POLYB., III
Toutefois, on doit le reconnaître, cette mise en scène a l'avantage de donner au récit de Tite-Live un relief et un intérêt qui manquent absolument à celui de Poîybe.
Il a embelli la narration de Polybe, l'a colorée, mais non faussée, comme on pourrait le croire. I! l'a même éclaircie par de nombreux détails topographiques qu'il semble avoir recueillis luimême d'après des témoignages assez précis ; et l'on ne saurait s'en étonner; car les principaux incidents du passage d'Hannibal ont dû certainement laisser longtemps après eux, dans la région du Rhône et des Alpes, des souvenirs fort durables.
Après Polybe et Tîte-Live, les autres écrivains jettent peu de lumière sur la marche d'Hannibal. Silius Italîcus a mis en mauvais vers la prose déjà bien assez poétique de Tite-Live (i). Appîen, Varron, Cornélius Nepos, Ammien Marcellin n'ont fait que copier à peu près leurs devanciers. Quant à la vie d'Hannibal par Plutarque, on sait qu'elle n'est pas plus de lui que celle de Scipion, et que l'une et l'autre furent écrites dans le quinzième siècle par un écrivain du nom de Donato Accioli, qui, en les dédiant à Pierre de Médîcis, déclarait les avoir composées en compilant divers classiques grecs ou latins (2) ,
La Renaissance, qui développa d'une manière si brillante le goût des études historiques et gé<^raphiques, mit pour ainsi dire à la mode la question de l'expédition d'Hannibal.
En 1508, Symphorien Champier traçait avec détails l'itinéraire de l'armée carthaginoise dans son h Traité des origines de la ville de Lyon (3) ».
Une curieuse dissertation anonyme fut imprimée à Paris, neuf ans plus tard, sur les passages des Alpes « et signammeiit sur ceux 0à passèrent Annibal, Jult'us César ei les roys de France depuis
(i) SiL. IML., PhbiV., II, V. 415-555.
(2) L. DES Ol-RS de MendajORS, NauiclUs découvertes sur l'état de t'ancienne CauU du temps de yuUs César. Paris, i6g6.
Id-, Histoire critique de la Gaule Narbùnnaise, Paris, 1733. DaudË de La Valette, Recherches sur Ihistoire du passage d'Aiinibal d'Esfagne en Italie à travers les Gaules. Montpellier, 183S.
(3) SïVPH. CliAMFlER, De origine civitatis Lugdunensis, Lugdunum, 1508,
Charlemagne jusqu'à très illustre roy François régnant (i) ».
En 1550, Quiqueran de Beaujeu écrivit un poème latin sur k passage d'Hannibal dans les Gaules (2). Vingt-quatre ans après, Simler s'occupait de la même question (3) .
Bergier ne l'oubliait pas dans son histoire des grands chemins de l'empire romain (4), etl'érudit Cluvier la traitait d'une manière large et savante dans son Italia antiqua (5) .
Vers le milieu du dix-septième siècle, un véritable concours fut ouvert sur la meilleure interprétation du passage d'Hannibal à travers la Gaule. Undèet quo Rhodanum transivit Annibal, etc.? tel était le programme que l'on voit figurer dans l'histoire de Provence de Bouche et qui aurait été proposé, nous dit cet historien, « par un curieux et savant homme de son siècle qui voulait entre'prendre une grande diatribe ou exercitation au sujet du passage d*Annibal (6) ». Cet appel fut entendu. Il y eut un véritable déluge de mémoires, de dissertations, de controverses.
Pierre Labbe publiait, en 1664, un énorme in-quarto De itinere Annibalis, Le Père Ménétrier ajoutait un volume in-folio à son « Histoire consulaire de la ville de Lyon » . Puis vinrent la traduction et les commentaires sur Polybe du chevalier de Folard, joints à la traduction de Dom Vincent Thuilier et « accompagnés de cartes originales permettant de suivre la marche de l'expédition carthaginoise dans la région des Alpes (7) » .
Hommes de lettres, hommes d'épée, géographes, historiens, tout le monde s'y est mis depuis; et l'on a vu tour à tour paraître le système du marquis de Saint-Simon, laborieusement développé
(i) Daudê de La Valette, op. cit.
