‹ Du Saint-Gothard à la mer (volume 2)Chapitre 23 sur 75 · VL. X ■' L . D . D . P. COND · texte numérisé non relu

VL. X ■' L . D . D . P. COND

qui doit se lire :

{Dt)ana Aug{usta) Sacru{tn) {t)n honor{em) pagi conda{ti) Ca{tus) Gentius Olillus mugister pagi bis cujus dedicatione honorai is prœsentib{us) dédit {ep)uli {denatorios binos) l{ocus) d{atus) d{ecreto) p{agi) cond{ati). — (DeBoissieu, Inscr. ant. de Lyon, c. i.) • (2) DUtn dedicationis epulo ceîebrare. (Pline, IV, i.)

De Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, c. i, p. 20.

(3) De Boissieu, id., c. vu, p. 259.

Fondation historique de U colanie de Lyon. — Euiigration des coIdbs de \'i»i>e. — Le triumvir Marc-Antoine et le proconsul L. Mun.itiu» Plancus. — Mnualtt de Plancus à Gaétc. — Développement rapide de U colonie. — Les qaMn grandes routes d' Agrippa.

l'enipire, — Les caail Lyon. — L'aqueduc du Mont d'Or, l'aqueduc de la Brévefuie, l'ju Mont-Pilal. l'aqueduc de MIribel. — Les thermes dans t'itntiquitC. ~ — Usagexl abus. — Thermes impériaux de Rome; leurs dimensions, leur luie, letin musées. — Thermes de Caracalla. — Thermes de Lyon.

Création d'une religion officielle au premier sitcle. — Le Génie GniHs ou Kumen Augusii. — Les Lares Augustes et les August, soixante nations gauloises et l'autel de Rome et d'Augoste. - — Emplao de l'autel au confluent du Rhône et de la Saune. — I,es prftres de Rame « d'Auguste.

s de Lyon au premier aiÈcle de notre ère. — Les astodaliau anciennes en général. — Les collèges et les codalith; I

funéraire. — Principales corporations de Z.ii^iiiib«. —

! la SaAni

u Rhône. — Le spItTtdidiasimum catfitit des Fùu du Rhdne et de la Satine. — Lea corporations des marchands de vin, demtfchands d'étoffe, des dendrophores, etc. — La Cannebière lyonnaise. Camihi

i.jj».,..,,-..

Lyon aux deux premiers siècles. — Auguste. — Caljgula. — Claude ri Ib Tables Claudiennes. — Colonio Copia Augtitla Claudia Lugduwmn. - Néron. — Le grand incendie de l'an 59. — Restauration rapide. — Le Foruin deTrajan,/fl--uB.w(«i, Four\-ières. — Albin et Septime Sévère. —Décadence de Lyon.

L'histoire écrite est aussi muette sur le premier établissemenl gaulois de Lugdunum que sur remporium gréco-asiate du'coo* fluent. On ne peut douter cependant qu'ils aient existé Simultanément tous les deux plusieurs siècles avant notre ère.

La fondation véritablement historique de la ville de Lyon, qw son emplacement prédestinait à un développement si rapide, remonte exactement au milieu de l'an 710 de Rome, quarante-

trois ans et demi avant Jésus-Christ. Les faits qui ont accompagné cette fondation sont très nettement connus (1). Pendant les guerres de César et de Pompée, de graves discussions avaient éclaté à Vienne, ville voisine et déjà très peuplée, entre les gens du pays (les AUobroges) et les colons romains. Vienne était alors, après Narbonne, la plus importante ville de la Province; et les premiers colons romains s'étaient trouvés tout de suite en présence d'une aristocratie guerrière, fière du grand rôle qu'elle avait joué pendant la guerre des Gaules et très jalouse de ses droits (2) . L'antipathie des deux populations réunies dans les mêmes murs n'avait pas tardé à se manifester et avait dégénéré bien souvent en querelles qui ensanglantèrent à plusieurs reprises les rues et le forum de la nouvelle colonie. Chassés une première fois de la ville qu'ils avaient essayé de surprendre par un coup de main hardi, les mécontents étaient parvenus à y rentrer on ne sait trop comment, et ils avaient fini par en chasser à leur tour les colons romains^ qui se réfugièrent au delà du Rhône, sur le territoire des Ségusiaves, dans le village celtique de Condate, au confluent du Rhône et de la Saône (3) . Au temps de César, la solution de cette équipée n'eût pas été douteuse. Un corps de troupes aurait réintégré les Romains dans la ville rebelle, et celle-ci eût été promptcment mise à la raison. Maïs le dictateur était mort, le pouvoir aff^bli, la guerre civile déclarée (4) .

Après avoir attendu assez longtemps la décision et les ordres du Sénat auquel les indigènes avaient soumis leurs griefs, les fugitifs n'eurent pas la consolation d'être rétablis d'autorité dans leur ancienne patrie. Tout au contraire, on les invita à se fixer, comme ils le pourraient, sur la rive droite de la Saône, qui était, en fait, le seul emplacement disponible. Les hauteurs fortifiées étaient occu- ,pées', en effet, par la population indigène ; les îlesdu confluent, par la

(I) Vofr le telle de Dion Cassius, I, 46.

