‹ Du Saint-Gothard à la mer (volume 2)Chapitre 5 sur 75 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

I. La route gréco-phénicienne. — II. L'itinéraire d'Hannibal entre les Pyrénées ET LES Alpes. — III. Le réseau des voies romaines sous l'Empire.

Direction générale de la vallée du Rhône et de la Saône. — La légende de Melkarth ou d'Hercule. — Via Heraclea. — Colonies héracléennes. — Hercule considéré comme la personnification de la puissance tyrienne. — Expéditions des Phéniciens dans le bassin de la Méditerranée. — Occupation des côtes de ribérie et de la Celtique, des vallées du Rhône et de la Saône. — Route gréco-phénicienne de l'Espagne à l'Italie.

Itinéraire d'Hannibal des Pyrénées aux Alpes. — Interprétations diverses. — Polybc et Tite-Live. — Nouvelles études de la question à partir du seizième siècle. — Derniers travaux de la critique moderne. — Prise de Sagonte. — Passage de l'Èbre et des Pyrénées. — Route suivie dans le pays des Volkes Arékomiques. — Passage du Gardon. — Passage du Rhône à l'Ardoise, vis-àvis d'Orange. — Arrivée tardive de Scipion. — Route par les vallées du Rhône et de l'Isère. — Ravitaillement à Grenoble, Cuîaro. — Route par la vallée du Drac. — Passage de l'armée à Chorges, à Embrun, à Briançon. — Le mont Genèvre, mons Matrona; les Matrones, Deœ Matronœ ou Maires. — Difficultés de la descente. — Les vallées du Prégalas et du Chisone. — Arrivée à Turin. — Pertes subies dans la traversée du Rhône et dans le passage des Alpes.

État des routes dans l'antiquité. — Anciens frayés. — Défaut général d'entretien. — Routes de l'empire assyrien et de la Perse. — Grande route militaire de l'Asie Mineure. — Absence de routes en Grèce. — Les routes romaines considérées comme un instrument de conquête et de civilisation. — Constitution d'une route romaine : le statumen, le rudus, le nucleus. — Stations et relais; staiiones, mutationes. — Bornes milliaires.

Itinéraires ou livrets de poste sous l'Empire. — Itinéraire d'Antonin. — Itinéraire maritime. — Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. — Carte de Peutinger ou Table Théodosienne. — Vases Apollinaires de Vicarello près de Viterbe, Aqua Apollinares. — Stipes et ex voto.

Constitution du réseau des voies romaines. — Route d'Espagne en Italie. — Voie Domitienne et voie Aurélienne, Via Domiiia, Via Aurélia. — Grande route du Rhône. — Routes d' Agrippa autour de Lyon. — Routes autour d'Arles. — Routes des Alpes. — Différents passages à travers les Alpes. — Le grand Saint-Bernard, Summus Penninus. — Le petit Saint-Bernard, morts Graius. — Le mont Genèvre, mons Matrona. — Route du Valais. — Route de la

Durance. — Routes secondaires, via vicinales, via ierrena, — Dépérissement des routes pendant le moyen âge. — Les routes modernes.

La vallée du Rhône s'ouvre sur la Méditerranée. Celle de la Saône lui fait suite. La grande rivière de la Bourgogne mêle ses eaux à celles du fleuve au pied de la colline, autrefois boisée, qui a supporté les premières assises de la ville celtique de Lugdunum (Lyon). Les deux cours d'eau, exactement orientés dans la direction du Nord au Sud, sont le prolongement l'un de l'autre. Depuis la mer jusqu'au cœur de la France, le Rhône et la Saône semblent couler dans la même vallée et ne font qu'une seule et même ligne de navigation.

On conçoit aisément le rôle que ce chemin naturel a dû remplir dès la plus haute antiquité, a Cette vallée du Rhône est en réalité la principale voie historique de la France. La dépression qui s'étend à la base septentrionale des Pyrénées ne mène directement qu'au golfe de Gascogne et par conséquent ne présente au va-et-vient des peuples qu'un espace très limité. Le Rhône, la Saône et leurs affluents conduisent au contraire par divers passages, non seulement dans toutes les provinces de la France du Nord , mais encore, par les plaines de la Belgique, dans toute l'Europe sep)tentrionale et, par le détroit de la Manche, dans les îles Britanniques. S'il est vrai, d'une manière générale, que la civilisation a marché de l'Est à l'Ouest, en suivant de rivage en rivage le bassin de la Méditerranée, il n'est pas moins vrai que la ligne presque droite formée par le cours du Rhône et de son grand tributaire, la Saône, a force l'histoire, pour ainsi dire, à faire en cet endroit un brusque détour vers le Nord, afin de gagner par le chemin le plus facile le versant océanique du continent.