(2) QuiQUERANi Bellojocani De laudibus Provincia, 1. III, Lugdun., 1614.
(3) JosLAE SiMLERi Vallesia et Alpium descriptio et de Alpibus commentariunt, Lugduni Batavorum, ex ofF. Elzev., 1633.
(4) ^EKG\E.Kf Histoire des grands chemins de l'empire romain, 1. III, c. XXXI.
(5) Philippi Cluverii Italia antiqua, opus tabulis geographicis illustratutn, Lugduni Batavorum, ex off. Elzev., 1624.
(6) Honoré Bouche, La chrorographie ou description de Provence, et l'histoire chronologique du même pays, t. I, Aix, 1644.
(7) Dom Vincent Thuilier, Histoire de Polybe, traduction et commentaire, par M. DE Folard, mestre de camp d'infanterie, t. IV, Paris, 1728.
LES VOIES ANTIQUES DE LA RSaiON DU RHONE. 73
dans son « Histoire de la guerre des Alpes (i) »,les discussions de Grosiey dans ses n Observations sur l'Italie (2) », la dissertation d'Abauzit (3) , celle du célèbre Gibbon (4) , les notes du géographe d'Anville (5), les m Itinéraires 11 du général Melviîle, insérés dans l'énorme volume de l'Anglais Withaker (6), le n Tableau de la Haute-Italie » de Charles Denina (7), 1' « Histoire des campagnes d'Hannibal n par le général de Vaudoncourt (8) , les n Commentaires » de M. de Rivai {9), du générai Rt^niat (10), les « Mémoires a des généraux Montholon etGourgaud (i i), les « Recherches du comte de Fortia d'Urban (12) », les dissertations de Larenaudière et de Maltebrun (13), Deluc (14), Letronne(t5), Wickham, Cramer (16), Larauza,Rey(i7),deBeaujour{i8),généralSaint-CyrNugues(i9),
(■} HUIeirt dr la guerre des Alpes eu campagne de 1744 p^r !" armfes combimf*t it Espagne et de France, etc., par le marcjuis DE SAlNT-SmON, aide de camp dn prince de Conti, Amsteidam, 1770.
(a) La Savoie et les Alpes. Observations sur l'Italie et les Italiens donnfes en 1764, sous le noin de deux gentilshommes suédois, Amsterdam, 1774-
(3) Abauiii. Œuvres diverses. Londres, ;770.
(4) Gibbon's MUceltaneOMs ■works and memûlrs, t. Il, Londres, I796.
(5) D'AnvU-Le, Notice de l'ancictine Gaule. Art, AlpU Pmniita, Alpis CoHia, Vveemtii, etc., Paris, 1760.
(6) WlTHAKER, The course 0/ Annibal aver ihe Alps aseertained. Londres, "794.
(7) Cr. DenfxAi Tableau hislerigue, statistique et moral de la iaule Italie et Ort Alpes qui ïeHtourenl, Paris, 1805.
(8) De Vavdoscovkt, Histoire des campagnes â'Annibal pendant la seconde gtitrrt punique, suivie d'un atrfgf de la lactique des Romains et des Grecs, et tmrûÂie de plans et de cartes /apographiqites, Milan, Paris, 1812.
(9> Moniteur àa 30 décembre 1813.
(10) ROOMAT, Considérations sur l'art de ta guerre, Paris, 1816.
(ll> Mémoires publiés parM. de Montholon, t.lI.Dis-sept notessiir l'ouvrage da ^Déral RoiïNUT.
(13) Oe Fortia d'Urban, Dissertation sur le passage dit Rhône et des Alpes, Pans. iSai.
{13) Voir TiTE-LiVE, édition Lemaire, t. IV, note De transilu Alpium.
(I4> Deluc, Histoire du passage des Alpes par Annibal, GenÈVc. 1B18.
(tS) Journal des Savants, année iStg.
