CHAPITRE QUATRIËME
Aux temps héroïques, toute l'activité des citoyens se dépens^tà la guerre ou au Forum. Comme l'Agora d'Athènes, le Forum romain était le lieu permanent de réunion de toutes les assemblées populaires. Mais, sous l'empire, !a vie politique fut à peu près anéantie; et le peuple oisif et énervépassaalors la presque totalitédeson temps dans les thermes ou sur les gradins des cirques et des amphithéâtres. Le théâtre et les jeux occupaient réellement la première placedanslavic. Ce n'était pas, comme de nos jours, le délassemenl périodique et en quelquesorte exceptionnel de quelques favorisés; c'était un plaisir quotidien, presque continu, offert gratuitement â tous soit par l'État, soit par les villes, soit par de riches particuliers ou de hauts fonctionnaires. Il est donc assez naturel de chercher à déduire le chiffre de la population du nombre des spectateurs que pouvaient contenir les amphithéâtres ou les monuments analogues; et ces immenses cuves, où venaient s'entasser périodiquement la presque totalité des habitants d'une ville, peuvent très bien être considérées comme des jauges assez exactes de sa popu-
Les théâtres avaient souvent des dimensions grandioses.
A Rome, le théâtre en bois construit l'an 52 avant J.-C. par M. ^milius Scaurus, un des patriciens les plus opulents de l'époque, n'avait pas moins de quatre-vingt mille places. Le mui du fond de la scène était orné de trois cent soixante colonnes de marbre, dont plusieurs de dimensions colossales, qui étaient superposées sur trois étages. Les parois du premier étage étaient revêtues de lambris de marbre; celles du second, de mosaïques en verres de couleur; celles du troisième, de placages dorés. Entre les colonnes on ne comptait pas moins, paraît-il, de trois mille statues (1).
Le creux, la cavité, cavea, du théâtre en pierre de Pompée, deux fois moins vaste, contenait encore quarante mille si^;es, en y comprenant ceux de Vorchestrum, qui correspondait à notre parterre moderne. Au-dessus de \Acavea r^nait une galerie semi-
tti^ué grecque tl romaine, trad. Ricmann
circulaire richement décorée de tapis précieux, et qui formait en quelque sorte le péristyle d'un temple de Vénus auquel le monument était dédié.
Le théâtre de Marcellus, dont il reste quelques débris, construit par Auguste dans le voisinage du portique d'Octavie, sur un ancien plan déjà conçu par César, quoique de dimensions beaucoup plus restreintes, contenait encore vingt mille spectateurs.
Ces chiffres nous paraissent aujourd'hui surprenants; ils n'ont rien cependant d'exagéré. Les représentations scéniques sur le théâtre ancien étaient, en effet, bien différentes de celles qui nous sont aujourd'hui familières; et nous avons même quelque peine à comprendre comment certains chefs-d'œuvre de l'art dramatique ont pu être représentés avec des procédés en réalité fort grossiers et qu'il serait impossible de faire accepter par notre public moderne. La distance qui séparait la scène des spectateurs placés au dernier rang de l'enceinte, rendait impuissante la voix naturelle des acteurs, réduisait leur taille, empêchait de distinguer leurs traits. On y suppléait par des masques dont la bouche garnie d'airain faisait l'office de porte- voix. Ces masques, aux traits fortement accusés, étaient d'aspect traque ou comique suivant la nature du drame. Mais leur ampleur grossissait la tète du p^ersonnage; et, pour grandir le corps en proportion de la figure, l'acteur était chaussé de cothurnes à base très épaisse. Afin qu'il ne parût pas trop effilé. on le bourrait de coussins; on rétablissait enfin la dimension des bras en allongeant les mains avec des gants. Hissé ainsi comme sur des échasses, avec une physionomie impassible, une voix toujours grossie et forcément monotone. l'acteur, dont les membres avaient conser\'é dans quelques-unes de leurs parties leur grandeur réelle, n'était plus qu'une sorte de fantoche dont les gestes ne pouvaient être que fort limités, afin de ne pas trop accuser les disproportions inévitables qui devaient résulter de ce singulier accoutrement.
L'un des plus modestes théâtres romains, celui de Catane en Sicile, avait quarante-trois mètres de diamètre et contenait encore de deux à trois mille spectateurs. C'était à peu près l'équivalent
de la Scala de Naples ou de l'Opéra de Paris. Le plus petit théâltt de l'antiquité était donc égal aux plus grands de notre époque.
On a pu relever les dimensions de la plupart des théitrs antiques de la Grèce, de l'Asie Mineure, de l'Italie, de la Sicile et de la Gaule (i); et il est facile de savoir avec une approximatioD très suffisante le nombre de places qu'ils pouvaient contenir. En admettant le chiffre de vingt mille spectateurs qui |>araît à peu près exact pour le théâtre de Marcellus à Rome, il est facile de déduire le chiffre correspondant aux principaux théâtres dont on connaît le grand diamètre; et c'est ainsi que l'on peut affirmer | que le théâtre de Bacchus à Athènes, l'un des plus spadeuï I qui aient existé après le colossal et fragile monument de Scaurus, contenait de trente à quarante mille spectateurs; ceux d'Arles et d'Orange, près de dix à douze mille ; celui de Catane, l'un des plus petits de l'ancien monde, deux à trois mille. Les dimensions du théâtre de Lyon , dont il reste encore des vestiges asseï importants dans l'ancien enclos des Minimes, à mi-côte de la colline Saint-Irénée, permettent de lui attribuer environ cinq à six mille places.
Les théâtres n'étaient affectés en général qu'aux représentations dramatiques, dans le sens ordinaire du mot : tragédies, drames, comédies et danses. Toutes les villes principales de l'Occident avaient en outre des cirques ou des amphithéâtres. A l'exception des pays grecs et syriens, qui protestèrent la plupart contre les spectacles sanguinaires, devenus, à partir du premier siide, le r^al habituel de ta multitude, on peut regarder comme à peu près certain que chaque a^lomération importante de l'empire possédait soit en pierre, soit en bois, si les ressources ne le permettaient pas autrement, un de ces monuments caractéristiques dont le type est toujours resté le même et qui était désigné presque partout par la même dénomination plus ou moins altérée, « les Arènes >.
L'amphithéâtre est en effet le monument romain par excellence.
On sait dans quelles circonstances on fut amené à Rome à
(l) A. M. Chenavakd, TidiUa» comparatif des grandturidtithtatresantiqtirj. ÂHtuitet de la Sacifli acatUiiigue d'arckiteclure d* Ljian. Ljtod, t88o.
r aux édifices désormais destinés aux grands divertissements
['populaires la forme et le nom d'un double théâtre; car amphithea-
frum signifie, à proprement parler, une construction ayant de ses
feux côtés un iheatrum, c'est-à-dire une enceinte destinée aux
|>ectateurs, Mn^cavea (i).
Le premier théâtre en pierre construit par Pompée, l'an 55 avant jÉsus-Christ, existait déjà depuis quelques années, lorsque le désir %& s'attirer la faveur du peuple par des exhibitions extraordinaires pnduisit un Romain, C. Scribonius Curion, à tenter une entreprise nique certainement dans la mécanique , et dont la réalisation iCme semblerait pouvoir être mise en doute, si nous n'avions tour l'affirmer les témoignages les plus sérieux des auteurs contemporains. Curion remplissait les importantes fonctions de tribun, Brers l'an 50 avant Jésus-Christ. Il avait suivi pendant un certain (ifemps le parti de Pompée; mais, ambitieux sans scrupule, débauché et perdu de dettes, il eut le pressentiment de la fortune de César et n'hésita pas à passer à lui. César , de son côté, appréciait son ingéniosité et lui accorda la somme nécessaire pour l'exécution d'un projet original entre tous, et dont sa popularité devait retirer [(quelque profit. Il était difficile d'offrir au peuple un théâtre qui ^rpassàt en grandeur et en magnificence celui de Scaurus. Une invention nouvelle était nécessaire pour frapper l'esprit de la foule. Curion, commandité par le futur dictateur, u fit construire, dit Pline, deux théâtres en bois très vastes, placés J'un contre l'autre et posés sur deux pivots. Pendant la matinée, bo jouait des pièces sur chacun de ces deux théâtres, qui étaient alors tournés en sens contraire et adossés, afin que les deux représentations ne se gênassent pas mutuellement. Tout à coup on les faisait pivoter sur eux-mêmes, de telle sorte que les deux cavew arrivaient à se faire face. Les quatre angles, cornua, venaient se rejoindre; on enlevait les cloisons en planches des deux scènes, et on formait ainsi un amphithéâtre dans lequel les gladiateurs se ivraient à des combats moins dangereux certainement que la pro-
(1) E. Gu.
menade aérienne que faisait le peuple romain pour y assister (i)..." « Le voilà donc, ajoute-t-il assez naïvement, ce peuple vainqueur des nations, ce triomphateur, cet arbitre des empires, lui qui faii des lois pour des pays étrangers et qui, pour le reste du monde, est comme un peuple d'immortels, le voilà suspendu sur une machine, applaudissant à ses propres périls! Il vogue dans l'air comme sur deux vaisseaux supportés par des gonds. C'est lui qui est en lice, spectateur et spectacle tout à la fois. Qu'un ressort se brise, et il périt. »
On est assez surpris, il faut en convenir, de l'intérêt exclusif que porte l'excellent Pline aux spectateurs assez tranquillement assis sur les gradins, et de son appréciation plus qu'indulgente suria nature des représentations qui avaient lieu dans la double «wa des deux théâtres ainsi affrontés. Tout le monde sait que, dès le début, le sol de l'amphithéâtre fut ensanglanté, et que les spectacles qu'on y donnait étaient véritablement odieux. La pen'crsion des idées était telle que le supplice des condamnés et des captifs devint bientôt un des principaux divertissements populaires; et, dans certains cirques, l'arène contenait à cet effet, et presque à poste fixe, tout l'appareil des plus monstrueuses tortures échelonné le long de la spina. C'était, en quelque sorte, le décor permanent de cette abominable scène.
