‹ Du Saint-Gothard à la mer (volume 2)Chapitre 24 sur 75 · I. (Plin., Hist. nul,, pass · texte numérisé non relu

I. (Plin., Hist. nul,, pass

ville. On en voit encore aujourd''hiii les m^niliques restes (i),

Le9 thermes de Caracalla occupaient, sur le Mont Avenlin, l'étendue d'une petite vîîle. Le corps principal de l'édifice n'avait pas moins de onze hectares {340 mètres de longueur sur 330 mètres de largeur). Tout autour s'étendaient des jardins, des promenoirs, des cours et des galeries. La reconstitution de cet édifice incomparable a été habilement faite par les architectes modernes, et on en connaît maintenant toutes les dispositions principales (2). Il se composait d'un rez-de-chaussée surmonté d'un étage très surélevé, et était précédé d'un immense portique.

Par derrière régnait un grand xyste circulaire pour les jeux de toute espèce. Dans les hémicycles latéraux, étaient établis des salles de réunion, des théâtres, des académies, des musées.

Un grand corps de Ic^s central de forme rectangulaire, d'une superficie de deux hectares et demi {220 mètres de longueur sur 1 10 mètres de largeur), et présentant une rotonde en saillie, renfermait les principaux aménagements thermaux.

C'était d'abord une vaste salle dans laquelle on se déshabillait, apodytherium, à laquelle se rattachaient plusieurs pièces accessoires, et où l'on s'abandonnait, après le bain, aux mains des gens de service, soit pour les frictions sèches de la peau, destrictarnm, soit pour le massage plus délicat avec des essences, des onguents et des parfums, unctorium; puis une vaste piscine de 1,200 mètres environ de superficie, yri^ii&ri'wffi ou cella frigidaria, où l'on

(i) Voici, d'après Baccius, les noms des donie thermes impériaux 4a RmW:

1* Thermes d'Agrippa ;

a* — de Néron, ptii9 tard d'Alexandre Sévère;

r — de Titus;

4* — de Trajan ;

S' — de Commode ;

& — de Septime Sévère ;

■f — de Caracalla et de» Aotonins ; *

8' — de Philippe ;

()• — d'Aurélien; lo* — de Dioclétien } 1 1* — d'Hélène, mère de Constantin ;

ia° — de Constantin. ^

(3) Lts Ihermes de Caracalla, restauration par Abel Bu>ubt. LÉONCE Revnaud, Traité d'architecture, pass. i^-

iLE GOMFtUKNT DU RHONE ET DE LA SAONE.

prenait des bains froids, dans laquelle on pouvait nager librement, et qu'on appelait pour cette raison la natalt'o. Venaient ensuite deux salles pour transpirer au moyen de l'air chauffé, cella.' tepidarix, maintenues à une douce température, et où l'on trouvait plusieurs bassins d'eau tiède; le calàarium ou bain chaud, qui était situé dans la rotonde du côté du midi, de manière à recevoir le soleil pendant toute la journée; le sudatorium ou laconicutn, étuve précédée d'un petit tcptdarium, et MneaMtreccllafriffidaria, dans laquelle on passait en sortant du bain chaud. Au-dessous enfin,

' se trouvait Mhypocaustum avec ses chaudières, qui donnaient de l'eau à différentes températures et produisaient !a vapeur nécessaire pour le caîdarium et le laconicum.

Les thermes de Caracalla ne contenaient pas moins de i .600 sièges en marbre; et, malgré l'énormîté de leurs proportions, ils avaient encore été dépassés.

Le Panthéon, qui est resté l'un des monuments les plus grandioses de l'architecture romaine, n'était qu'une salle des thermes d' Agrippa.

Les thermes de Dioclétien , plus vastes encore, et dont les immenses constructions s'étendaient à la fois sur les deux collines du Viminal et du Quirinal, contenaient des salles dont le volume

I dépassait celui de nos grandes cathédrales. L'un de ces vaisseaux, transformé, mais non agrandi, par Michel-Ange, est devenu l'église Santa Maria degli Angeli, la plus vaste de Rome après la basilique de Saint-Pierre,

Tous les thermes étaient d'ailleurs construits d'après les mêmes principes, sur les mêmes types, avec la même prodigalité et le même luxe, et présentaient, comme complément du bain, une série de salles pour la conversation, de galeries pour les tableaux, les statues, les collections de vases et les objets précieux, d'exèdres, de stades, de petits théâtres, de portiques et de promenades à ciel ouvert, où l'on pouvait prendre part à tous les jeux, suivre les péripéties des courses, écouter tour à tour les orateurs, les philosophes, les chanteurs et les musiciens, voir les parades des mimes et des baladins, les exercices A^f. lutteurs et des gymnasiarques, passer.

ttmn mot, l'entière joumfedans ■ cette oisiveté toujours occupée i ^m devint le propre de U vie romaine sous l'empire.

■ Aujourd'hui, dit Sénèque en parlant des bains de sa propie maison, cm se considère comme un homme pauN-re et insignifiant, 5) les murs de sa salle de bains ne sont pas resplendissants de belles plaques de marbre précieux, si, au milieu des colonnes de marbra d'Alesandrie, on ne voit point des pierres peintes it Numidte et des mosaïques figurant des tableaux, si des chambres entières ne sont pas tapissées de glaces, si les bassins ne sont pas entoarèsde pierres de Cbasos. qu'on voyait autrefois à peine dans les temples des dieux, si enfin l'eau ne coule pas de robinets d'argent. •

Du lemp* de Pline, une dame romaine d'un certain rai^ ne serait pas entr^ dans une salle de bains qui n'aurait pas été plaquée d'argent (t) ; et ce luxe, déployé dans l'installation de quelques bûns partieuliers, s'épanouissait avec une pro<I^lité insensée dans les thennes impériaux. C'étaient de véritables palais ouverte 1 U multitude, et doat les dimensions étaient devenoes telles, quWmmicTi MarcelHn ponvût les comparer à des provinces eotièfrs (a) .

Le:$ abus les plus honteux d'ailleurs s'introduisirent trfes ra}»dement dans tons ces tbennes. Dans l'origine, les deux sexes y étaient séparfe. Xltruve. qui écrivait au premier siècle avant notre ère, dit qœ )«:$ bains des bommes devaient toujours ttie distincts de ceux des femmes. Mais, dès remjnre, cette honntte prescription fut coosidêiéc comme one lettre morte. Daoa catùos thermes, les deux sexes étaimt régulièrement admis ptiernéle- Les écn^'ains ^^ncs, dit Bacdus, accusent tes Rranaîns davoir, les prenùers. pris des bains avec leurs femmes nues, et même d'en veer moins honnêtement eiM»ce (3) . La licence était telle que de$ femmes qui passaùcnt pour réservées ne craignaient

i in tarâu €t InjtmM.

îAmm. Mucnu. tCtr. CM.)

pas de se montrer nues dans les therm«s et de s'y faire frictionner en public par leurs esclaves ; d'autres, plus éhontées, s'y enivraient sans pudeur. Grande affluence, naturellement. Certains habitants de Rome venaient se baigner jusqu'à sept fois par jour.

Dans ces immenses casinos ouverts à toute heure à la multitude, la corruption se développait dans des proportions effrayantes. Tous les vices finirent par s'y donner rendez-vous. Le baîn n'était plus que l'accessoire et en quelque sorte l'intermède de plaisirs inavouables; et le peuple, dégradé et abruti par l'excès ■des voluptés de la vie païenne et sensuelle, y vivait dans la dégradante promiscuité de toutes les variétés de courtisanes et d'êtres encore plus avilis (i).

Tels étaient les principaux thermes de Rome. Tels furent aussi ceux de toutes les grandes villes de l'empire. Ceux de Lyon, dont on croit avoir retrouvé quelques vestiges au pied de la colline de Saint-Sébastien , aux abords du temple de Rome et d'Auguste, durent présenter, dans des proportions sans doute plus réduites, des dispositions analogues. Ces thermes étaient, en réalité, la ruson d'être de la m^nifique canalisation du premier siècle dont les longues files d'arceaux rayonnaient alors autour de la ville, et qui, ruinés de très bonne heure par les invasions barbares et sarrasines , détruits plus tard pour les besoins des constructions modernes ou par l'extension de la culture, nous ont laissé à peine quelques débris (2) .

*iÉdas in baintas intrcdwarenl ; unde rni'nui honesle alias haiu ticenliam lump-

tÙM. (BhCCIL<S, Dp. cil.)

BnJlttAND, Les eaux et les aqueducs romains, op. cil.

(l) Avec les empereurs, la débauche eut libre accès dans les thermes: elle fallait presque partie de l'institution. La corruption, d'ailleurs, était arrivte à Rome i ce point qu'aucun temple ne fermait ses portes à la prastiCutîoo. Le vice f tait devenu une sorte de rouage administratif de l'empire.

Quo non proslat fimina tenfilai'

(JUVÉNAL. Sat., IX, ï, 34.) ' J

Non -Bis mecum. Sauf eia.lavari. \

(Martial, I, 111, Ép. 72.) !» Il ejt curieux de remarquer que les Romain?, qui avaient organisé avec ■tant de frais dans toutes leurs colonies et jusque dans leurs moindres municipea en-i ce d'adduction d'eau bien supérieur, comme luxe et comme volume, à ^Ut ce que nous voyons aujourd'hui dans nos villes modernes, n'avaient presque

l et or

et ont résisté à la dévastation des Sarrasins au huitième sitclc.

A la suite se trouvait le réservoir de tête d'un siphon de 94 mètres de flèche qui traversait la vallée du Garon. Une série de neuf tuyaux en plomb soutenus sur les coteaux opposés par deux longues suites d'arcs rampants, franchissait le thalwi^sut un pont de vingt-trois arches de 208 mètres de longueur.

Au sortir de cette conduite forcée, le canal se développait sur le plateau de Chaponost. On y voit encore de magnifiques débris. Une longue série d'arcalures de 550 mètres de longueur traversait !e plateau; soixante-seize sont encore debout et témoignent de la grandeur de l'ouvrage.

Au delà, le canal franchissait l'Yzeron. Un siphon d'une hardiesse remarquable, si l'on a. égard aux faibles ressources sidérurgiques de l'éjKique, — îl n'avait pas moins de 123 mètreâ de flèche, — traversait la vallée. Il se composait de dix tuyaux en plomb, reposant sur deux lignes d'arcs rampants adossés am deux coteaux, soutenus au milieu par un pont de trente arches de 268 mètres de longueur environ, de 7 mètres 35 de largeur et de 16 mètres de hauteur, dont les restes sont connus de tous les touristes qui visitent les environs de Lyon.