(l6> Wickham et Cramer, Z>i'iMr(o/i"on on Ihe passage 0/ Annibal Bver Ihe Alps,
{17) Rr.ï, DiSsertalion sur l'emphi du vinaigre à la guerre comme agent de éatnution et comme moyen de défense, Paris, 1S18.
(18) Fiux DE Braujour, De Vexpèdilion d' Annibal en Italie, ou de la meilleure tnaHtire d'attaquer et de di-fendre la Péninsule italienne, Paris, 1832.
{19I Spectateur mititair,:. ij'vol,, 13s' livraison, année 1837.
Daudé de I^ \'alette ( i ) , Emest Desjardins (2) , Albert Réviîk '^^, Kcvillout (4) , etc... Nous en passons le plus grand nombre; cari Mirait presque impossible de faire une énumération complète de tons les ouvrages, articles, lettres, notes et fragments, ^nrs dans les journaux militaires, dans les mémoires de FAcadémie des Inscr^ lions et Belles-lettres, et surtout dans les recueils de ces modestes sociétés savantes des départements de la France, qui, depuis près de cinquante ans, concourent avec un zèle si louable au travail de reconstitution de notre histoire nationale.
11 faut cependant mentionner un dernier travail, le plus complet, le plus important de tous, celui de M. le colonel Hennébert (5) . le savant officier du génie, qui semble avoir consacré sa vie à Tétude passionnée d*Hannibal, après avoir résumé toutes les études faites avant lui, a non seulement réuni tout ce qui touche à la biographie de son héros , mais a fait Thistoire du milieu même dans lequel il a vécu, puisant à toutes les sources, interrogeant tous les textes , décrivant tous les çionuments de Tépoque , mettant en un mot à contribution tous les éléments fournis par l'archéologie, la linguistique , les sciences naturelles, militaires et économiques.
On le voit donc, l'histoire de cette campagne mémorable a été écrite bien des fois depuis vingt siècles. Notre intention n'est pas — qu'on se rassure — de nous engager à notre tour dans Téternelle discussion de l'itinéraire suivi par le vainqueur de Sagonte, depuis les bords de l'Èbre jusqu'à ceux du Tessin; encore moins d'entrer dans les détails de cette prodigieuse marche à travers la Gaule et de cette brusque irruption en Italie, dont les conséquences faillirent être si funestes à la république romaine.
(i) Daudé de La Valette, Recherches sur l'histoire du passage éPAnnibal d'Espagne en Italie, à travers les Gaules, Montpellier, 1838.
(2) E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, Paris, 1876.
(3) Albert Réville, Le passage d'Annibal à travers la Gaulé et les Alpes, Paris, 1880.
(4) Revillout, Le passage d'Hannibal à travers le Dauphinè, Montpellier,
(5) Hknnebert, Histoire d'Hannibal, Paris, Imprim. imp. 1870, Imprim. nat. 1878.
LES voies ANTIQUES DE LA RfiGION DU RHONB. 75
Nous nous contenterons d'en donner un court résumé, d'en indiquer les traits les plus saillants et les principales étapes.
On était en l'an de Rome 534, — 2 19 ans avant J.-C, La ville de Sagonte, alliée des Romains, rivale de Carthage, avait été assiégée et détruite en pleine paix. L'histoire nous a laissé, en l'exagérant peut-être un peu, le souvenir de son agonie tragique. Les Sagontins mirent eux-mêmes le feu à leur ville, égorgèrent leurs femmes et se jetèrent, dit-on, dans les flammes, préférant la mort à la servitude (i). Tout ce qui échappa à l'incendie tomba sous le glaive du vainqueur (2) . Rome réclama avec hauteur contre cette violence exercée envers une ville amie. Elle exigea impérieusementque le jeune Hannîbal, qui avait conduit le siège, lui fût livré. Elle envoya même des ambassadeurs et une escorte pour le saisir en Espagne. Carthage refusa. C'était la guerre {3),
Hannibal avait alors vingt-six ans. Son plan de campagne fut rapidement préparé. Il espérait trouver en Gaule des auxiliaires, tout au moins des peuples qu'il pourrait intéresser à son entreprise, i>eut-être même grouper dans une grande coalition contre la puissance romaine. Le souvenir glorieux des premières expéditions gauloises en Italie n'était pas effacé. L'éventualité d'un deuxième sac de Rome était bien faite pour tenter les chefs de ces bordes guerrières et indisciplinées qui voyaient d'assez mauvais
(1) Nr tallem captiva T9fiitm fuilïce sfruxil, 1
BiMTHUf. (&MNT Al.DL'3 Sagunlini victricibus ,
i» ma»us Annibaîii perveniri qtum ardenUm ferra etiam ti FN, au de Dieu. III. xx.) \tHiibalis armis inirà mamia
(Sagunl«m}, i
funicam allrrius Meguirenl arare, cellalia in forum quit uni tt^rtuima, atqnt undigui circumdatis oscensiaqut igHÎs nvirimentis, ne a toeiftate nottra dticisctrenl, publica et communi rogo semelipii suptrjecerHHt. (Val. Maxim., I. VI. e. vi, de Fide publica quam coluere cxterni, I.) <3} C'étilit alors la loi de la guerre, belU jurs. (Tite-I.ive, XXI, xrii.)