(3) xai oi pivàXloi ('AU6£piTi{) tmti.r.Sii ^àitjit. ol S ëiii;3vî'otiitoi t^v Oûiêvvxv

li[*rti«, iMJilr"tFÔ^pOv oSoav, lu;TpâtoJ.iï xatwiauâKaTi noJ.w,

(SiR*B., Gfagr., I. IV, c, T, j 1 1 ,) 0» Hitt, gin. de LangiuJac, I, H, 11, note E. B. t4> DeBoissIel', Intcr. ant. de Lyon, c. IJJ.

foule cosmopolite des marchands asiates, italiotes ou grecs ; et on dut s'établir le plus près possible des lieux habités, à mi-côte, dam une position qui correspondait à peu près aux quartiers modcnies de Saint-Jean, de Fourvières, de Sunt-Irénée et de Saint*Just.

Les commencements de Lyon fuient, comme on le voit, asaei modestes. *

Les premiers Lyonnids étaient de simples exilés; mais knr situation, précaire et humble à l'origine, ne tarda pas à s'améliorer très rapidement. Un décret du Sénat chargea le proconsul L. M onatius Plancus, qui exerçait alors en Gaule un commandement militaire important, d'installer officiellement les anciens colons de Vienne. Une inscription célèbre, gravée sur le tombeau même de Plancus, a perpétué ce souvenir.

C'est en quelque sorte l'acte de naissance de la ville de Lyon (i). Le mausolée du proconsul qui joua un r61e fort important sous César, au milieu des troubles du triumvirat et pendant la première période du règpne d'Auguste, est à Gaéte, dans Tltalie méridionale. On aperçoit de loin sa lourde masse drcnliiic qui couronne assez heureusement la colline aride au pied de laquelle la ville est bâtie. La silhouette rappelle celle du célèbit

(l) L . MVNATIVS L . F . L . N . L . PRON

PLANCVS . COS . CENS . IMF . ITER . VIIVIR .

EPVLON . TRIVMP . EX . RAETIS . AEDEM . SATVRNI

FECIT . DE . MANIbIs . AGROS . DIVISIT . IN . ITALIA

BENEVENTI . IN . GALLIA . COLONIAS . OEDVXIT

LVGDVNVM . ET . RAVRICAM

qui doit se lire :

L{ucius) Munatius L{ucii) fiilius) L{ucii) n{epos) L{ucii) pron{epos) Planna co{n)s{ut) cens{or) imp(erator) iier{um) septemvir epuUm{um) triump{ktni() tx Rcetis œdem Saturni fecit de manibis (pour manubiis)^ agros divisit in liâUa Beneventi, in Gallia{m) colonias deduxit Lugdunum et Rauricam, et se traduire :

Lucius Munatius Plancus, fils de Lucius, petit-fils de Lucius, arrière-petit-fils de Lucius, consul, censeur, salué imperator pour deux victoires, septeinvir du collège des épulons, obtint les honneurs du triomphe pour sa victoire sur les Rètes, éleva un temple à Saturne avec les dépouilles prises sur l'ennemi, fvt chargé de faire la répartition des terres en Italie dans la région de Bénévent, conduisit en Gaule les colonies de Lugdunum et de Raurica (Augst, pris deBÂle).

(De Boissieu. Inscr. ant. de Lyon, c. m.)

mausolée d'Hadrien à Rome, devenu depuis le château Saint- Ange.

Le marbre de l'inscription rapporte d'une manière indéniable que ce fut Plancus qui conduisit en Gaule les colonies de Lugdu- Hum (Lyon) et de Raurica (Augst, près de Bâle).

Lyon fut donc ce qu'on appelait une colonia deducta ou une fieductio. Ce ne fut même, à son origine, qu'une colonie au second degré; car elle était formée de colons romains, probablement assez peu nombreux dans le principe, expulsés de leur premier poste colonial, qui était Vienne. Le territoire de la colonie de Lyon fut d'ailleurs assez restreint dans les premières années, entouré comme il l'était de tous côtés par la « cité libre des Ségusiavea n, civitas lOtera Segusiavorum, qui avait une véritable autonomie, une organisation reconnue et des magistrats distincts (i).

Le triumvir Marc-Antoine gouvernait alors la Gaule ; et sa domination, qui s'y exerçait d'une manière à peu près absolue, paraît y avoir laissé une empreinte assez durable. Cent ans plus tard, Sénèque, parlant de l'empereur Claude, originaire de Lyon, l'appelait Marci municeps (3). Sidoine Apollinaire, qui habitait Lyon au cinquième siècle, raconte que, de son temps, le souvenir du triumvir s'était conservé dans la ville et dans les campagnes voisines (3). Parmi les nombreuses monnaies d'or et d'argent émises par l'atelier monétaire de Lugdunum, qui était, d'après Strabon, en pleine activité au premier siècle de notre ère (4) , une des plus anciennes est un quinaire frappé au nom d'Antoine. On connaît deux variétés de cette pièce curieuse sortie de l'hôtel des monnaies de Lugdunum, presque immédiatement après l'autonomie gauloise, et qu'on doit considérer, dès lors, comme de précieuses médailles de fondation. Sur l'une et sur l'autre, l'avers représente

<a) Sen., ApBknkkyntase. VI.

:e fagi

Quod peiuit HHitris ipse triumvir offris,

iSiD, Apoll., Carm. XVII, v. 17 (4) TA v^iiiir^a /afiàtTOUaiv ivtaOBa ti tt ipyuf ovv xal ta xpuioûv frriliôv((. iStrab,. Clogr., IV, 111, 2.)

importance capitale. On l'appelait Forum Segusiavorum , (i'oii sont venus par élision les mots de Furens, Feurs, Fores. C'éuit, en effet, le grand marché du pays, établi dans une vaste plaine, près de la Loire, Je fleuve gaulois par excellence (i), et entouré d'une contrée admirablement fertile. César n'a pas eu l'occasiùn de nommer la capitale des Ségusiaves, et il est probable qu'on ignorera toujours son nom gaulois. Nous ne connaissons que la désignation latine que lui donnèrent plus tard les Romains, que Ptolémée a acceptée et que les inscriptions nous ont conservée- Dans le mur de l'église de Feurs est incrustée une pierre qai porte une dédicace au dieu des forêts Sylvain, par les maîtres charpentiers qui habitaient le forum ou le marché des Ségusiaves. Ce marché était la ville de Fcurs, et l'inscription de la piem rappelle vraisemblablement un temple du dieu (2).