Quoi qu'il en soit, le théâtre de Curion fut le point de départ de l'amphithéâtre, tel qu'il convenait aux exercices nouveaux qui devaient être, pour plusieurs siècles, le spectacle favori des Romains. César goûta fort l'invention ; et quatre ans après il fit construire, sur le même modèle, une vaste enceinte circulaire destinée spécialement à des combats de gladiateurs et de bêtes qu'il offrit solennellement au peuple. L'édifice, quoique en bois, offrait une rare magnificence. C'était la reproduction en une seule pièce des deuï théâtres accolés de Curion; et il reçut le premier le nomd'i"'''
(i) Tkeatra duo jnxta ficil amfiissima e ligna, cardiHumtmgulorum tenilH' suspense libramenlo. in quibus utrisquc aniemeridian» ludorum speclatulo td'" inler sese aversis, tu iniiicemabstreperenl sctna. — Xûtnir aperutn miracula, XV'"- (PUKE, Hiit. nat.. XXXVI, 24. 8.)
vatoire des arts et du musée de Lyon, dans une étude fort complète sur l'histoire de la peinture en mosaïque; et nous ne pouvons mieux faire que d'en reproduire les principaux traits (i).
a La mosaïque des jeux du cirque de Lyon, dit Artaud, est, en réalité, un tableau d'histoire antique. Elle donne les principaux détails des Jeux , les usages des anciens , leurs costumes et la couleur caractéristique de chaque objet. Elle est composée de petits cubes de marbre et quelquefois de pierres factices ou pâtes de verre de différentes couleurs, dont l'assemblage est appelé opus tessellatum. Elle a près de trois mètres de haut, sans y comprendre l'encadrement composé d'entrelacs de couleurs variées et d'une frise élégante formée de rinceaux à feuille d'acanthe qui l'entourent sur ses quatre côtés. Le tableau s'enlève en clair sur un fond noir ardoisé. Les chevaux sont d'un bai pâle, ou plutôt couleur de chair; quelques-uns sont blancs, d'autres plus gris, selon que l'artiste l'a jugé nécessaire pour faire fuir ou détacher ses groupes.
a Au milieu de l'arène se trouve la sfina qui la partage dans toute sa longueur. C'est un massif en maçonnerie qui paraît avoir, suivant les proportions de la mosaïque , tes quatre pieds d'élévation qu'on lui attribue ordinairement. Elle est coupée transversalement par un passage étroit oil sont deux fragments de personnages vêtus en bleu ; l'un tient la palme destinée au vainqueur; l'autre, dégradé et à peine reconnaissable , semble porter le prix de l'une des deux courses. L'obélisque consacré au soleil se dresse au milieu de la spina. Deux autres passages étroits existent entre les tribornes, mets, des deux extrémités. Les objets sacrés relatifs aux jeux et les monuments décoratifs sont échelonnés le long du mur de la spina. On y voit les sept dauphins consacrés à Neptune, et les sept œufs de bois doré consacrés à Castor et PoUux, destinés à marquer le nombre des tours que faisaient les chars dans l'arène.
(I) A. Artaud, HUiaitt abrégée de la peinture criflùm dti mosaïqtiit de Lyon el du midi de ta relatif au déplacement deces favis. Lyon, 1835.
', tuivie de la deji que d'un aperçu
46o SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME.
Il existait, nous Tavons déjà dit, un autre monument du même genre, au pied de la colline de Saint-Sébastien, sur remplacement de Tancien Jardin des Plantes, non loin de Tautel de Rome et d'Auguste, dans la partie de l'agglomération lyonnaise qui constituait la ville fédérale et sacerdotale des Trois Gaules. Il n'en reste aujourd'hui que très peu de chose, à peine quelques plinthes dégradées sur lesquelles on lit cependant encore en grands et beaux caractères la désignation des places réservées aux représentants des divers peuples de la Gaule et aux sévirs augustaux (i). Les hypothèses ont pu se donner libre cours sur la destination de cet édifice à peu près disparu. Un grand nombre des anciens antiquaires de Lyon appellent cet endroit « naumachie », ce qui n'éloigne pas, à vrai dire, l'hypothèse d'un amphithéâtre, puisque les naumachies étaient construites d'après les mêmes principes, sur le même modèle, et n'étaient en somme que des amphithéâtres dont l'arène pouvait être inondée. Un amphithéâtre pouvait être très bien un monument à deux fins.
On peut donc, sans crainte d'erreur, affirmer que Lyon possédait au premier siècle deux amphithéâtres : l'amphithéâtre municipal, appartenant à la ville romaine, au sommet de la colline de Fourvières, sur la rive droite du Rhône et de la Saône, et l'amphi-
I, Plan de Lyon antique: De Marca, Dissert, très, éd. Baluze, Paris, 1669; F. OzANAM, Établissement du Christianisme à Lyon, 1829; Raverat, Fourrières, Ainay et Saint-Sébastien, Lyon, 1880; Revue critique, 12 juillet \^'jg\ Journal des Savants, juillet 1881 ; Meyres, Les grands souvenirs de l'Église de Lyon, 1872; E. Renan, Marc-Aurèle, 1883; A. Allmer, Afusée de Lyon, Inscr. ant. Lyon, 1889; Pelagai'D, Lyon-Revue, novembre 1889. (i) Ces débris sont :
Une première plinthe, sur laquelle on lit :
/// NI DES{i^nata) LOCA ^{umero) XX Une deuxième plinthe, sur laquelle on lit :
ARV [erni) BiT{uri^es) c //// BlT{uriges) C Une troisième plinthe, sur laquelle on lit :
TRi{boci) I TRi{boci) ou TRI (casses) f TRi{casses) Et un beau fragment :
vî {v)\R{i) \{u)c,{u)ST{aIes) (De Boissiel', Inscript, ant. de Lyon, ch. xi.)
théâtre fédéral, au pied de la colline de Saint-Sébastîen , au confluent des deux fleuves, et qui faisait partie des dépendances de l'autel de Rome et d'Auguste; et bien qu'on ne puisse avoir que des données incomplètes sur leurs dimensions principales, il est certain que l'ensemble du théâtre et des deux amphithéâtres devait contenir au moins 50,000 spectateurs (i).
Ce chiffre permet déjà d'avoir une idée de l'importance de l'agglomération lyonnaise. Mais ce n'était pas tout. Le théâtre et l'amphithéâtre ne suffisaient pas à ce besoin impérieux de divertissements bruyants que l'empire développa chez le peuple et se plut à satisfaire de la manière la plus extravagante. Le cirque et l'hippodrome y suppléèrent, et bientôt les spectateurs les plus difficiles et les plus blasés n'eurent rien à désirer.
De tout temps, les jeux du cirque, par leur variété, le développement et l'espace qu'ils demandent, le luxe de chars, de chevaux, démise en scène qu'ils comportent, ont été la grande passion, ce que nous appellerions aujourd'hui la grande attraction de la foule. Dans le principe, chez les Grecs, ces jeux n'avaient pour but que d'entretenir la force et la vigueur du corps, de développer l'adresse et de récompenser le courage des jeunes guerriers. Le plaisir et l'art s'y mêlèrent bientôt, et les courses de chars tinrent la première place dans les fêtes Olympiques. Ce fut la brillante époque de la Grèce. L'élégance de la forme, le goût exquis, la recherche studieuse de la beauté parfaite et idéale se manifestaient partout. Le vice luî-même était ennobli par le sentiment délicat de l'art ; et 'c culte passionné des hétaïres était quelquefois la source des productions les plus exquises des premiers artistes du monde, ^-'^tait à l'hippodrome qu'elles venaient encourager les concur-
('} Voir la note de la page 43a au suje "onaueni, dans [a ville sacerdoUle des Tro
mphithéaire fédéral éUbli ;
rcnts, couronner et récompenser les vainqueurs. Au milieu d'elles, les poètes récitaient leurs strophes, les sculpteurs choisissaient leurs modèles, les rhéteurs déroulaient leurs périodes ; et ce peuple d'athlètes et de parleurs était devenu, entre leurs mains délicates, un peuple d'artistes, de raffinés et de dilettanti.
