans ces gorges, les unes boisées, les autres abruptes, s'entassent 257 glaciers; et 30 petits lacs aux reflets d'acier sont enchâssés dans des cirques de rochers souvent inaccessibles.

Ces neiges et ces glaces font à tout le pays une ceinture immaculée. Tous ces glaciers avancent ou reculent tour à tour, poussant devant eux, avec une irrésistible puissance, leurs moraines frontales, précipitant leurs avalanches de neige, de glace et de rochers , et remplissant comme des coulées de lave les vides ouverts devant eux au-dessus de la vallée.

L'ensemble des glaciers dont les eaux de fusion s'écoulent ainsi dans le torrent troncal du Rhône, n'a pas moins de 1,037 l^ilomètres carrés (10,000 hectares environ), d'après les calculs laborieux entrepris par la Commission fédérale d'hydrométrie de la

Suisse (i). Soixante et un de ces glaciers ont une surface supérieure à quatre kilomètres carrés ; 196 ne sont que des réservoirs secondaires dont la superficie est inférieure à ce chiffre.

(i) Le tableau suivant donne la surface des glaciers du bassin du Rhône :

kil. car.

Glacier du Rhône 23,30

— de Viesch (du Valais) 36,37

Grand glacier d'Aletsch 103,78

Glacier d'Aletsch du milieu 10,56

— du Geisgrat 4.36

— du Beichfîrn et d'Aletsch supérieur 29,06

— du Jœgi 8,42

— du Gerentrhal 7,38

— de Gries 9,87

— du Haltenwasser 5,22

— du Fletschhorn 5,40

— du Trift 8,57

— du Rothblatt 4,93

— du Seewinen 4,08

— du Schwarzenberg 9»44

— d'AlIalin 1 2,27

— de Fée 22, 19

— du Gassenried 10,20

— du Hohberg 4,54

— du Mellichen 4,20

— de Fendelen 20,10

— du Gorner 22,90

— du Monte-Rosa 6,60

— de Grenz 14,20

— des Jumeaux 4,70

Glaciers noirs 5,50

Petit glacier du mont Cervin 5,30

Glacier du Théodule supérieur 10,35

— de la Fourgon 7,40

— de Z'mutt, Tiefenmatten, Stock et Schœnbûhl 23,70

— du Trift près du Gabelhorn supérieur 6,70

— du Hohlicht 11 ,60

— de Bies 5,80

— d'Ahnen et de Lœtschen 14.27

— de Jaîgi, près du Breithorn 4,70

— près du Lœtschenthalgrat 18,00

— du VVildstrubel et du Lœmmern 22,60

— du Wildhorn (de Dungel) 6,60

— des Diablerets (de Sanfleuron) 13,00

— Turtmann 21 ,00

— du Weisshorn 6,15

— de Moming 8,70

— de Durando-Zmal Z9f09

En groupant ces glaciers par bassins, on a obtenu la classification suivante :

kil. car.

Glacier du Rhône et de ses petits affluents jusqu'à Viège 289

— du bassin de la Viège 302

— du bassin de la Dranse 1 54

— des petits affluents de Viège à Saint-Maurice 281

— des petits affluents de Saint-Maurice au Léman 11

Total 1 ,037

Cette répartition ne peut être, bien entendu, qu'approximative ; car il faut tenir compte, d'une part, de la difficulté et souvent même de l'impossibilité absolue d'approcher de certains glaciers, de relever exactement leurs contours et de se mouvoir à leur surface ; d'autre part, de ce fait que la surface des glaciers peut varier, d'une année à l'autre, d'une manière assez sensible par

kil. car.

Glacier de Moiry 8,70

— près de la Dent-Blanche (à l'Ouest) 8,05

— de Ferpeck 11,10

— du Mont-Miné 13,20

— d'Arolla 11 ,70

— de Vuibez 8,60

— du Grand-Désert 6,50

— de Durand ou Cheillon 9,30

— de Getroz 7,10

— de Brency 14,10

— d'Otemma 24,70

— du Mont-Durand 11,10

— de Zessetta 6,00

— de Carbassière 21,90

— de Laneuvaz 7 ,50

de Saleïnoz 12,60

— - du Trient 8,00

— du Buet 4,64

Total 797189

'^^'Xquels il faut ajouter 196 glaciers qui, ayant moins de 4 kilo- ^""^s carrés de surface, ne sont pas spécialement mentionnés ci-

^^^s et qui ont ensemble une surface de 239,38

^*"face totale des glaciers dans le bassin du Rhône i ,037,27

^**. DuFOUR, Dimensions des glaciers du bassin du Rhône, d'après les recherches , C^ommission fédérale d' hydromel rie. (Bulletin, n° 64, de la Société vaudoise

*^*ences naturelles, vol. X, année 187 1.)

suite de leurs mouvements progressifs ou rétrogrades. Telle quelle, cependant, elle peut donner une idée suffisante de Timportance du bassin d'alimentation du Rhône supérieur, depuis le Gothard jusqu'au lac de Genève.

On a trouvé intéressant de comparer entre elles les surfaces des glaciers et des bassins correspondants pour les principaux fleuves qui naissent du Saint-Gothard.

Le résultat de cette comparaison a été le suivant (i) :

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