Un autre monument non moins curieux reproduit le même nom 11 de l'antique cité de Feurs : h C'est, dit La Mure, dans sa Viiilit a Histoire du Pais de Fores, une masse de bronze pesant sept « livres et demy, poids de roy, dont la figure est presque sfrr.- II blabie à un globe duquel on auroit osté également des dtuï (( costés environ la quatrième partie. .\ costé de cette niasse, il y (1 a cette inscription gravée en argent : DEAE. SEC. F. P. S- « Cette pierre a été nommée dans le païs, depuis sa découverte, o le poids des Romains; et on a jugé par l'inspection desaseule

(ni noluc aùtûv "PoSoûiivn, *ôpoc ï.

Auc. Bernard, op. cit., p. 363.

(I) Fiumen clarum Ligerim. (PuN., Hisl. nal., I. IV, .

^ui doit se lire :

Namin\,i) Auffl,usle] Deo SilvaHB, /abriligyiat{ii) quiFaro Segus{\ ,hlun{t). dif) j(«a) (.[ecHnia) p{osae,unt). et se traduire :

H Au Dieu Sylvain, divinici augustale, les maîtres charpentiers au marché des Ségusiaves ont flevé ce monument de leur argent, n

de sa population. C'est sur ie sol même l'empreinte de la civilisation.

Avant la conquête, alors que le pays était divisé en groupes séparés et presque toujours hostiles, le Rliin, la Seine, la Loire, la Saône, le Rhône et la Garonne étaient à peu près les seules voies de communication. On en longeait les bords, on en descendait et on en remontait le cours avec des barques de faible tirant d'eau qu'on allégeait le plus quon pouvait au moyen d'outrés ou de flotteurs ; et on circulait ainsi sur ces chemins naturels dans les parties les plus difficiles, les moins profondes, les plus torrentielles (i). Les transports ne se faisaient par terre que de la Itaute Saône et de la haute Loire à la Seine et au Rhin (2}. C'est là. il convient de le remarquer tout de suite, ce qui fit de si bonne heure de l'emporium lyonnais une place commerciale de premier ordre. Assis à la fois au confluent et sur les coteaux riverains du Rhône et de la Saône, deux des plus importants cours d'eau de la Gaule, c'était le point de passage obligé de tous les trafiquants entre le Midi et le Nord, Pour faciliter le transit, il ne lui manquait que des routes. Agrippa, gendre et favori d'Auguste, les lui donna. Quatre grandes lignes furent ouvertes, ayant toutes Lyon pour point de départ et se reliant aux tronçons qui existaient déjà à l'état rudimentaire dans tous les pays voisins et à la grande voie Domîtienne, via Domitia, ouverte par Domitius Ahenobarbus depuis plus d'un siècle (an de Rome G29), et qui établissait le long de la côte méditerranéenne une communication permanente entre l'Italie et l'Espagne.

Strabon les mentionne avec sa sobriété ordinaire, mais avec une très grande précision.

« Lyon, dit-il, placé au centre de la Gaule, est comme le cœur du pays, tant à cause de sa situation au confluent de deux grandes rivières, qu'à cause de sa proximité de toutes les parties de celte contrée. C'est pourquoi Agrippa en fit le point de départ de quatre

(Ij Ch. LenthéBcC. La Grèce et lOrknl tn Provence. IL — La iiavigalwii des mirieuhtirts. Paris, 1878.

(2) A. MAVlty, Les voies romaines en llalie et en Gaule, Paris, 1S66.

37B SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRlKlfE.

grandes routes : la première traversait les CévenneSi menait ci Aquitaine et allait jusque dans le pays des Santons, SmmiÊm (Saintoi^) ; la deuxième conduisait vers les embouchures di ^ Rhin ; la troisième allait sur le littoral de TOcéani en passant p« le territoire des Bellovaques et des Ambiens (Picardie et Benvoisis) ; la quatrième enfin descendait vers la Narbonnaise. dm le pays des Massaliotes (Arles et Marseille) (i) . m

Les Itinéraires classiques (Table de Peutinger, Idniraire d'Antonin), les indications lapidaires des bornes miUiaires et mieux encore un nombre considérable de fouilles locales ont permis de compléter la description sommaire du géographe dasfiqiie ds premier siècle; et l'on connaît aujourd'hui le tracé des ancieai chemins d' Agrippa presque aussi bien que celui de nos nmtiei modernes (2).

Il convient d'ajouter aux quatre routes mentionnées par Sti^ bon la route de Rome, omise probablement par lui parce qn'dk avait son point de départ dans la csqiitale de l'empire, et qv'dk aboutissait à Vienne après avoir traversé les Alpes an Moafe* Genèvre, près de Suze, et ne passait à Lyon qu'à l'aide d'u embranchement spécial de Vienne au confluent des deux rivières.