Mais à Rome, les jeux du cirque eurent un tout autre caractère. L'art, l'élégance et ta grâce furent remplacés par la force et h violence. Presque tous les exercices avaient une terminaison tragique. Point de belles fêtes romaines si l'on n'y versait du sang. Il y avait un cirque dans toutes les villes importantes. II y en avait même plusieurs à Rome et dans sa banlieue (i) ; mais le premier et le plus vaste de tous était le grand cirque de Tarquio l'Ancien, Circus Maximus, établi dans tes bas-fonds de la vallée marécageuse du Vélabre, entre l'Aventin et le Palatin, et dont oo ne voit aujourd'hui que des débris clairsemés. Dans le principe, il n'avait pas moins de 600 mètres de longueur sur 150 mètresde largeur. C'était un simple cliamp de course ou de manœuvre, fermé de toutes parts par une enceinte de gradins en bois. César d'abord, les empereurs ensuite, l'agrandirent successivement et en firent un monument durable. Sous Vespasien, le nombre des places fut porté à 200,000 ; et l'on assure que sous Constantin il pouvait contenir près de 400,000 spectateurs. Même architecture, d'ailleurs, que pour les amphithéâtres. A l'extérieur, des voûtes superposées en forme de portiques; au milieu, l'arène; toot autour, des rangées de gradins échelonnés sur des arceaux lounis et massifs.
Les cirques n'étaient pas circulaires. Ils formaient une piste très allongée ; et l'arène était divisée dans toute sa longueur, sui-
(1) A Rome, l'obélisque en syénite situi au centre de la place du Vatican a'ïil été transporté d'Héliopolis par Caligula pour décorer \Aspina du cirque de Néron. Ceux en granit rouge de la place Saint-Jean de Latran et de la place du Peuple ont it£ retrouvés dans les ruines de la spina du Circus Maximua ; ils venaient aussi d'Héliopolis. L'obélisque de l'escalier de la Triniia dei Monii, égalementcn granit rouge, était sur la spina du cirque de Salluate. Celui de la place Naïone, qui a conservé si bien la forme de l'ancien cirque d'Alexandre SévÈre, dècot^t ie cirque de Romulus, fils de Maience, situé hors de Rome, surla voieAppieaM, et qui est, de tous ces monuments, le mieux conservé.
an axe, par un mur assez bas qu'on appelait l'épîne, spina.
Xa spina était quelquefois très richement décorée r bustes, vases,
■statues, bas-reliefs, autels votifs, obélisques la jalonnaient de
^stance en distance et en faisaient une sorte de musée en plein
;air. La course avait lieu le long de cette barrière ; et c'était à ses
!4eux extrémités qu'étaient plantées les fameuses bornes, mets,
il fallait tourner brusquement et contre lesquelles venaient
lelquefois s'abattre et se briser les chars, les chevaux et leurs
lalheureux conducteurs.
Ces accidents n'étaient pas cependant de nature à captiver
l'une manière suffisante un public accoutumé aux tueries de
l'amphithéâtre. Sans doute, il arrivait assez souvent que les jeux
ïftvaient un dénouement tragique; et l'on peut même lire dans
(Sophocle les émotions et les scènes dramatiques qu'offraient ces
'dangereux spectacles. Mais Sophocle était Grec, et un Romain ne
«'émotionnait pas pour si peu. Les gladiateurs, les condamnés et
tjes animaux furent bientôt introduits dans l'arène. Le sang y coula
icomme à l'amphithéâtre ; et l'on en vînt si bien aux grands combats
l«t aux grandes chasses, que Pline nous apprend que des éléphants,
[engagés dans une de ces batailles, échappèrent à leurs conducteurs
[■et inquiétèrent sérieusement les spectateurs assis aux premières
derrière \c podium (i).
L'hippodrome antique, comme son nom semblerait l'indiquer,
servait donc pas seulement aux courses de chevaux. On y
;6cutait des choeurs de musique et des danses de toute nature;
y exhibait des jongleurs et des acrobates; on y jouait des pan-
imimes; on y donnait des chasses avec des animaux sauvages.
Mais le grand attrait était toujours la course des chars; et cette
passion finit par dominer et remplacer toutes les autres. Ces
icourses, importées d'Olympîe à Rome et de Rome dans toutes tes
[villes de l'empire, furent entourées d'un éclat incomparable,
et tinrent bientôt une telle place dans la vie de tous, qu'elles
(1) Universi imptiantm ttnlavrrr. non tint vtjialianr prafuli eireumdali tlithris ftmis. Qua de cauia, Casar dictatar, poitta timile sptclaculum fditltripis arettam circutndcdil. (Plisï, HÎsI. nal.. 1. VIII, vu.)
devinrent un des sujets le plus fréquemment traités par les artistts sur les médailles, sur les sarcophages et dans la décoration des édifices (i).
La caractéristique des jeux de l'hippodrome était ce qu'on appelait la h couleur n ou la u faction ». Dans toutes les courses à cheval ou en char, on distinguait les combattants par la couleur i réglementaire de leur livrée. Dans le principe, il n'y eut d'abord ' que deux couleurs, le blanc et le rouge ; on y ajouta bientôt le vert I et le bleu. Sous Domitien, le nombre des couleurs fut porté à six par l'introduction du jaune et du violet; mais cette innovation fui de peu de durée. En réalité, pendant tout l'empire, la population de presque toutes les villes de l'Orient et de l'Occident prit fait et ' cause pour telle ou telle couleur, et fut divisée en quatre factionf souvent en hostilité déclarée, représentant les quatre saisons : la faction verte, le printemps; la faction rouge, l'été; la (action bleue, l'automne; la faction blanche, l'hiver. Chacune avaitson budget, son matériel, ses chefs et son personnel de cochers et lie chevaux. La numismatique de l'empire est très riche en monuments inspirés par ces courses et qui sont quelquefois de véritabl« chefs-d'œuvre de la glyptique. On y représentait sur l'une des faces quelques scènes du cirque, et sur l'autre la tète des empereurs qui furent, comme Auguste et Trajan, de grands protecteurs des jeux, ou de ceux qui allaient jusqu'à descendre euimèmes dans l'arène, et s'y faisaient applaudir par la foule payée et nourrie à leurs frais. Caligula, Néron, Vîtellius, Domitien, Lucius Vérus, Commode, Caracalla, Géta, Hélîc^abale furent, on le sait, aussi bons cochers que détestables empereurs; et leurs succès sur le turf antique leur procuraient une popularité dont Ils étaient fort jaloux, et qui les plaçait à côté des vainqueurs ordinaires les plus aimés du public.
(I) Une des plus belles médailles de brome du rtgne de Trajan reproduili son revers, par un tour de force de la gravure, le Circus Maxîmui deRomealtc ses écuries, carctrts, ses gradins remplis de spectateurs, et sa spina, hérissée it majestueux édifices, entre lesquels on distingue l'image grandiose de CybUe ^ ]'obélisque, les temples, les portiques et les chars conMcrés à la Lune.
lE. RÉCAUIEB, Lts ceirses d< citars à Ltigdunum. Ca*. arch., mars 1876.)
Comme toutes les grandes villes de l'empire, Lugdunum avait ses courses et son hippodrome. Deux monuments locaux — un bas-relief et une mosaïque célèbre — nous les rappellent.
Le premier a été trouvé à Lyon en juin 1874, dans une tranchée du chemin de fer de Lyon à Montbrison, sur l'emplacement delà gare de Saint-Paul. Ce point est très voisin de l'ancienne voie romaine qui suivait les bords de la Saône, s'élevait à la hauteur du pont de la Feuillée, le long de la colline de Fourvières, passait devant le Forum de Trajan et le palais des empereurs à l'Antiquaille, et allait rejoindre la voie d'Agrippa près de Saint- Irénée. Le bas-relief, dit M. E. Récamier (i), paraît avoir fait partie d'un monument funéraire ; et on ne saurait être surpris de retrouver la reproduction des scènes du cirque sur un sarcophage. La célébration des jeux, en effet, n'était pas seulement un plaisir pour le peuple, c'était un acte agréable aux dieux que l'on honorait de cette manière et que plusieurs inscriptions tumulaires rappellent avec soin parmi les actes mémorables de la vie du défunt. Une des plus curieuses inscriptions de Lyon, que nous avons eu déjà l'occasion de citer à l'occasion des corporations de marchands de vin, celle dé Sextus Ligurius Marinus, qui vivait sous le règne de Scptime Sévère, mentionne que ce magistrat, à l'occasion de sa promotion au pontificat perpétuel, fit célébrer les a jeux du cirqui; », Iiitios circeiises liedit, en les accompagnant de grandes largesses aux membres de toutes les corporations de Lugdunum (2) . Deux autres inscriptions lyonnaises nous apprennent aussi que l'édile Sextus Julius Januarius fit don k la colonie romaine de 500 places établies par lui dans le cirque, et que ces places, pour une cause que nous ne connaissons pas, furent abandonnées, usurpées ou détournées de leur première destination et réintégrées plus tard, par les soins de Fulvius £imlianus, à la corporation des centonaires, l'une des plus nombreuses de Lyon , spécialement affectée à la fabrication des
(1) E, RÉCAMIKB, Les
(2) Voir page 407, di
étoffes grossières de laine pour les vêtements du peuple et de l'armée (i).