(3) POIYB., 111, XXI.
TiTi-LivE. XXI, xvm.
SrL. ItAL-, Punie. II. — Flohis, II.
œil les empiétements successifs et l'ambition effrénée de leurs voisins de l'autre côté des Alpes.
Il ne fallait rien moins que l'espérance de ce concours pour faire renoncer le chef d'une nation maritime à embarquer un ou plusieurs corps d'armée soit en Espagne, soit en Afrique, - ce qui n'aurait vraisemblablement pas présenté de très grandes difficultés, — et à les jeter brusquement sur la côte italienne à quelques marches de Rome.
Hannibal rassembla à la hâte une armée de mercenaires, recrutés un peu partout, des Espagnols, des Celtibériens, des Gaulois, des Libyens, des Numides; — en tout quatre-vingt-dix mille hommes de pied et douze mille cavaliers, sans compter les équipages, les transports et une belle division d'une quarantaine d'éléphants sur laquelle il comptait beaucoup.
Il quitta Carthagène au mois de mai de l'année 218, et quelques jours après traversait l'Èbre un peu au-dessus de Tortose. De l'Èbre aux Pyrénées, des Pyrénées au Rhône, il suivit à très peu près le littoral, tantôt guerroyant, tantôt luttant contre la défection de ses hommes, le plus souvent occupé à nouer des relations avec les peuplades qu'il rencontrait, et dont le secours lui était précieux soit pour ravitailler son armée, soit pour l'éclairer dans sa marche.
Il perdit ainsi près de quatre à cinq mille hommes dans une série de petits engagements en Catalogne; il crut prudent de congédier ensuite un corps de dix mille Celtibériens dont le moral lui parut un peu affaibli. Il avait été obligé, d'autre part, de détacher encore quelques troupes pour surveiller les côtes d'Espagne. Bref, ce fut avec cinquante mille hommes de troupes et neuf mille chevaux montés, qu'il arriva au pied des Pyrénées, deux mois après son départ de Carthagène.
On était au mois de juin.
Le passage des Pyrénées ne dut pas présenter de sérieuses difficultés. D'après ce que nous apprend Tite-Live sur ses dispositions de marche, Hannibal se tenait le plus près possible de la mer, toujours en vue de sa flotte. Trois cols s'offraient à lui, celui de
Pertus, celui de la Massanne, celui de Ban yuls. En présence de ces trois cols, de ces trois chemins assez facilement accessibles, les avis sont naturellement partagés; et il est d'ailleurs assez difficile de dire exactement ce que les géographes classiques désignent sous le nom de a les Échelles d'Anatbal « an a les Tours d'Annibal {i) ».
La saine critique, fait observer judicieusement M. Hennebert, conseille de n'accueillir qu'avec une extrême réserve les solutions basées sur des traditions vagues, et de ne tenir compte ni du ffué d'Annibal, découvert au pied de la ville de Sauveterre (Basses- Pyrénées), ni du saul d'Annièal et du mur d'Annibal, retrouvés près des bains d'Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales), ni de la triche d'Annibal, que l'on montre au-dessus du village des Baîns, ni de la digue d'Annibal, qui sert aux approvisionnements d'eau de la station thermale d'Amélie-les- Bains (2).