Il faut enfin en compter une sixième, celle de la vallée supérieure du Rhône, qui avait incontestablement son point de départ à Lyon, bien qu*on ne le trouve mentionné ni dans les géographes, ni dans les itinéraires classiques. Elle suivait la rive gauche du fleuve, passait à Seyssel, au confluent du Rhône avec la petite rivière du Fier, qui portait, comme tant d'autres pays de confluent, le nom caractéristique de Condate, remontait jusqu'à Genève, suivait les rivages du Léman et s'engageait ensuite dans le massif des Alpes Pennines, qu'elle traversait pour entrer en

(i) Ta Sa AovY^oAJvov èv (livco tijc x^P^« éoriv, côoTrcp àxpoTcoXic, ità ts toc oviifoÀa; Tcôv fcoTapuôv, xal 6tà 16 éfifùc £ivai nâvi toîc fiipcffi* dioircp xal 'AYpîmrac èvrtùêcv tic è2oùc èrépi:, xi^v Sià tûv Kepifiivuiv ôptâv (isxpi locvrcovaiv xal xi); 'AxofutoeTomac, taX t^ itti TÔv *Py{vov, xal TpiTr,v ttjv IkI xàv 'ÛxEocvàv, xi^ irpdc BeXXoooioTc xal 'A|ifto«îC« TExàpriQ ô êoTiv éiri t^fjv NapêciyvtTiv xal n^v Maa(7a).ui>Tixi^ irapaXiov.

(Strab., Gèogr.t I. IV, c. vi, 11.)

(2) Voit suprà, p. 115 et suiv.

Italie par le col du grand Sain t- Bernard , summus Penninus (i). Ainsi placé au confluent de deux rivières navigables et au carrefour de six grandes routes, Lyon était bien la véritable métropole des Gaules. Le réseau d'Agrlppa le rtliaît définitivement à la politique et à l'unité de l'empire.

Les travaux de canalisation qui amenaient l'eau à Lyon, et les nombreux débris qui en restent, témoignent, plus encore que les grandes routes, de la fortune et de l'importance de la jeune colonie. Aucun peuple n'a mieux compris que les Romains le rôle considérable que l'eau doit remplir dans une grande cité. Pour eux plus que pour nous, — nous devons le dire avec modestie, — l'eau pure, abondante, mise à ta portée de tous, était une nécessité de premier ordre. De simples villages de l'empire avaient quelquefois des aqueducs à grande section et à long développement, qui comportaient des travaux d'art très bien ordonnancés, et qu'envieraient quelques-unes de nos grandes villes modernes. Les Romains tenaient à honneur de distribuer de l'eau partout et à tous, même au prix de sacrifices énormes. Leurs aqueducs sont des modèles, leur largesse un exemple. Depuis vingt siècles on les a égalés, on ne les a pas surpassés.

A peu près ignorants de la science hydraulique, ils ne pouvaient cependant faire que des dérivations qui suivaient les pentes naturelles du sol. Leurs traces comportaient donc presque toujours des développements, des ouvrées d'art, des traversées de vallons considérables. Mais ces difficultés et les énormes dépenses qui en résultaient ne les ont jamais rebutés. Aujourd'hui, malgré toutes nos connaissances mécaniques et le secours de la vapeur qui nous permettent d'élever les eaux directement à de grandes hauteurs, nous n'avons pas encore fait partout pour de grandes

la va:iÉc du Rhône en généra! e\ de

ÎI) Voir, pour Ljioo en particulier, I" partie, i

cités ce que les colons et les légionnaires ont réalisé, même pour de petits centres de population, par la seule force de leurs bras, la seule intelligence des hauteurs et des pentes, le simple secoun du siphon.

Rome est toujours, après vingt siècles et en utilisant seulement trois des neuf grands aqueducs de l'empire (i), la ville du momit la plus largement approvisionnée d'eau. Elle a des fonlainei comme celle de Trevî, dont le débit est assez fort pour faire tourner les roues de plusieurs moulins. Toute cette eau est fournie par le tiers environ de la canalisation ancienne. On juge dès lor^ de l'importance que devait avoir le service des eaux, lorsqu'il (ut, à partir du deuxième siècle, en pleine activité. Un ancien consul en avait la direction générate et portait le titre de curator oquarum; il avait sous ses ordres un administrateur, procurator, cl une véritable armée d'esclaves et d'ouvriers de toutes sortes : gardiens des sources, vilîici; gardiens des châteaux d'eau et drs réservoirs, raj/t^Warn',- inspecteurs ambulants, circitores; paveurs, si/icarii; faiseurs d'enduits, lecCofes; aigadiers, aijuarii; nivf- Icurs ou jaugeurs, Ubratores; mesureurs, melitores, qui réglaicni les distributions par quartiers ; pointeurs, ^«'if/ariV, qui posaient les points ou branchements des concessions particulières (2).

(0 Du temps de Frontin, dans la seconde partie du premier aècle, les aqueducs de Rome étaient au nombre de neuf, dont voici les noms dans l'ordre oti ik ont été construits : 1» Appia; a" Ania velui; 3' Marcia; 4* Ttpula i ^ ^i-li*! 6" Virgo: T AUielina: 8' Claudia; 9' Aniintovut.

