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1 A„g{„sh)
) PrM(iHcia) GiflUia).
is bM en lettres moDumi-ntale« :
TRfw PKOV,«C.AE].
Voir pièce juMificative XVI,
César parle des anciens péages de la Saône, qui donnaient lieu à de fréquentes contestations entre les peuples riverains, les Séquanes et les iEdues ; et ces conflits sont un indice de Timportance de la navigation à l'époque de la conquête (i).
Depuis longtemps, d'ailleurs, les trafiquants phéniciens et les marchands grecs de Marseille fréquentaient le Rhône et la Saône. La légende d'Hercule, qui attribue au demi-dieu bienfaiteur et conquérant la fondation d'un comptoir au Mont-Auxois (Côted*Or) , sur l'emplacement où devait s'élever plus tard TAlesia celtique (2), suppose évidemment l'existence d'un centre de population dans la haute vallée de la Saône, au pied même des coteaux ondulés où se trouvent aujourd'hui la gracieuse petite ville et les bâtiments hospitaliers d'Alise-Sainte-Reine.
Deux ou trois cents ans après, les Grecs d'Ionie reprenaient, pour leur propre compte, les voyages effectués par les commerçants de Tyr ; et l'on sait que la colonie grecque de Marseille fut greffée sur un ancien comptoir phénicien. A partir de ce moment, ce furent les marchands massaliotes qui donnèrent à la navigation du Rhône son plus grand développement.
Le fleuve, en effet, par sa direction du Sud au Nord, parle nombre de ses affluents à peu près navigables, était, en réalité, la route la plus sûre et la plus facile pour pénétrer au centre et au cœur de la Gaule. Les Massaliotes faisaient en grand, avec leurs innombrables petits bateaux, le commerce de l'étain de Bretagne ; et de très bonne heure ils avaient préféré le chemin du Rhône au trajet maritime par le détroit de Gadès (Gibraltar), trop long et surtout encombré par la concurrence des colonies carthaginoises. Ils remontaient ainsi le courant, soit à l'aviron, soit à la voile, le plus souvent en halant leurs embarcations. Us faisaient alors un transbordement, traversaient avec des chariots la partie centrale de la Gaule, et reprenaient ensuite le cours de la L®ire, de la Seine et du Rhin, qu'ils descendaient jusqu'à leurs
(i) 'a).).' ÊTCÉTeivs T^v e/Opav r) toO TcoxajxoO Èplc toO SisipyovTO; aOtoùc Ixaf^pow
èôvo'jc à;ioOvToc Etvai TÔv 'Apapa (Strab., Gèogr., 1. IV, c. m, 2.)
(2) DiOD. Sic, IV, xxiv. — Voir première partie, ch. 11, p. 65, notes.
tE CONFLUENT DU RHONE ET DE I.A SAONE. 361
Tel était, d'après César, l'aspect général qtie présentaient les tribus de la Gaule. Le peuple n'avait pour ainsi dire pas d'existence propre. Courbé sous le joug d'une double puissance militaire et religieuse, ÎI ne prenait aucune part à la vie publique. Sa condition était presque celle des esclaves.
Les Ségusiaves étaient l'une des soixante peuplades de la Gaule Chevelue et l'une des vingt-trois tribus de l'ancienne Celtique ou Lyonnaise, lis appartenaient à la clientèle des jCdues {i) ; car les petits et les faibles, à ces époques de guerres permanentes, étaient absolument obligés pour vivre de se mettre à la suite et prescjue en servage chez les puissants et les forts.
La Ségusiavie occupait à très peu près toute la portion de l'ancien diocèse de Lyon située sur la rive droite de la Saône, et une petite partie de celle qui est située sur la rive gauche. César dit implicitement qu'elle était limitrophe de la province romaine {2). En s'aidant des textes de César, de Strabon et de Ptolémée, il est assez facile de retrouver la configuration et les limites exactes de ce petit pays, borné à l'Est par le cours du Rhône et de la Saône, à l'Ouest par la haute chaîne des montagnes de l'Auvergne, au Nord par le territoire des v^dues, au Sud par celui des Allobroges (3). Le nom de la peuplade a été altéré dans la plupart des maouscrits des géographes classiques (4) ; mais il a pu être rétabli
■.t l'organisation de la Gaule Chevelue h l'époque de !a conquËte . Paris, Pion, 1865.
(I) ImprraHl ^duU. algue earum ciientibus, Seffusiavis. Ambiravelis. etc
(C«s., Bfll. Cuil.. 1. VII. Lxxv.)