Après cette traversée difficile, la conduite parcourait le plaleau de Sainte-Foy, traversait la vallée de Saint-Irénée à l'aide [l'un dernier siphon formé de huit tuyaux, se développait sur le plateau de Fourvières et venait déverser ses eaux dans un réser\'oir situ* au sommet de la rue moderne de la Montée-des-Anges, à l'altitufls de 296 mètres, c'est-à-dire à 15 mètres plus haut que le point d'arrivée des deux aqueducs antérieurs. Là, se trouvaient des réservoirs qui distribuaient l'eau dans tous les quartiers de la ville impériale étagée sur le coteau. Des tuyaux en plomb la recueillaient ensuite, lui permettaient de traverser en siphon la Saflne et la faisaient remonter sur les hauteurs de la Croix-Rousse [t)>

(i) J. Spon, Recherches des anliquitês et curlesitft de h MtlU it A***- Lyon, 1673.

P. DoM. DsCoLOKlA, AnUquitisprofaHts et saerfes dt la viUe de Lygtt, ITOI-"

Hislaire lilUraire de Lyon. 1728.

Tel était dans ses grandes lignes l'aqueduc du Mont-Pilat. Il l'avait pas moins de 52 kilomètres de développement. Il paraît IToir débité près de 45,000 mètres cubes par jour et pouvait, lar conséquent, donner à lui seul, paj jour et par habitant, [50 litres à une population de 100,000 âmes, chiffre très probarfctnent supérieur à celui de la colonie au milieu du premier ^cle.

j Mais la ville eut bientôt encore d'autres besoins. Elle s'étenlaît tous les jours davantage et envahissait la presqu'île du Widuent. C'était à ce confluent même qu'était établi le temple :élèbre de Rome et d'Auguste, où les soixante nations des Gaules tenaient faire en grande pompe leurs dévotions annuelles. Tout tn quartier s'était rapidement développé dans la presqu'île resseriée entre les deux fleuves. Un nouvel aqueduc vint l'aîimenter. îïn ignore l'époque exacte de sa construction. On sait seulement lue la prise d'eau se trouvait, dans la vallée supérieure du Rhône, i Miribel. Une pente régulière conduisait dans le bas quartier les (aux des sources provenant du bassin des Dombes, el les amenait kla hauteur de la rue moderne du Griffon, au pied de la colline de la Croix-Rousse, pour servir très probablement à la naumachie dont on croit pouvoir fixer en cet endroit l'emplacement, à côté nëme de l'autel consacré à l'empereur et à la capitale du monde.

En somme, le service des eaux était assuré à Lugdunum, dès le Premier siècle de notre ère, par quatre aqueducs qui rayonnaient kutour de la ville et présentaient un développement de près de I50 kilomètres, dont 3,000 mètres de ponts, s'élevant parfois à !>rèsde 30 mètres de hauteur, et 5,000 à 6,000 mètres d'arcatures de rampants. Ils débouchaient à des altitudes différentes : — deux premiers correspondant à ce qu'on appelle, en termes

DsLOKUB. AHHaUi lit i'Acadftiiit tU LyoH, 176a.

PulchErok, 5iir 1rs Iraù aguniucs gui amcHaiirnI Us eaux dit Motil d'Or, de la frh<mu *t de Filai. Lyon, 1840.

BeustUMI. Lfs aqueducs romains. Paris, 1876.

A. Léger, Les travaux puhlics, les musées et la mêtollursie au temps des tmaitis. Lyon, 1875 ID-, L* service des eaux à Lugdunum et à Lyon.. Lyon, 1879.

pas tout d'un coup à ce prodigieux résultat; et ce fut pargrad^ tions, avec une habileté consommée et une parfaite connaissance \ des besoins moraux et des instincts religieux du peuple, qu^il s'associa d'abord et finit peu à peu par se substituer aux cultes les mieux établis.

A peine croyant, il commença par restaurer tous les temidcs; et, après la bataille d*Actium, il se hâta d'en élever un nouveu à Apollon, très riche et très en vue, sur le Mont Palatin, affirmant ainsi la protection divine dont il disait avoir été Tobjet dans cette grande journée qui avait décidé du sort du monde. Partout il rétablit les anciennes cérémonies ; et afin d'avoir la haute mam sur le mouvement religieux qu'il dirigeait dans un but uniquement politique, il remplaça, dans les collèges sacerdotaux , l'élection des prêtres par la nomination impériale, et il se fit nommer successh vement chef de toutes les corporations religieuses, en p>articulier du collège des frères Arvales, qu'il avait récemment reconstitué et qui avait sur le peuple le prestige de l'ancienneté, d'un certain mysticisme, et toute l'autorité des vieilles formules qu'on répétait depuis sept siècles sans les bien comprendre. Si l'on en croit Suétone, il était dans le fond très irrévérencieux à Tendroit des grandes divinités ; mais il pensait que la religion était bonne pour le peuple, qu'elle était une chose utile, un instrument de domination, une force sociale; et il entendait que son gouvernement eût cet instrument et cette force à son service (i).

Dans ce but, il s'attacha surtout à protéger le culte des dieux Lares, modestes sans doute, mais bien autrement nombreux, et surtout plus chers au petit peuple que les dieux solennels de l'Olympe, (jue l'on admirait de trop loin, et dont on se souciait en somme assez peu (2) . A Rome et dans tout le monde romain, chaque corporation, chaque maison, même la plus pauvre, entretenait avec soin le culte de dieux plus abordables , domestiques et familiers; c'étaient les Génies, les Mânes, les Pénates, les Lares

(l) V . Dl.'Rl.'V, Histoire des Romains, op. cit., ch. LXVI, ni. t2) V^oir une belle dissertation sur le polythéisme au premier siècle de notrt ère. (V'iLLEMAiN. Tableait de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle. ^

LB CONFLUEMT du RHONE ET DE LA SAONE.

tout. Virgile les désignait d'une manière touchante sous le nom I dieux paternels (i) ». Ces dieux intimes étaient généralement résentés par des figurines de terre grossière à peine cuite au r, ou par des reliefs imprimés surde petits autels votifs que l'on dait précieusement au foyer de la maison. On les invoquait, on honorait chez soi, comme le paysan rus-se le fait encore de nos rs pour les saintes images, et le Napolitain pour ses médailles es amulettes. Ces idoles étaient la représentation visible de la tection surnaturelle dont l'idée a été de tout temps si douce cœur de l'homme, protection qui devait s'exercer sur tous les nbres de la famille et dans les moindres circonstances de la

^s dieux Lares n'étaient pas seulement les bons génies de naison; ils étaient ceux du quartier. Tous les carrefours de ne étaient sous leur garde. A ce titre, leur popularité était ndc, leur culte très répandu, leurs fêtes religieusement obser-

l'introduire dans ce culte à la fois intime et public fut un acte ^UUque habile qui devait assurer à l'empereur un respect uni- Bel et religieux. Mais il ne fallait rien brusquer; et, quelque )osé que fût le monde à s'inchner devant les volontés d'un Itre tout-puissant, il était prudent de ne s'acheminer qu'avec (ure et par étapes vers cette apothéose et cette consécration érieure qui allaient faire de « César » le seul dieu réellement Dqué et respecté de l'empire.

fout d'abord, raconte Dion Cassius (2}, Auguste établit dans que île, vicus, de Rome des magistrats spéciaux, magistrt trum, pris parmi les plébéiens, qui étaient chargés de l'inspec- 1 des rues, paraissaient en public revêtus de la prétexte et jent accompagnés de deux licteurs portant les faisceaux, ce qui t l'insigne distinctif de la puissance judiciaire. A la fois édiles irètres, ces magistrats avaient dans leurs attributions la garde

) Dans certaines loeaiités. ces dieux lares ou pénates portaicDt un nom parli- If : \ea prexuBifs. firaxumi. textuellement ■■ dieux rapprochés h. DionCass., LV, 8.

bat bien autrement dangereux du pugilat. Le bain était alors absolument nécessaire pour la réparation des forces. Dans l'inlérieut des palestres et des gymnases se trouvaient à cet effet des salles de bains, où les combattants se faisaient laver et masser avec de l'eau généralement froide. C'était une sorte de traitement bj-drothérapique qui délassait le corps sans l'amollir dans une voluptueuse oisiveté.

Tout autre était le bain romain.

Bien que construits, d'une manière générale, sur le type des gymnases de la Grèce, et ayant conservé, pour la nomenclature dt tous leurs aménagements, des désignations d'origïne grecque, — laconicum , hypocaustum ou hypocausis , apodyiherium , thermes, etc., etc., sont des mots grecs, — rien n'était moins grec, dans le vrai sens du mot, que les établissements de bains de toute nature que l'on vit s'élever, dès le premier siècle, en si grand nombre et dans des conditions de luxe jusqu'alors inaccoutumées, dans la plupart des villes de l'empire.

La gymnastique et l'agonistiquey tenaient, en somme, très peu de place. On était loin de l'époque héroïque de Romulus el des premières années de la République, alors que le Sénat faisait construire le champ de Mars dans le voisin^e même du Tibre, pour que les jeunes gens, couverts de sueur et de poussière, après le rude travail des armes, pussent se retremper dans l'exercice de la natation. Les délices des bains chauds restèrent absolument inconnues dans les trois premiers siècles de Rome (i). Ce ne fut que vers l'an 444, lorsque l'eau Appia eut été amenée dans l'intérieur de la ville, qu'on commença à construire des thermes, que l'on qualifia d'une manière assez peu flatteuse de « petits et ténébreux B (2). Jusqu'à l'empereur Auguste, d'ailleurs, on ne les fréquentait que pour des raisons d'hygiène et de propreté. C'étaient et ce n'étaient que des bains. Mais la paix heureuse et durable qiu succéda à relation des guerres civiles eut pour conséquence de

(1) Baliuaritim dtliciarum ignara. {De fhermia Andreae Bacc:i, o^i'f* QfitaluT de KHiveria aguariim natura, etc., I. Vil. Venetiis, 1588.) (3) Bblcrand, Let eaux el les agueduci ronai'ni, c^. cil.

'' développer d'une manière presque immédiate, et dans une mesure incroyable, les établissements publics de luxe, d'agrément et d'utilité de toutes sortes. L'organisation du plaisir était, d'ailleurs, dans le programme de l'empire. Ce fut même, vis-à-vis du peuple, un véritable moyen de gouvernement, m Les hommes oublient tout quand ils s'amusent, écrivait Cassiodore, l'un des derniers hommes d'État de l'ancien monde romain, et il est plus facile de les conduire par les plaisirs que par la force ou la raison. »

Pendant son édilité, Agrippa fonda à Rome cent soixante-dix établissements gratuits de bains chauds. Son exemple fut suivi par tous ses successeurs dans les grandes charges de l'administration romaine; et Pline raconte que, de son temps, ces établissements étaient a tellement nombreux, qu'on ne les comptait plus (I) ».

Leurs dimensions et leur luxe dépassaient tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Les empereurs, jaloux d'immortaliser leur nom, les offraient au peuple comme de magnifiques présents. De là, le nom de Xenia qu'on leur donnait quelquefois (^fonv, présent, étrenne) .