« Dans la stricte acception du mot, l'étroite vallée du Rhône est devenue un grand chemin des nations; Arles, Vienne, Lyon, Chalon, Dijon en sont les étapes (i). »

(i) Êl. Reclus, Géogr. univ., t. II, ch. m.

LES VOIES ANTIQUES DE LA RfiGION DU RHONE. 57

Ces étapes n'ont été d'ailleurs que des escales pour les bateaux des premiers habitants de notre soi, pendant cette série indéterminée de siècles à laquelle on ne saurait assigner une durée quelconque, qui a succédé aux dernières périodes géolc^iques et précédé les âges historiques les plus reculés.

La mer, a cette route gratuite et éternelle n, et les fleuves, « ces chemins qui marchent n, dont la descente s'effectue sans effort et qu'un halage rudimentaire permet de remonter sur une grande partie de leur cours, ont été, pendant de longs siècles, les seules voies suivies par le commerce. Tous les échanges, toutes les relations un peu r^ulières se faisaient par eau ; et, dès l'aube de l'histoire, on voit se dessiner le long des côtes de la Méditerranée le sillage des navires phéniciens.

11 est sans doute bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'avoir des notions un peu nettes sur les événements qui ont eu pour théâtre notre sol gaulois, douze ou quinze cents ans avant notre ère. La fable et la légende seules éclairent d'une lueur incertaine et bien souvent trompeuse cette brume mystérieuse des premiers âges ; et, alors que l'Egypte et la majeure partie de l'Orient, s'épanouissant en pleine lumière, nous ont laissé, soït parleurs monuments, soit par leurs écrits, des témoignages incontestables de leur merveilleuse prospérité, l'Europe, — l'Europe occidentale surtout, — inculte, sauvage, presque inconnue, est restée longtemps enveloppée de ténèbres impénétrables. Pour elle, l'histoire, dans le sens réellement scientifique du mot, est en retard de prfs de dix siècles ; et ce n'est que peu à peu, et d'une manière fort lente, que l'axe de la civilisation s'est déplacé vers l'Occident.

Ce déplacement, nous venons de le dire, a été la grande œuvre s navig;

s peuples

vigateui

Une des plus anciennes traditions orientales, qui s'est répandue successivement de l'Asie en Grèce, en Italie, en Gaule et en Espagne, oii elle a subi à diverses reprises des altérations qui en ont dénaturé quelquefois le fond, parle des voyages accomplis sur

tous les rivages de la région méditerranéenne par le dieu tyrien Hercule. Un commencement de civilisation, une sorte de premier polissage des peuples barbares aurait été, dans tout TOccident, la conséquence du passage ou du séjour de ce héros mystérieux, à la fois guerrier et protecteur ; et le vague souvenir d'un état meilleur, amené par le bienfait d'étrangers puissants, de conquérants d'une race supérieure et presque divine, semble s'être perpétué, de générations en générations, pendant les premiers siècles de l'époque gauloise ou celtique (i).

C'est à eux qu'on attribue la fondation de plusieurs villes de la région littorale de l'Ibérie et de la Gaule, de la plupart de leurs ports, et l'établissement des routes tracées le long de la côte.

Le souvenir d'Hercule est resté sur tout ce rivage. Divers tronçons d'une voie littorale reliaient sur la côte de Provence les comptoirs grecs et phéniciens; on l'appelait la « voie Héracléenne », via Herculea. La grande l^ende de la Crau parle des exploits du demi-dieu contre Albion et Bergion, fils de Neptune, et de la lutte héroïque qu'il soutint contre les Ligures (2) . La grêle de pierres que Jupiter déchatna pour donner à son fils des armes contre ses ennemis couvre encore le sol sur une étendue de plusieurs kilomètres (3) ; c'est cette grande merde cailloux qu'on appelle la Crau d'Arles (y.pavaov Treîiov, plaine basse et pierreuse) (4). Un peu plus loin, dans les Alpes-Maritimes, on retrouve la trace d'Hercule escaladant les derniers contreforts de la chaîne qui sépare la Provence de la Ligurie et ébauchant, au pied de la Turbie, cette célèbre route de la Corniche qui a été pendant si longtemps l'itiné-

(i) Amédée Thierry, Hist. des Gaulois» i" partie, ch. 1, 1828. Ch. Lenthéric, La Grèce et l'Orient en Provence, ch. X, vi, 1878.

(2) Alioquin littiis ignobile est, lapideuni (ut vocant); in quo Herculem contra Alhiona et Bergion, Neptuni libéras dimicantem cunt telo defecissent, ab invocato Jove adjutum imbre lapidum ferunt. Credas pluisse, adeo multi passim et late jacent. — (Pomp. Mêla, De sit. orb., lib. II, c. v.)

(3) Voir la trilogie de Ptolémée dans Eschyle.

(4) Crau, en celtique, d'après Cambden, craig ou crag, pierre, rocher, — altération de l'ionique xpavaô;, rude, raboteux, appliqué par Homère aux terrains pierreux.