Prcttope, qui, d'après Baccius el le Père Aicher, fut tecrétaire do l'emptreBr Justinien I" et conseiller adjoint à Bélisaire. qui suivit, en cette dernière qmKti, ce généra] en Italie et demeura longtemps à Rome, porte le nombre des aqueducs, au sixième siècle, à quatorze. Les nouveau» «^iedncs étaient ;

I* Trajana; 2° Severiana; 3' Anioniana ; 4' AlrxMidTÙia oa HaJrituta ; ^ Aarf-

Mais Vaqua Severiana n'était qu'une dérivation de l'ofMtfTlhKtfia, dirigic «W tes thermes de Scptime Sévère; Vaqua Antoniana n'était q(i**aei>ranclie de l'af*' ifarcia destinée à alimenter les thermes de Caracalla, et Va^a AUxandriV Hadriana, une simple dérivation de Vaqua Trajana. Il n'y avait donc, do teap de Procope, que deux eau» nouvelles, ce qui portait le nombre des aquedua* onie. (Belgrand, La taux el les aqueducs romaint. Pari», 1875.)

(2) A. LÉiiER, Let îrataux publics, les miius el ta mhtUiurgù au tta^i" Romains. Paria, 1875.

Dn a la bonne fortune de posséder un livre qui traite de tous les létails de ce service; il est dû à l'homnie le plus compétent sur la natière, à Sextus Julius Frontinus, qui avait exercé les hautes bnctions Aecurator aquarum, sous le règne des empereurs Nerva it Trajan (l) ; et rien ne peut donner encore aujourd'hui une idée ^us saisissante de la puissance romaine que les magnifiques lignes l'arceaux à demi ruinés qui rayonnent à perte de vue autour de la l^iUe éternelle, et lui apportaient, lui apportent toujours les eaux pures de Tibur (Tivoli) et des montagnes de la Sabine. L'ensemble le la canalisation ancienne comprenait prt's de 450 kilomètres. Plus le 60 kilomètres d'aqueducs étaient suspendus sur des arcades ; 380 Itaîent creusés sous terre. Un vrai fleuve d'eau pure et fraîche, *rès d'un million et demi de mètres cubes arrivaient ainsi tous les jours dans les murs de la ville impériale; c'était trois fois le débit lu Tibre, presque autant que celui de la Marne à Paris.

Aujourd'hui encore , avec les trois aqueducs qui restent de ce passé grandiose, les 170,000 habitants de Rome ont tous les )ours à leur disposition plus de 180,000 mètres cubes d'eau. C'est alus de 1,000 litres d'eau par habitant et par jour.

L'approvisionnement en eau de Lyon était conçu sur le même type que celui de Rome.

Au fur et à mesure que la population augmentait, on créait un nouvel aqueduc pour les besoins nouveaux. Les eaux du Rhône et de la Saône, qui coulaient au pied de la ville étagée sur les rampes du coteau de Saint-lrénée et de Fourvières, n'étaient ni assez pures ni assez fraîches; et d'ailleurs, les Romains, bien que constructeurs de premier ordre, étaient de médiocres hydrau-

(i) Sext. Jul. Frontint Dt aguaduelibus urbU Rtm», ab Fit. Corkadino dk ixto. Veneliis, 174a, pass.

CommcHlaire de S. f. Fronli» sur Us aqtititucs dt Rcmt, trad. et texte, par [. RoKDELEr, Paris, 1820, paas.

liciens et ne connaissaient aucun moyen pratique pour élercr A grandes masses d*eau.

Il fallut donc recourir aux rivières ou aux souxces situées à « niveau plus élevé , et par conséquent à d'asses grandes distaacGk

Les plus rapprochées étaient celles qui naissent à une TingCùe de kilomètres dans le massif du Mont-d'Or. L'aqueduc du MoÉ^ d*Or fut donc le premier en date; et, bien qu'on n'ait pas dedo^ nées précises sur Tépoque exacte de sa construction , on adl pouvoir l'attribuer au triumvir Antoine lui-même , dès ks pnmiers jours de la colonie.

Il ne tarda pas à être tout à fait insuffisant; et, sous le rèpt d'Auguste, Agrippa et Drusus firent exécuter un deuxième mp^ duc d*un développement double du précédent. C'est l'aquedac de la Brevenne ou de Montmorant. La prise d'eau se trount dans le vallon étroit et escarpé de TOrgeolle. On capta sur k parcours différentes sources importantes, qui portent aujoardln les noms de sources du Rossand, de la Barge, du Geai, de Sotisaa et de Valfrey. L'aqueduc traversait ensuite, par un beau pont à siphon de 200 mètres de développement, le valkm de Salvignj, près de la route de Tarare, passait sur les territoires de Vaugne» ray, de Grézieux et de Craponne , et venait déboucher sur le plateau de Saint-I renée, après un parcours de près d'une quarantaine de kilomètres.

La ville grandissait toujours. Les eaux du Mont-d*Or et de la Brevenne n arrivaient, d'ailleurs, sur le coteau qu'à la hauteur du palais des empereurs qui occupait l'emplacement de l'hospice actuel de l'Antiquaille. Des constructions fort importantes, un théâtre, de somptueuses habitations, des villas, des jardins avaient remplacé les premiers édifices de la colonie de Plancus. Toute la colline était peuplée , et il fallut amener au point culminant de nouvelles eaux. Le massif du Mont-Pilat, qui domme la vallée du Gier, bien qu'éloigné de plus de cinquante kilomètres, parut seul pouvoir fournir le nouveau volume nécessaire. L'entreprise était considérable, difficile, coûteuse, mais non au-dessus de la fortune de Lyon, alors à son apogée. Ce fut Tœuvre de Claude,

et le nom de l'empereur fut gravé sur plusieurs tuyaux en plomb de l'aqueduc (1),

La canalisation des eaux du Mont-Pilat est, sans contredit, le plus complet de tous les ouvrages du même genre qui existent en Gaule , et est comparable a^x plus beaux aqueducs construits en Espagne, en Sicile, en Italie, à Rome même.