Tous ces bains étaient le plus souvent donnés gratuitement, On y distribuait même l'huile nécessaire pour la toilette. Le peuple désertait les temples; il avait à domicile un petit culte assez commode de lares ou de pénates, habilement restauré et transformé par Auguste en religion d'État (2). La vie politique n'existait plus. Le forum était vide et silencieux, les associations surveillées, les grandes religions du passé démodées ou négligées. Les plaisirs de l'amphithéâtre ne pouvaient être qu'intermittents et relativement assez courts. Le bain suppléa à tout, et on y consacra bientôt la plus grande partie de la journée.

Indépendamment du nombre considérable de petits établissements à la portée de tous, et des bains privés que les familles opulentes seules pouvaient entretenir dans leurs demeures, douze * thermes impériaux s'élevaient dans les différents quartiers de la

I (i) Nhhc Rama ad infinilum auxere Humerum. (Pus., Miil. nal., paM.) (ï) Voir iHfrà. a VI el Vil.

3g6 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE ÇUATRIÈME.

ville. On en voit encore aujourd'hui les magnifiques restes (i).

Les thermes de Caracalla occupaient, sur le Mont Aventin, l'étendue d'une petite ville. Le corps principal de l'édifice n'avait pas moins de onze hectares (340 mètres de longueur sur 330 mètres de largeur). Tout autour s'étendaient des jardins, des promenoirs, des cours et des galeries. La reconstitution de cet édifice incomparable a été habilement faite par les architectes modernes, et on en connatt maintenant toutes les dispositions principales (2). 11k composait d'un rez-de-chaussée surmonté d'un étage très surélevé, et était précédé d'un immense portique.

Par derrière régnait un grand xyste circulaire pour les jeux de toute espèce. Dans les hémicycles latéraux, étaient établis des salles de réunion, des théâtres, des académies, des musées.

Un grand corps de logis central de forme rectangulaire, d'une superficie de deux hectares et demi (220 mètres de longueur sut 1 10 mètres de largeur), et présentant une rotonde en saillie, renfermait les principaux aménagements thermaux.

C'était d'abord une vaste salle dans laquelle on se déshabiltîil, apodytherium, à laquelle se rattachaient plusieurs pièces aixcssoires, et où l'on s'abandonnait, après le bain, aux mains des gens de service, soit pour les frictions sèches delà peau, destrictatium, soit pour le massage plus délicat avec des essences, des onguents et des parfums, unclorium ; puis une vaste piscine de 1,200 mètres environ de superficie, yV(]fi'</(irî'«OT ou cella frigidaria, où l'on

(1) Voie], d'apris Baccius. les noms des douze thermes impériaux de Rome -

I* Thermes d'Agrippa; .9* — de Néron, plus tard d'Alexandre Sévère; 'a* — de Titus;

4* — de Trajan ; 5* — de Commode ; 6* — de Septime Sévère; 7* — de Caracalla et des Antonins ; '

^8» — de Philippe; * 9» — d'AuréHen; 10* — de DiocléCien ;

1 1* — d'Héline, mère de Constantin ; 13* — de Constantin.

•s de Caracalla, restauration par Abkl Blouet.

(3) Leithern

LÉONCE Revnaud, TraiU ti'areÂitecture, pass.

•JX ÈONFLUENT DU RHONE ET DE LA SAONE.

ait des bains froids, dans laquelle on pouvait nager librement, l'on appelait pour cette raison la natatio. Venaient ensuite : salles pour transpirer au moyen de l'air chauffé, rc/te tepise, maintenues à une douce température, et oii l'on trouvait ieurs bassins d'eau tiède; le caîdarhtm ou bain chaud, qui

situé dans la rotonde du côté du midi , de manière à recevoir leil pendant toute la journée; le sudatorium ou laconicum, e précédée d'un petit tepidartum^ et une autre ceîlafrigidaria.

laquelle on passait en sortant du bain chaud. Au-dessous enfin, ouvait Vkypocaustum avec ses chaudières, qui donnaient de

à différentes températures et produisaient la vapeur néces- I pour le caldarium et le laconicum.

îs thermes de Caracalla ne contenaient pas moins de i ,600 sièen marbre; et, malgré l'énormité de leurs proportions, ils înt encore été dépassés.

; Panthéon, qui est resté l'un des monuments les plus gran- ;s de l'architecture romaine, n'était qu'une salle des thermes ;rippa.

» thermes de Dioclétien , plus vastes encore, et dont les °nses constructions s'étendaient à la fois sur les deux collines imînal et du Quirinal, contenaient des salles dont le volume ssait celui de nos grandes cathédrales. L'un de ces vaisseaux, iformé, mais non agrandi, par Michel-Ange, est devenu l'église 'a Maria degli Angeli, la plus vaste de Rome après la basi-

de Saint-Pierre.

JUS les thermes étaient d'ailleurs construits d'après les mêmes :ipes, sur les mêmes tyj>es. avec la même prodigalité et le e luxe, et présentaient, comme complément du bain, une série Jlcs pour la conversation, de galeries pour les tableaux, les les, les coilections de vases et les objets précieux, d'exèdres, ades, de petits théâtres, de portiques et de promenades à ciel rt, où l'on pouvait prendre part à tous les jeux, suivre les pérts des courses, écouter tour à tour les orateurs, les philosophes, hanteurs et les musiciens, voir les parades des mimes et des lins, les exercices des lutteurs et des gymnasiarques, passer.

en un mot, l'entière journée dans fl cette oisiveté toujoi qui devint le propre de la vie romaine sous l'empire.

fl Aujourd'hui, dit Sênèque en parlant des bains de sa propre maison, on se considère comme un homme pauvre et insignifiant, si les murs de sa salle de bains ne sont pas resplendissants dî belles plaques de marbre précieux, si, au milieu des colonnes de marbre d'Alexandrie, on ne voit point des pierres peintes de Nuraidie et des mosaïques figurant des tableaux, si des chambres entières ne sont pas tapissées de glaces, si les bassins ne sont pas entourés de pierres de Chasos, qu'on voyait autrefois à peine daos les temples des dieux, si enfin l'eau ne coule pas de robinets d'argent, n

Du temps de Pline, une dame romaine d'un certain rang ne serait pas entrée dans une salle de bains qui n'aurait pas été plaquée d'argent (i) ; et ce luxe, déployé dans l'installation de quelques bains particuliers, s'épanouissait avec une prodigalité insensée dans les thermes impériaux. C'étaient de véritables palais ouverts à la multitude, et dont les dimensions étaient devenue; telles, qu'Ammien Marcellin pouvait les comparer à des provinces entières {2),

Les abus les plus honteux d'ailleurs s'introduisirent très i^dement dans tous ces thermes. Dans l'origine, les deux sexes J étaient séparés. Vitruve, qui écrivait au premier siècle avant notre ère, dit que les bains des hommes devaient toujours être distincts de ceux des femmes. Mais, dès l'empire, cette honnête prescription fut considérée comme une lettre morte. Dans certains thermes, les deux sexes étaient ré^lièrement admis pêieméle. Les écrivains grecs, dit Baccîus, accusent les Romains d'avoir, les premiers, pris des bains avec leurs femmes nues, et même d'en user moins honnêtement encore (3) . La licence éUit telle que des femmes qui passaient pour réservées ne cramaient

(1) GuHL et KoNBK, La vie antique, Rome. Les repas, les battu el lu jf- Tiad. RtEMANNctTRAviNSKi. PaHs, 1885.

(2) Lavacra i« modum fmiitciarum erstruela. (Amm. Mabceu.., Xer. Ctà.)

(3) Graci qtioqut scriflares RomanU id vitium inipHtant, çui uxtre* >"**

trats, inscrits sur des monuments honoraires élevés pour la plupart par les trois provinces, sont connus de tous les archéologues, fitfont presque tous partie de la magnifique collection épigraphique conservée précieusement dans les galeries du Musée de Lyon (i) . La formule officielle qui mentionne la dignité religieuse n'est pas toujours la même. On y lit tour à tour les qualifications sui-

Sacerdos Romx et A ugusti.

Sacerdos ad templum Romx et Augustorum.

Sacerdos Arse inter conftuentes Ararts et Rhodani. Sacerdos ad Aram Ciesarh nostri.

Sacerdos Ars Augusti inter confluentes Araris et Rhodani. Sacerdos ad Aram Csesaris et ad templum Romas et Augusti ad confluentes Araris et Rhodani, etc. (2),

Mais cette variété même est précieuse, et elle confirme l'existence de cette magistrature rehgieuse spéciale, vouée au Culte de la divinité d'Auguste, des Augustes ou des Césars, constituant un seul et même ordre, celui des prêtres augustaux. Elle pré<ûse, en outre, que le temple et l'autel, soit qu'ils fussent réunis en un seul monument , comme certaines inscriptions semblent l'indiquer, soit, ce qui est plus probable, qu'ils fussent séparés et distincts, ainsi que le portent d'autres textes épigraphiques et que le dit d'ailleurs le texte de Strabon, étaient situés au confluent des deux cours d'eau, à l'extrémité méridionale et, pour ainsi dire, sur la berge même du Condate lyonnais.

Ce territoire , plat et marécageux , s'adossait à la colline de Saint-Sébastien et formait une ville indépendante de la colonie, qui était, au contraire, étagée à flanc de coteau jusqu'à la plateforme de Fourvières, sur la rive droite de la Saône. Cette ville

(i) Voir les fac-sim iMcrip lions relatives H, DE BotSSiEU, Inscri

IX) F. Artaud, Sut Lyon. Noie 36- Lyon,

, les lectures, traductions et interprétations des diverses [ prêtres de Rame et d'Auguste dans le recueil de

t médaitlei d'AugusIe tl de Tibirt a» revers de Vauttt de

Un monument d'une importance capitale, curieux entre tous dans les annales du monde, a marqué l'emplacement de l'ancien confluent du Rhône et de la Saône et l'a rendu à jamai.^ célèbre. C'est le fameux autel construit sous la dédicace de Rome et de l'empereur Auguste par les soixante nations de la Gaule Chevelue (i).

Ce monument singulier est le témoignage de la nouvelle religion que l'empire naissant organisa de toutes pièces, non seulementà Rome, mais dans toutes les provinces, et qui se résumait en sommi; en un seul dogme fort simple ; la divinité de l'empereur.

Le fait est à peine croyable, il est vrai cependant. L'institution a été fondée, elle a existé, elle a prospéré, et, bien mieux, cliea été acceptée sans résistance pendant trois siècles par plusieurs millions d'hommes.

11 est intéressant de rappeler les traits principaux de ce phénomène unique peut-être dans l'histoire (2).