*l6âxrj; xpàvaij; irep èoutn;;.

(HoM., //., 1. III, V. 201.)

raire classique de tous les touristes (i). Une ville portant le nom d'Hercule, Heraclea Caccabaria^ existait au fond du golfe de Saint-Tropez (2) , et cette désignation de Caccabaria rappelle un des plus anciens noms de la ville phénicienne de Carthage , Kakhabé (3) . Une autre Héraclée a longtemps prospéré sur les rives du petit Rhône et fut le berceau du port et de la ville de Saint- Gilles, dans le Gard (4).

Monaco enfin, portus Herculis Monœct, situé à l'extrémité de la côte ensoleillée de Provence, et dont le rocher pittoresque se découpe en presqu'île comme Gibraltar, l'ancienne Calpé phénicienne, où se trouvaient les célèbres colonnes d'Hercule, était autrefois couronné par le temple du dieu ; et son nom caractéristique de Monaco rappelle le Melkarth tyrien, le dieu seul, le dieu fort et sans rivaux, qui ne souffrait ni émules ni voisins {Monoïcos,

(x) Y) V *HpaxXiic n^v i% KcXrtx^; Tcopeiov £icl n^v lToi>.iav icoiov(ievoc xal 8te(ia>v T»|v ^cr^ T^ xottà To; 'AXiTEt;, b>8o7Co(T)<re tî^ Tpax6Tr,Ta Tfj; ô5oO xal tô Wa^atov 6<rre 2ûva<j6ai orpatoiréSoi;, xal rat; tûv OtcoCvyicov à7ro(7xeuaTc pa(7i(Aaiv eivai*

(DioD. Sic, \. IV, XIX.) Primant viam Thebanus Hercules.., prope maritimas composuit Alpes. — (Amm . Marc. , XV.)

Primus inexpertas adiit Tyrinthius arces. Scindentent nubes, frangenientque ardua montis. Spectarunt Superi, longisque ab origine sceclis Intemerata gradu, magna vi, saxa domantem.

(SiL. Ital., Punie, 1. I, v. 496-499.) ,,,,.., .bellis labor acrior, Alpes.

(SiL. Ital., Punie, 1. III, v. 92.)

A sinu Sambracitano Heraclea Caccabaria portus. m. p. m. XVI. Ab Heraclea Caccabaria Alconis... m. p. m. XII.

{Itiner. marit., éd. Parthey et Pinder, Berlin, 1849.)

(3) Voir Acad. des Inscr. et Bell.-Lett., 16 mars 1877.

(4) Sunt auctores et Heracleam oppidum in ostio Rhodani fuisse. — (Plin., 1. III, c. V.)

Sainct-Gilles qu'aucuns estiment estre celle que Pline appelle Heraclea... — (CÉs.\R DE NosTRADAMUS, Hist . et chroH. de Provence, 16 14.)

Quant au temps du changement de ce nom de Heraclea en celuy de Saint- Gilles, il arriva sans doute vers l'an 520, à l'occasion de la demeure de ce Saint, vivant en hermite, au terroir de cette ville. — (Ho.noré Bouche, Chorogr. de Provence, 1664.)

Voir Germer-Durand, Inscriptions grecques trouvées à Saint-Gilles C Héraclée J, Mémoires de l'Académie du Gard, 1868- 1869.

6o PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.

fAovo; o(V.b), seul dans la maison) , et dont le culte n'était associé dans son temple à celui d'aucune autre divinité (i). -

Il est à peine besoin de dire que le divin Hercule n*a jamais réellement existé, et que tous les exploits légendaires ou fabuleux auxquels on a attaché son nom, et qui sont devenus en quelque sorte classiques sous le nom des a douze travaux d'Hercule », — constructions de routes, détournements du cours des fleuves, exterminations de brigands et d'animaux nuisibles, — ne sont qu'une fiction poétique, représentant les efforts de l'humanité à son premier âge pour dompter la nature rebelle. Ces travaux multiples d'une société naissante ont été si nombreux et ont eu pour théâtre tant de pays si éloignés les uns des autres, qu'il eût été bien difficile, on en conviendra, de les attribuer à un seul homme, quelque héros ou demi-dieu qu'on ait pu le supposer autrefois. Mais les mythologues n'ont pas eu de peine à sortir de cet embarras et ont imaginé autant d'Hercules que cela leur a paru nécessaire.

La plus grande confusion régnait d'ailleurs dans l'esprit des anciens au sujet d'Hercule. Une sorte de syncrétisme religieux, bien antérieur à l'histoire écrite, avait réuni/ dès -la- plus haute

(i) Ptolémée mentionne même, sur cette partie de la côte ligurienne, deux ports distincts : l'un dans la rade de Villefranche, l'autre dans le petit havre de Monaco.