<a) /Eduis Srgusiavisque. qui mnl finitimi frovincia. (Ces., Bel!, Call.. i. vu. LXIV.)
(3) Stkab.. I. IV, c. m. — Auc. Bernard, Mimoire sut les origines du Lyen- HmU, c. II. Soc. des anliq. de France, 1846.
(4) On connaît les diverses variantes : Seguiiavi. Secusian!, Seculiani, Sebu- Ëtûni, St^sianl, Seccusiabbi, Ergasiavi. Ettgasiavi, ItfJiiiiivoi, latYTDOÔSot. Zn«-jai£voi. Ir.Yoniîivoi, "ETSuoiircoi, TiTOUo-iàvoi, etc. — Voir les divers manuscrits cités par At;n, Beuxard, of. cit.
- CHAPITRE QUATRIÈME
trr^s esactenient , grâce à plusieurs monuments êpîgraphiques, dont l'autorité ne saurait être infirmée.
La première découverte du nom des Ségusiaves a été faite assez loin du paya qu'ils habitaient. C'est un ex-voto adressé aux nymphes bienfaisantes de Bagnères de Luchon par une femme ségusiave qui s'appelait Cassfa Tovta (i). Les eaui des Pyrénées étaient, on le sait, très fréquentées, non seulement par les patriciens et les colons aisés, mais par toutes le classes de îa population gallo-romaine; et le nombre de bains et de sources dites « de César n que l'on retrouve dans touts tes stations thermales de la Gaule et surtout des Pyrénées est une preuve de la vogue de ces établissements au premier sifde de notre ère.
Plus tard, en 1846, un habitant du petit village de Marcicç, situé à sept kilomètres environ de Feurs. l'ancienne capitale do Forez, trouva, en faisant creuser son champ couvert de nitoes romaines, une plaque de bronze sur laquelle le nom du penpic s^usiave, CIVITAS SEGVSIAVOBVM, Se Usait en très beaux canBtères du second siècle (2) ,
-A. BeR.VABD, of: l
De BoiSSIEv, Stucripl. ani. lie Lyon, r
«, Cd*
qul doit se lire, en réparant l'oubli du mot 5acehdotal[ ajouté apris coop fort maladroitement par quelque artiste de village : 5c.r((ol Jt(l\i virio sactrdolali) civilaliis\ SeguslavBrium) afpBTÎtoTes lib(enl, lus. Arda. Cellinus, Casur{nHS. Atlieus.
<r A Sextus julius Lucanus, duumvir sacerdotal de la cité des Ségniim,
Tittius, Cocillus, Arda, Ccttinus, Casurinus, Atticus, appariteun alTrasclùs. > — (Db BoissiEU, iHscr. aiit. de Lran, c. in.)
Les mata <■ citf desSégu.siaves ■> désignaient, bien entendu, le peuple s^iisi»*
Une autre lecture du même nom a été faite sur un magnifique oc provenant des démolitions du vieux pont du Change, à Lyon, ir la Saône, et conservé aujourd'hui au palais des Arts (i). Que 5 bloc ait appartenu à un monument funéraire, comme on Ta cru Lielquefois, ou qu'il ait fait partie, ainsi que le pense M. de oissieu, d^un groupe d'inscriptions accolées, rappelant les titres DHorifiques de plusieurs personnges d'une même famille, d'un léme collège, ou ayant eu entre eux des rapports de fonctions et e dépendance, peu importe ; l'inscription est parfaitement nette ; le mentionne l'existence d'un certain PVBLIVS MaglivS PriSlANVS, auquel est associé le nom celtique de Pâma, déjà connu es épigraphistes (2), et suivi de l'indication caractéristique de la
Gaule Chevelue », Très Galliœ ou Très Provinciœ Galliœ, à iquelle appartenait le peuple des Ségusiaves.
Le même nom , quoique très mutilé , a été retrouvé sur un •agment d'inscription d'une vieille rue de Lyon, — la rue des 'landres, — et rappelle les titres d'un autre Gaulois ségusiave du cm de CvLATVS ou Caivs Vlatvs (3).
>ut entier, et non la ville de Feurs qui en était la capitale. Chez tous les auteurs Qciens, et particulièrement dans les Commentaires de César, le mot civitas s'en- ;nd toujours d'une nation. Ce n'est qu'à l'époque de la décadence, et par une érivation de son sens primitif, qu'il servit à désigner d'abord la ville capitale, uis toute ville un peu considérable, et qu'on appela dès lors une « cité >». — \. Bernard, op. cit., c. m.)
