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Notre intention n'est pas de suivre ici les transformatioDS de Lyon à travers les siècles, encore moins de retracer les différentes périodes de sa vie très mouvementée. Lyon a connu toutes les formesdegouvemement et dedesiwtisme: empire romain, royauté liurgonde, royauté mérovingienne, royauté carlovingienne.royiulé bourguignonne, gouvernement des archevêques, régime consulaire, administration des gouverneurs du Lyonnais. Peu de viUts ont laissé plus de documents écrits de tous les Âges , possèdent des archives plus riches et plus variées. Dès le seizième siècle, Paradin ouvrait la série des historiens de Lyon. Après lui vinrMit les travaux de Rubys, du P. Cl. Fr. Ménestrïer, du P. D. de Colonîa, de Pernetti, de Saint-Aubin, de Lumina, de Qerjon, de Montfalcon, de Sacconay, de Jacob Spon, etc. A ces ouvrages d'ensemble, il faut ajouter les innombrables volumes et les documents de toute nature publiés depuis Simphorien Champier jus-
(i) Alexandrie, la plus grande ville apris Rome et la plus commerçante do monde entier, comptait, à la fia de la domination des Lagides, plusdetros cent mille personnes libres (Momusen, Hist. rom., V, p. 583). et au noiil autant sous l'empire. Venait ensuite Antioche, puis en Occident CarCbage; A après Carthage, sans doute Lyon. (A. Alluer, Musée de Lyon, Inscr, an!., t. H, p. 285.) Le chiffre approximatif de cent cinquante mille pour l'ensemble se l 'agglomération lyonnaise paraît donc asseï vraisemblable.
qu'à nos érudits contemporains, qui ont traité de faits isolés, de recherches locales, d'institutions particulières. Tout a été dit et écrit sur le passé de Lyon. La réunion de tous les ouvrages, de tous les mémoires produits depuis près de deux siècles seulement, constituerait une véritable bibliothèque, et le catalogue seul former^t la matière d'un volume fort respectable. Nous sortirions assurément de notre cadre si nous essayions d'en (aire seulement une analyse sommaire. Il nous est cependant impossible, apri-s avoir essayé de reconstituer la topographie et la vie antiques <Ic la ville gallo-romaine, de ne pas inviter le lecteur à jeter un coup d'oeil rapide sur la ville moderne. Lyon a été la première ville des Gaules; c'est encore la seconde ville de France. Les conditions principales de son organisme, le fonctionnement de son commerce, le caractère et les mœurs de ses habitants sont dignes d'appeler quelques instants l'attention.
La caractéristique de Lyon est d'avoir été dans tous les temps et de continuer d'être avant tout une ville de travail et de probité, ville d'affaires, d'industrie, de fabrication. Elle a cepenidant une académie et même deux académies : l'une des sciences, l'autre des lettres et arts. Toutes deux très vivantes, très actives, ont produit et produisent tous les jours des travaux d'érudition de premier ordre ; et il serait tout à fait injuste de leur appliquer te mot de Voltaire au sujet de l'une de leurs voisines, qui se glorifiait un peu trop haut de descendre directement de l'Académie fran- 4^se : « Fille si bien élevée, disait-il, qu'elle n'a jamais fait parler ^d'elle. B Son école de peinture est célèbre et a donné plusieurs peintres de grand talent. Ses écoles et ses sociétés industrielles traitent depuis quelques années toutes les questions économiques iet sociales de la manière la plus large et la plus scientifique. Malcré cela, le génie de Lyon est tout à fait pratique et mercantile. ; La divinité de la ville, a-t-on écrit quelque part, avec une 'erve trop méchante pour ne pas dénoter un parti pris de dénijgrement, est le commerce , non point ce commerce des ports de mer rehaussé des dangers d'une navigation lointaine, où le négociant est capitaine et les ouvriers matelots; non point le com-
mcrce poétique de Tyr, de Venise, de Marseille, auquel le soleil d'Orient fait une auréole, les étoiles du Midi une couronne, les brouillards d'Occident une voile, les glaces du Nord une ceinture; mais le commerce stationiiaire et hâve, qui s'assied derrière un comptoir ou s'accoude sur un métier; qui énerve par le défaut d'air et alourdit par l'absence d'horizon; qui enlève à la journée seize heures de travail, et ne donne en échange à la faim que la moitié du pain qu'elle demande. Ville animée et vivante sans doute, mais comme une mécanique. Le tic tac de ses métiers est le seul battement de son cœur. » Cette critique est sévère et même fausse; elle doit être énergiquement réfutée. II serait donc injuste de quitter Lyon sous une impression aussi peu flatteuse; et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici l'esquisse rapide, beaucoup plus vraie, et très finement étudiée, que nous en a laissée un écrivain de génie dans des pages à peu près oublife» aujourd'hui.