L'an 722 de Rome — trente et un ans avant Jésus-Chrisl — fut une date mémorable. La bataille d'Actium avait clôturé du même coup la période révolutionnaire et la longue série du

nulle part senti la nécessité de l'éclairage public, et étaient testés, sur ce point, \ dans un état absolu de barbarie. 11 Lyon n'était pas éclairé la nuit. Une mit 1 ville dans tout l'empire romain, Antiochc (MoiiiiSE.N, Hiil. rom., V, p. 457)1 " était arrivée k cet effort de luie inconnu mÉme à Rome ; mai» ceu» qui ï Lf» s'acheminaient, le soir venu, vers le carrefour des Minimes, voyaient brilla' travers la brume les trois becs fiamboyants d'une magnifique lampe qui, grirti une libéralité particulière, éclairait le laraire augustal voisin du palais Julie». " DomMs Juliana de l'inscription de l'Antiquaille. « (A. Allmer, Uustr di Lyf' Iiucr. ohI., t. II, p. 335.)

(i) Voir (pièce justificative XVI) la division politique et administrative d''' Gaule en provinces et cités au premier siècle, et la nomeaclature des to^"^ nations de la Gaule Chevelue.

(I) Voir, pour tous les développements relatifs A l'institution d'une tt\ïp<" officielle dans l'empire romain. VHisleire des Ramains de V, DuBtJï. émolument les chapitres consacrés Ji la réforme religieuse (t. III, ch. LXVI, [11. et Ch. LXVIII, 111), dont les pages suivantes ne sont qu'un résumé.

lie' CONFLUENT DU RHONE ET DE I.A SAONE.

rres àviles. Antoine disparu, Octave deven^t le seul maître monde; et le monde, épuisé et meurtri, était heureux de mnaitre son autorité absolue et de se reposer sous sa protec- I. Le Sénat, interprète fidèle de la lassitude générale et de la mission volontaire de tous, décida alors solennellement que le lie d'Auguste serait honoré dans les mêmes conditions et suiit les mêmes formules que les dieux Lares, non seulement à ine, mais dans les provinces (i). Celui qui devait s'appeler ormais César Auguste devint ainsi plus qu'une autorité polile, civile et militaire; il devint une véritable religion. Ce fui B qu'un empereur, ce fut un dieu; et, par un prodige d'habileté, iieu imposé par la force devint très rapidement un dieu aimé, pecté, populaire surtout, supérieur et préféré à tous les grands nx de l'Olympe.

^près plus d'un siècle de désordres sanglants, de despotisme ■taire ou aristocratique et de violences de toute nature , on Bsentait une ère durable de calme et de repos. On avait la paix lehors, la paix surtout au dedans, cettiifiax romana qui, malgré

vices et les hontes du régime impérial, aassuré, somme toute, idant près de trois siècles au monde civilisé d'alors la sécurité lire les hordes barbares, l'autorité dans la vie civile et l'huîne justice pour tous. On perdait, il est vrai, la liberté; mais hiis longtemps on n'en connaissait que les excès et les fureurs.

échange, on avait un pouvoir stable, la certitude dans le préft, la confiance dans l'avenir. Les provinces pacifiées recon- ■saient Rome maîtresse du monde, devant laquelle tous, petits grands sans exception, devaient plier le genou. Au demeurant, diatne était dorée, la vie et la paix assurées ; et la servitude fut leptée comme un véritable bienfait.

L'idée véritablement neuve d'Auguste fut de diviniser l'État ■a personne et de mettre son culte à la portée de tous. Il n'arriva

i) OiON Cass., Ll, 19.

pas tout d'un coup à ce prodigieux résultat ; et ce fut par gradïlions, avec une habileté consommée et une parfaite connaissance des besoins moraux et des instincts religieux du peuple, qu'il s'a*socia d'abord et finit peu k peu par se substituer aux cultes ks mieux établis.

A peine croyant, il commença par restaurer tous les temple; et, après la bataille d'Actîum. il se hâta d'en élever un nouveiti à Apollon, très riche et très en vue, sur le Mont Palatin, affirmant ainsi la protection divine dont il disait avoir été l'objet dans cette grande journée qui avait décidé du sort du monde. Partou! il rétablit les anciennes cérémonies ; et afin d'avoir la haute maîn sur le mouvement religieux qu'il dirigeait dans un but uniquement politique, il remplaça, dans les collèges sacerdotaux, l'élection des prêtres par la nomination impériale, et il se fit nommer successivement chef de toutes les corporations religieuses, en particulier du collège des frères Arvales, qu'il avait récemment reconstitué et qui avait sur le peuple le prestige de l'ancienneté, d'un certain mysticisme, et toute l'autorité des vieilles formules qu'on répétait depuis sept siècles sans les bien comprendre. Si l'on en croit Suétone, il était dans le fond très irrévérencieuit à l'endroit d» grandes divinités; mais il pensait que la religion était bonne pour le peuple, qu'elle était une chose utile, un instrument de domination, une force sociale; et il entendait que son gouvernement eût cet instrument et cette force à son service (l).

Dans ce but, il s'attacha surtout à protéger le culte des dieui Lares, modestes sans doute, mais bien autrement nombreux, « surtout plus chers au petit peuple que les dieux solennels ée l'Olympe, que l'on admirait de trop loin, et dont on se souciait en somme assez peu (2). A Rome et dans tout le monde rom^n. chaque corporation, chaque maison, même la plus pauvre, entretenait avec soin le culte de dieux plus abordables, domestiques et familiers; c'étaient les Génies, les Mânes, les Pénates, lesUfO

(i) V, DuKUV, Hitloire des Romaira, op. cil., ch. LXVI, ni. (z) Voir une belle dissertation aur le polythéisme au premier siècle de i>°^ , Tahleau de rétognince chrèlienne au guairiime iiècli^

rtout. Virgile les désignait d'une manière touchante sous le nom ■ dieux paternels (i) ». Ces dieux intîmes étaient généralement présentés par des figurines de terre grossière à peine cuite au hir, ou par des reliefs imprimés sur de petits auteis votifs que Ton ■rdait précieusement au foyer de la maison. On les invoquait, on b honorait chez soi, comme le paysan russe le fait encore de nos Durs pour les saintes images, et le Napolitain pour ses médailles ft SCS amulettes. Ces idoles étaient la représentation visible de la |rotection surnaturelle dont l'idée a été de tout temps si douce n cœur de l'homme, protection qui devait s'exercer sur tous les taembres de la famille et dans les moindres circonstances de la

I Les dieux Lares n'étaient pas seulement les bons génies de ■ maison; ils étaient ceux du quartier. Tous les carrefours de Rome étaient sous leur garde. A ce titre, leur popularité était rande, leur culte très répandu, leurs fêtes religieusement obser-

S'introduire dans ce culte à la fois intime et public fut un acte

politique habile qui devait assurer à l'empereur un respect uni-

et religieux. Mais il ne fallait rien brusquer; et, quelque

ié que fût le monde à s'incliner devant les volontés d'un

Ire tout-puissant, il était prudent de ne s'acheminer qu'avec

et par étapes vers cette apothéose et cette consécration

ipérieure qui allaient faire de h César a le seul dieu réellement

'oqué et respecté de l'empire.

Tout d'abord, raconte Dion Cassius (3), Auguste établit dans

;ue tle, vûus, de Rome des magistrats spéciaux, magistri

■erum, pris parmi les plébéiens, qui étaient chargés de l'inspec-

PSon des rues, paraissaient en public revêtus de la prétexte et

fcient accompagnés de deux licteurs portant les faisceaux, ce qui

«ait l'insigne distinctif de la puissance judiciaire. A la fois édiles

Sprètres, ces m^istrats avaient dans leurs attributions la garde

Kl) Dans certaines localités, ces dieux laies ou pénates portaient un nom partl- Rmt: \t:t fraxutnrs, proxumi, textuellement u dieux rapprochés ■>.

?{») DionCass-, LV. 8.

4oS SECONDE PARTIE. — CHAPi'

OU tout au moins leurs magasins, dans la partie de la ville basw qu'on appelait le CanHabis\yonTiais, negotiatoresvinarii Lugdwi in Kanabis {ou Cannabis) consis/entes (i). D après le savant Artaud, ce mot n Cannabis n désignerait un ancien marché au chanvre, dont le souvenir s'est perpétué jusque dans les temps modernes. Il existait, en effet, dans le vieux Lyon, avant queli ville ait été transformée par les constructions de notre siècle, un faubourg et une porte appelés • Clienevièrc » («««a, eûrm, icain«6if. Cannabis, chanvre, roseau). C'était là que se taiait le marché au chanvre, à peu près sur l'emplacement du quartier des Terreaux; et les gens de la campagne venaient encore, il y a quelques années, vendre cette denrée sur la place Saint-Pierre et aux abords de la rue Sainte-Catherine.

Il est plus probable cependant que ce Cannabis était le canal qui mettait en communication les deux fleuves, dont le confluent

^1) Voici l'une do n

MiHlhalU M{arc{) Fiylia) filali iitgoliaUflr!) vinarfig) Lugud{uHi)

pa(™«(B) f9iuSlu«) fHcm<,„^

■{um) ulrl.yhrihr

re navig{aHii) patrono fjusd^tm) corfionis) . ...

I) /abrar(„m) Lugud(uni) cansUHfntium) g splendidisiimus civilatiis) Albensium concessiim dédit negoiialerrs irina Kanab[is) CBnsisl{entrs) pail'ono) o* cujus statua dcd(ica)tiimi{m) sfic

idrnnrios, exprimé par le signe -X) dédit.

Inscript, de Lyon .in Palais des Arts trouvée Sainte-Colombe el de la place Saint-Michel, gravé destiné k supporter une statue. (De BoissiEU, Instr

n i8z9 à l'angle de la sur un beau bloc de pj int. drLj'OH, ch. vi. \x>""

;nt surtout, — que, dès le commencement du premier siècle, il y avait peut-être pas une cité dans l'empire qui ne possédât son •liège d^Augustaux, collège recruté en général dans la classe oyenne, même chez les petites gens, et dont six membres, élus laque année et appelés Sévirs Augustaux, Seviri Augustales, mplissaient des fonctions multiples, tenant à la fois du prêtre, de bdministrateur et du magistrat. Ce recrutement finit par constier bientôt une sorte d'aristocratie secondaire ou mieux de ïtite bourgeoisie très influente, absolument dévouée aux institions de l'empire et à la divinité de l'empereur désormais connue (i).

Dans les provinces, le culte de César était particulièrement isocié à celui delà ville de Rome, qu'on divinisait ainsi du même mp; et les principales villes de l'Orient et de l'Occident éle- ^rent des temples et des autels où, chaque année, les premiers ersonnages du pays venaient, en qualité de prêtres ou députés, lïrir leurs prières et leurs sacrifices à l'empereur et à la Ville temelle.

Nulle part ces cérémonies n'eurent plus d'éclat qu'à Lyon.

L'an 12 avant notre ère, Néron Claudius Drusus, qui gouverlait la Gaule impériale, convoqua, au confluent du Rhône et de la >a6ne, les principaux cheis j />rtmores, des trois Provinces Cheveues(2). a Par un accord commun entre tous les Gaulois, dit >trabon, un temple y fut consacré à César Auguste. Il s'élève ans cette ville de Lyon, au-dessus du confluent des deux fleuves, •'autel porte l'inscription des soixante cités avec les statues de Wune d'elles (3) . . . » Le texte du géographe grec a été malheu-

(i) E. Desjardins, Géographie de la Qaule romaine, t. III, ch. m, 5.