Ma(T(ja).ia)Tà)v Nîxaia 28" »... .43* 5'

*Hpax).£0'j; ).i|n^v 28* 15'. . . .42' 45'

Tpoiraia Ie6a<rToO 28" 30 . . . .42* 30'

Movoîxou XijnQv 28* 28'. . . .42* 40'

(Ptol., Géogr., III, 2.) Hercuîei ponto cœpere existere colles Et nebulosa jugis attollere saxa Monaci.

(SiL. Ital., Punie, I, v. 568.) L'abbé J.-J.-L. Barges, Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes établies sur le littoral de la Celto-Ligurie, Paris, 1879.

Ch. Lenthéric, La Provence maritime ancienne et moderne, ch. X, XI, Paris, 1880.

antiquité, sur un seul personnage et fondu en quelque sorte dans un même moule le héros thébaîn, fils d'Alcmène, qui a peut-être existé réellement et est considéré comme la personnification de la race dorienne, deux divinités à la fois bienfaisantes et guerrières, l'une d'origine égyptienne, l'autre d'origine phénicienne, et toute une série de types légendaires assez confus et de fictions naturalistes, dont on retrouve le vague souvenir chez tous les peuples d'origine aryenne (i),

Mais, quand on y a regardé d'un peu plus près, il a fallu nécessairement faire un partage de tous les exploits du demi-dieu et les diviser entre plusieurs Héraclès de diverses provenances.

La division a même été poussée à l'extrême ; et tandis que Diodore de Sicile reconnaissait trois Hercules, Cicéron en comptait six, et Varron n'hésitait pas à en admettre jusqu'à quarante-trois, sans compter un grand nombre de guerriers de différentes nations qui se joignirent à eux {£). On ne saurait y mettre plus de complaisance. Chaque peuple a voulu avoir le sien. Les mythologies anciennes nous parlent tour à tour d'un Hercule égyptien, fils du Nil, d'un Hercule crétois, d'un Hercule lydien, d'un Hercule persan, d'un Hercule indien, d'un Hercule latin et même d'un Hercule germain, tous conquérants, voyageurs, grands redresseurs de torts, grands pourfendeurs de monstres et portant à qui mieux mieux les mêmes attributs, la peau de lion, la massue, l'arc et les flèches, représentant, en un mot, la domination et la force, Poi Hpa/Xei») (3)-

Le plus important de tous ces Hercules, — le plus réel même, is-nous tenté de dire, si l'on peut appliquer un pareil mot à mnage mythique, — est celui dont les poètes et les géonous ont raconté le merveilleux voyage depuis la chaîne

(i) Tôv yàp "Ena^, ul tj,> lui, xaï tôv *[aiTOV, xoil i

toOtov, it àuTÔ; iplrov iffovivai friiW, tk papÉipo; duotevûjoai lîjt ' (Plittarque, De Hfredot. maligit., c. xiv.)

(3) "O i' a'jv 'Hfax)i|; tùv |jiv lE^puiv napiSuxi t^v pa<7ileî(iv tdT( i

f-jTjCupibn, tèith^f ivoîciCbif rt^i EiSvo^n xal xaiovrliiiac tli; t^v Ki)t<XT)v.

(DiOB. Sic. I, IV, c. mx.) — Cf. DiONVS. Halic. 1. I, i

(3) HÉSIOO., Scutum Hereulii, V. 52, 69, IIO.

du Caucase jusqu'aux rivages de Tlbérie et de la Celtique (Gaule méridionale) , et qui a parcouru successivement la vallée du Danube et toutes les côtes de la Méditerranée. Peut-être n'est-il pas téméraire de voir dans cet Hercule la personnification de la race pélasgique en Occident (i) et Tindice de la grande migration de cette race primitive, depuis le Caucase où Prométhée lui trace d'avance le programme de ses travaux et l'itinéraire qu'elle doit suivre jusqu'au Danube, du Danube à l'Adriatique, de l'Adriatique aux Alpes , des Alpes au Rhône , du Rhône aux Pyrénées (2).

Il est cependant plus rationnel de le considérer comme le symbole du peuple phénicien. Melkarth était la divinité poliade de Tyr. La légende du dieu nous le représente visitant d'abord les côtes méditerranéennes de l'Asie et de l'Egypte, parcourant ensuite le Nord de l'Afrique, puis séparant par une sorte de prodige cette Afrique de la partie méridionale de l'Europe (c'est le détroit de Gibraltar moderne), mettant le pied en Espagne, important la civilisation en Gaule, prolongeant son séjour dans la vallée du Rhône, dessinant tout le long de ces rivages un collier de villes florissantes et laissant enfin, comme souvenir de son passage, la route la plus ancienne dont les hommes aient conservé le souvenir.

Cette magnifique épopée du Melkarth tyrien n'est, à vrai dire, que la traduction poétique des grandes entreprises phéniciennes qui remontent au treizième ou au quatorzième siècle avant notre ère.