Le bas-relief de Lyon paraît être de la fin du second siècle ou du commencement du troisième. Il n'appartient pas à la grande époque de l'art. Les chevaux n'ont pas cette noblesse de formes et cette puissance d'encolure que Ton admire dans les médailles frappées au premier siècle par les artistes grecs, et qui rappellent les coursiers olympiques des métopes du Parthénon. Ce sont des chevaux gaulois, petits, rapides, le garrot un peu grêle, la crinière épaisse. Les cochers ou aurtges sont revêtus de leur costume officiel. Un des chars vient d'arriver à l'extrémité de la spina;i est séparé de son adversaire par le massif des trois bornes. Les rênes sont enroulées autour de la taille des cochers pour augmenter leur force de résistance. L'ensemble de la composition est très mouvementé, mais ne donne qu'un petit nombre de personnages. Ce n'est qu'une simple figuration , dans un cadre restreint, d'un épisode de la course, sans indication de la spina^ encore moins du cirque lui-même.
La mosaïque présente beaucoup plus d'intérêt. Découverte le i8 février 1806, sur l'emplacement de la rue du Rempart, près de l'ancienne abbaye d'Ainay, elle a été habilement restaurée et fait aujourd'hui, dans une des salles du musée de peinture du palais Saint-Pierre, l'admiration de tous les amateurs de l'art et de l'antiquité. Il y après d'un demi-siccle, une description consciencieuse en a été donnée par le savant Artaud , alors directeur du Conser-
(l) LOCA . N . D . IN . CIRC
SEX . IVL . lANVARIVS AEDIL . DAT
Loca n{umero) quingenta in circ{o) Scx{tus) yui{ius) yanuarius Aedil{is) dat. (Inscription située autrefois dans le jardin de Lavalette, aujourd'hui perdue. SciP. Maffei, Galliœ antiq. quced. sclect., ép. \W Parisiis, 1733.)
CVRANTE FVLVIO AEMILIANO C(Iarissimo)
\'{iro) LOCA QVAE IVLIVS lANVARIVS
REIP {ublicce) DONAVERAT CENTONARl(ts)
SVO IMPENDIO RESTITVERVNT
inscription découverte en 1825, lors des travaux d'agrandissement de l'égli»^ Saint-Irénée, aujourd'hui au musée lapidaire. De Boissieu, Inscript, ant- »^ Lyon, ch. xi.)
vatoire des arts et du musée de Lyon, dans une étude fort complète sur l'histoire de la peinture en mosaïque; et nous ne pouvons mieux faire que d'en reproduire les principaux traits (i) .
o La mosaïque des jeux du cirque de Lyon, dit Artaud, est, en réalité, un tabîeau d'histoire antique. Elle donne les principaux détails des jeux , les usages des anciens , leurs costumes et la couleur caractéristique de chaque objet. Elle est composée de petits cubes de marbre et quelquefois de pierres factices ou pâtes de verre de différentes couleurs, dont l'assemblage est appelé ofus tessellatuM . Elle a près de trois mètres de haut, sans y comprendre l'encadrement composé d'entrelacs de couleurs variées et d'une frise élégante formée de rinceaux à feuille d'acanlhe qui l'entourent sur ses quatre côtés. Le tableau s'enlève en clair sur un fond noir ardoisé. Les chevaux sont d'un bai pâle, ou plutôt couleur de chair; quelques-uns sont blancs, d'autres plus gris, selon que l'artiste l'a jugé nécessaire pour faire fuir ou détacher ses groupes.
a Au milieu de l'arène se trouve la spina qui la partage dans toute sa longueur. C'est un massif en maçonnerie qui paraît avoir, suivant les proportions de la mosaïque, les quatre pieds d'élévation qu'on lui attribue ordinairement, Elle est coupée transversalement par un passage étroit oii sont deux fragments de personnages vêtus en bleu : l'un tient la palme destinée au vainqueur; l'autre, dégradé et à peine reconnaissable , semble porter le prix de l'une des deux courses. L'obélisque consacré au soleil se dresse au milieu de la spina. Deux autres passages étroits existent entre les tribornes, metœ, des deux extrémités. Les objets sacrés relatifs aux jeux et les monuments décoratifs sont échelonnés te long du mur de la spina. On y voit les sept dauphins consacrés à Neptune, et les sept œufs de bois doré consacrés à Castor et Pollux, destinés à marquer le nombre des tours que faisaient les chars dans l'arène.
(l) A. Ariavd, Histoire abrtgft de la prittiurt en nosaïqu*. suivie dt la desniftitn des mesaigues de Lyon ei du midi de la France, ainsi que d'un afcrpi
relatif au dfptactmtnl de ces pnvh . Lyon, 1835.
« A l'entrée de la mosaïque sont les carceres ou barrières. Leur forme et leur couleur indiquent qu'elles étaient en bois. Quoique les auteurs en mentionnent le plus souvent douze, on n'en compte ici que huit, nombre égal à celui des chars. La grande entrée, dépourvue de portes, est au milieu des carceres. Au-dessus est la loge prétorienne occupée par trois juges habillés de bleu. Le préteur ou l'intendant des jeux est au milieu, sur un siège plus élevé que ses deux assesseurs. Il avance le bras en dehors de la Icçe et tient un objet informe, blanc, probablement le manteau ou tnappa qu'il agitait au convmencement de la course pour donner le signal du départ.
« On voit d'abord à l'entrée de la mosaïque, sur la ligne blanche, creta, le long de laquelle venaient s'aligner les chars, un cocher, agitator ou auriga , de la faction verte , renversé , ses chevaux abattus, son char fracassé. La faction rouge vient après. C'est un quadrige dont on ne voit pas le char, caché par les jambes des chevaux, qui sont d'ailleurs, ainsi que'leur tf^//tf^<?r, d'un très beau dessin. La troisième faction est la blanche; elle va presque de front avec la rouge. Puis vient la bleue.
« Le cinquième char, àl'angle gauche de la mosaïque, appartient à la faction rouore. C'est le deuxième accident de la course. Le char a versé en tournant la borne. \J agitator, quoique renversé, ne perd pas courage et fait des efforts pour relever d'une main vigoureuse ses chevaux abattus. La sixième faction porte la livrée bleue; elle marche en très bon ordre. Le septième quadrige est coupé par l'obélisque et dégradé en grande partie ; mais si l'on en juge par le cavalier isolé, singulator, qui le suit pour le stimuler, et qui est monté sur un cheval blanc, on peut croire qu'il appartient à la faction verte. Du huitième groupe enfin il ne reste que la tète des chevaux ; il est très rapproché de la spina, devance tous les autres et paraît devoir être victorieux. On ne distingue plus la couleur de sa faction ; mais tout porte à croire que c'est aussi la verte, qui était celle pour laquelle le peuple manifestait ordinairement sa préférence. On sait que Néron, qui était un fidèle du cirque, partageait ce goût et assistait aux représentations
muni d'un prisme d'émeraude, afin de voir tous les objets en vert.
n Une dernière figure près des barrières, dont on ne trouveaucun exemple sur les monuments antiques, est aussi vêtue de vert. C'est un personnage à pied qui tient un bassin, nasiterna, dont le fond est de couleur bleue. On peut présumer que c'est le sparsor, celui qui jetait de l'eau pour empêcher les roues de trop s'échauffer, metaque fervidis (i), ou pour rafraîchir et stimuler les chevaux au passée, aqua ad irrigandos abluendosque eqtios.
