‹ Du Saint-Gothard à la mer (volume 2)Chapitre 27 sur 75 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

a 48, il fut question de pourvoir aux places vacantes. Leschds notables, les primores de la Gaule Chevelue, élevèrent alors li prétention d'occuper ces sièges, et, se considérant comme de membres jeunes, actifs et définitivement assimilés à l'empire, revendiquèrent hautement le jus honomm, Claude les soutint. Malgré l'opposition très vive qu'il rencontra parmi les sénateurs ei presque dans son propre conseil, il obtint un sénatus-consulte favorable aux réclamations des Gaulois. Un fragment très important du discours qu'il prononça au Sénat dans ces circonstances mémorables a été retrouvé à Lyon , gravé sur le bronze et dans un magnifique état de conservation. Ces tables de bronze ou o Tables Claudtennes », monument de la reconnaissance des trois Provinces Chevelues, furent très certainement exposées pendant longtemps dans l'un des édifices publics de la ville fédérale. Peut-être furentelles placées à l'entrée ou dans l'intérieur du temple même de Rome et d'Auguste, comme un véritable titre de noblesse conquis par la nation gauloise, et afin de mettre bien en vue le privilège et les droits politiques qu'elle venait d'obtenir. Toujours est-îl que l'heureuse trouvaille a eu lieu , il y a près de quatre siècles, sur ce même emplacement d'oii l'on a exhumé les débris de l'autel fédéral, àpeu près à la pointe du confluent, au pied de la côte Saint-Sébastien, dans le quartier des Terreaux, qui était, il y a dix-huit siècles, la partie la plus riche du Cannabis et du Condate lyonnais.

On possède dans les archives du Rhône le récit contemporain de la découverte et de la vente des Tables Claudîennes, qui sont certainement l'un des plus précieux textes épigraphiques du monde et sans contredît le plus intéressant pour l'histoire poutique de la Gaule. Ce document est trop curieux pour n'être pns reproduit.

« En 152^, ung nommé Rolland Gerbaud, faisant mygneTUM sienne vigne en la couste Saint-Sébastien, découvrit deux granits tables d'areyn ou cuivres antiques et toutes escriptes, iesçuel"^ examinées par Messire Claude Bellièvre, lui parurent antiçuailit! aussi belles que guères se treuvent et dignes d'estre par la tUii retirées pour estre affligées en quelque lieu à perpétuel »»•

fut Implacable. La ville entière fut mise au pillage, une partie de ses habitants égorgés, les maisons incendiées, la plupart des édifices rasés. L'herbe, disent les historiens, poussa sur l'emplacement des palais. L'autel de Rome et d'Auguste toutefois et ses dépendances, à cause sans doute de leur caractère fédéral, furent encore épai^nés ; mais leurs destinées brillantes touchaient à leur fin. Les cultes orientaux d'une part, le christianisme de l'autre, avaient déjà poussé de profondes racines dans les masses populaires, et la religion de l'Empereur commençait à ne plus être qu'une formule officielle. Lyon, dépeuplée, à moitié détruite, ne devait plus se relever. La faveur des Césars l'avait à tout jamais abandonnée. Son titre de métropole des Gaules n'était plus que nominal. Les gouverneurs romains ne voulurent plus habiter au milieu de ruines. Trêves, Cologne, Arles furent désormais le siÈ^e de l'administration romaine dans les Gaules. L'heure de la déchéance avait sonné. La splendeur de ia colonie de Pl^ avait duré seulement deux siècles.

Annales de Tacite, qui ne donne d'ailleurs que la substance du discours impérial et lui -enlève tout caractère d'originalité (i) .

« On a loué Tacite, dit avec beaucoup de raison M. Desjardins, d^avoir substitué au texte officiel un petit discours de sa composition qui n'offrait pas de contraste choquant avec son récit toujours incomparable par l'énergique concision du style; mais, aux yeux de l'historien, le discours de Tacite a le défaut très grave de n'être pas le discours de Claude. C'est à la lettre même de ce discours que la Gaule semble avoir attaché une importance capitale, puisqu'elle l'avait fait graver sur des tables de bronze, et qu'on l'avait exposé à Lyon, près de l'autel de Rome et d'Auguste, dans le lieu de réunion des députés des soixante [ou soixante-quatre] nations gauloises (2) . »