Il est intéressant d'en donner une description au moins sommaire,

La prise d'eau était à une demi-lieue environ au-dessus de Sain t- Chamondpdans la rivière du Gier, à l'altitude de 380 mètres {2). Par série de souterrains et de ponts dont on retrouve des vestiges assez importants , le canal franchissait les contreforts et les as du Janon et du Langanon ; il passait ensuite en tunnel audessous de l'ancien château de Saint-Chamond, gagnait Cellieu et Chagnon, traversait la vallée profonde de Pouillet sur un pont à siphon de treize arcades qui portait huit tuyaux en plomb, et s'engageait ensuite en souterrain pour déboucher à Saint-Geniès- Xerrenoire. Puis, il franchissait successivement le vallon de Saint- Martin -la- Plaine sur un pont de dix arcades, les ravins du Bozançon et de Bissieux, se développait au-dessous de Saint-Maunce- ;sur-Dargoire, passait à Jurieu, aux Combes, à la Condamine, et suivait, jusque près de Mornant, la route actuelle de Saint-Etienne à Lyon. On en retrouve plus loin de nombreux vestiges à l'Est de Soucieu. Là, il débouchait en souterrain et traversait la vallée au .moyen de soixante et onze arcades de 4S5 mètres de longueur totale et de 17 mètres de hauteur, dont neuf sont encore debout,

I « J'ai vu Tnoi-même et j'ai iti surpris de voir, dani la seule propriété d'ua particulier, Ji Fourvïires, ving-t ou trente de ces tuyiiui qu'on venait d'y déterrer. 'aient U plupart quinze à vingl pieds de long, et ils paraissaient tous avoir été faits pour le palais de l'empereur Claude, au nom duquel ils étaient marqués a initiales ; Ti. Ci-, Caes. .. (De Couinu, Hisl. litilr. de la vilte de Lyon, l. Lyon, 1 738.1

Cti tuyaux ne sont pas venus jusqu'à nous. Les seuls que l'on possède portent Us noms des ouvriers ou fondeurs de l'industrie lyonnaise au premier siicle et font partie de la collection antique du Palais des Arts. (Voir leur description dans De BotSSiEU, iHscriplians aniiques de Lyon. c. x.)

(g) De, Gasparix, ReconnaissaHce de l'aqutdut nmûin qui ammait à Ljnm la wimUvalUtdH Giir. Lyon. iSjj.

et ont résisté à la dévastation des Sarrasins au huitième siècle.

A la suite se trouvait le réservoir de tête d'un siphon île 94 mètres de flèche qui traversait la vallée du Garon. Une s«it de neuf tuyaux en plomb soutenus sur les coteaux opposes par deux longues suites d'arcs rampants , franchissait le thalweg ïd; un pont de vingt-trois arches de 208 mètres de longueur.

Au sortir de cette conduite forcée , le canal se développait soi le plateau de Chaponost. On y voit encore de magnifiques débris. Une longue série d'arcatures de 550 mètres de longueur traversait te plateau ; soixante-seize sont encore debout et témoignent de la grandeur de l'ouvrage.

Au delà, le canal franchissait l'Yzeron. Un siphon d'une hardiesse remarquable, si l'on a égard aux faibles ressources sidéno^ giques de l'époque, — il n'avait pas moins de 123 mètres de flèche, — traversait la vallée. Il se composait de dix tuyaux en plomb, reposant sur deux lignes d'arcs rampants adossés aux deux coteaux, soutenus au milieu par un pont de trente artics de 268 mètres de longueur environ, de 7 mètres 35 de iargcur «t de 16 mètres de hauteur, dont les restes sont connus de tous les touristes qui visitent les environs de Lyon.

Après cette traversée difficile, la conduite parcourait le plateau de Sainte-Foy, traversait la vallée de Saint-Irénée à l'aide d'un dernier siphon formé de huit tuyaux, se développait sur le plateau de Fourvières et venait déverser ses eaux dans un réservoir situÉ au sommet de la rue moderne de la Montée-des-Anges, à l'altitude de 296 mètres, c'est-à-dire à 15 mètres plus haut que le pobt d'arrivée des deux aqueducs antérieurs. Là, se trouvaient des réservoirs qui distribuaient l'eau dans tous les quartiers de la ville impériale étagée sur le coteau. Des tuyaux en plomb la recueillaient ensuite, lui permettaient de traverser en siphon la Saône et la faisaient remonter sur les hauteurs de la Croix-Rousse (i)-

(0 J. Spon, ReeÀerches éts anligniféi ri ctirûitith <U la nlU Ji Ijm, Lyon, 1673.

P. DoM. oeCouima. AHlit/uilfsfrafanfiriiacrltldtlaviUtdrljmi.lJot.'-

Nisioire Hiiéraire dt Lyçn, 1738.

Tel était dans ses grandes lignes l'aqueddc du Mont-Pilat. Il n'avait pas moins de 5a kilomètres de développement. Il paraît avoir débité près de 45,000 mètres cubes par jour et pouvait, par conséquent , donner à lui seul , par jour et par habitant, 450 litres à une population de 100,000 âmes, chiffre très probablement supérieur à celui de la colonie au milieu du premier siècle.