• Le costume des principaux personnages mérite aussi quelque attention. Tous les auriges sont coiffés dune sorte de toque ou casque de peau à rebord, galerus cum margùie; mais chacune de ces coiffures a une couleur différente. Le vêtement se compose de deux tuniques et de ces longs hauts-de-chausses, braccs, caractéristiques de l'habillement des Gaulois de la Gallia Braccata. La tunique de dessous, indusium, est blanche et à manches longues; celle de dessus a la couleur de la quadrille, est sans ouvertures, presque sans manches , et se termine près du genou; c'est une espèce de sagum, serré à la taille par une courroie brune qui pouvait servir en même temps à attacher les rênes des chevaux. Les trois juges de la course paraissent avoir une toque rouge brun sur laquelle on distingue une large bande de cordon bleu foncé bordé de blanc. Le personnage qui ferme les barrières, le héraut d'armes, le sparsor, et en général tous ceux qui assistent à la course sans y prendre une part directe, sont vêtus de bleu. Les auriges seuls portent les couleurs caractéristiques de leur faction. Les chevaux enfin ont la queue coupée et relevée à la mode des chevaux de course anglais, particularité qui est assez rare dans les monuments antiques. »
II est difficile de trouver un plus beau souvenir de l'antiquité. On assiste en quelque sorte à la résurrection de ces jeux célèbres du cirque qui ne furent pas seulement des jeux, mais qui firent réellement partie de la politique et du culte de Rome, a Vous avez bien fait , écrivait Cicéron à Atticus , de faire voir à Attica
sur la carte de Peutinger, arrivait à Sainte-Colombe, où elle chissait le Rhône sur un solide pont en maçonnerie dont on voit encore les restes; elle traversait ensuite Vienne, et suivaitb rive droite du Rhône, de Vienne à Avignon, Arles et Marseille. C'était le grand chemin de la Narbonnaise. Mais la route de la rive gauche, quoique plus courte, n'était et ne pouvait être qu'une route auxiliaire, précisément parce quelle ne communiquait avec Lyon que d'une manièreintermittente, au moyen d'oD bac ou d'un pont flottant formé de bateaux ou de radeaux. Ce mode de communication n'était pas, on peut le penser, toujoun praticable à cause de la largeur du fleuve, des oscillations brusques de son niveau, de son courant très rapide pendant les cnies, et n'offrait pas en somme les conditions de sécurité et de continuité indispensables aux grandes routes militaires de l'empire.
Les blocs antiques, les pilotis, les enrochements, véritables écueils pour la navigation, qu'on a retrouvés en abondance dans le lit du Rhône, en face de la rue Sainte-Hélène, ont sans doute pu donner le change à l'opinion publique et être attribués aus ruines d'un pont romain. Il n'en est rien cependant. Éludiésile très près avec le plus grand soin (i) , ces matériaux, de provenance antique sans contredit, et dont on a recueilli un certain nombreai^ musée du Palais des Arts, ont été reconnus être de simples bloc#de défense échoués au moyen âge, en général dans le cours du treizième siècle, dans le but de prot^er contre les corrosions du Rhône deux grandes îles qui existaient encore en 1550 et faisaient partie des dépendances de l'abbaye d'Ainay. Les Frères Pontifes, qui étaient préposés à la construction du pont de la Guillotière, se sont très souvent servis, pour leurs travaux, de tous les monu-
A. Bernard, Descriptions du pars
des Sfgusiavts, op. cil.
De BOLSSlïV, Inscript. ont. de Ly
n. pass.
AllMBH, Inscript, de Vienne, etc.
Voir sitprà, première partie, ch.
!. xrv.
C) GOBIS, Notes sur les inscripli
Bi cl pierres antiques découvertes à Lyoi
-on, .864.
!d. . Xoliie concernant quelques dé
■on. (SociélÉ d'agriculture, d'his
oire naturelle et des arts otiles de Lyo
fct d'Auguste et faisaient de cette partie de la viile fédérale une iorte de quartier officiel et sacerdotal, spécialement aménagé pour les cérémonies publiques, à la fois politiques et religieuses, ftt pour les grandes fêtes nationales des Trois Gaules.
Il L'assiette de la ville antique peut aussi fournir quelques utiles indications sur l'importance de sa population. On est, à vrai dire, tssez embarrassé pour retrouver exactement le périmètre de l'antenne agglomération lyonnaise; et tout d'abord il faut en retran- ^er d'une part toute la partie située à l'aval de l'ancien confluent, c'est-à-dire toute la presqu'île alluvionale moderne, d'autre part tes deux grands quartiers de la Guillotièreetdes Brotleaux, situés tur la rive gauche du Rhône. Ce nom de brotteaux, d'ailleurs, est tout à fait caractéristique. Dans le vocabulaire topographique du fUidne, on désigne sous cette dénomination générique les îles ou (erres basses submersibles, plus ou moins couvertes d'oseraies et |m se trouvent dans le champ d'inondation du fleuve (1) . La vallée tn amont de Lyon, depuis les confins des départements de l'Ain et
UO L'étymologie de « bralleaiix 11 parait devoir dériver du celtique brflt ou ti, boii, laite, jonc servant à la fabrication des breltoi ou hottes à l'usage des Ikontagnards riverains de la vallée du RhAne.
il Un petit village du département du Gard, Saint-Hilaîre-de-ifri'f'iniii, a son prritoîre sur la partie de la vallée du Gardon qui s'élargît i partir d'Alais et ijpcupe des terrains d'alluvions très fertiles en osiers et en bois de saules. Il n'y inraît rien d'exagéré â supposer que les populations cévenoles eussent établi, en )H endroit, une industrie de fabrication de ces i^ngins jouraellement employés ttr les habitants de la montagne.
I Plis du célèbre Pont-du-Gard, sur la limite des territoires de Castillon et de temoulins, on voit des vestiges d'une ancienne localité romaine désignée dans it pays sous le nom de Breloum, qui a très certainement la même origine que Uni de Brtitmas. Ce lieu est situé près du ruisseau de Vallignière [Riparia de wàlig-Aquaria, 1837. Arch. commun, de Valligutéie) , en un point de la vallée ib t'cau du ruisseau était autrefois stagnante sur une vaste étendue marécageuse
I Le Brellmas des environs d'Alais (Serlomasis ou Bretomansus des anciennes iilartes) parait aussi indiquer que le vianSHS primitif était construit en lattes et torchis, ainsi que les hangars et magasins de l'ancien port de Marseille 1,1a Cajx-
de l'Isère, n'est qu'une succession de o brotteaux n qui ont été, dani les premiers temps de leur formation, des terres vagues, incultes, aux contours indécis, modifiées après chaque crue, dispardasanl quelquefois après les grandes inondations pour reparaître ensuite, M assez semblables aux u craus » de la Durance et de la basse r^ion du Rhône. Le plus connu de tous ces a brotteaux a est celui de Lyon même, qui a d'ailleurs conservé son nom et l'a donné à l'un des quartiers neufs de la ville moderne. Les Brotteaux de Lyon occupent tout le territoire situé à l'Est des ponts Morand et de Saint-Clair, où se trouvent aujourd'hui le parc de la Tête d'Or, I hippodrome et le champ de manœuvre.
il ne reste rien ou presque rien de l'ancienne enceinte romaine; mais tout porte à croire que la muraille du moyen ^e, dont on voit encore quelques débris en plusieurs endroits, suivait ^ peu
nebihie) et de l'ancien Cantabis lyonnais {Cannabir, Cannabi-arium . Cantmhii, Cabamei) .
Oa retrouve le nom caractèriatique de u brotteaux n dans tous les aciet du moyen &ge ; et l'un àcs plus intéressants est celui qui est relatif i l'acqulution d'un terrain contigu à l'ancien pont du Rhâne, k Lyon, dont la constructioi ' iatt, on le sait, près de cinq sîMes. Le i6 septembre 1383, les consuls Aynin! de Villeneuve, Mathieu de Chaponnay, Guillaume de Durche. Thomas de Vartj, Pierre Favte, Guillaume Trouillcur et André Bonin, en qualité dadministraleuri de la fabrique du pont, achetèrent, de Perronin de Nitvre, citoyen de Lyon, une grande tle ou brotteau, continué h la pile de piètre du pont de bois, oli se trouvaient des degrés pour descendre audit u brotteau h. « Ptrenintu dt Niivre, ritislugduntHsis,,. vendit... eansulibus universitatis civilatit LHgdunensà rettcrU bttiqtu tl gubernaloribus f abrite leu operis pontii Rodant, ad optu dicti ponlis... brotellum situm et coniigVMm fonti predicto a parle boree, videlicet a quadai' pila lapidta dicti pontis fuslei, in qua sunt ^adus pro destendtndo in dieie fan> tello. » (Arch. municip-, série DD.)
Indépendamment de la grande plaine des Brotteaux qui forme tout un quartier suburbain de Lyon, nous relevons sur la carte du cours du Rhône au 1/40,000, dressée par le service des ponts et chaussées en 1871, deux « bralteaux h dans I( lit moyen du fleuve prts du hameau de Peyrieu, dans le département de l'Aio; deux autres petites Iles des <■ Brotteaux » perdues dans les méandres qui se dessinent à l'aval de Saint-Genixd'Aoste; un lieu dit le <c Brotteau 11 près de l'ile d' Méant, â la limite des départements de l'Isère et de l'Ain ; cinq « brotteaux » (le brotteau de Serbie, le brotteau du Sablon, le brotteau de Saint-Maurice, Itbtcttenu de Miribel et le brotteau de Neyron) qui font tous partie du groupe det Ue> de Miribel; enfin, au-dessous de Lyon, un petit terrain dit le a Srof (mk >> sur 11 rive droite du RhAne à son confluent avec l'Ardèche, et une grande tle des « i^ teaux ■> à cdté de Saint-Ëtienne des Sorts (Gard).