Il est fort possible que l'armée fût divisée en plusieurs corps qui passèrent simultanément par ces trois défilés comme ils Pavaient déjà fait pour l'Ebre (3), et qu'ils durent se retrouver et se réunir de l'autre côté de la chaîne, près de la ville ibérienne d'/lliberris, aujourd'hui Elne, près Perpignan.
Là commencèrent réellement les difficultés.
Hannibal dut avoir avec les principaux chefs des Volkes Arékomiques une entrevue assez délicate. Il avait, en effet, besoin de ménager beaucoup ces barbares dont les susceptibilités étaient toujours en éveil; et nul doute qu'il n'ait mis en œuvre tous ses moyens de séduction (4) pour s'assurer leur amitié et pouvoir continuer en sûreté sa route, en suivant toujours cette longue
(I) Scala A^nibalis. (PoMP. Meu, GcD^-r., I. IV. C. II-)
Tmrrr, Anniialis. iPuM., XI, XVII.)
(35 HEKNE8BRT, HUI. d'Hannibal. liv. IV. ch. i.
Au confluent de la Noya et du LIobregat en Catalogne, on voit sur ce dernier cours d'eau un pont très ancien que la tradition attribue â Annibal. (MaltebrUN, Gifgr. — Lavallée, t. I, p. 456.)
Dt Mabca i/lisp. 16S8) mentionne les traces d'un camp punique près d'Ampuriaset place non loin de là, sur le revers occidental de Montjoun (moni yoiij), le« « Echelles d'Annibal ». — (Hennebert, Hhtoiti d'Hannibal, 1. LU, ch. vl.)
(3) Tnpartilo Ibirum copias trajecU. (TlTE-LlVE, XXI, Xxill.)
U) TtTE-LlVB, XX], XX et xxiii.
ligne de lagunes qui bordent la côte et qu*on appelait « les étangs des Volkes, stagna Volkarum (i) ».
Aucune incertitude sur Titinércdre de Tarmée entre les Pyrénées et le Rhône (2) .
A très peu près, elle suivit le chemin déjà tout tracé qui devait s'appeler plus tard la via Domitia; et ses principaux gîtes d'étapes furent les villes mêmes qui devinrent dans la suite les stations officielles de la voie romaine. Ainsi, après avoir franchi la chatne des Pyrénées, in summo Pyrenœo, l'armée passa à Illiberris, Elne, — à Ruscino, Castel-Roussillon près Perpignan, — k ad Vigesimum, les cabanes de la Palme ou le fort de la Treille, — à la ville antique de Narbo, Narbonne, — à Bœterras, Béziers, — à Cessera ^ Saint-Thibéry, — à Forum Domitii, Frontignan, — à Sextantio, Substantion, sur le Lez, près de Montpellier, — à Ambrussum sur le Vidourle, près de Lunel, et à Nemausus, Nîmes, qui était la capitale des Volkes Arékomiques.
De Nîmes, Hannibal se dirigea un peu vers le Nord, traversa d'abord la rivière du Gardon ou du Gard aux environs de Remoulins, doubla ensuite la petite colline couronnée aujourd'hui par le calvaire et l'oratoire de Rochefort, et, débouchant dans la vallée du Rhône, remonta la rive droite du fleuve à la recherche d'un point qui parût se prêter favorablement au passage (3) .
C'est ici que commencent les interprétations et les variantes.
Sur près de cent quarante kilomètres de longueur de rive depuis Arles jusqu'à Loriol, près du confluent de la Drôme, il existe plus de dix points sur le fleuve que l'on a tour à tour indiqués comme le théâtre de la traversée de l'armée carthaginoise. Le colonel Hennebert (liv. IV, chap. Il) a fait consciencieusement l'historique de toutes les solutions présentées. L'Anglais Withaker (4), nous dit-il, a adopté Loriol, — le général
(i) Ae^iàv ixoiv rà làpSoviov TcéXocYoç.