Mais la ville eut bientât encore d'autres besoins. Elle s'étendait tous les jours davantage et envahissait la presqu'île du confluent. C'était à ce confluent même qu'était établi ie temple célèbre de Rome et d'.Auguste, où les soixante nations des Gaules venaient faire en grande pompe leurs dévotions annuelles. Tout UD quartier s'était rapidement développé dans la presqu'île resserrée entre les deux fleuves. Un nouvel aqueduc vint î'aiimenter. On ignore l'époque exacte de sa construction. On sait seulement que la prise d'eau se trouvait, dans la vallée supérieure du RJiône, à Miribel. Une pente régulière conduisait dans le bas quartier les eaux des sources provenant du bassin des Dombes, et les amenait à la hauteur de la rue moderne du Griffon, au pied de la colline de la Croix-Rousse, pour servir très probablement à la naumachie dont on croit pouvoir fixer en cet endroit l'emplacement, à côté même de l'autel consacré à l'empereur et à la capitale du monde.

En somme, !e service des eaux était assuré à Lugdunum, dès le premier siècle de notre ère, par quatre aqueducs qui rayonnaient autour de la ville et présentaient un développement de près de 150 kilomètres, dont 3,000 mètres de ponts, s'élevant parfois à près de 30 mètres de hauteur, et 5,000 à 6,000 mètres d'arcatures ou de rampants. Ils débouchaient à des altitudes différentes : — les deux premiers correspondant à ce qu'on appelle, en termes

OwLOUME. Annala dr l'Acadénù de Lyon, 1760.

FvLCItËRON. Sur les Irais aqueducs qui amenaiiHl Brtvenne €l de Pilai. Lyon, 184Û.

BelcBANU. Les agnedHCS romains, Paris, 1S76.

A. LÉCEB. Les travaux publics, les musées et , Kamaitts. Lyon, 1875,

Id., U service des eaux ,i LugduHum et à Lyo». l

xdu Mont d'Or, delà

386 SECONDE PARTIE. ^ CHAPITRE QUATRiftifE.

d'ingénieur, un c service moyen » pour les quartiers établis à mi-côte; — le dernier, Taqueduc du Rhône, qui venait déboudicr un peu au-dessus de la place des Terreaux , sur la rive gauche de la Saône , représentant le c bas service s ; le plus important, l'aqueduc du Mont-Pilat, constituant le « haut service s et alimen» tant le plateau et la colline de Fourvières (i).

Toutes ces eaux , d'ailleurs , étaient recueillies dans les bai quartiers de la ville et utilisées pour les fontaines, pour les tâS&M publics ou privés, et surtout pour les thermes.

On peut très bien admettre que le débit total de ces diverses canalisations atteignait près de 100,000 mètres cubes par jour; mais les aqueducs sont trop ruinés pour qu'on puisse les roooestituer avec une entière certitude; et on ne peut donner ponr les différents volumes d'eau qu'ils débitaient que des cfai&es un peu douteux. Il est, d'autre part, assez difficile d'être exactement fixé sur la population sédentaire de Lyon à Tépoqne romaine; mais il est peu probable qu'elle ait dépassé 80,000 m 100,000 &mes.

En admettant ces chiffres, qui ne paraissent pas s'âo^pier trop de la vérité y on voit que la distribution fournissait 1,000 i 1,200 litres par jour et par habitant (2).

(i) A. DuMONT, Les eaux de Lyon et de Paris, ch. ii. Paris» 1862. (2) D'après une publication récente (Gabut, Les eaux de Lyon sons la Romains, Lyon, 1880), citée par M. Allmer dans ses savantes études archéologiques et épigraphiques sur Lyon à l'époque romaine {Musée do Lyon; Inscriptions antiques, Lyon, 1889; Antiquités découvertes à Trion en 188$» 1886 et antérienrement, Lyon, 1887- 1888), le volume total des eaux amenées sur le plateau de Fourvières où se trouve la ville romaine aurait été de 75,000 mètres cubes eo 24 heures, savoir :

Par l'aqueduc de Pilât 20,000 mètres cubes.

Par l'aqueduc de la Brévenne 25,000 —

Par l'aqueduc du Mont-d'Or 15,000 —

Par l'aqueduc de Craponne 15,000 —

Total 75iOOO —

L'aqueduc de Miribel, qui prenait directement les eaux du Rhône aa moTCH d'une dérivation établie dans le fleuve à 13 kilomètres environ en amont de Lyon, ne les conduisait pas à la ville romaine, mais seulement dans le domaioc national des Trois Gaules, au pied de la côte Saint-Sébastien, m L'aqueduc de Miribel était à double voie, mesurant chacune de 2*,40 à 2^,50 de hauteur, et de

Cette énorme quantité d'eau n'a rien qui doive surprendre dans le monde romain et sous l'empire. L'eau était, à cette époque, le plus grand luxe de la vie. Il ne s'agissait pas seulement de pourvoir à l'alimentation, aux usages domestiques, à l'assainissement et à l'embellissement des grandes villes. La grande consommation se faisait dans les thermes.

L'usc^e ou plutât l'abus des bains, et surtout des bains chauds, multiples, prolongés et accompagnés de toutes sortes d'accessoires dans le détail desquels il est difficile d'entrer, est une des particularités les plus caractéristiques des mœurs romaines à partir du premier siècle. Les Grecs n'employaient les bains que pour se rafraîchir et se réconforter après le travail corporel. Déjà, à l'époque homérique, ils pratiquaient les bains chauds. L'utilité du bain, surtout avant le repas, était reconnue, et son usage recommandé. Mais ces bains, en général courts et seulement hygiéniques, n'étaient le plus souvent que le complément des exercices violents auxquels ils se livraient dans leurs gymnases. La course, le saut, la lutte, le jeu du disque et celui du javelot étaient les cinq exercices pour ainsi dire classiques, qu'on appelait le pentathle, pentathlon, it/vTa6Xov, auxquels on adjoignit bientôt lecom-

i",85 à l"i90 de largeur; sa débitait par chacune de ses 6j,ooo mitres cubes par 14 hi cubeï. !• (Gmiui. op. cit.) l sateuT, de 300,000 mètres cubes.