(2) Ara Casari ad conjluentes Araris et Rhodani dedicata. (TiT. Liv., Epi- *»««, CXXXVII.)

(3) To te lepôv ta àvaSei/ôèv ûird iràvrwv xoiv^ tôv FaXaTûv Kaîcapi tù Se^aorc^ Tcpà

reusement tronqué; et il est fort regrettable qu'il n'ait pu aom donner, avec sa concision et sa netteté ordinaires, la description au moins sommaire du temple, de l'autel et de leurs abords. L« archéologues modernes, malgré leur imagination et leurs essais de restaurations toujours un peu hypothétiques, ne sauraient y suppléer; et les louiiles exécutées à plusieurs reprises sur l'emplacement de l'ancien confluent des deux fleuves , au pied de la coUîntr de Saint-Sébastien, dans le quartier de la place des Terrcain, n'ont mis à jour que des débris très mutilés.

Elles suffisent cependant pour affirmer que le célèbre autc! ilc Rome et d'Auguste n'était pas situé, comme on l'a cru longtemps, dans le quartier d'Ainay. A l'époque romaine, ce quartier n'itail qu'une île ou une agglomération d'îles à peu près désertes. C'est incontestablement aux abords de la place des Terreaux, sur les premières pentes de la colline qui porte le nom significatif lit a Saint-Sébastien u (Siëaeuiûî, auguste, divin, nom donné à l'cinpereur) , que se trouvaient tous les monuments de la confëdémùon I gauloise, temple, autel, amphithéâtre; c'est là aussi qu'on a trouva ces fameuses tables de bronze sur lesquelles est gravé le ili*cours de Claude ; et il est assez li^ique de supposer que l'autel, i cause de son caractère spécial, devait occuper la place la plusen vue et être dressé sur l'arête même qui partage la déclivité Ju coteau en deux versants, descendant l'un sur le Rhône, l'autresut la Saône, et orienté directement vers Rome, la ville divinisée, i laquelle il était dédié, ainsi qu'à l'empereur dont elle était larfàdence (i).

Tout ce qu'on a trouvé du célèbre autel de Rome et d'Auguste, cesont quelques blocs de marbre sur lesquels étaient sculptées, en ' vigoureux relief, des guirlandes de feuilles de chêne, portïOt des empreintes de lettres colossales du plus beau style. I^ guirlandes devaient appartenir à la décoration du soubasseinei>'

(Strab., Cèogi., (i) A. Allmer, iVui^ A' ixoM; o^. ri*.

lur lequel s'élevait l'autel; et les empreintes des lettres, rappro- ^ées avec soin, ont permis de reconstituer Tinscription princiliale ROM.« ET AUGVSTO, très probablement en bronze doré (i). I II est impossible, d'ailleurs, d'avoir des notions, même approxinaatives, sur les dimensions de l'autel ; mais on a quelques indicaitions sur ses dispositions générales. Des médailles de bronze de PTibère le représentent flanqué à droite et à gauche de deux Igrandes colonnes surmontées de deux Victoires ailées, tenant des [couronnes; au-dessous, l'exergue porte la dédicace officielle : RoM [bt Avg. Ces deux colonnes, en magnifique granit, ont été retrouivées en partait état. Sciées en deux, elles soutiennent aujourd'hui [ie dôme du maître-autel de l'église d'Ainay; et leurs dimensions [colossales peuvent donner l'idée de l'importance du monument kallo-romain. Mais il est difficile d'en savoir davantage sur les Idispositions principales de l'autel et du temple. Le sol a été très [■ouvent remanié depuis dix-huit siècles. Les matériaux antiques rau'on a exhumés ont été disséminés un peu partout dans la [presqu'île du confluent. Ils ont servi à un grand nombre de ■constructions modernes et sont encastrés dans de vieux murs de muais, dans des massifs de fondations, que l'on a découverts de Hemps à autre ; et, sur certaines faces dégradées qui ont pu échap- 5»er aux injures du temps et à des mutilations de toute nature , on '8 pu reconnaître bien souvent des fragments d'inscriptions dédiicatoires des Trois Provinces, avec la mention du culte de Rome 'et d'Auguste. Tous ces débris informes, très frustes, quelquefois ' méconnaissables, ont certainement appartenu à l'autel, à la basilique et aux monuments nationaux qui les entouraient. Mais on n'a retrouvé aucune des soixante statues personnifiant les peuples des trois Gaules. Ces statues étaient vraisemblablement placées derrière l'autel où devait exister une sorte de portique se déve-

(I) F. Kv.tf.vo. Sut Us mldaUUi d- Auguste tt du Tibfre a» reveri de fauUl di

l-rtn. Ljon, 1820.

MaRTIK O.MissiciNV, Sur remplacement du temple de l'autel d'Auguste à Lyen. lAtad. des ioicr. et bel les- lettres. 1862.) Auc. Bekhakd, Le temple d'Auguste et U natianalilé gauloise. Lyon. 1863. t. 36

"Tch.

ECONDE PARTIR. — CHAPITRE OUATRffiMB.

!n hémicycle. Là, se réunissaient, au mois d'août dt .nnée, les députés des soixante peuples qui consti- ' tu i représentation officielle de la Gaule Chevelue, sork

d« ( ventus ou d'assemblée provinciale des États (i), où l'on citait, peut-être assez timidement, quelques questions générale d'intérêt commun, mais qui, en somme, n'était qu'une vaini: parade , un prétexte à des réjouissances publiques , et dont le résultat le plus clair fut de consommer solennellement et religieu-

f sèment, aux yeux de tous, l'immolation de ia nationalité gauloist

b devant l'empereur, unique objet de la vénération du monde.

" Le premier prêtre du temple de Rome et d'Auguste fut un Gaulois de nationalité ^duenne. Tite-Live nous a laissé son aom un peu barbare, Caius Julius Verecundaridubius, et nous apprend qu'il fut fait citoyen romain. H est probable que ce fut Augustt

I lui-même qui lui conféra cette haute dignité {2).

" Un autre prêtre œduen, dont le nom n'est pas arrivé jusqu'à nous, figure dans la galerie du musée Saint-Pierre (3). Nous en connaissons aussi un autre de nationalité arverne, du nom de Servilius Matianus, un du pays de Troyes, Catullius Deciminus (4}; un Lemovice du pays du Limousin; d'autres du pays chartrain, du Quercy, des environs de Saintes, de la Bretagne, du Hainaut.etc... Les noms et les nationalités de tous ces magis-

(l) Cancitium Mius Gallia, Cmciliunt CaUiarum. (TiT. LlV.,S^(oiiu,CW>Vl-) (1) E. DesjARDCNS, CéographU de la Cault romaine, t. III, ch. in, f $. V. DuRUï, Hiitoire rf« Romaitu. t. IV, ch. ljivii, IV. 1d., Les assemblées prorintialei au liHIe d'AugKste. (Acad. des iiucr. et bellolettrcs, 35 octobre 1S80.)

Aed{uii) summU {kanoribus) apud SMOi funtte lacrrdeH ai i^-

pl{um) Sûm{a) et AMg,^ust{) ad canfitiatUfm) Araris et Rhedani. (AUJCO, I'^-

(4) Voir la note d«s pages 35S, 359 et suivantes.

trats, inscrits sur des monuments honoraires élevés pour la plupart par les trois provinces, sont connus de tous les archéologues, et font presque tous partie de la magnifique collection épîgraphique conservée précieusement dans les galeries du Musée de Lyon (l) . La formule officielle qui mentionne la dignité religieuse n'est pas toujours la même. On y Ht tour à tour les qualifications suivantes :

Sacerdos Romœ et Augusti.

Sacerdos ad templum Romœ et AugTÂstorum. Sacerdos Ara: inter confluentes Araris et Rhodani. Sacerdos ad Aram Cxsaris nostri.

Sacerdos Arée Augusti inter confiuentes Araris et Rhodani. Sacerdos ad Aram Cwsaris et ad templum Rom^ et Augusti ad confiuentes Araris et Rhodani, etc. (2).

Mais cette variété même est précieuse, et elle confirme l'existence de cette magistrature religieuse spéciale, vouée au culte de la divinité d'Auguste, des Augustes ou des Césars, constituant un seul et même ordre, celui des prêtres augustaux. Elle précise, en outre, que le temple et l'autel, soit qu'ils fussent réunis en un seul monument, comme certaines inscriptions semblent l'indiquer, soit, ce qui est plus probable, qu'ils fussent séparés et distincts, ainsi que le portent d'autres textes épigraphiques et que le dit d'ailleurs le texte de Strabon, étaient situés au confluent des deux cours d'eau, à l'extrémité méridionale et, pour ainsi dire, sur la berge même du Condate lyonnais.

Ce territoire, plat et marécageux, s'adossait à la colline de Saint-Sébastien et formait une ville indépendante de la colonie, qui était, au contraire, étagée à flanc de coteau jusqu'à la platefonnede Fourvières, sur la rive droite de la Saône. Cette ville

(I) Voir les (acsimile, les lectures, traducti iascriptioiis relatives aux ptîtres de Rome ( U. DE BoissiEU, Inscripl. ant. dif Lron, op. cit.

(î) F. Artaud, Sar les médailles d'Auguste Ljo». Note 56. Lyon, i%2a.

avait ses monuments à elle, élevés à frais communs par les trois Gaules, ses lois, ses mœurs particulières, ses privilèges, ses magistrats. C'était, par opposition au municipe romain , une ville fédérale, reconnaissant sans doute l'autorité de Rome, mais avant sa vie propre, et à laquelle sa situation particulière au contluenl des deux fleuves donnait la physionomie d'une sorte de port franc.

Cette ville fédérale était bien peuplée en grande partie ds Romains, et presque tout le monde y parlait la langue de Rome; mais en réalité c'était un grand bazar cosmopolite, admirablement situé, au point de passage nbligé du Nord au Midi, et qui permettait aus Gaulois et aux barbares de la Germanie et de la Bretagne de se mettre en contact avec tous les trafiquants de la r^on méditerranéenne. Là, se tenaient plusieurs fois par an des foires analogues à celles qui firent plus tard la fortune commerciale de Leipzig et de Beaucaire. Toute la Gaule y venait pour v trafiquer ou s'y distraire. Des fêtes publiques y étaient organisées; et ce devait être un spectacle non moins intéressant que celui des jeux eux-mêmes, que la réunion, sur les gradins des mêmes amphithéâtres, sur les mêmes quais et dans Ses mêmes tavernes, des soldats et des citoyens romains, des principaux commerçants de la Gaule Chevelue , des voyageurs encore à demi barbares du Nord, et de tous les marchands, marins ou aventuriers des colonies de la Grèce, de l'Afrique et de l'Orient.