Il est très probable que nous ne connaîtrons jamais qu'imparfaitement l'histoire intérieure de la Phénicie ; et les plus savantes explorations modernes ont pu à peine jeter quelque jour sur ce

(i) P. BiAL, Chemins, habitations et oppida de la Gaule au temps de César, Besançon, 1864.

(2) *l>r,<rl yo'Jv npofxr.Ssù; Trap.' avicô xaOrjyoujisvo; 'HpaxXet twv ôSûv tûv àirà Kouxddou Tcpo; xàc *£a7C£piSa;.

*H$£t; ôè Aiyywv el; àtàpôriTov crcpaTov, 'Evô* oO ^Xfi^i aàç' oîoa, xaî OoOpo; wep' cov.

(Strab., Geogr,, 1. IV, c. i.)

territoire jadis célèbre, qui ne nous offre aujourd'hui de son passé que des mines émiettées, des nécropoles plusieurs fois violées et ries cendres sans nom (i). Mais nous connaissons mieux la vie extérieure de ce peuple essentiellement voyageur ; et nous possédons déjà quelques idées assez nettes sur la marche de ses expéditions maritimes, sur l'épanouissement de son commerce et le développement de ses colonies.

Pressés entre deux des plus puissantes monarchies de l'ancien monde, l'Egypte et l'Assyrie, adossés à la grande chaîne du Liban, qui limitait d'une manière bien étroite leur occupation territoriale, ne possédant, en somme, qu'une mince lisière de côtes d'une cinquantaine de lieues à peine, les Phéniciens ne pouvaient prétendre à être des conquérants. Mais la mer s'ouvrait devant eux, et ce fut leur véritable domaine.

Cette Méditerranée, qui est la grande mer de la Bible, de l'Iliade et de l'Odyssée, est restée pendant de longs siècles le véritable foyer de la vie antique. Son rôle semble à peine avoir changé depuis plus de trois mille ans. C'est encore la mer historique par excellence, le grand théâtre sur lequel s'agitent et se transforment à chaque instant les passions, les intérêts et la fortune du monde civilisé moderne.

Aucun peuple, dans aucun temps, ii'a mieux exploité la mer, dans le sens pratique et industriel du mot, que le peuple phénicien. Elle leur a, pour ainsi dire, appartenu pendant près de six siècles, et avec elle tous les rivages qu'elle baigne, toutes les rivières qui en sont tributaires, tous les fleuves qui l'alimentent.

Xe trafiquant que par voie d'échange avec les nations demibarbares de la région méditerranéenne, pour lesquelles les moindres produits de l'industrie phénicienne étaient considérés comme des merveilles d'art et de fabrication, ils établirent partout des escales, des comptoirs et des entrepôts; et, tout en amassant d'énormes richesses, ils ouvrirent le monde à la civilisation.

Les marchands tyriens eurent réellement le génie de la mer.

ti) EKSESr RE.NAN, tfûiioH dt Pkhticit, i8Sa, — E. Vinbt, L'art li Farchio- Itgù, 1874.

Après avoir occupé la Propontide et le Pont-Euxîn, c'est-à-dire la mer de Marmara et la mer Noire modernes, ils mirent pied tour à tour sur toutes les îles de la mer Egée. La Crète, Chypre, Rhodes leur appartenaient; le groupe des Cyclades et des Sporades était pour eux comme une seconde patrie. De là ils passèrent sur les côtes de Grèce, d'Egypte, d'Italie, de Sicile, de Sardaigne et du Nord de l'Afrique, où ils fondèrent U tique et Carthage. Ils s'emparèrent des Baléares et vinrent occuper une grande partie du Sud de la Bétique, — l'Espagne moderne, — alors presque sauvage; et, sur cette côte ibérique, ils établirent, d'après Strabon, plus de deux cents colonies, dont la plupart ne nous ont même pas laissé leur nom, mais parmi lesquelles on peut citer Malacca, Gadès (Cadix), Tartessas. Ils en tiraient du plomb, de l'étain, du fer, de l'argent, même de l'or; ils en exportaient du blé, des fruits, de la cire, de l'huile. Ils traversèrent les premiers le détroit de Gibraltar, où la légende place les célèbres colonnes d'Hercule, pénétrèrent résolument dans l'Océan, et, si Ton en croit Strabon, plus de trois cents villes auraient été fondées par eux sur les côtes de l'Afrique occidentale (i).