Le règne de Claude marqua pour la Gaule en général, et spécialement pour sa ville natale, une véritable ère de prospérité. A vrai dire, depuis l'époque même de sa fondation jusqu'à la fin du deuxième siècle, la colonie lyonnaise jouit de toutes les faveurs, de tous les privilèges. Afin de réprimer les courses des Germains, Auguste avait envoyé à Lyon, dès l'année 734 de Rome (19 ans avant J.-C), son gendre Agrippa, dont l'administration s'y est immortalisée par des travaux publics justement célèbres, et notamment par l'établissement ou la restauration des quatre routes magistrales qui firent de Lyon le centre même de la Gaule.

Auguste V vint ensuite de sa personne à deux reprises différentes pour mener à bonne fin le grand travail d'organisation et d'assimilation des provinces conquises par César. Le premier voyage de l'empereur eut lieu l'an de Rome 738 ; il se fixa à Lyoïi même presque toute cette année. Trois ans après, il y revint, et y fit un beaucoup plus long séjour, — de Tan 741 à l'an 744- " accompagné de Tibère et de Drusus. Pendant ces quatre années, il couvrit la ville de monuments, construits suivant les types classiques de l'époque avec cette uniformité et cette méthode qui per-

(i) Voir pièces justificatives XVII et XVIII.

(2) E. Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine, t. III, eh. iv, 2, op. cit.

ittettaient une exécution des plus rapides. Le palais impérial et les jardins qui l'entouraient furent étages sur le versant de la col- Hoe de Fourvières. Là, s'élèvent aujourd'hui les bâtiments et les dépendances de l'hospice de l'Antiquaille, dont les substructions Kl grande partie romaines et le nom caractéristique rappellent bien l'ancienne origine. C'est dans ce palais que demeuraient les gouverneurs de la Gaule; c'est là qu'habitèrent tour à tour Agrippa, Auguste, Tibère, Drusus, Caligula; que naquirent Claude, Gertoianicus, Caracalla (i).

A côté, sur l'emplacement de l'ancien enclos des Minimes, se trouvait le théâtre, adossé, suivant l'usée antique, à la montagne. ]^ forum et la basilique occupaient le sommet du plateau , La ville possédait, en outre, une sëric de temples, plusieurs thermes, un fisirinum où on brûlait les corps, un hippodrome, un ou deux Unphi théâtres, dont l'un était peut-être une naumachie; et, bien Sue l'on n'ait retrouvé que des ruines très démantelées, très clairtemées de tous ces monuments, il paraît à peu près certain aujour- 9'huî que l'un des amphithéâtres se trouvait sur la colline de Pourvières, non loin du carrefour de Trïon, Trivium.

LOn doit être moins affinnatif sur l'emplacement exact des autres onuments; et les essais de reconstitution du plan de Lyon ^tique que l'on a faits si souvent, avec plus d'imagination et de goût artistique que d'exactitude, contiennent, il faut le reconfaaître, des indications et des perspectives absolument fantaisistes. ÎLe deuxième amphithéâtre semble pouvoir être placé au confluent ^es deux fleuves, non loin du célèbre autel de Rome et d'Auguste. I II existait, en effet, deux villes distinctes à Lyon : le municipe romain sur la colline de Fourvières et de Saint-lrénée, et la ville fédérale sur la colline de la Croix-Rousse, Toutes les deux av^ent leurs monuments; et il est certain qu'il y a eu à la fois un amphitiiéâtre municipal sur la rive droite de la Saône, et un second

(l) A.-M. Chenavakp, Lyon anliqttt restauré. LyoD. 1650.

Martin- D A L-ss[CNv, Notice sur tamphilkfdtre. Lyon. 1664. Voir pour les monuments antiques de Lyon, A. Alxker, Mush de Lyon, Inscript, ani. et Anliqtiitis iictuvrtes h Trian en 1S85, 1S86 et antirieurentent. Lyon, 1887-1888-1889.

amphithéâtre appartenant à la confédération gauloise, et quifaissit partie du groupe des monuments annexes du célèbre autd Ae Rome et d'Auguste (i).