Le nombre considérable des documents épigraphiques qui se rapportent à toutes les industries de Lyon dès le premier siècle de notre ère peut donner une idée de cette prospérité commerciale.

En première ligne venaient les grandes corporations des ■ Nautes du Rhône et de la Saône » . Ce n'étaient pas seulement de simp**

bateliers, des mariniers comme ceux de nos jours, empruntant leur nom à l'exercice de îeur profession manuelle. Les Nautes étaient presque toujours des négociants riches et considérables, îxploitant pour leur compte le commerce des transports. L'État ivait souvent recours à leurs services et à leur matériel; et ils remplaçaient les flottes de la Méditerranée et de l'Adriatique pour tout ce qui concernait le maniement des vectigales, c'est-àiire de l'impôt foncier et même des impôts indirects, que l'on transportait soit en argent, soit en nature, des provinces à Rome, !t qui venaient s'engouffrer dans le Trésor public. Ces attribuions spéciales donnaient aux Nautes une supériorité sur toutes es autres corporations et les relevaient à l'égal d'un ordre. Le ;hef de leur collège portait le titre de préfet, prsefectus. Trois S>rporations distinctes de Nautes existaient simultanément à Lyon : les « Nautes de la Saône », les « Nautes du Rhône », •nfin les ii Nautes du Rhône et de la Saône h, qui avaient une sxistence distincte des deux autres et une importance capitale. 2ette dernière corporation, u corps splendide, splendidissimum •orpus », comme elle s'intitulait orgueilleusement elle-même, ouïssait non seulement à Lyon et sur tout le cours des deux ieuves, mais dans les villes voisines, d'une considération toute articulière. La grande fortune de ses principaux membres et de es protecteurs , leur crédit , leur influence , leurs attributions qui n faisaient en quelque sorte des fonctionnaires de l'Etat, leur Dnnaient droit à des distinctions honorifiques spéciales; et l'on n trouve te témoignage certain dans l'inscription relevée sur accoudoir du podium de l'amphithéâtre de Nîmes, qui rappelle ue quarante places d'honneur leur étaient réservées au premier ing par décrtt spécial des décurions (r). C'était une faveur que on n'accordait qu'aux premiers dignitaires de l'État, à l'ordre questre, aux membres de la curie (2).

£)(«ia) d[tcrtlo) Diecurhnum) Nlemauieniiu'») H{autis) RkaiHaHicii) . :rl<iricù) quadraginta. (.Musée lapidaire de NIrr>«.) (3) Le lecteur trouvera la plus grande partie des inscriptions relatives â

414 SECONDE PARTIE. — CHAPtTRE QUATRIÈME.

rapports avec les autorités, secourir les membres pauvres, distribuer des dons aux plus avides, subvenir aux fuDérailles, am besoins, aux caprices même d'électeurs quelquefois fort esigeanU, et bien souvent leur offrir à dîner. Des hommes considérable recherchaient cependant ces honneurs ; mais on se tromperait fort si l'on pensait que c'était par esprit d'humanité et de bienfaisance qu'ils briguaient ces charges fort dispendieuses. U charité désintéressée, qui est rarement le fait des heureux de ce monde, était absolument inconnue des anciens. L'aniour-pmpre, le désir de paraître, d'être en vue, l'espérance secrète d'être un jour désigné pour un emploi public fortement rétribué, déjouer, en un mot, un rôle politique quelconque, tels étaient les principaux mobiles qui engageaient de riches citoyens à solliciter le coûteux patronage d'un collège ou d'une sodalité. Les homni« n'ont pas changé avec les siècles ; à peu de chose près, ils ont conservé les mêmes appétits et les mêmes défauts. La bienfaisance malheureusement n'est quelquefois pratiquée que comme un moyen d'influence ; et ce que les protecteurs de tous les tempj tiennent le plus k protéger, ce sont leurs propres intérêts.

La religion, cependant, tenait une très grande place dans les a.ssociatlons anciennes. Les collèges avaient un culte commun, des prêtres spéciaux appelés flamines. flamen. un lieu de réunion appelé schola, que l'on bâtissait ordinairement sur un emplacement donné par un riche particulier, dont on se hâtait de faire un honoraire de la société, dans l'espérance qu'il ne bornerait pasa générosité à cette première offrande.

L'entretien de la schola était un des grands soucis des sociétaires et des dignitaires. Les riches faisaient, à cet effet, des donations spéciales; ils en faisaient surtout pour la décoration da petit temple qu'elle renfermait, et qui en constituait la partie la plu* importante. Ce temple était orné avec le plus grand soin; ont trouvait non seulement l'image de la divinité protectrice de l> société, mais encore celles d'autres dieux qui, en apparencei n'avaient aucun rapport avec elle. C'était là que les associés se :nt pour prendre les décisions importantes et procéda

ipîdaire de Lyon (i) nous apprend que le questeur Sextus âgurius Marinus, l'un des premiers magistrats de la curie, étant hargé de distribuer des largesses à divers dignitaires ou corporaions de la colonie, mettait l'association des commerçants de Vin u-dessus de toutes les autres, au même rang que les membres e l'ordre équestre et les sévirs augustaux, immédiatement après SB décurions. Pour des marchands de vin , c'était réellement une iace fort honorable.

Les diverses inscriptions relatives aux marchands de vin de ^ugdunum mentionnent, en général, qu'ils avaient leur résidence,

<S)«<liu) Ligurius Sex{ti) FiHius) Gatetia Marinus iummus euratar c{ivi )^mmv>riim) provinc^ia) tugldunemis) gi,-uastBr) duumviralib(,Hi) i iff'rag(ie) zancHC) ordinis hoHOratiis duumiiir designatus ex poslHt{alitne) ij^N et henortm perpetiti ponlifiicatus) dal cu/us doni dtditationt dteurienifia) XV ordini «qunlri irvirh AHg{usli) Htgat!alorib(.us) vinari{i\s XIII ti ta*ni(Ki) cetper\h{ui) lagtdunfHsibus) licite coeuMlHus XII ilem tudos circeHseï ^il.L{eeHs) d(alus) diecreta) d(ecurionum) , * Se traduire, d'après ArUud et Millin •.

Il* Sextuï Lïguriuï MarinuB, fils de Sextus, de la Iribu Galeria, premiercurafc<i des citoyen» romains de la province de Lyon, questeur honoré des orne- ItenB du duumvirat par le suffrage du saint ordre [des décurions], duumvir ••ifii* Il la demande du peuple, donne [ce cippcl à cause de l'honneur du ^vetain pontifical [qui lui a été décerné]. Pour la dédicace de ce don. il a «tuié aux décurions quinze [deniersj ; à l'ordre équestre, aux sévira augustaui,

ÏKalemenC assemblées, dôme [deniers]. It a aussi donné les jeux du cirque. •'emplacement a été accordé par décret des décurions, u I,De BoiS3[EU, Inscript. »(. de Lyon. ch. V.)

4i« SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIftME-

foudroyante de l'Évangîie : n El ceux-ci iront dans La vie étetnelle, et ceux-là dans le supplice étemel. ■

A la vérité, ces croyances élevées, qui confinent presque au spiritualisme chrétien, n'étaient enseignées que par les philosophes et à l'usage de quelques esprits distingués; et il est peu probable que la multitude ail eu, dans tes temps anciens, une perception aussi vraie de la vie future. Mais le sentiment qui dominait dans cette multitude, depuis la plus haute antiquité jusqu'à l'avènement du christianisme, c'était le respect et la sympathie pour l'asile de la mort; et ce respect était d'autant plus profond, que l'immatérialité de l'Ame n'était pas alors très nettement dégagée, et que la croyance à l'immortalité se rattachait plus ou moins directement à l'idée de la préservation du corps, un lien restant toujours entre ce corps inanimé et l'âme, le a soufiîe-image •, Iî psyché, îj-u^iî, qui ne l'avait pas absolument quitté (i).

De là celte croyance aux mânes, véritables ombres, ayant une sorte de vie idéale et personnelle, qui survivaient à la destruction du corps, en conservaient en quelque sorte l'image vaporeusect venaient se reposer dans le tombeau, comme dans un sanctuaire, . à côté de l'enveloppe mortelle qu'elles avaient habitée (2). 1

Ainsi s'expliquent eus objets usuels ou précieux que l'on déposait pieusement dans les sépulcres : armes pour les guerriers, 1 bijoux et vases de parfums pour les femmes, jouets même pour les enfants, auxquels on supposait une utilité réelle, et que la présence des mânes rendait véritablement sacrés.

Sans doute, les rites funèbres n'avaient pas, chez les anciens, le caractère élevé et consolant de nos cérémonies chrétiennes, oi le prêtre, précédant la dépouille mortelle, affirme la certitude de la vie éternelle et rappelle, suivant la belle expression de Ciuteaubriand, l'immortalité marchant devant la mort. Maison peut,

menCs ne soient pas blessés, n (//rnn.

fceherckes dam les Ivmètaxi, 1877.) (21 E. VI.VET, Les Paradh profanes Ch. Lenthébic, U Grèce cl l'Oriem

1 Occident. Rev. de Pari

LK COKPLireNT DU RHONE ET DE LA SAONE. 4O9

t lieu à quelque distarrce de là, et qa'il servait tout à la fois ort et d'entrepôt à la ville commerçante. Il était creusé à la eut de la place actuelle des h Terreaux u, dont le nom rap- ; si bien les anciennes créations transformées et les a terras- ;nts H remaniés bien des fois depuis l'époque romaine. Les tiers magasins et les hangars des commerçants lyonnais,

parlent si souvent les inscriptions antiques de la ville, conts en général en planches et en terre battue, soutenues ïVersalement par des bardeaux, suivant l'usage celtique, {naient à droite et à gauche de ce canal, que les bateliers et portefaix désignaient sous le nom familier de Canabie ou nahx {tes baraques, les cabanes). C'était là que commenit à se mêler les eaux du Rhône et de la Saône. A l'aval, :ndait le pays plat du Condate, formé de plusieurs îles sépapar de petits bras navigables, et dont il est tout à fait impos-

dc définir les contours, véritable archipel fluvial, couvert Je es et d'entrepôts (i).

; Cannabis et ses abords étaient donc le centre du commerce; instituaient une sorte de bassin, de darse ou de port intérieur KTCupait à très peu près l'emplacement actuel de la place des eaux, de la place Sain le- Catherine et de la place Saintre. C'est encore aujourd'hui le cceur de la ville moderne; et

toujours de ce même sol antique, si souvent remué, qu'on a ,mé et qu'on continue à déterrer encore les plus nombreux et ïlus intéressants débris de l'époque gallo-romaine : titres rîfîques des représentants des peuples gaulois auprès de ■I des Césars, monuments honoraires ou funéraires des strats et des principaux agents de la puissance impériale, îptions lapidaires de toute nature, rappelant les plus anciens enira de la cité antique et les différentes particularités de son nerce, de son industrie et de sa religion. La métropole des es avait là, tout comme la grande cité phocéenne, une véri-

« Cannebière », dont le nom rappelle la même origine et

Voir la carie des trois parties de Lyon au premier 9ièc1e, pi. VII, au

SECONDE PARTIS. — CH APITRS QU ATRISUE.

très vraisemblablement les mêmes procédés de coostructioD (Cannabx, au datif et à l'ablatif Cannabis, in Cannabis, point de départ évident du mot Cannebière, Cannabiartum] (i).