(1) P . MAGLIO . PRISCIAN
SEGVSIAVO PATRI . PAMAE . PRISCIAN
///LIAE
ui doit se lire : P{ubHo) Maglio Priscian{o) Segusiavo patri Pâma Priscian{a)... Très Provinciœ Gat)lia.
(2^ MURATORI, DCCCLXX, 3.
CVLAT ASPR SEGVSIA // HONO ///
FV CVL.\TI
(J. Spon, Recherches des antiquitis et curiosités de la ville de Lyon, 35, Lyon, 673; et Misccll., 170. Lyon, 1680. De BoissiEU. op. cit., c. m.)
On le lit encore sur un remarquable débris d'inscription dont la restitution complète présente de certaines difficultés, mais qui nf laisse aucun doute cependant sur la désignation de la nationalité ségusiave, et est d'autant plus intéressante qu'elle paraît tndîqaer la charge municipale d'un magistrat de la colonie , curaUr itrbis (i).
Citons encore une petite monnaie en argent bien connue in antiquaires et qui appartient aux derniers temps de l'autonomie gauloise. Sur l'une des faces est gravé un génie quelconque, su l'autre une figure imberbe et casquée représentant, ainsi que le dit la légende, la divinité topique Segvsia (2). Était-ce la déesse protectrice, salutaris , des Ségusîaves ou une Minerve medica, ou bien encore le buste de Segvsiaws, héros local éponyme de ta tribu? Ces différentes interprétations ont été admises. Toujours est-il que la mention de la peuplade ségusiave est très durement indiquée.
L'ethnique SegvS, plus ou moins altéré, se lit sur les quatre bornes milliaires de la petite ville de Feurs , qui fut jadis la capitale du Forez, avec la mention de l'affranchissement de la natioo s^sîave, CiVITAS SegvS libéra (3). On sait, en effet, qoe la
// GVSUVWK //
// moK.
HA«c //;
■juF l'on peut lire de la manitre suivante :
(£r)« Ftilk)ius Bi-(4iV) curalior) iSe)^usiant n(.oiilis mr)Kar!m (^^fi*^ Gemi"H(iii) Slarc{a) ttarc{iaHo) , etc. — (Restitution de De BoiSSlEV, Instr.ml.é Lyon. op. cit.)
(3) Légende de la médaille : secvshv s, que l'on doit lire : Sefnéa^
Voit Spon, Miscetl. erud. ont., log. Lyon, 1685.
De BoiSSlEu, Inscr. ont. de Lyon. op. cit.
A. Bernard, Origines du Lyonnais, op. etl.
(3) Voir le texte de ces inscriptioris lapidaires dans le minwirede M. A.B>'
Ségusiaves furent soustraits par les Romains au patronage de leurs puissants voisins les ^dues et déclarés libres. Liberté relative, bien entendu, et même tout à fait fictive; car, en rompant ainsi les liens de la confédération, quelque relâchés qu'ils fussent, quelque indépendants et antipathiques même que pussent être les uns vis-à-vis des autres tous les éléments de la Gaule Chevelue, les différentes fractions de la grande famille gauloise se démembraient et se livraient sans défense à leurs vainqueurs. Leur seule force était dans le groupement, les plus faibles faisant naturellement partie de la clientèle des plus forts. La perte de ce patronage et l'affranchissement nominal dont on les décorait officiellement consacrèrent en réalité la destruction de leur nationalité et ne furent, au demeurant, qu'une servitude déguisée et un changement de domination (i).
L'ancienne Ségusiavie correspondait donc à peu près aux deux provinces du Lyonnais et du Forez. Mais Lyon n'était pas encore la ville importante du pays. Peut-être même n 'existait-elle pas encore à l'état de ville réellement constituée. César, qui avait parcouru toute la région dans tous les sens et qui connaissait parfaitement le confluent du Rhône et de la Saône, ne fait aucune mention de l'oppidum qui existait déjà depuis plusieurs siècles sur la colline de Fourvières, ni de l'emporium situé dans les îles, et sur lequel devait s'asseoir plus tard la ville du moyen âge. A l'origine de notre ère, la future métropole des Gaules n'était donc qu'un bourg médiocre, et les géographes classiques ne paraissent pas l'avoir connue.