On les retrouve d'une manière beaucoup plus certaine sur toute la côte méditerranéenne, doublant le cap de Creux, qui forme le dernier chaînon des Pyrénées orientales, s'arrêtant dans toutes les criques de la Gaule, nouant des relations avec les Ibères et les Ligures, puis, s'arrêtant aux embouchures du Rhône , jetant à Marseille les fondations d'un comptoir qui devait s'élever en peu de temps à un très haut degré de prospérité, remontant la vallée du grand fleuve gaulois, pénétrant même dans celle de la Saône (2) ,

(i) Strabon est ici évidemment exagéré. L'expédition sur la côte d'Afrique est cependant certaine ; et l'on sait même que les Phéniciens remontèrent les côtes de l'océan Atlantique vers le Nord jusqu'aux îles Cassitérides (îles Sorlin- ^ues), où ils exploitaient, sur une large échelle, l'étain qui était alors le métal indispensable à tous les besoins de la vie, et qu'ils pénétrèrent même dans la Baltique, où ils allaient chercher l'ambre jaune alors employé couramment comme matière d'échange, presque comme monnaie. — Cf. Hérod., Hist.^ 1. III, c. cxv.

(2) La légende d'Hercule lui attribue même la fondation d'un oppidum au mont Auxois, sur l'emplacement où l'on devait bâtir plus tard VAlesia celtique,

redescendant en Provence, franchissant la chatne des Alpes, et, apr&s avoir couvert la côte du golfe de Lyon de leurs colonies et de leurs comptoirs, élevant sur le rocher de Monaco un temple à leur dieu Metkarth, comme le trophée de leurs conquêtes pacifiques et un souvenir glorieux de leurs merveilleuses expéditions.

Il est donc facile d'expliquer historiquement la grande légende du dieu tyrien. Les Grecs, qui ont tout embelli et tout poétisé, en ont fait leur Héraclès et l'ont approprié à leur polythéisme, plus délicat et plus rafliné que celui des religions tout à fait primitives. Mais l'Hercule grec n'a été qu'une transformation adoucie du Melkarth phénicien, et sa légende est manifestement tissée sur la même trame (i).

Cette légende orientale, nous l'avons dit déjà, n'est qu'un symbole. L'Hercule phénicien ne saurait être sérieusement considéré ni comme un personnage réel, ni même comme un personnage fabuleux ou une abstraction poétique. Voyageur intrépide, posant et reculant tour à tour les bornes du monde, fondateur de villes tyriennes, conquérant de pays subjugués par les armes tyriennes, le dieu n'est en réalité que le peuple lui-même qui a exécuté ces grands travaux. Le récit de ses courses dans la Gaule permet de suivre la marche, les luttes, le triomphe et la décadence de la colonie dont il n'est que la représentation et le symbole ; c'est, en définitive, le génie tyrien personnifié et déifié, et la légende du dieu n'est autre que l'histoire même de ses adorateurs (2).

On peut donc regarder aujourd'hui comme absolument acquis à la science que , dans la période comprise entre le dix -neuvième et le treizième siècle avant notre ère, les Phéniciens avaient entouré d'une ceinture de colonies tout le bassin de la Méditerranée,

l'an des derniers boulevards de la résistance gauloise aux légions de César. — AtiÎDurd'hui, Sainle-Re[ne (Côte-d'Or).

Ka:s li rtï 'Uçmltivi; iitl riipuôïi;i orpattîoiv. mTiïiriiniïTo; si; r^ KiJtix^v îutoû XoIkôIi» 'àiiioiav iy taûrti XTioâ«0(. (DiOD. Sic., I. V, XXIV.)

(I) K^ Jif HpaxJia t4 tîvoî Aly"'"'»^ Svt», îc' àvîpiiav iTciïÏEÎy Ttoi)iiv t^; oixou- |t£nK, lui Ti^v (kI t^ï AiCû>i( B^Oii i>t4),T>v' {inf|i b5 mipiôvrai toc dRaiiiEitt napà tûv TUÔM" W^"''"' iDiOD. Sic, 1. 1, xxiv,)

[a) Ch. LeMIBÉIIIC, la Crin el lOricnt c» Ptovina, c. X, VI.

depuis l'archipel de la mer Egée jusqu'à Gibraltar. On est aussi très fondé à croire que cette occupation ne fut pas limitée à quelques points du littoral ou à quelques comptoirs échelonnés dans la région maritime des grands fleuves.

La présence de leurs monnaies dans les vallées supérieures démontre qu'ils colonisèrent assez avant dans les terres et qu'ils y firent un séjour prolongé. Ce qui le prouve mieux encore, c'est la fondation de ces villes héracléennes, c'est-à-dire tyrîennes — Heraclea du Rhône, Heraclea Caccaharia du Var, Portus Herculis Monœci des Alpes-Maritimes, etc.. — et surtout l'existence encore reconnaissable de la grande route qui partait du Sud de l'Espagne, traversait les Pyrénées, côtoyait une partie de la Méditerranée gauloise, remontait la vallée du Rhône, franchissait les Alpes au col de Tende et pénétrait en Italie (i) .