Brotteau est donc un nom générique qui est employé, dans la vallée suptrieure
r DU RHONE ET DE LA SAONB. 473
ts le même tracé (i). D'autre part, si on interroge les monu-
tnts funéraires découverts jusqu'à ce jour et qui étaient, comme le sait, toujours placés en dehors de l'enceinte et aux portes Imes de la ville, on reconnaît tout de suite que les quartiers de înt-Irénée, de Vaîse et de la Guillotière étaient extra muros. I n'a pas trouvé de tombeaux sur !e plateau de la Sarra, qui mine la colline de Fourvières, ce qui indique assez nettement e ce plateau était autrefois incorporé dans la ville même. Il n'en iste pas non plus dans le quartier d'Ainay, qui était alors une , ni dans la grande langue de terre interfluviale qui forme l'as- [tte de la plus grande partie de la ville moderne et qui constitit une sorte de domaine fédéral et religieux, beaucoup plus Uid peut-être en étendue que lemunîcipe romain, mais certaineînt moins habité. Ce domaine, occupé en grande partie par des muments publics, appartenait d'ailleurs à l'association nationale S Trois Gaules. Point de tombeaux non plus dans l'archipel (Vial qui s'étendait au-dessous et qui formait une sorte de ville iphibie, cosmopolite et marchande, dont il est impossible de Èciser l'assiette et l'étendue.
La ville romaine seule présentait un contour bien défini. Tout ^ère située sur la rive droite de la Saône, échelonnée sur la tline et bâtie sur le plateau, elle paraît avoir été entourée, dès principe, d'une muraille continue qui devait partir de la rive, peu au-dessous du pont actuel d'Ainay, à l'endroit appelé [ourd'hui la Quarantaine, puis gravir directement la pente arpée de la montagne par derrière les fortifications modernes, jser au cimetière de Loyasse, et redescendre ensuite vers la 1ère qu'elle atteignait à l'extrémité du rocher de Pierre-Scize. D'après M. Allmer, l'enceinte du Lugdunum romain devait
noyenne du Rhdne, pour désigner ces plaines basses d'alluvions récentes et
Jon^es Iles d'oseraies, ces berges et ces francs-bords, submergés réguliire-
■t par les crues moyennes, et que le fleuve recouvre, nourrit, engraisse et
jquefois même fait disparaître au gré de ses caprices,
i^'est l'analogue des « slgannaux » de la région du bas Rhùne et des environs
tries, et des << ctaus » de In Provence et de la tant du delta.
'l) Voir Au-MER. Études sur Lugdunam , Enctitle et pertes. (Rev. épigr. du
li de laFrance. oct.. nov.. déc. 1885.)
avoir quatre portes. A Pierre-Scize, dit le savant épigraphiste lyonnais (i), entre le pied du rocher et la berge de la Saône, existait une porte du Nord s'ouvrant sur un chemin qui menait du côté de Vaise par le bord de l'eau. A l'Ouest, au sommet du plateau, une deuxième porte s'ouvrait sur la route d'Aquitaine, conduisant, après un parcours de cent cinquante mètres environ, au carrefour de Trion, Trivium, où des fouilles toutes récentes ont mis au jour une magnifique série de monuments funéraires. Cette partie de la route d'Aquitaine formait ainsi, à l'entrée même de la ville, une sorte de « rue des tombeaux » analogue à celle que l'on admire à Pompéi (2). Au Sud-Ouest, à peu près à l'endroit où se trouve maintenant la porte Saint-Just, devait s'ouvrir une troisième porte donnant passage à un chemin qui traversait tout le quartier Sain t-I renée en suivant la rue actuelle des Macchabées. C'était la route de la vallée du Rhône, qui conduisait à Arles, à Marseille, à Narbonne, celle-là même qui, du temps de Sidoine Apollinaire, passait à proximité de l'église des Macchabées, et de l'intérieur de laquelle, dit le prélat écrivain, on pouvait entendre retentir, « d'un côté le bruit des chevaux et des chars de la route, de l'autre, le chant rythmé — le celeusma des rameurs sur les bateaux de la Saône (3) » .
De cette porte partait un second chemin qui allait rejoindre le Trivium. Ce chemin a conservé son nom romain : c'est la rue moderne de Trion. Une quatrième porte enfin existait au Sud,
(i) A. Allmer, Rev. ép. du midi de la France.
A. Allmer et P. Dissard, Trion, Antiqtiiih découvertes en 188$, i886ctanttrieurement au quartier de Lyon dit Trion. Lyon, 1887-1888. Id., Musée de Lyon. Inscriptions antiques. Lyon, 1889.
(2) Cf. Marti.n Daussigny, Topographie de Lyon au quatrième siècle. iCongrès arch. de France, 29'' session.')
A. Vachez, La voie d'Aquitaine et la légende de saint Bonnet. (Mémoires de la société littéraire, historique et archéologique de Lyon.) Ann. 1881.
(3) m ne agger sonat, hinc Arar résultat;
Hinc se se pedes atque eques reflectit, Stridentum et moderator essedorum, Curvorum hinc chorus helciariorum, Rcsponsantibus alléluia ri pis,
Ad Christ um levât amnicum celeusma.
iSiD. Apoll., ep. 2, V. 10-16.)
; bord de la Saône, et donnait sur un sentier plus ou praticable qui a été transformé depuis en une belle route Songeant la rive droite de la Saône ; c'est le chemin et le quai des Etroits aujourd'hui très largement ouvert. Mais à l'époque romaine, ee chemin des Étroits méritait bien son nom. Resserré entre les bentes abruptes de !a colline et la rivière qui le bordait à son pied, 9 ne présentait pas une assiette suffisante pour qu'on pût établir JBce grande route. On n'y trouve pas de tombeaux, et cela ne doit mss surprendre; car on sait que les monuments de cette nature Etaient invariablement placés en dehors de l'enceinte des villes, le long des routes, et formaient de véritables promenades funéraires, Bne sorte de cité des morts qui précédait immédiatement la cité Ses vivants.
D'ailleurs, la Gaule, en l'an 20 avant notre ère, était soumise, mais non pacifiée. Le sol était matériellement conquis, mais il restait encore à conquérir le vaincu ; et on était toujours sous le coup Me quelque dangereux soulèvement. Agrippa, qui avait reçu la i^ssîon d'établir quatre grandes routes aboutissant de Lyon aux SKttrémités des quatre provinces de la Gaule {la Narbonnaise et les Ifroîs Provinces Chevelues) , n'eut garde de négliger les conditions lies plus élémentaires de la stratégie. Les routes qui divergeaient mutour de Lyon étaient avant tout des voies militaires; elles se iMunissaient sur le plateau au carrefour de Trion, qui était ainsi km centre de rayonnement. Ce quartier de Trion, Trivium, était nonc comme une nécropole. Les fouilles exécutées en 1855, tout ftfait à proximité de l'ancienne porte d'Aquitaine, ont déjà donné des tombes du temps d'Auguste et de Tibère. Ce sont les premières, les plus anciennes. Les morts se sont succédé; les sépultures se sont ajoutées les unes aux autres; la file des monuments Funéraires s'est allongée sur les deux routes d'Arles et d'.Aquitaine. On peut déjà suivre sur un certain développement leur échelonnement chronologique; et des travaux continués avec méthode toermettront sans doute de retrouver dans cette ville des morts <ine partie du passé de la colonie.
La ville romaine devait très certaineinent aussi communiquer avec le quartier du confluent et même avec l'autre rive du Rhône. La communication avec le confluent avait lieu d'une manière permanente au moyen d'un pont en pierre sur la Saône (i). De groâ blocs retrouvés ie long de la rive droite et dans le lit de la rivière, de nombreux pilotis serrés et noircis par le temps fixent asseï exactement l'emplacement du pont romain entre les ponts moderne d'Ainay et de l'Archevêché (2).