Si on y ajoute l'aqueduc de Cordieu, dont les vestiges Étaient encore assez apparents du temps de Colonia et de MenestTÎer, et qui prenait les eaux de Sainle-Ctoix pour les amener par la Boucle, au pied du plateau de la Croil- Roussc, vêts le Jardin des Plantes où l'on est d'accord pour reconnaître aujourd'hui l'emplacement de l'ancien amphithéâtre des Trois Gaules (Mastin-Daussi- CNT. Nolia sur l'aiHpkUkfâlTe, Lyon, 1863), on voil que le volume total d«s eaux amenées A Lyon aurait Été de 300,000 mitres cubes par 24 heures. Même en supposant que ces eaux auraient servi h alimenter des jardins situés dans le domaine sacré de la Confédération Gauloise, autour du célèbre autel de Rome et d'Auguste, il est permis de regarder ces chilTres comme très exagérés.

pente était de 14 centimètres par kilome

ire, et 11

deux voles, & un mètre d'eau sur 1

radier.

ures, et par ses deux voies i la fois 130,0

>o mètres

e débit aurait même pu être, d'après

e mènw

itrement dangereux du pugilat. Le bain était alors abso-

essaire pour la réparation des forces. Dans l'intérieur

xes et des gymnases se trouvaient à cet effet des salles

de liains, où les combattants se faisaient laver et masser avec de

au ralement froide. C'était une sorte de traitement hydro-

e qui délassait le corps sans l'amollir dans une voJup-

I «té.

I MMiite était le bain romain.

e construits, d'une manière générale, sur le type des gymnaac» de la Grèce, et ayant conservé, pour la nomenclature de tous leurs amendements, des désignations d'origine grecque. — laconicum , hypocaustum ou hypocausis , apodytherium , lh£rmes, etc., etc., sont des mots grecs, — rien n'était moins grec, dans le vrai sens du mot, que les établissements de bains de toute nature que l'on vit s'élever, dès le premier siècle, en si grand nombre et dans des conditions de luxe jusqu'alors inaccoutumées, dans la plupart des villes de l'empire.

La gymnastique et l'agonistique y tenaient, en somme, très peu de place. On était loin de l'époque héroïque de Romulus et d« premières années de la République, alors que le Sénat faisait construire le champ de Mars dans le voisinage même du Tibre, pour que les jeunes gens, couverts de sueur et de poussière, après le rude travail des armes, pussent se retremper dans l'exercice delî natation. Les délices des bains chauds restèrent absolument inconnues dans les trois premiers siècles de Rome (i). Ce ne fut que vers l'an 444, lorsque l'eau Appia eut été amenée dans l'intérieur de la ville, qu'on commença à construire des thermes, que l'on qualifia d'une manière assez peu flatteuse de h petits et ténébreux H [2). ] usqu'à l'empereur .\uguste, d'ailleurs, on ne les fréquentait que pour des raisons d'hygiène et de propreté. C'étaient et ce n'étaient que des bains. Mais la paix heureuse et durable qilî succéda à l'agitation des guerres civiles eut pour conséquence de

(1) Balntarium deliciarum ignara. (De ihtrmù Andreae Baccii, efta m f** agilalur de unitmsa aqtutTMm natuta, etc., 1. VII. VenEtiis, 15S8.J (3) BeuiHAND, Lti eaux il les aqueducs romains, op. cit.

développer d'une manière presque immédiate, et dans une mesure incroyable, les établissements publics de luxe, d'agrément et d'utilité de toutes sortes. L'organisation du piaisir était, d'ailleurs, dans le programme de l'empire. Ce fut même, vis-à-vis du peuple, un véritable moyen de gouvernement. « Les hommes oublient tout quand ils s'amusent, écrivait Cassiodore, l'un des derniers hommes d'État de l'ancien monde romain, et il est plus facile de les conduire par les plaisirs que par la force ou la raison. «

Pendant son éditité, Agrippa fonda à Rome cent soixante-dix établissements gratuits de bains chauds. Son exemple fut suivi par tous ses successeurs dans les grandes charges de l'adminîstratïon romaine; et Pline raconte que, de son temps, ces établissements étaient n tellement nombreux, qu'on ne les comptait plus (1) ..

Leurs dimensions et leur luxe dépassaient tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Les empereurs, jaloux d'immortaliser leur nom, les offraient au peuple comme de magnifiques présents. De là, le nom de Xenia qu'on leur donnait quelquefois (Efwwv, présent, étrenne) .

Tous ces bains étaient le plus souvent donnés gratuitement. On y distribuait même l'huile nécessaire pour la toilette. Le peuple désertait les temples; il avait à domicile un petit culte assez commode de lares ou de pénates, habilement restauré et transformé par Auguste en religion d'Etat (2). La vie politique n'existait plus. Le forum était vide et silencieux, les associations surveillées, les grandes religions du passé démodées ou négligées. Les plaisirs de l'amphithéâtre ne pouvaient être qu'intermittents et relativement assez courts. Le bain suppléaàtout, et on y consacra bientôt la plus grande partie de la journée.

Indépendamment du nombre considérable de petits établissements k la portée de tous, et des bains privés que les familles opulentes seules pouvaient entretenir dans leurs demeures, douze thermes impériaux s'élevaient dans les différents quartiers de la

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