Les deux villes étaient dans leur plein épanouissement loisque Caligula, le second des successeurs d'Auguste, institua (38 ans après J.-C.) ces concours de poésie et d'éloquence, fameux dans l'antiquité latine, et dont les règles, aussi grotesques qu'impitoyables, étaient bien dignes de l'extravagance de leur fondatrur. C'était, paraît-il, un des divertissements les plus gais des iètes nationales qui se donnaient annuellement au confluent des deui fleuves à l'occasion des grandes foires gauloises. Le vaincu devait fournir à ses frais la récompense promise au vainqueur, chanter ses louanges, efîacer ensuite avec sa langue sa propre composition, puis recevait les verges devant l'autel d'Auguste et quelquelois

(i) L'amphithéâtre deï Trois Gaules était plus graad que ceux de Nina, d'Ailes et de Saintes, plus grand au^si que celui de la colonie romaine établi "i' la colline de Fùurvièces. Les fondations de son extrémité orientale «i'teiil encore, et on y a retrouvé la place des représentants des différents groupo it h Confëdération gauloise.

L'existence de cet amphithéâtre était déjà présumée au sciiième siicit; tHe a été certaine dans les piemifcres années du siide actuel; et les fouilles pratiqua en l8j7 el iSjS ont permis de retrouver des substructions considi-r^îlili;' =■ de déterminer les dimensions principales du monument. (M»htin-Dal'SSI0«, Découvcrtts dt tamphilktâtrt antique el des restes de rauleld'Atigiislt,l.jixi- 1S63.) Nous ne savons pas au juste quels étaient les jeux célébrés, i l'occaùcm de la grande fête annuelle de Rome et d'Auguste, à l'autel du confluent et à l'ai"phithéStre qui lui était contigu. II est probable que c'étaient des fêtes gymniquo. des parades, des exhibitions de toute nature, mais sans effusion de sang- 1^ spectacles sanguinaires et les exécutions devaient avoir lieu dans l'amphitliéitre romain situé sur le territoire même de la colonie k Fourvières.

On avait cru, jusqu'à ces derniers temps, qu'on pouvait placer celui-ci un p<° au-dessus de la place Saint-Jean, vers la rue Tramassac. Des fouilles récealct (lSS7-l8S6) paraissent avoir déterminé exactement son emplacement ï l'aagl' delarueClébergetdelarueduJugedePaii.surlacolUneSaint-Irénée. Ilttvt ainsi contigu, d'un cfllé au théâtre (près les Minimes), de l'autre au prétoire, au forum et à la prison.

L'amphithéStre fédéral, celui de la cûte Saint-Sébastien, dont le nom * lui seul est une précieuse indication {-tCiTsiç, vénéré, divin, auguste, nom donne à l'empereur Octave- Auguste et â ses successeurs) , et qui était situé dans les j^' dins qui entouraient l'autel de Rome et d'Auguste, paraît donc être entiéremest pur du sang des martyrs. (Cf. Alluer, Musée de Lyon. Itacr. ani, Lyon, i^Si)' Antiquiiis dicoHvertes à Trion en 18S5, 1SS6 el anllriettrement. Lyon, 1887 ^ 1888.)

'. Agdistis, Dindymènei Rhée, Ops, !a Terre, la Grande Mère, la Mère des Dieux, la Mère Idéenne, Astarté, Cérès même ne sont que des variantes et des dérivations de cette divinité mystérieuse et souveraine, qui a été honorée avec terreur et passion dans la majeure partie du monde, et dont le culte avait des fidèles d'autant plus fervents qu'il était accompagné souvent de danses, de l libations et de débauches nocturnes.

Toutefois, le sacrifice du taureau, le taurobolium, était, comme pour le dieu Mithra. la formule, pour ainsi dire classique, de ce culte orgiastique et sanglant, Le taurobole avait un double caractère : il était à la fois régénérateur pour celui qui le recevait et I qu'on nommait le « taurobolié », tauroboliatus, et propitiatoire pour ceux en faveur de qui on l'offrait.

Prudence nous a laissé des détails fort intéressants sur les

'curieuses cérémonies de ce baptême païen. Le texte du poète

[chrétien, bien que d'une médiocre latinité, en dépeint d'une

|. manière saisissante toute l'horreur ; et , pour s'en rendre un

' compte exact, on ne peut mieux faire que de le lire in extenso (i).

