‹ Du Saint-Gothard à la merChapitre 12 sur 51 · scène, de Vorcheslrum et des gradins. Aujourd'hui, l'édifice est · texte numérisé non relu

scène, de Vorcheslrum et des gradins. Aujourd'hui, l'édifice est

ilÉg^ de toutes les constructions parasites qui le souillaient,

assaini, restauré, définitivement sauvé, et, dans des circonstances

solennelles, a pu même être rendu à sa destination primitive. La

■ Kène, dont les dispositions principales sont restées presque

I ntactcs, a été occupée par des acteurs et des chœurs qui sont

lïenusy réciter les pièces mêmes de Sophocle et d'Euripide. Près

de dix mille spectateurs se sont assis sur les mêmes gradins que

rs ancêtres el, pendant quelques heures, après dix-huit siècles

Jedistance, ont éprouvé une réminiscence, presque une illusion

B représentations de l'époque romaine.

Il existe à Rome, sur le Forum, trois arcs de triomphe célèqui datent tous les trois de l'époque impériale et sont bien

mus des archéoli^ues, des artistes et même des simples voya-

irs : l'arc de Septime-Sévère, à côté de la fameuse tribune aux igues; Tare de Titus, au point culminant de la voie Sacrée; prÈs du Colisée, l'arc élevé d'abord en l'honneur de Trajan

surchargé, deux siècles plus tard, de bas-reliefs en l'honneur

Constantin, dont il a porté depuis le nom.

L'aie de triomphe d'Orange ne le cède en rien aux trois monu-

0}Hipp. Ferrand, L'ancitn château féodal d'Orange. (Congrès archfol., "li Avignon.)

ments de Rome. L'édifice est réellement somptueux; et, malgré les altérations inévitables dues au temps et quelques mutilations dues aux hommes, c^est encore une merveille de conservation, lia 22 mètres de hauteur, 2 1 de largeur, 8 de profondeur, et se compose de trois arcades. L'arcade du milieu, spécialement destinée aux chars et aux cavaliers, est plus élevée que les deux latérales et surmontée d'un grand fronton triangulaire. Au-dessus et tout autour du monument règne un attique puissant couronné d'une massive corniche. L'édifice est flanqué d'él^antes colonnes corinthienne» cannelées ; les deux façades principales, les retours, les soubassements, les pieds-droits, les voûtes, l'attique, la frise soni couverts d'une profusion de sculptures et de bas-reliefs. C'est ur véritable musée en plein air. Le plus important, le mieux conserva de ces motifs, est au-dessus du fronton, au milieu de la frise septeatrionale, et représente une grande mêlée de fantassins et de cavaliers d'un très beau mouvement. L'intérieur des trois voûtes esl décoré d'él^antes rosaces dans de vigoureux encadrements ; et 1« bordures des arcades sont enguirlandées de pampres, de raisins de fleurs, de fruits.

Deux bas-reliefs, à gauche et à droite du grand combat de U frise, représentent des instruments de sacrifice : Taspergille, 1< préféricule, la patère, le simpulum. Des deux côtés du frontoi sont des trophées d'armes, l'un composé d'attributs maritimes — proues et éperons de navires, aplustres, chenisques, antennes rames, cordages, ancres, tridents; l'autre, d'attributs de gueri ordinaire, — boucliers, épées, casques, trompettes, dards, pique étendards, enseignes surmontées de la tête de sanglier. Mên"^' sculptures, avec quelques variantes dans l'exécution, sur la faça< méridionale. Sur les façades latérales, on voit d'autres trophé d'armes offensives et défensives, des groupes de captifs, les mai liées derrière le dos. On y remarque surtout une femme étran qui met son doigt dans son oreille et qu'on appelle généralem^ la « Sibylle de Marius » , en souvenir probablement de ce^ fameuse prophétesse syrienne que le général romain faisait co duire avec lui en litière dans ses campagnes et qu'il consultait <

feignait de consulter avanl d'engager ses troupes contre l'ennemi. ■Cette interprétation courante ne saurait, hâtons-nous de le dire, cceptée qu'avec beaucoup de réserve. On sait, en effet, la tendance populaire qu'on a de tout rapporter à César ou à Marins cette partie de la vallée du Rhôue qui commence à Orange et finit au golfe de Fos; et i! est fort probable que cette sibylle n'est qu'une simple captive ou la représentation figurée d'une ville conquise. Ce qui est plus réel et d'un plus grand intérêt, ce ■ont les noms qu'on a relevés en assez grand nombre, gravés en relief sur des boucliers gaulois, au milieu d'armes et d'instruments !de forme gauloise. Beaucoup de ces noms sont frustes, à peine tcconnaissables, tout à fait perdus. Mais plusieurs se lisent encore tris bien, quelques-uns mutilés, d'autres entiers :

ISVl/VS, BEVE//, DODVACVS, SACROVIR, MARIO, DACVNO, biLLUS, AV////OT, SRE////, etc.