La communication entre le quartier du confluent, qui se composait d'un groupe d'îles séparées par de petits canaux navigables, et la rive gauche du Rhône, ne peut aussi faire l'objet d'aucun doute ; mais on est beaucoup moins fondé à croire qu'il j- ait eu à cette époque un véritable pont sur le Rhône, comme il y en avait un sur la Saône. Ce pont romain du Rhône, que l'opinion populaire a accepté de confiance et placé en général au-dessous du pont de la Guîllotière, à peu près en face de la place Grolier ou de la rue Sainte-Hélène, apparaît pour la première fois dans le récit un peu fantaisiste que le P. Ménestrier donne, dans son « Histoire consulaire de Lyon n, de la fin tragique de l'empereur Gratienen Gaule le 25 août 383. b Gratien, dit-il, s'arrêta dans Lyon, 0(1 il eût été en sûreté si Andragathos, maître de la cavalerie, gagné par Maxime, ne se fût servi d'une fourberie pour l'en faire sortir et ne l'eût fait tomber dans un piège qu'il lui avait préparé. Il fit dire à l'Empereur que l'Impératrice, son épouse, arrivait au-devant de lui. Gratien monta aussitôt à cheval pour aller à sa rencontre; et, ayant aperçu sur « le pont du Rhône w une litière magnifique qu'il crut être celle de l'Impératrice, dans l'empressement qu'il eut de la voir, il descendit de cheval, mit la tête dans la litière où il croyait trouver son épouse, lorsque Andragathos, qui s'y était placé pour le surprendre, l'arrêta par les cheveux et lui coupa la tête (3). »
(1) A. LÉGER, Noie sur l'ancien Ponl-deSaSiu . {Mém. de l'Aeadimîe J» «iences. belles-lettres et arts de Lyon, t. XXVllI. Lyon, 1886.) (z) A. M. Chenavard, Lyon antiqtii resiattrt, op. eii. (3) P. Cl. Pr. Ménestrier, HUioire consulaire de Lyon, 1674,
tCette petite anecdote est â peine croyable. Les historiens de
utiquité qui ont parlé de la mort de Gratien sont d'ailleurs
imbreux (i). Ils disent bien tous qu'il fut assassiné; ceux qui
nnent le plus de détails ajoutent même que ce fut à Lyon, dans
lîvoisinage d'un cours d'eau qu'il se disposait à franchir; mais le
kin du cours d'eau et la mention encore plus précise d'un pont
»Ie Rhône sont tout à fait de l'invention du P. Ménestrier. Le
ffant Jésuite a eu le tort assez grand de viser sans raison dans
p récit des textes de saint Jérôme et de Prosper d'Aquitaine, et
it contenté d'emprunter, 'en l'amplifiant et la transformant,
assez mauvaise chronique de l'histoire de Socrate le Scolas-
le qui manque tout à fait de critique et ne jouit pas comme
titude d'une sérieuse autorité.
.1 est très probable, il est même certain que la communication
le quartierdu confluent et la rivegauche du Rhône avaitHeu
'époque romaine au moyen d'un bac, d'une traille, peut-être d'un
,t de bateaux. On sait, en effet, d'après les meilleurs témoi-
;es antiques que l'on puisse invoquer, — Strabon et l'Itinéraire
tonin, — que Lyon communiquait avec sa voisine Vienne par
routes : l'une, la plus longue, sur ta rive droite du Rhône,
it 23 milles; l'autre, sur la rive gauche, n'avait que 16 milles.
dernière était une route secondaire, d'une moindre impor-
, un raccourci; et à cause de cela on l'appelait le compen-
mm (2). La grande route de la rive droite, celle qui est figurée
I) S. JÉBOUE, In epilapkio Ntpoliani, epîst. 22. ], 3.
tCFFIN, Hisl. fccl., [. Il, c. XIV.
bcRATB LE ScoLASTCflue , Hisl. tcct., I, V, c. Il, ap. D. Bouquet, t. 1,
Orose, 1, VII, ap. D. BououET. t. 1, p. 597, hoSPEK TlROS, Chronicon, ap. D. BouguET. t. 1, p. 63Û. 'ftosrER d'Aquit.mke, Chronicon, ap, D. Bouquet, t. I, p. Û25. kURËuua Victor, c. 47, ap. D. BouguET, c. I, p. 567.
LCELUK, Chronicon, ap, D. Bouquet, t. I, p. 640.
llfE, L IV, c. xxxv, dans 1c Cùrpus scriptoTunt hiitaria Byaantiiut. Bonne,
L Grbgor. Tl'NoN., Hisl. Franc. I, 1 I) Vitnna Lugduna MP.XXHI. aul ir a ce sujet la caionae milliaire de S
compendium MPXVI. Itin. Anton.
sur la carte de Peutiiiger, arrivait à Sainte-Colombe, où clic franchissait le Rhône sur un solide pont en maçonnerie dont oit voit encore les restes ; elle traversait ensuite \'ienne, et suivait b rive droite du Rhône, de Vienne à Avignon, Arles et Marseille. C'était le grand chemin de la Narbonnaise. Mais la route de U rive gauche, quoique plus courte, n'était et ne pouvait être qu'une route auxiliaire, précisément parce qu'elle ne communiquait avec Lyon que d'une manière intermittente, au moyen d'im bac ou d'un pont flottant formé de bateaux ou de radeaux. C« mode de communication n'était pas, on peut le penser, toujours praticable à cause de la laideur du fleuve, des oscillations brusques de son niveau, de son courant très rapide pendant les crues, et n'offrait pas en somme les conditions de sécurité el de continuité indispensables aux grandes routes militaires de l'empire.
Les blocs antiques, les pilotis, les enrochements, véritables écueib pour la navigation, qu'on a retrouvés en abondance dan? le lit du Rhône, en face de la rue Sainte-Hélène, ont sans doute pu donner le change à l'opinion publique et être attribues ans ruines d'un pont romain. II n'en est rien cependant, Étudiésdc très près avec le plus grand soin (i),ces matériaux, de provenance antique sans contredit, et dont on a recueilli un certain nombreau musée du Palais des Arts, ont été reconnus être de simples blocs de défense échoués au moyen âge, en général dans le cours du treizième siècle, dans le but de protéger contre les corrosions du Rhône deux grandes (les qui existaient encore en 1550 et faisaient partie des dépendances de l'abbaye d'Ainay, Les Frères Pontifes, qui étaient préposés à la construction du pont de la Guillotlère, se sont très souvent servis, pour leurs travaux, de tous lesraonu-
A. Bernard, Descripliom dufiayi da Siguiiavts, op. cit.
De BoisstEU, ImcHpl. ant. de Lyon, pais.
Allker, tnicript. de Vienne, etc.
Voir sufrà, premiàre partie, ch. It, xtv.
(i) GoBiN, Nates sur Ut inscriplioHt et pitrret anliquei dtcattvtrtet i ly*- Lyon, 1864.
1d. , Notice concernant quelque! découverli Lyon. [Société d'agriculture, d'histoire n Aan. 186S.)
ments antiques plus ou moins ruinés qu'ils avaient sous ia main. On ne se faisait pas faute alors de détruire tous les souvenirs du paganisme. On avait là sous la main de magnifiques carrières de pierres toutes taillées, présentant par leur masse les meilleures conditions pour servir de blocs d'enrochements (i). Ces matériaux abondaient dailleurs tellement à Lyon, qu'on les a retrouvés maintes fois soit intacts, soit mutilés, dans les soubassements des ponts, des quais, des fortifications, et dans un nombre considérable d'édifices publics ou privés, Ce sont eux que l'on voit figurer dans les « Comptes de la ville u du quinzième et du seizième siècle, sous le nom de « pierres marquées au signe de la potence, ad stgnum potencie s , à cause de X'ascia gravée en creux ou en relief qu'elles portaient pour la plupart et qui était, comme l'on sait, le signe caractéristique de presque tous les monuments funéraires de l'époque gallo-romaine (2). \Jascia, en effet, dont l'explication a donné lieu à tant de commentaires, présente assez bien la forme d'une potence.
On peut donc affirmer en toute certitude qu'à l'époque romaine U existait à Lyon une communication permanente, au moyen d'un pont fixe, entre la rive droite de la SaÔne et les îles du confluent qui formaient le quartier désigné sous le nom de Condate lyonnais, Pagus Condatensis, et que ce pont était situé entre le pont d'Ainay et le pont de l'Archevêché. On peut aussi considérer comme tout à fait certain que la communication entre ce quartier ïnterfluvial, en quelque sorte amphibie, et la rive gaudie du Rhdne, communication qui donnait accès à la route abrégée de Vienne, n'avait lieu qu'au moyen d'un bac ou d'un passage de bateaux ; que cette communication était plus ou moins intermit-
(I) Voir grand cartulaite d'Aîray, loi. 66. ObiU Transaction de I3a6 et de 1328, (Guicue, Noire-D.
(3) De Vascia et de la formule sub asci LjMti, op. cil.)
E.. C. MARTiK-DAUSSIcr^y, Élude lur la dédicace des te Hém. de la Soc. lîtt., hîst. et archfoi. de Lyon, 1870-71 .
Voir la savante étude de M. Guigne, sur Notre-Dame de Lyon. Recherches sur terigine du font de la GuiUalikre, etc. |Mémoices de la Société littéraire, historique el archéologique de LyoD, 1874-75.)
■iutn Lugiiunensis ecclesia.
■ame de Lyon. 1874.) ■, (De BoisslEU, Inscr. ani. de
X gallo-romains.
48o SECONDE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME.
tente, et qu'il n'y avait pas sur le Rhône même, dans les premiers siècles de notre ère, de pont permanent.