Les deux seules villes citées par Ptolémée dans la Ségusiavie étaient Roanne et Feurs (2). Cette dernière surtout avait une
nard, déjà cité, sur les Origines du Lyonnais. — Cf. De Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, pass.
(i) De Boissieu, Iftscript ions antiques de Lyon, op. cit.
importance capitale. On l'appelait Forum Segustavorum, d'on sont venus par élision les mots de Furens, Feurs, Fores, C'était, en effet, le grand marché du pays, établi dans une vaste plaine, près de la Loire, le fleuve gaulois par excellence (i), et entouré d'une contrée admirablement fertile. César n'a pas eu Toccasiofl de nommer la capitale des Ségusiaves, et il est probable qu'oo ignorera toujours son nom gaulois. Nous ne connaissons que la désignation latine que lui donnèrent plus tard les Romains, que Ptolémée a acceptée et que les inscriptions nous ont consenéc.
Dans le mur de l'église de Feurs est incrustée une pierre qui porte une dédicace au dieu des forêts Sylvain, par les maîtres charpentiers qui habitaient le forum ou le marché des S^^siaves. Ce marché était la ville de Feurs , et l'inscription de la pierre rappelle vraisemblablement un temple du dieu (2) .
Un autre monument non moins curieux reproduit le même nom de l'antique cité de Feurs : « C'est, dit La Mure, dans sa Vieille « Histoire du Pais de Forez, une masse de bronze pesant sept « livres et demy, poids de roy, dont la figure est presque sem- « blable à un globe duquel on auroit osté également des deux « costés environ la quatrième partie. A costé de cette masse, il y « a cette inscription gravée en argent : DEAE. SEG. F. P. X. (( Cette pierre a été nommée dans le païs, depuis sa découverte, « le poids des Rotnains ; et on a jugé par l'inspection de sa seule
xai TToVîi; aÙTOîV *PoooO[J.va, «l'ôpo; lexo'jaixjtov. i.Ptol., Enarrai., J. II, c. Mil.' AiG. Bernard, op. cit., p. 362.
(l) Fîiimen cîartim Ligcrhn. (^Plin., Hist. nat., 1. IV, c. xxxii.)
(,2) NVMIN . AVG
DEO . SILVANO
FABRI . TIGNAR
gVI . KORO . SEGVS
CONSISTVN
qui doit se lire :
Xutnifi\i) Au^^ytisto) Deo Sihano, fabri iig-nar{ii) quiForo Segusi^iavorum) consistun\t\, d\e) s\ua) p\ecunia) piosuerunt), et se traduire :
« Au Dieu Sylvain, divinité augustale, les maîtres charpentiers qui habitent au marché des Ségusiaves ont élevé ce monument de leur argent, i»
« figure, entre les deux dernières lettres de son inscription , que « c*estoit un poids dont on se servoit à Feurs comme un grand « marché et principal lieu des Ségusiaves , du temps et sous l'au- « torité de ces mêmes Romains. En quoi certainement il semble « que ce jugement public a très bien rencontré (i). »
La restitution de cette inscription démontre que ce petit monument n'est autre qu'un poids de dix livres régulièrement poinçonné au nom de la a déesse du forum ségusiave » , c'est-à-dire de c Feurs (2) ».
Tous ces textes sont parfaitement concordants. Ils ne laissent aucun doute sur l'existence, sur le nom, sur l'autonomie de la peuplade ségusiave , qui occupait à peu près l'emplacement du Forez, et de sa capitale; et celle-ci, comme l'ancienne province, a presque conservé son nom romain de Forum : Forez ^ Forensts, ForuSf Forum Segustavorum, Forum Fort, Feurs (3) .
La bourgade lyonnaise était à l'extrémité orientale du territoire des Ségusiaves, et son ancien nom de Lugdiinum dénote très clairement son origine celtique.
On ignore — on ignorera certainement toujours — la date précise de la fondation de Lyon. Il est assez probable — nous avons déjà eu l'occasion de le dire plus haut — que, dès leur arrivée sur les côtes de la Méditerranée, près de 900 ans avant notre ère, les Phéniciens remontèrent très haut les cours du Rhône et de la Saône, et purent reconnaître l'admirable situation que présentait
(x) De La Mure, Histoire du Pais de Forez, cité par A. Bernard.
(2) Deœ Seg{usiavorum) f{ori) p{ondo) decem. — Poids de dix livres dédié à la déesse des Ségusiaves. (A. Bernard, op. cit.)