Ce sont incontestablement les noms des guerriers qui ont dû figurer dans les batailles que l'artiste tenait à rappeler.

.\u siècle dernier, Lapise affirmait même avoir lu sur un de ces Wliets le nom du célèbre roi des Teutons, TevtObocCVS, 4)nt l'armée fut anéantie à la bataille d'Aix. A vrai dire, Lapise Ht le seul qui ait lu ce nom. On ne l'a plus retrouvé depuis lui; ttilest plus que probable que le vieil historien d'Orange a un peu cédé au désir commun à la plupart des historiens provençaux K rattacher à la gloire de Marius toutes les et ymologies, toutes Ki inscriptions douteuses de leur pays.

Ce n'est pas sans beaucoup de mutilations et d'éraflures que le onument a traversé vingt siècles; mais il en porte glorieuseent le poids. La masse entière a subsisté; et la façade septenlonale en particulier, moins attaquée par les hommes et surtout pT les Éléments, est demeurée presque intacte. Le vent sec du "otd, en effet, ce terrible mistral de la Provence, conserve et ifcit !a pierre ; celui du Midi, au contraire, imprégné d'humidité "de salin, la décompose, la ronge et la détruit. Le fronton de

Tare n'a pas échappé à un autre genre de mutilation, malheureusement très fréquente sur un grand nombre de monuments votifs de l'époque gallo-romaine et due à ces aveugles réactions iconoclastes qui ont accompagné l'introduction officielle du christianisme. Les grandes lettres en bronze doré de l'inscription dédicatoire, qui étaient scellées sur la frise à l'aide de clous, ont été brutalement arrachées. Mais l'ingéniosité des antiquaires et des épigraphistes a pu rétablir, comme nous le verrons plus loin, la plus grande partie du texte de cette inscription avec une probabilité voisine de la certitude.

La conservation de l'arc de triomphe d'Orange dans son ensemble est due surtout à une circonstance toute particulière. Au treizième siècle , Raymond des Baux , un des princes de cette fameuse maison d'Orange qui a donné des rois à l'Angleterre et à la Hollande, et dont le château était bâti sur la colline qui domine la ville immédiatement au-dessus du théâtre, fit du monument une sorte de poste avancé, l'entoura de murailles et se construisit même un véritable logement dans l'intérieur de l'édifice romain. Cette installation étrange n'eut pas lieu, on peut le croire, avec les ménagements et le soin religieux d'un antiquaire. Le noble seigneur fit gratter toutes les sculptures de la porte orientale. C'est h\ qu'il disposa la salle principale de ses gardes; et on voit encore, dans l'intérieur des voûtes et tout autour du monument , les traces des planchers et des escaliers qu'on y avait encastrés. L'arc de triomphe, converti ainsi en forteresse féodale, était surmonté d'une haute tour qu'on appelait la « Tour de r.\rc », et qui existait encore en 1721.

La citailelle du moyen ;ige, quoique plus jeune de douze cent-^ ans, s'est etïondrée de vieillesse. Le colosse antique sur lequel el^^ élail ^relTêe est resté seul debout, toujours droit et fort, et ver^^ cerlainement se coucher encore à ses pieds les édifices ruinés ^^ plusieurs général ions.