Une simple promenade dans les galeries du musée Saint-Pierre et une lecture, même très sommaire, des principales inscriptioni qu'on y a précieusement recueillies et classées, suffisent pour donner une idée exacte du nombre et de la variété des commetçanls qui étaient, dans les premiers siècles, fixés à domicile à Lyon, ou qui y venaient de tous les points du monde, surtout à l'époque des grandes foires annuelles du mois de mai et du mois d'août.

« Lorsqu'on parle aujourd'hui de Lyon comme ville de cnnimerce, on pense tout de suite au commerce de la soierie. La soie votait sans doute, au temps de l'empire romain, un article de tuKc làtt recherché par les dames élégantes et même par les hoirmea el^iminés, et valait, dans l'acception rigoureuse du mot, 5011 poids d'or. Mais elle venait directement de son pays de proienance, du pays même des vers à soie, les Indes et la Chine; el elle était importée directement à Rome par les marchands phéniciens, qui avaient à Tyr et à Beryte de grands entrepôts. Ceint seulement sous l'empereur Justinien que les premiers vers à soie furent connus à Constant inople, et que de là la sériciculture et le commerce de la soierie s'introduisirent en Europe {2). n

(1) Voir pasiim DE BorssiEU, Itiscr. ant. de Lyon, op. cil.

Des traces de quai antique ont été retrouvées le long de la rue Merciiresu Su) de la place des Terreaux. Vers le passage de l'Argue, un canal paraît avoir traversé la presqu'île lyonnaise du Rhône à la Saône ; et on a pu en relever q"'" ques berges le iong de la rue des Archers et de la rue Confort, près II f^ des Jacobins. L'ancien fossé de communication entre le RhÔne et la SaAoe 1" l'on voit très nettement dessiné sur le plan de Lyno au quinzième siècle (voir 11 carte, planche Vlll) devait occuper à peu près le même emplacement. Au Soni ^ ce canal, au point oh il coupe la rue de l'Hâtel de ville, on a trouvé un amaK^"' sidérable d'amphores antiques; et il n'est pas impossible qu'un bateau ci"^ d'amphores ait sombré li avec sa cargaison. Il est donc très probable q** ■* canal était le véritable confluent, le Cannaiii Lu^Junensis mentionné pV 1» inscriptions, situé entre le domaine national des Trois Gaules et les tla d'Ainay. Il ne parait pas avoir eu moins de deux cents mètres de largeur, i peu pri^ celle du Rhône au pont de la Guillotière. C'était donc un véritable port «" rivière. Voir A, Aluier, JUusfe de Lyon. op. cit.

{z) Otto Hirschfeld, Lyon à l'ipoguc rmtaine, op. cil.

tioDiuires de TÉtat, le véritable fond de la société romûnc.

Le sentiment de l'association est loin, en effet, d'être moderne, et les sociétés antiques, la société romaine surtout, l'ont codbu plus encore que la nôtre (i).

Un des plus grands besoins qu'elles paraissent avoir ëpromi a été celui de se réunir ; de là ces nombreux collèges ou assodïtions ouvrières et ces confréries religieuses appelées > sodalités i, sodalicia, qui, de Rome, se répandirent rapidement dans presque toutes les provinces de l'empire et se multiplièrent surtout dans l'Italie et dans les Gaules, pays riches, où florissaient le commerce et l'industrie.

Tour à tour protégées et inquiétées par la république et les empereurs, qui voyaient en elles tantôt un élément de forWi tantôt un germe d'opposition et de résistance, ces associatiou finirent par devenir de véritables corps constitués, ayant ducun leur existence propre et une aorte d'autonomie.

Lyon, Nîmes, Narbonne, Arles, toutes les villes populeuses de la Gaule, en avaient un très grand nombre. Ces collèges ou associations ne différaient guère entre eux que par leur plus ou moins d'importance. Leur organisation était partout la même, et calquée sur celle de la cité ou du municipe romain ; car un collè|;e était considéré comme une petite cité particulière dans la cité véritable. Même constitution, mêmes lois, mêmes officiers. U société se choisissait, en effet, des chefs dont les fonctions M ressemblaient beaucoup, quoique leur nombre et leur nom différassent souvent d'un collège à l'autre. On les appelait tantil maîtres ou présidents, et ils étaient alors nommés pour cinq ans, magistri quinquennales ; tantôt administrateurs, cura/ores, et

G. BoissiRB, Z.H ataaciat

K fonctions étaient plus durables. Au-dessous d'eux, se troujtnt des questeurs , chargés d'administrer la fortune de la jeté, et d'autres officiers d'une moindre importance, ils joutsènt tous de prérc^atives étendues. Ainsi, dans les repas de ns, ils recevaient une meilleure portion que les autres associés; leurs noms figuraient en tête de Yalbum ou liste officielle des Gabres de la société, liste tenue avec soin et revisée tous les q ans, comme celle du Sénat romain et des conseils municipaux i villes de province.

I L'exercice ou la protection d'une industrie n'était pas toutas le seul but que se proposaient les associés, a corporati », ■que beaucoup de collèges comptaient dans leur sein des nbres actifs dont la profession ou la position sociale ne répon- Cen aucune fat^on au nom que portait le collège, k Le but véritable des associés était alors de se réunir pour vivre èc des amis, pour trouver hors de chez soi des distractions et fendre ainsi la vie plus agréable. Dîner et se réjouir ensemble, itait en réalité le grand but que se proposaient les sociétés Mines (I). »

Jn des traits caractéristiques de ces sociétés était de se choisir protecteurs, ou, comme on les appelaitdéjà, des a honoraires », <orati collegii. et des patrons, patronî. C'était parmi les hono- [es qu'on choisissait les patrons, ce qui donnait lieu à une prêtre élection faite par tous les membres. Une sorte d'élection I deuxième degré parmi les patrons nommait ie président, piel on rendait publiquement des hommages et on élevait par- I des statues, qui conservait pendant un certain temps la haute nînistr^tion du collège, avait pour mission de défendre ses its et l'honneur de le représenter officiellement. Us fonctions de présidentd'un collège, et en général la dignité |ltOtecteur, d'honoraire ou de patron, étaient non seulement iuites, mais souvent fort onéreuses. Il fallait, en effet, faire (nombreuses largesses, soutenir l'association dans tous ses

p) ffù/. ghi. dt Languedoc, iiv

4t4 SECONDE PARTIE. — CHÀPITfcS QUA^TElftHlS.

rapports avec les autoritési secourir les memlnes i».ttvre8, HêS^^ buer des dons aux plus avides, subvenir aux fanéraiOes, sUi| besœns, aux caprices mênie d'électeurs qudquefois I6rt ei^geaÉi^ ! et bien souvent leur offrir à dtber. Des hommes recherchaient cependant ces honneurs ; mais on se troaf|jk| rait fort si l'on pensait que c'était par esprit d'humanité cl: bienfaisance qu'ils briguaient ces charges {(»t diiqpendieuseik charité désintéressée, qui est raronent le fait des heureux ét^! monde, était absolument inconnue des anciens. L'amour-prefii^ le désir de paraître, d'être en vue, l'espérance secrète d'ètie m\ jour dés%né pour un emploi puUic fortement rétribué, de joii^^ en un mot, un rôle politique quelconque, tels étaient les pàai^ paux mobiles qui engageaient de riches citoyens à sdUdi«r*k^ coûteux patronage d'un collège ou d'une sodalité. Les homâièi n'ont pas changé avec les siècles ; à peu de chose près, ib ml (Conservé les mêmes appétits et les mêmes défauts. La Vknàt* sance malheureusement n'est quelquefois pratiquée que coooie un moyen d'influence ; et ce que les {protecteurs et tous les Ubé/ê tiennent le plus à protéger, ce sont leurs propres intétêts.

La religion, cependant, tenait une très grande place dans les associations anciennes. Les collèges avaient un culte commun, des prêtres spéciaux appelés flamines, flamen^ un lieu de réunion appelé schola, que l'on bâtissait ordinairement sur un emplacement donné par un riche particulier, dont on se hâtait de faire un honoraire de la société, dans l'espérance qu'il ne bornerait pas sa générosité à cette première offrande.

L'entretien de la schola était un des grands soucis des sociétaires et des dignitaires. Les riches faisaient, à cet effet, des donations spéciales ; ils en faisaient surtout pour la décoration du petit temple qu'elle renfermait, et qui en constituait la partie la plus importante. Ce temple était orné avec le plus grand soin; on jr trouvait non seulement l'image de la divinité protectrice de la société, mais encore celles d'autres dieux qui, en apparence, n'avaient aucun rapport avec elle. C'était là que les associés se réunissaient pour prendre les décisions importantes et procéder

Le CONFLITENT DU RHONE ET DE tA SAONE. 415

aux élections. Un fonctionnaire particulier nommé a^dituus, sorte de sacristain, était chaîné spécialement de l'entretien du temple.

Une cause qui. d'ailleurs, rattachait les collèges à la religion, était le sotn qu'ils prenaient de la sépulture de leurs membres. Les funérailles étaient, dans l'antiquité, un acte essentiellement religieux. Beaucoup plus spirilualistes qu'on ne le pense ordinairement, les anciens croyaient fermement à l'existence de l'âme après la mort, et ont cherché de tout temps à pénétrer le mystère de la tombe. Les Grecs surtout regardaient la mort comme un véritable voyage ; et ce peuple navigateur par excellence avait imaginé des îUs bienheureuses, véritable paradis où les âmes des justes goûtaient un calme et un repos parfaits. Ce mythe du voyage des âmes à travers les mers, à la recherche de paradis inconnus, se trouve répandu dans tous les siècles et sous tous les climats, depuis les plaines torrides de l'Extrême-Orient jusque dans les brouillards du monde Scandinave (1).

Sans doute, l'idée du bonheur étemel après le tombeau restait toujours un peu vague et à l'état de rêve et d'espérance; car il était bien difficile alors de percevoir très nettement le bonheur sans un certain accompagnement de jouissances matérielles. Toutefois, ce bonheur futur était ordinairement Hé à l'idée de mérite et de vertu, et les philosophies païennes, la philosophie grecque surtout, paraissent avoir eu le sentiment assez net de la grande loi des peines et des récompenses étemelles.

Homère abandonne les méchants au néant ; quant aux bons, • i! ne faut pas croire, dit-il, qu'ils meurent, mais ils goûtent un sommeil doux et sacré (2) n.