(3) ^ partir du cinquième siècle, la désignation Segusiavorum est abandonnée, et le mot Forum reste seul pour désigner la capitale du pays. Le cartulaire de Savigny nous révèle que Feurs était souvent appelé Forus au dixième siècle. Dans les actes du moyen âge où il est parlé du marché de Feurs, on le désigne quelquefois sous le nom de Forum Fori. — Voir De La Mure, Hist. du Fais de ForeM,
le confluent des deux cours d'eau. Il est non moins .certain qo^ trois ou quatre cents ans plus tard, les Grecs d'Ionie, qui avaiai | assez rapidement tressé une couronne de villes florissantes le lo^ des côtes et dans ton» les golfes de l'Asie Mineurei de l'Afrique, de l'Italie, de l'Espagne et de la Gaule, poussés par les méMi instincts de négoce, par le même goût d'aventures que les snigateurs phéniciens, ne n^ligèrent pas, à leur tour, une positîoi qui leur offrait d'excellentes conditions commerciales et les ouvrait toute la Gaule du Nord et la Germanie. Les uns et ki autres y trouvèrent les oppida celtiques déjà établis sur les basteurs et dont nous avons donné la description ; ils y établirest, dans les tles du confluent, un marché ou entrepôt, em/oriam. 1k là cette division toute naturelle de l'a^lomération primitife a ville haute et ville basse : une « acropole s au sommet, ne « marine » à la base , comme on le voit encore ches tout» la villes marchandes des côtes de la Méditerranée, dont VaàgBt remonte aux premiers temps de la colonisation gréco^asiatique.
Les légendes ont toujours beau jeu lorsqu'il s*agit de la fondation des villes qui ont joué un rôle important dans l'histoire.
Quelques auteurs ont cru pouvoir faire remonter la fondation de Lyon à un certain roi gaulois du nom de Lugdus, qui serait descendu en ligne directe de Japhet et aurait établi sa domination dans cette partie de la Gaule, 700 ans après le déluge. Lyon [Lugduniim ou Lugdunus) aurait été la ville de Lugdus,
Sans remonter aussi loin, le Père Ménestrier, auteur d'une remarquable histoire civile et consulaire de Lyon, et après lui ks Bénédictins, racontent sérieusement que, vers l'an de Rome 360 (393 av. J.-C), les Rhodiens et les Grecs d'Ionie, établis à Ma^ seille, se faisaient la guerre, et que ces derniers chassèrent ks deux chefs rhodiens, Momorus et Atépomorus, du royaume de Cessero (Saint-Thibéry) , où ils régnaient. Les deux chefs auraient
alors remonté, avec leurs troupes, ie long du Rhône, se seraient arrêtés au confluent de la Saône et auraient été les premiers fondateurs de Lyon.
Cet Atêpomorus, ajoutent-ils, serait le même qui se trouva, avec Brennus et les Gaulois, au siège de Rome que ces peuples firent l'an 364 de la fondation de cette ville (i). »
La même légende, racontée avec complaisance par le Pseudo- Plutarque, dit que les fondements de la nouvelle ville venaient à peine d'être jetés, que des corbeaux dirigèrent leur vol de ce côté et couvrirent les arbres de la colline (2). Momorus, qui était, paraît-il, très versé dans la science des augures, s'empressa d'y voir un présage de bonne fortune et donna à la colline le nom de I.ugduitum [lug, corbeau; dun ou dunum, montagne) (3), Le nom est resté à la ville et est devenu Lyon. Quant au corbeau, malgré la fragilité de la légende, il a été conservé jusqu'au troisième siècle de notre ère comme l'attribut symbolique de la ville de Lvon. On le retrouve en particulier sur un denier de l'empereur Albin, qui fut vaincu et tué l'an igy après Jésus-Christ, sous les murs de la ville, dans sa bataille contre Sévère (4).
On l'a relevé plus récemment encore sur un curieux médaillon de terre cuite, en relief, dont l'argile fine, d'une belle teinte rouge&tre, très différente de celle des poteries ordinaires de terre sigillée, paraît indiquer une fabrique locale qui aurait existé dans le midi de la Gaule, vers le troisième siècle de notre ère, et laissé de nombreux produits dans toute la vallée du Rhône. Ce médaillon vient des environs d'Orange et représente le Génie de Lyon,
# générale de L anguedoc, X, p. 732, Éd. Reiske.-
(t) D- Ct. Devic et D, J. Vaissette, His
(a) CuTOPHON ap. Pluta^ch. , De Fluviis àùl.grac.. t. IV, p. 367. éd. Didot.