Cette route magistrale, de beaucoup la plus longue et 1^ plus ancienne de l'Europe occidentale, ne fut dans le principe qu'un simple frayé, pratiqué dès les premiers âges historiques par les migrations pélasgiques. Plus tard, le même frayé fut suivi et peutêtre rectifié par les tribus ibériennes et ligures qui oscillaient le long de la région littorale dans un va-et-vient un peu confus. Les Phéniciens s'emparèrent ensuite de ce chemin rudimentaire et le transformèrent bientôt en une route régulière qui assura par terre la communication entre tous les ports naturels ou artificiels de la côte. Ce fut en réalité la doublure de leur ligne de cabotage.

Elle existait , d'après Polybe , bien avant la seconde guerre

(i) ... Trafiquant d'une main et combattant de l'autre, ils pénétrèrent dans l'intérieur pour exploiter les mines d'or et d'argent que recelaient à fleur de terre les Pyrénées, les Cévennes et les Alpes ; ils construisirent, pour le service de cette exploitation, une route d'une hardiesse et d'une solidité merveilleuses, qui partait des Pyrénées Orientales et allait descendre en Italie par le col de Tende. — (H. Martin, Hist, de France, t. I.)

Cf. Amédée Thierry, Hist, des Gaulois, t. I.

punique. Hannibal dut la trouver toute tracée lorsqu'il traversa la Gaule, et elle était déjà empierrée, peut-être même pavée, suivant la méthode carthaginoise , qui n'était qu'une tradition tyrienne (i). Les Grecs de Marseille, qui, dès le sixième siècle avant notre ère, commençaient à se substituer aux Phéniciens dans le bassin occidental de la Méditerranée, ne manquèrent pas de Tutiliser à leur tour pour le service de leurs colonies échelonnées sur les côtes de l'Ibérie et de la Celtique.

Strabon et les géographes classiques, en nous laissant la liste à peu près complète de ces colonies (2) , nous ont donné par là l'itinéraire et les principales stations de cette route gréco-phénicienne, qu'on ne tarda pas dès lors à améliorer d'une manière sensible.

Les commerçants massaliotes étaient d'ailleurs les fidèles alliés de Rome. Pour se ménager sa protection contre les tribus barbares qui peuplaient le Sud de la Celtique, ils s'étaient constitués en quelque sorte les hommes d'affaires et les entrepreneurs de transport des armées romaines.

Dans ce but, ils exécutèrent à la route littorale de nombreux redressements , ce qui lui permit de mieux desservir une plus grande étendue de territoire. Ils plantèrent, de huit stades en huit stades, des bornes pour indiquer les distances parcourues (3) ; ils assurèrent ainsi la marche régulière des convois de la république ; et ce fut sur ce tracé déjà très perfectionné que les Romains établirent peu de temps après, et d'une manière définitive, leurs deux grandes routes militaires du midi de la Gaule, la via Domitia et la via A urelia (4) .

(x) Primum Pceni dicuntur lapîdibus vias stravisse : postea Romani per omnetn pêne orbem disposuerunt,,. (IsiDOR. Sev., De origin., 1. XIV.)

(2) Voir pièce justificative I.

(3) Tar>ra yàp tôW pe6Y)|JLatiOTai, xal aeoî^fjieCuTai xal xarà oraSCouc ôxto) 8ià Pttiftautfv iicipLeXûc. (Polyb., I. III, c. xxxix.)

(4) Voir pièces justificatives III et X.

Ce grand chemin de TEspagne àTItalie fut, sauf quelques l^;ères variantes, celui que suivit rarméed'Hannibal dans ce merveilleux passage à travers la Gaule, dont les historiens classiques nous ont laissé le récit si souvent commenté et si diversement interprété. De toutes les entreprises de cette nature, c*est certainement une de celles qui ont excité dans tous les temps et à plus juste titre Tadmiration des hommes d*État et des hommes de gfuerre; et encore ne connaissons-nous qu'assez imparfaitement tous les faits relatifs à la grande épopée carthaginoise, et l'histoire et la figrure d'Hannibal ne sont-elles arrivées jusqu'à nous que par l'intermédiaire de ses ennemis.

Presque tous les historiens militaires de l'antiquité et des temps modernes ont écrit sur Hannibal. Presque tous les grands capitaines ont dit leur mot sur sa traversée du Rhône et sur son passage des Alpes; et, à force d'en parler, on a fini par ne plus s'entendre.

Polybe et Tite-Live ouvrent la marche. A vrai dire, ce sont les deux sources principales auxquelles tout le monde a puisé. Eux seuls sont originaux. Tous les autres ne sont que des historiens de seconde main, des commentateurs ou des amplificateurs qui n'ont fait bien souvent que délayer ou obscurcir le sujet.