Platon précise mieux encore : " Une loi des dieux, écrit-ii, Veut que les hommes dont la vie a été juste et sainte se rendent aux lies Océanides pour y jouir d'un parfait bonheur, et qu'au contraire, les méchants et les impies soient dirigés vers un lieu de punition nommé le Tartare. n On croit presque entendre la parole

Grimu, Diulscke Mythologie. GcEttingue, 1844. 1) HOW., Iliade, XI, Y. 341. •^>'

foudroyante de l'Évangile : n Et ceux-ci iront dans Ja vie éternelle, et ceux-là dans le supplice éternel, n

A la vérité, ces croyances élevées, qui confinent presque au spiritualisme chrétien, n'étaient enseignées que par les philosophes et à l'usage de quelques esprits distingués; et il est peu probable que !a multitude ait eu, dans les temps anciens, une perce|>tion aussi vraie de la vie future. Mais le sentiment qui dominait dans cette multitude, depuis la plus haute antiquité jusqu'à l'avinemcnt du christianisme, c'était le respect et la sympathie pour l'asile de la mort; et ce respect était d'autant plus profond, que l'immatérialité de l'âme n'était pas alors très nettement d^agét, et que la croyance à l'immortalité se rattachait plus ou moins directement à l'idée de la préservation du corps, un lien reslanl toujours entre ce corps inanimé et l'âme, le s souffle-image », la psyché, ^vyf„ qui ne lavait pas absolument quitté (i).

De là cette croyance aux mânes, véritables ombres, ayant une sorte de vie idéale et personnelle, qui survivaient à la destruction du corps, en conservaient en quelque sorte l'image vaporeuseet venaient se reposer dans le tombeau, comme dans un sanctuai™, à côté de l'enveloppe mortelle qu'elles avaient habitée (2).

Ainsi s'expliquent ces objets usuels ou précieux que l'on déposait pieusement dans les sépulcres : armes pour les guerriers, bijoux et vases de parfums pour les femmes, jouets même pour If^ enfants, auxquels on supposait une utilité réelle, et que la présence des mânes rendait véritablement sacrés.

Sans doute, les rites funèbres n'avaient pas, chez les anciens, le caractère élevé et consolant de nos cérémonies chrétiennes, oi le prêtre, précédant la dépouille mortelle, affirme la certitude dt la vie éternelle et rappelle, suivant la belle expression de Cm" teaubriand, l'immortalité marchant devant la mort. Mais on pe"''

(i) 11 J'amasse la terre autour de toi ; je forme ce tertre pour que le» «*" mcntï ne soient pas blesaés. » (Hymne indien du Vrda. MAUKKi^Dui'ïïSi '"' techerckes da«s les lambeaux, 1877.)

(a) E. ViNET, Les Paradis profanes en Occident. Rev. de Paris, iSjfi- Ck, LenthéRJC, La Grèce el I Orient en Provence. Les morts à Arles. i8;8>

I une certaine mesure, les considérer comme plus touchants,

tendres et plus délicats.

Les morts qui n'avaient pas de tombeaux étaient regardés me des gens sans feu ni lieu; et les ombres régulièrement iciliées et bien établies les retranchaient de leur société, istence des morts était faite à l'image de celle des vivants; itnme les anciens passaient la plus grande partie de la jouren dehors de leurs maisons, sur !a place publique, dans les ippes des artisans et autres lieux de réunion, à causer, à tra- ;r, à s'occuper des affaires communes, il est tout naturel que 'yssée nous montre les défunts réunis par groupes et devisant le pré des Asphodèles, les femmes formant un groupe à part iré des hommes, comme elles l'étaient dans la vie réelle.

En somme, le grand point était de délivrer les âmes des ténè- , souterraines oij elles étaient temporairement confinées. Les ens, les Grecs, les Orientaux surtout, aimaient passionnéit la lumière. Sans lumière, point de joie. La nuit du tombeau, scurité éternellement répandue sur l'empire des morts împrient à ce séjour une incurable tristesse, en excluaient tout beur. Les rites accomplis sur les tomb«aux avaient pour but nulager les morts, de subvenir à leurs besoins; et le salut leurs âmes, leur salut matériel, si l'on peut s'exprimer ainsi, endait en quelque sorte de la piété des survivants.

Chaque famille se figurait que les morts qui lui étaient chers ssaient du bonheur qu'elle leur souhaitait, et que par contre ces ts rendaient aux survivants l'affection secourable qu'ils leur oignaient. C'était un pieux échange. Pour chaque famille, le Qbre chéri qu'elle avait perdu devenait aiors un protecteur, ique un héros: en Grèce, son tombeau s'appelait un Heroon ; s simples mortels étaient ainsi exaltés par la piété de leurs mts au rang héroïque (i). i> iCS morts tenaient donc, dans les sociétés antiques, une très

I H. Whl, Fij/ckf-SteUtictiU itnd UnsUrblickktUsglaubt ier Grieekin, v«» » RaluU-EriU HalfU. Pribourg in Bris^u, 1890. Jennu^ dts Satantt, tteiSgo.

4i8 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME.

grande place parmi les vivants ; et les tombeaux n'étaient pas mis à l'écart comme chez nous , relégués dans des lieux déserts et presque oubliés. On les plaçait généralement le long des grandes avenues qui conduisaient à la ville et dans les endroits les plus fréquentés. Tout le monde connaît les longs alignements de ces monuments funèbres qui commencent aux portes de la Ville éternelle, suivent les voies Appia et Flaminia et se prolongent sur plusieurs kilomètres dans le grand désert de la campagne romaine. Ces cimetières, placés aux portes principales de la cité, formaient comme une seconde ville, la ville des ancêtres, urbs primorum; et l'on était obligé de la traverser avant d'arriver à la ville moderne. Les morts étaient ainsi sous le regard des passants, presque sous leur protection immédiate; et l'on donnait toujours un souvenir aux générations éteintes avant d'entrer en relation avec la génération vivante.

Cette croyance que les âmes des morts erraient inquiètes et souffrantes tant que le corps n'avait pas reçu de sépulture convenable, et que ceux-là seuls jouissaient du repos et du bonheur dans l'autre vie qui avaient été ensevelis selon les rites, se trouve à l'origine de toutes les sociétés; et c'est certainement celle qui a le plus dominé la vie antique. Aussi, après avoir consciencieusement honoré ses morts , invoqué leurs mânes , pieusement entretenu leurs demeures , prenait - on un soin particulier à se préparer un tombeau à soi-même. C'était le souci de tout le monde. On y songeait d'avance pour n'être pas pris au dépourvu. On tenait surtout à être enterré auprès des siens, dans une sépulture de famille. Les collèges, qui, pour les pauvres gens, remplaçaient souvent la famille, avaient été ainsi amenés à construire pour leurs membres des sépultures communes. Après avoir passé la vie ensemble dans les mêmes travaux et les mêmes plaisirs, c'était une consolation de savoir qu'on reposerait dans la même tombe. Un tombeau commun était alors construit grâce ordinairement aux libéralités que les protecteurs faisaient aux collèges qui les avaient nommés (i).

(i) Hist. gén. de Languedoc, t. I, notes, etc., passim. Voir sur le caractère

Tous ces groupes d'artisans, tous ces collèges d'affranchis, col- Jtà opificttm, répondaient si bien à ce besoin d'association et llsolidarité , qui est un des sentiments les plus intimes de la tore humaine, qu'ils devinrent, en quelque sorte, de véritables ttitutions d'État.

ils étaient autorisés par un sénatus-consulte ou une constituai impériale. Ils formaient des personnes civiles, pouvaient pos- |er des propriétés, voire des esclaves, recevoir des dons et des B, ester en justice. Ils avaient leurs finances, leurs domaines, prs cérémonies religieuses. Ils paraissaient avec leurs bannières bs les cérémonies publiques. Quelques-uns étaient assez nomfeux pour se diviser en décuries et en centuries. iLe motif qui donnait naissance à un collège était ordinai- Inent une occupation commune, un même genre de vie. Ainsi ique corps de métier avait son association qui portait son

. et les bateliers, nauta!, les charpentiers, fabri les marchands de bois, dendrophori, les patrons de îaux ou de barques, scapkarii, les armateurs de navires, ÎÊvicularit, les utriculaires, ufricularii, etc., sont ceux dont les >oins figurent le plus fréquemment dans les inscriptions. On a vu pus haut l'importance spéciale qu'avaient à Lyon les corporafcns des Nautes et celles des marchands de vin. I Le plus souvent, le collège était donc composé de gens exerpnt la même profession ; quelquefois aussi , plusieurs métiers jtaient réunis dans une même communauté; et l'association se fhmvait ainsi renforcée. Ainsi, les inscriptions nous montrent les parons réunis aux charpentiers, aux bûcherons et aux maçons, pitait le groupe des ouvriers du bâtiment. On désignait alors ces pllègcs sous le nom générique de collecta fabrormn, collèges ^ttisans. D'autres fois , les membres des collèges étaient des t%ociants, des marchands faisant le trafic dans une même contrée ** les bateliers d'un même fleuve, comme les Nautes de la Seine,

^•'Eipux et funéraire, et surtout moral, des callrgia, une belle page de M. Renan *■» II! Apôtres, ch. xvui.

qui portaient déjà le nom de Parisiens, nautx parisiaci, et qui dédièrent , au cœur même de l'île de la Cité , une statue \ Tibère (i) ; ou les Nautes du Rhône et de la Saône, qui porlaicnl, comme nous l'avons déjà dit, la qualification de corps splendide, spUndidUsimum corpus, et dont la puissante corporation était associée i celle des marchands de vin, negotiatores vinarii, et des fabricants d'outrés, utricularii.

L'une des associations le plus souvent mentionnées dans les inscriptions et qu'on retrouve en particulier en Gaule et à Lyon d'une manière assez fréquente, était celle des dendrophores, 3b3i«- (popoi, dendrophori, chargés de la fourniture du bois, du merrain et du charbon pour les services publics et les constructions de la marine. Son premier patron dut être Sylvain, le dendropliore par excellence. Mais quand le culte de la Grande Déesse eut envahi Rome et les provinces, quand des empereurs se firent gloircde s'y associer et de raviver la pourpre impériale dans le sang des taurobolîes, les dendrophores, qui, par l'obligation de leur chaige, devaient fournir les branches symboliques d'Atys et les pins sacrés qu'on portait solennellement à ces fêtes, devinrent tout naturellement les sodales de Cybèle, la Grande Mère des Dieux, dendrùphori Magnx Afatn's Deorum, ainsi que les appelle une inscription de Rome connue de tous les antiquaires (2). Ce fut

■ r(fl«) ^

Pour Tibère César Auguste, les mariniers parisiens ont élevé et mM»! en un lieu public à Jupiter très bon et très |^and.

(Inscription (p-avûe sur un des quatre autels païens découverts eu 171" le chiEur de l'église de Notre-Dame de Paris.)

R. MOWAT, Bulletin fpigr. de la Gaule. iSS 1 .

Page 1