a Lyon, dit M. de Lamartine (i), est situé, comme toutes les grandes villes de manufactures, à ce point précis des territoires oit le sol, les cultures, les combustibles, le feu, les eaux et les populations touffues fournisisent tous les éléments et tous les bras nécessaires à un grand travail, et où les vallées, les plaines, les routes et les fleuves s'ouvrent, se ramifient et coulent pour porter et distribuer les produits aux provinces ou aux mers, La gé(Çraphie et l'industrie se comprennent et semblent combiner l'asàette de ces vastes ateliers humains. Ce phénomène est si instinctif qu'on l'observe même chez les animaux en apparence dépourvus de raisonnement. Les grandes fourmilières et les grandes réunions d'abeilles dans les ruches sont toujours placées à l'embouchure et à l'embranchement des chemins, des eaux et des vallées.
n Le site militaire de Lyon est conforme à son site commercial. Une haute presqu'île, appelée la Dombe, s'étend de Trévoux d'un côté et de Mexîmieux de l'autre, entre deux grands cours d'eau, le Rhône et la Saône. Cette langue de terre fertile court,
(i) Lamartinr, Hist. en Ctrcndins, XLIX, x\ A xv.
se rétrécissant toujours, jusqu'à un plateau élevé, appelé la Croix-Rousse, faubourg de Lyon. Là, le plateau, rongé presque à pic par tes deux fleuves, s'affaisse tout à coup, descend en rampes rapides et s'étend ensuite en pîaine basse et triangulaire jusqu'au confluent des deux eaux. Cette plaine étroite et longue est le corps de la ville.
« A droite, la Saône, rivière presque aussi large, maïs plus douce et plus maniable que le Rhône, coule lentement des montagnes et des vallées de l'ancienne Bourgogne, pénètre dans Lyon par une gorge étroite embarrassée encore de quelques tles, se glisse entre les quais de la ville, sous les collines de Fourvières et de Sainte-Foy qui la dominent à l'Ouest, et va se confondre dans le lit du Rhône à la pointe marécageuse de Perrache.
Il La ville, trop resserrée par les deux rivières, a franchi sa première enceinte et, pour ainsi dire, débordé de la presqu'île du côté de la Saône. Sa cathédrale, ses tribunaux et ses quartiers les plus paisibles sont jetés et entassés entre la montagne et la rivière. Des rues sont dressées comme des échelles contre tes pentes. Les maisons semblent grimper contre le roc et se suspendre aux flancs des collines. Plusieurs ponts, les uns de pierre, les autres de bois, font communiquer entre eux ces deux quartiers de la ville.
tt Du côté opposé, la ville, assise sur une plage élevée, étale au levant la longue et opulente façade de ses quais Saint-Clair. Aucune colline, aucune ondulation de terrain n'encaisse le Rhône et n'intercepte la vue. Le fleuve y coule presque au niveau des basses terres des Brotteaux. Les vastes plaines du Dauphïné, souvent inondées par les débordements du Rhône, s'étendent au loin et laissent le regard se développer jusqu'aux collines noires et houleuses du Bugey à gauche, en face et à droite jusqu'aux cimes des Alpes, de la Suisse, de ta Savoie et de l'Italie. Les neiges éclatantes de ces montagnes se confondent à l'horizon avec les nuages,
« Entre les quais du Rhône et les quais de la Saône , s'étend la ville proprement dite, avec ses quartiers populeux', ses places, ses
rues, ses établissements publics, son hôtel de ville, ses hôpitaux, ses théâtres. L'espace étroit a pressé les rangs, entassé et amoncelé les édifices. On voit que partout la population, les ateliers, l'activité, la richesse, le travail ont disputé la place à l'air et à la lumière, choses sans prix dans le commerce. En entrant dans la ville , son aspect sombre , austère et monacal saisit le cœur. Les chambres étroites, les maisons hautes, le jour rare, les murs enfumés, les portes basses, les fenêtres aux châssis de papier huilé pour épargner les vitres , les magasins obstrués de caisses et de ballots, le mouvement afïairé, mais silencieux, des rues, des quais, des places publiques, le visage soucieux et préoccupé des citoyens qui ne perdent point de temps en conversations oiseuses, mais qui s'abordent d'un geste et qui se séparent après un mot bref échangé en marchant, l'absence de voitures de luxe, de chevaux, de promeneurs dans les quartiers riches, tout annonce une ville sérieuse , occupée d'une seule pensée , âme de cette ville du travail. Cette pensée visible, c'est le gain.