Mais, comme Polybe et Tite-Live diffèrent sur quelques points, les écrivains et les géographes de tous les âges ont trouvé là matière à discussion ; et ce sont ces divergences et ces contradictions entre les deux auteurs classiques, non moins que la grandeur du sujet et la séduction irrésistible qu'exerce le héros de la deuxième guerre punique, qui ont donné lieu à cette avalanche de dissertations et de commentaires dont il est peu probable que nous voyions de sitôt la fin.

Il est malheureusement impossible d'accorder toujours Polybe

LES VOIES ANTIQUES DE LA RÉGION DU RHONE, flg

et Tite-Live ; et l'on est forcé, sur certains points, à prendre parti pour l'un des deux.

Polybe était né à Mégalopolis, dans le Péloponnèse, l'an 204 avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire quatorze ans seulement après l'expédition d'Hannibal. Jeune encore, il vint à Rome, fréquenta assidûment les Fabius et les Scipion, qui durent très certainement, comme tous les vieux généraux, lui faire bien souvent le récit détaillé de leurs campagnes en Espagne, en Gaule, en Italie, et cela avec d'autant plus de complaisance qu'ils le considéraient déjà comme leur historiographe et qu'il était leur hôte et leur ami.

Mais Polybe ne se contenta pas d'écouter tous ces braves. Il alla vi«ter lui-même le théâtre de la guerre, depuis l'Italie jusqu'aux bords de l'Ebre. Il avait alors près de quarante ans. Les vieillards du pays, âgés de soixante à soixante-dix ans, avaient tous conservé le souvenir du passage d'Hannibal; quelques-uns même, qui n'étaient âgés à cette époque que de quinze à vingt ans, avaient dû très certainement servir comme mercenaires sous ses ordres ou tout au moins être mêlés d'une manière directe aux événements; tous enfin avaient vu se dérouler, depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes, le long ruban de l'armée carthaginoise avec ses troupes de couleurs et d'armement sî nouveaux pour eux, sa cavalerie incomparable, ses nègres et ses éléphants.

Un historien consciencieux et observateur était donc là à la source des meilleurs renseignements.

Malheureusement, Polybe, ordinairement si juste et si exact, sî historien dans le vrai sens du mot, écrivait trop près des événements, et surtout dans un milieu trop passionné, pour ne pas s'être un peu laissé aller, en vue peut-être de plaire à ses illustres amis, au désir de diminuer le prestige qui entourait toujours, malgré sa défaite, le jeune chef de l'armée africaine. Il affecte un peu de considérer cette grande expédition à travers la Gaule comme une simple marche militaire; il parle avec une certaine ironie des difficultés du passage des Alpes, qu'il regarde comme assez facilement surmontables. Il cherche à réduire, en général, les faits à des proportions très ordinaires : « Les Gaulois des rives du

Rhône, dit-il, ont maintes fois franchi les Alpes avant Hannibai et y ont fait passer des forces immenses, afin de combattre les Romains et de secourir leurs compatriotes dans les plaines du Pô... Hannibai montra toujours dans sa conduite une extrême prudence; il connaissait la fertilité du pays (i) et les sentiments de haine qui animaient les populations à Tendroit de Rome ; et dans les passages difficiles, d'ailleurs, il prenait pour guides des montagnards indigènes qui partageaient sa fortune... b

« J'en parle avec assurance, ajoute-t-il; je tiens les faits dont il est question de la bouche même de témoins oculaires ; et, en ce qui concerne les lieux, je les ai parcourus dans un voyage que je fis autrefois dans les Alpes afin d'en prendre par moi-même une connaissance exacte (2) . »

A ce parti pris évident, il faut ajouter une concision extrême, une sobriété voisine de la sécheresse et un silence souvent très regrettable sur la plupart des noms de peuples, de villes et de lieux.

Tite-Live, qui écrivait un siècle plus tard, complète heureusement Polybe. II nomme les peuplades et les tribus traversées^ définit leurs limites, raconte une foule d'anecdotes et d'épisodes, donne, en un mot, beaucoup de vie et de mouvement à son récit. Trop peut-être; car on peut lui reprocher, non sans raison, un grand goût pour le merveilleux, une excessive crédulité, un véritable chauvinisme romain, et surtout la manie de prêter à ses personnages des discours à effet. C'est, à coup sûr, une assez mauvaise manière d'écrire l'histoire que de transformer les hommes d'action en hommes de tribune, de décorer et d'enfler ainsi tous les actes de leur vie et de les faire poser à chaque instant, comme des acteurs de drame, devant le public qui finit toujours par se laisser .prendre plus ou moins à leurs déclamations.

« Je n'aime pas, disait Montesquieu, à voir jeter tant de fleurs sur les colosses de l'antiquité. »

(i) Appien {De reb. Hisp., 13) dit même qu'étant encore en Espagne, il avait envoyé des émissaires chez les Gaulois pour explorer les passages des Alpes. - — (E. Desjardins, Gaule Romaine, t. I, c. i, f I.)

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