La restauration de la topographie lyonnaise à l'époque de la domination romaine a fait à plusieurs reprises l'objet de tentatives fort intéressantes ; mais, il faut le reconnaître, les plans qui ont été dressés ne peuvent présenter un grand caractère d'exactitude.
L'un des plus pittoresques, celui qui a été dessiné en 1850 par l'architecte Chenavard et agrémenté d'ingénieuses perspectives (i), est plutôt un travail d'artiste qu'un document. Le plan comparatif de l'assiette actuelle de la ville et de son assiette au premier siècle, inséré dans la « Géographie de la Gaule romaine » de M. E. Desjardins , et qui donne les trois parties de Lyon au premier siècle, n'est aussi qu'une indication générale (2) . Les limites de la ville romaine seules présentent une réelle exactitude; mais le confluent des deux fleuves a été beaucoup trop prolongé à l'aval; et il est très probable que tout le quartier interfluvial n'était pas aussi bien formé, et que sa superficie et ses contours différaient beaucoup plus de ceux de Lyon moderne avec lesquels le plan les confond sensiblement.
Un dernier plan a été produit récemment par M. le baron Raverat et paraît plus rapproché de la vérité (3). Ainsi que les deux précédents, il indique très nettement l'emplacement de la colonie romaine étas^ée à mi-cote sur la colline de Fourvières; mais il donne avec plus de vraisemblance la situation du confluent
(i) A. M. Chenavard, Lvon antique restauré d'après les recherches et documents de F. Artaud. Notice, plan et vues géométrales. Lyon, 1850.
(2) E. Desjardins, Géoirraphie de la Gaule romaine, t. III, pi. II.
(3) Raverat, Fourvières, Ainay et Saint-Sébastien sous la domination romaine, op. cit.
ied même de la ctdline Saint-Sébastien, dans le quartier de la s des Terreaux.
omme toutes les villes de la vallée du Rhône, Lvon a existé d'abord sur la hauteur et n'est descendu que graduellement >ng des beiges du fleuve. Les Terreaux, les Brotteanx, la lotière, Ainay, n'existaient pas dans le principe ou plutôt istaient qu'à l'état d'iles qui se sont successivement agrandies, lées, et ont fini par constituer le Lyon moderne. La plus de partie de la ville actuelle, bâtie sur ce terrain d'alluvions. h réellement conquise sur les eaux ; et ce sont les travaux du septième siècle, |Mt>jetés et commencés par l'architecte Pere, qui ont donné à la viDe moderne son assiette et son contour litifs.
est donc absolument impossiUe de dresser méthodiquement un complet de toute l'agglomération lyonnaise à l'époque romaine, le peut connaître exactement que la colonie, la viiie impériale, i qui porta d'abord le nom celtique de Lugdunum, qui prit lite la qualification officielle de colonia copia Claudia Augusia rduruHsis, et qui était le municipe romain. Si l'on compare le dof^Kment de son enceinte. les dimensons de ses amphi- Ltres, l'étendue de ses nxînes. à ceux des villes antiques qce connaît le mieux, de Rome par exemple, on peut se taire ane :, sinon exacte, du moins raisonnable, du chiffre de sa popula- . Rome, au temps de sa plus grande splendeur, paraît avoir ea nillion et demi, tout au plus deux milîîocs d habitants : et le mètre de son enceinte était de vingt à vingt-cinq kilomètres. ^yon, le périmètre de îa ville romaine présentait à peu près la re d'un cercle de quatre à cinq kilomètres de développement. t la Saône formait environ Les deux tiers et une muraille I autre 8. D'après CCS docnées, la superficie de îa colonie romaine ût contenu à peu près le vingtième de la population de Rome, st donc peu probable que la ville romaine, bâtie sur îe coteau Fourvièrcs. ait jamais eu pîis de Vj.ooo à 100.000 habi- U.
V ce chiffre, il convient sans ôo -v:: i ijou^er le cor.tl.i'^ent rie^ I. ::
faubourgs ou de VagglaméTa.tion extra m uros, c'est-à-dire de la ville fédérale et le quartier du confluent. Mais ici l'on est réduit h de simples hypothèses. Comment, en effet, évaluer cette population flottante du confluent, dans ces îles à demi formées qui constituaient le pagus condatensis? Quel chiffre donner à ce concourede Gaulois et d'étrangers qui se réunissaient chaque année, à l'époque des grandes foires du mois d'août, autour de l'autel de Rometl d'Auguste? Les trois Provinces Chevelues y envoyaient leurs délégués. Cette pointe du confluent présentait une animation et un mouvement incomparables. La fête coïncidait avec ia foire Une foule bigarrée se répandait sur la grève, couverte de baraquements, où s'étalaient les produits du monde entier, marché cosmopolite où les échanges se faisaient soit en nature, soit avec des métaux précieux et des monnaies de toutes les provenances et de toute* les effigies. Les Orientaux y apportaient leur ivoire et leurs aromates, les Syriens et les Phéniciens leurs étoffes teintes et brodées, et leurs verreries qui rivalisaient avec les produits de la fabrication lyonnaise. On y voyait les Bretons avec leurs ambres et , leurs étamages plus brillants que l'argent, les Aquitains avec leurs ■ lits de plume, les Belges avec leurs étoffes de laine grossière, les Germains avec leurs salaisons, les Espagnols avec leurs armes finement trempées. Les produits nationaux tenaient naturellement la plus grande place. Les étoffes de lin et de chanvre du Nord de la Gaule, les poteries rouges dont la Cisalpine inondait toute l'Europe, les huiles fines de Provence, les vins corsés et poissés de la Narbonnaise et de la vallée du Rhâne, constituaient de véritables entrepôts abrités sous de grands hangars, étatdis probablement d'une manière temporaire sur les berges du confluent (i). Comme cela existait encore au siècle dernier, sur le Rhône, à la foire de Beaucaire, une flotte de barques, de radeaux, d'allèges de toute forme, de toute provenance, était amarrée au rivage, encombrant les divers bras du fleuve qui serpentait au milieu des îles et formait comme une seconde ville flottaDte,
(:) Voir A. Allmer, op. cit., pass.
Llî CONFLUENT DU RHONF! ET DE LA SAONE.
bien autrement bruyante que la ville officielle étagée sur la colline. Pendant ce temps, la grande Panégyrie de la Gaule (pour employer l'expression même de la célèbre lettre des Églises de Lyon et de Vienne aux Églises d'Asie) se déroulait dans la ville sacerdotale, au milieu des chants, des spectacles et des fêtes, avec un luxe, un éclat et une ampleur qui ne furent peut-être jamais
Aucune donnée statistique ne permet de se faire une idée quelque peu exacte du mouvement de cette population pendant la période des fêtes. A vrai dire, ce va-et-vient de trafiquants, débarquant à Lyon de tous les points de l'Empire et y apportant pendant quelques semaines les marchandises de tout le monde alors connu, ne saurait entrer en ligne de compte dans l'évaluation de la population lyonnaise; mais cet apport accidentel devait cependant entretenir, soit dans la ville fédérale, soit dans les îles du confluent, une certaine population permanente. Bien qu'il soit impossible de la déterminer, on doit la regarder comme bien inférieure numériquement à celle de la colonie elle-même; et elle ne devait vraisemblablement pas dépasser trente ou quarante mille &mes. Ce n'est là, il faut en convenir, qu'une hypothèse un peu fragile; mais elle suffit cependant pour permettre d'affirmer que l'agglomération lyonnaise n'était pas, même au temps de sa plus grande splendeur, comparable à celle de nos grandes capitales modernes, et était même bien inférieure, comme grandeur, à la ville actuelle.
En somme, Lyon se composait, au premier siècle, de trois groupes très distincts.
Le premier, le plus important, celui qui avait une assiette fixe, était la colonie — le municipe — étage sur les pentes du coteau de Fourvières et couronnant le plateau. On l'appelait officiellement Colonia Copia Claudia A ttg^usta Lug'dunensis; Une p&rsSt pas avoir contenu plus de 80 à 100,000 habitants.
Le second, la ville fédérale et sacerdotale, où se tenait annuellement la grande assemblée des Trois Gaules, cottciltum toHus Gallias, et qui comprenait surtout des monuments officiels, occu-
pait les pentes de Saînt-Sébastien et de la Croix-Rousse. C'était ÏUrbs sacerdotaUs trium provinciarum GalUas.
Le troisième enfin n'était qu'un grand faubourg dans l'archipel fluvial, situé en aval du confluent où se trouve aujourd'hui la majeure partie de la ville moderne, et on l'appelait le fagus conliatensis ou Coniiatc Lugdtinensis .
Même aux jours de sa plus grande splendeur, dans tout l'écbl de SCS fêtes annuelles, il est difficile d'admettre que le chiffre de la population lyonnaise, sédentaire ou flottante, ait pu dépasser cent cinquante mille âmes. C'était àpeine le dixième de Rome(i).