a Sa population offre dans ses traits un contraste frappant avec la population riante, légère et martiale des autres grandes villes de la France. Les hommes sont grands, forts, de stature massive, mais où les muscles sont détendus et où la chair domine. Les femmes, d'une beauté idéale et presque asiatique, ont dans les yeux, dans la physionomie, dans la démarche, une mollesse et une langueur qui rappellent la vie inanimée et sédentaire de l'Orient. On sent, à leur contenance, qu'elles sont là pour les hommes des objets d'attachement, mais non des idoles et des jouets de plaisir. Leur séduction même a cette décence grave qui est comme la sainteté de la beauté; leur regard est tendre, mais chaste. Passions à Tombre; population ardente du Midi préservée par les mœurs du Nord.
« A côté de la légèreté de la France du Centre et de la vivacité turbulente de la France méridionale , le peuple de Lyon forme un peuple à part ; colonie lombarde implantée et naturalisée entre deux fleuves sur le sol français. Son caractère est analogue à sa conformation. Bien que douée de facultés riches par la nature et
par le climat, l'intelligence du peuple y est patiente, lente et paresseuse. La contention exclusive et uniforme de la population tout entière vers un seul but , le gain , a absorbé dans ce peuple les autres aptitudes. Les lettres sont négligées à Lyon , les arts de l'esprit y languissent, les métiers sont préférés. La peinture y fleurit. La musique, le moins intellectuel et le plus sensuel de tous les arts, y est cultivée. Cet art convient à une ville qui va le soir, après une journée laborieuse, acheter dans ses théâtres ses plaisirs comme elle achète tout.
■ Le choc des idées et des systèmes , qui ^ite et qui ébruite le monde intellectuel, s'amortit dans ses murs. Une telle ville change peu ses idées, parce qu'elle n'a pas le temps de les réfléchir. Elle vît de ses traditions et se transmet ses mœurs et ses opinions héréditaires comme ses pièces d'or, sans les vérifier ni les sonder. C'est la ville de la régularité, de l'habitude et de l'ordre. Une sage routine de mœurs et de vie est, avec l'économie, la vertu qui élève au plus haut degré d'estime publique. Les grandes lumières offusquent, les grands talents inquiètent, parce qu'ils dérangent la règle, cette souveraine des mœurs. Les supériorités y subissent l'ostracisme et l'indifférence. Aussi Lyon a-t-il montré souvent un grand peuple, rarement de grands hommes.
« On conçoit que les vertus d'un tel peuple doivent participer de sa nature. Il en a de grandes, et entre toutes le travail, l'économie et la probité. Ses vertus mêmes sont lucratives. Il est religieux, mais non jusqu'au fanatisme, qui suppose l'enthousiasme. Son clergé nombreux , respecté , obéi , y exerce un empire absolu sur les familles, sur les femmes, sur l'éducation des enfants, sur la noblesse et sur le peuple. Des mona.stères de tous les Ordres religieux d'hommes et de femmes y couvrent les collines. L'Italie semble déborder jusque-là par-dessus les Alpes , avec ses pompes religieuses et son esprit sacerdotal.
B L'imagination du peuple s'y entretient, avec une infatigable avidité, d'images miraculeuses, de statues animées, de chapelles privilégiées, de pèlerinages, de prédictions, d'apparitions, de pro-
E, ms. de Paris. Bibl. nat., n* 4136, quatorzième siècle.
F, ms. d'Orléans, n* 265. C'est une copie, faite en 1311. d'un roi. ancien que l'on croit perdu.
G, leçons d'un autre ms., notées sur le précèdent. J, ms. de Reims, K 755-780, quinzième siècle. K, ms. de Wolfcnbuttel, n* 61, quinzième siècle.
l.. ms. de Vienne, Bibl. impèr.. r» 181, huitième siède.
M, ms. de Dresde, D 181. di.tième siècle.
N. ms. du Valic.in, n' l&S^, quaioriième siècle,
Q, ms. de Madrid, Bibl. nat., Q 12g, quator/iètnc ou quinàème
P, ms. de l'Escurial, Il R 18. (reitième siècle.
^. ms. de Florence, Bibl. L.iur. Plut., lxxxix, Sup. n, Lïvui.ijiiiiv zième siècle.
R, ms. de Florence, Hibl. I.nur. Plut., lxxxis, Sup. n. lxvii, diiiinK siècle.
S, ms. de Lcyde, Voss.. f' 60, treizième siècle.
T, ms, de Paris, Bibl. nat.. sup. lat., n' 671, quinzième !>iècle.
U, ms. de Munich, n* 2gi, milic 1 du seizième siècle.