K Prudence, dit M. Duruy, décrit un de ces sacrifices faits à la

Grande Mère Cybèle. Il montre la foule accourant de loin à la

fête; car celui qui la donnait y déployait toutes les splendeurs

que lui permettait sa fortune, et le clergé y étalait toutes ses

pompes. Dans le voisinage du temple, on creusait une fosse; et,

au son des instruments sacrés, le néophyte y descendait revêtu

d'habits magnifiques , le front entouré de bandelettes et la tête

ceinte d'une couronne d'or. Au-dessus de la fosse recouverte

' d'un plancher à claire-voie, on amenait un taureau dont les cornes

fêtaient dorées et les flancs à demi cachés sous des guirlandes de fleurs. Les servants du temple le faisaient tomber sur les genoux, ;et un prêtre, armé du couteau vîctimaire, ouvrait une large plaie par où le sang s'écoulait à flots. La fosse s'emplissait d'une , chaude vapeur. L'initié, les bras étendus, la tète renversée en arrière, tâchait que pas une goutte de ce sang n'arrivât à terre

(0 Voit pièce jualifica

eXX,

K En une seule nuit, raconte Sénèque, de magnifiques mortï* meiits, en nombre si grand qu'ils auraient pu servir à orner plusieurs villes de premier ordre, ont été réduits en cendres. Lyon, que la Gaule montrait à tous avec orgueil, n'existe plus. Bien in villes sans doute ont pu être, dans le cours des siècles, dévaslits par des incendies, maïs aucune n'a jamais disparu complètement. Quelque violent que soit un tremblement de terre, il ne renverse pas toutes les habitations, et le fléau le plus terrible épai^ne toujours quelques quartiers. Ici, la ville entière a été consumée. Une nuit, une seule nuit a suffi pour faire d'une ville immense moins qu'une bourgade. Elle a péri en moins de temps que je n'en mets à vous raconter sa perte... (i). »

Après de pareilles lamentations, il est impossible de mettre en doute la destruction à peu près complète de la ville romaine. Le désastre parait cependant n'avoir pas atteint la ville fédérale; ai l'autel de Rome et d'Auguste et les monuments qui l'entouraient furent préservés. Mais, sur la rive droite du Rhône et delaSaonc, le munlcipe lyonnais — la colonie proprement dite — fut prcsquf anéanti; et on a même pu croire quelquefois que plusieurs secousses de tremblement de terre avaient complété l'œuvre du feu. .\ irai dire, on ne connut jamais la véritable cause de la catastrophe; mais les résultats furent effroyables, et aujourd'hui encore toutes les substructions romaines que l'on rencontre dans le sous-sol de la colline de Fourvières présentent un amas confus de pleircs noircies et de débris calcinés.

La colonie cependant ne devait pas encore périr ; il lui restait la prodigieuse vitalité de l'empire, alors dans toute la force de la

(l) NuHlialo ijuendie que LugduHtnsii calania ixusta tst muUaitti'

cnitatei incendinm vtxavit, nullam a&iliilit Terrarum quoqu* vimnf"

tam f ravis et perniciosut fuit matus, hI Ma eppida eoertent, NuMquami"'que tam infeslum ulli exarsU incendium, ut nihil alteri sufurtatl IKO^'

Tal pulcherrima Optra quia singula passent, una tax stratit LKfdf"^

quod ostendibatur in Callia, quaritur! Vna noxfuit inltr urbtm manM"

et nullam. Deniqtf» diutàiS illam liai périsse, quam periit, narra. (SiK., ''* Lucil. Epist. XCI, d* incendia Lugdutti .- inde de rerum kumanarum incM^*-

Voir aussi le même récit de la catastrophe dans Tacite, Akk., XVI, IJ-

jeunesse, et qu'un désastre matériel et local pouvait à peine ébranler. Il lut restait surtout la protection de l'empereur. Néron donna lui-même quatre millions de sesterces (environ 800,000 fr.) pour la reconstruction des édifices publics. Les libéralités des patriciens furent à la hauteur de celles de l'empereur. Le pays était riche, la colonie jeune et ardente. En très peu d'années, une cité nouvelle s'élevait sur les ruines et les cendres ; et, à la fin du premier siècle, Trajan couronnait la ville transformée et rajeunie par un forum demeuré célèbre, et dont les portiques, soutenus de colonnes, ont subsisté jusqu'en l'année 840 de notre ère, où ils se sont écroulés un beau jour, faute de soins et de réparations (i).