(3) Zbuss, Grammalic, élymologies celtiques. I ROŒK DE Bkllocuet, ElhnogéHie gattioisf, pass.
ttte laufée de l'empereur Décïmus Ctodius Seplimus Albinus, à d
gEaîe couronné de tours, debout k gauche, nu. portant une clilamj'de sur le bras pnche, un sceptre de la main droite et une corne d'abondance de la main gauche (ivtcnia copia). A ses pieds se trouve un corbeau. [CoHES, Mfd. imp., III, n° aa.)
à peu près nu, couromé de tours, une chlamyde sur l'épaule, debout sur un petit piédestal ; de la main droite, il tient un sceptre; de l'autre, une corne d'abondance, rappelant le nom de Copia, donné de très bonne heure à la colonie de Lyon. Un deuxième personnage lui fait face, debout aussi, portant une gerbe d'épis, drapé, tête nue, vêtu de la toge; les archéologues croient y reconnaître L. Munatius Plancus, le fondateur de la colonie. Entre les deux et à leurs pieds, se dresse sur un rocher le corbeau symbolique qui retourne la tête vers le génie. Dans le champ, on lit le mot Féliciter; c'est la formule de consécration que Plancus adresse au génie, pour que son offrande porte bonheur à la colonie naissante (i).
Il est à peine nécessaire de dire que l'histoire de Momonis et de son compagnon d'armes Atépomorus n'est qu'une fable, tout comme celle du fameux roi Lugdus, descendant de Japhet. Ces trois héros n'ont jamais réellement existé et ne sont, de même qu'Héraclès ou Hercule pour le peuple tyrien, que la personnification figurée des peuplades d'origine aryenne ou celtique, qui furent, aux époques antérieures à l'histoire écrite, les premiers occupants de la ville bâtie sur les hauteurs de Fourvières et de la Croix-Rousse, et dans les îles basses du confluent.
Ce confluent a porté, dès l'origine des temps, le nom de Condate, nom générique appliqué à un très grand nombre de villes gauloises situées à la rencontre de deux rivières. On connaît, entre autres, un Condatc Andecavorum, Condé (Maine-et-Loire); un Condatc Carnututn^ Cosnc (Nièvre) ; un Condate Cornaviorum, Congleton (Angleterre, Chester) ; un Condate Rcdonum, Rennes (Ille-et-\^ilaine) ; un Condate Santonum, Cognac (Charente); un Condatc Senoniim , Montereau (Seine-et-Marne); un Condatc Suessionujn, Condé-sur-Aisne ; un Condate Viducassium, Condésur-Noircau (Calvados) , et bien d'autres (2) .
La presqu'île marécageuse à l'aval de laquelle venaient se réunir
(i) Frof.hner, Les musées d4? France, pi. XV. Paris, 1873. (2) De là les mots français Catuie, Conde, Condé, Coude, par lesquels on désignait l'angle formé par le confluent de deux rivières, comme on le désigne
les eaux du Rhône et de la Saône était li&onfluent le plus important, le plus connu de la Gaule; et comme tel, on ne le désignait que par le seul nom de Condate, le confluent par excellence , sans qu'on ait jugé nécessaire d'y ajouter aucune qualification spéciale.
Les habitants de ce petit territoire, formé de plages couvertes d'oseraies et d'îles aux contours variables, plus ou moins soudées les unes aux autres, s'appelaient les Condeates, Le pays s'appelait lui-même le pays du confluent, pagus condati on condatensts, ainsi qu'on peut le lire sur une inscription ayant fait partie d'un monument dédié à Diane (i) , et dont la consécration, d'après Pline, était l'occasion, soit d'un repas, soit d'une distribution d'argent (2).
Le petit bourg situé au confluent était administré, ainsi que le dit l'inscription, par un édile spécial appelé magister pagi; il avait la libre possession de son sol ; il possédait une sorte d'autonomie; et la moindre parcelle n'en pouvait être aliénée que par un décret du peuple des Condeates, qui vivait moitié sur l'eau, moitié dans les îles, et que quelques documents épigraphiques désignent sous le nom de mariniers du confluent, NAVT(û;r«w) CONDEA-
TIVM (3).
quelquefois sous le nom celtique lui-même de Becco (Suétone, Vitell., 18), en français Bec, Pec, Pecq. — Hist. gên. de Languedoc, note E. B.
(l) // ANAE . AVG . SACRV /
/ N . HONOR . PAGI . CONDA /