Le vieux forum de Trajan a donné à la colline qu'il dominait son nom moderne. C'est Fourvières (Forum velus, Fort veteris, Forviel), où l'on voit s'élever aujourd'hui l'un des plus beaux oratoires du monde sous le vocable de la Vierge Marie.

Les Lyonnais, on doit le dire à leur éloge, furent reconnaissants envers Néron ; et, dans le fécond mouvement soulevé en Gaule par Vindex et qui coûta à l'empereur le trône et la vie, ils n'hésitèrent pas à prendre le parti de leur bienfaiteur. Cette fidélité faillit même leur être funeste. Vienne, rivale de Lyon, tenait naturellement pour Galba. La fortune fut pour elle ; et, pendant Une année de troubles (68-6g après J--C.) qui compta trois règnes d'empereurs, — Galba, Othon, Vitellius, — elle fut comblée de biens, pendant que Lyon se vit abaissée, ran(;onnée et punie de son attachement à la famille de ses anciens princes par la saisie de ses revenus.

Ce ne fut toutefois qu'un déclin passager. Elle se releva rapidement sous la domination flavienne et devint, en moins d'un siècle de paisible développement, la première, ta plus riche ville ■du Nord de l'empire. Cette prospérité dura encore pendant la période des Antonins; mais la fin de cette dynastie marqua pour la ■Gaule en général, et pour Lyon en particulier, l'apogée de l'épa-

(i) Voir la tradition locaie relative i l'effondrement du Forum de Trajan. C'*«H.'r. 5. Bmiffni Divian. ap. Labh. Nov. Bibtiaih. Mis. t. l. p. 293. Miit. **«, diLanguidot, 1, J, IV, note E, B,

Un autre monument du même genre a été découvert en 1830, dans l'ancien enclos des Minimes, près des ruines du théâtre romain. Même disposition que pour le précédent. La tête de taureau est sur l'une des faces, la tète de bélier et le couteau victimaire sur l'autre; sur la troisième est l'inscription. CellMn porte une érosion curieuse qui est un précieux souvenir historiqne. D'après la date même fournie par le texte épigraphique , le monument avait été élevé, sous Commode, pour la conservation de jours de l'empereur et de sa famille, qualifiée de ■ maison divine », domtis divina. La mention de la famille impériale a été respectée, le nom de l'empereur seul a été enlevé. Or, on sâl qu'après la mort de Commode, un sénatus-consulte ordonna que toutes les statues de ce monstre seraient renversées, et que son nom serait rayé de tous les monuments publics ou prives (i). L'ordre fut, comme on le voit, très consciencieusement exéculé au taurobole de Lyon.

Même mutilation légale sur un autel taurobolique découvert, quelques années après, dans les massifs du vieux pont de pierre. Ce monument avait été élevé en l'honneur de l'empereur Seplirae-

g(Hfnf0) SAHMio SI

Deuxième face :

|Tétc de béliEi en relief.]

Troisième face -■

|Couteau virtimaire en relief.] vibus pTÎvaiis pubticisi/ut manume

fut implacable. La ville entière fut mise au pillage, une partie de ses habitants égorgés, les maisons incendiées, la plupart des édifices rasés. L'herbe, disent les historiens, poussa sur l'emplacement des palais. L'autel de Rome et d'Auguste toutefois et ses dépendances, à cause sans doute de leur caractère fédéral, furent encore épai^és ; mais leurs destinées brillantes touchaient à leur fin. Les cultes orientaux d'une part, le christianisme de l'autre, avaient déjà poussé de profondes racines dans les masses populaires, et la religion de l'Empereur commençait à ne plus être qu'une formule officielle. Lyon, dépeuplée, à moitié détruite, ne devait plus se relever, La faveur des Césars l'avait à tout jamais abandonnée. Son titre de métropole des Gaules n'était plus que nominal. Les gouverneurs romains ne voulurent plus habiter au milieu de ruines. Tr&ves, Cologne, Arles furent désormais le siège de l'administration romaine dans les Gaules. L'heure de la déchéance avait sonné. La splendeur de J avait duré seulement deux siècles.

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