.\u milieu de toutes les sculptures, de tous les bas-reliefs ^^ rêpvHjue romaine qui décorent les faces extérieures et intérieur^^ de Taix^ il'iVange, on voyait encore, il y a quelques années, uï*

«nouche portant le millésime de 1706 et l'inscription suivante : I (Dur^ede M. Mure, roy. » Cette inscription un peu bizarre I [îppdic que le corps des arbalétriers d'Orange contribua, en 1 706, ï i la réparation de l'arc de triomphe. Le sieur Mure ou de la Mure I étaitalors le « roi des arbalétriers ». On sait que les comtes de Provence et les dauphins avaient, au treizième siècle, créé ou permis d'établir dans beaucoup de villes de leurs États un corps de tireurs de l'arc, qu'on appelait alors « l'arbalète a. Le dimancheaprès Pâques, celui des arbalétriers qui avait été reconnu le plus adroit au tir était proclamé roi. Le but à atteindre était un oiseau, réel ou en effigie, placé au sommet d'un mât. Cet oiseau, anciennement une pie, Eut bientôt et universellement un perroquet, qu'on appelait dans l'idiome provençal papagay, pape gay, c'esl-à-dire o père gai » ou n père bavard 11 . Le roi des arbalétriers éliitlcchef militaire de la troupe du o papagay n; il présidait à tous les exercices, menait la compagnie à la procession de la Fête- Dieu et conduisait solennellement le cortège qui allait allumer le ieu Iradilionnel de la Saint-Jean ; il portait un habit « distingué et galonné », et surtout un chapeau décoré de beaucoup de plumes; I i! jouissait enfin de quelques privilèges sur les droits des entrées I te subsistances et de l'exemption des loyers des gens de guerre. L Umarche des arbalétriers s'appelait la m Bravade n; le roi portait lïnssile nom de « roi de la Bravade »; et, les jours de fête, il paslit triomphalement, à la tête de sa troupe héroï-comique, sous !'uc élevé par Rome à la gloire des armées qui avaient conquis le I œonde. On y chantait, on y festoyait et on y tirait force coups I oe fusil et d'arquebuse qui ont dû très certainement causer au I Bofale monument de bien nombreuses détériorations.

" n'y a peut-être pas de monument antique dont la date d'ori- I gine ait donné lieu à plus de controverses que l'arc de triomphe I 0 Orange; et, si on rappelait les principaux événements militaires

auxquels on a rattaché son érection ou sa consécration , on ferait un véritable cours d'histoire romaine de près de deux siècles. On en a attribué la construction successivement aux deux consuls Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus, vainqueurs des Allobroges, à Marins, à Jules César, à Tempereur Auguste, à Tibère, à Trajan, à Marc-Aurèle. Ce n'est pas le lieu de discuter ici en détail ces diverses opinions; et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux savants et nombreux mémoires qui ont été tour à tour publiés sur la question.

Il est important , toutefois , de remarquer que les trophées sculptés en relief sur le monument représentent tous des armes essentiellement gauloises : le bouclier long, l'enseigne surmontée du sanglier, la trompette surtout, dite carnyx, d*une forme et d*un dessin tout à fait caractéristiques. Ce camyx est figuré dans les trophées de l'arc d'Orange au moins trente fois; et cette même trompette, on l'a retrouvée récemment cinq fois sur des deniers d'argent de la famille Domitia ; — découverte extrêmement intéressante ; car ce rapprochement semble prouver à la fob que les trophées de l'arc ont été sculptés et les deniers frappés en l'honneur de Domitius, le premier vainqueur des Barbares en Gaule.

Le nom de Tevtoboccvs, roi des Teutons, que Lapise prétend avoir lu sur un des boucliers des trophées, a été le point de départ de l'attribution du monument à Marius, vainqueur des Teutons et des Ambrons sur les bords de l'Arc, aux environs d'Aix. Celui de MARIO a semblé une confirmation de cette hypothèse; et l'on s'est hâté un peu trop tôt de baptiser l'arc d'Orange du nom d' « arc triomphal de Marius », en mémoire de la victoire à' Aquœ Sextiœ, remportée l'an 102 de notre ère.

Ce sont là, à la vérité, deux assez mauvais arguments; et tout d'abord, ainsi que nous l'avons dit, rien n'est moins prouvé que l'existence de ce fameux nom de Tentohoccus que Lapise seul a cru lire et que personne n'a retrouvé après lui. Quant à celui de Mario, il est évident que, si l'édifice avait été dédié à Marius, 00 n'eût pas gravé son nom dans un coin, sur une seule arme et sui

'un vaincu; on l'eût certainement mis à la place d'honlaur la frise, au-dessus de la porte principale. Enfin, au point le grammatical , il est impossible d'admettre que l'on ait t sur le bouclier le nom de Caïus Marius au datif, Mario, .que tous les autres noms des guerriers vaincus sont au Btif; et il est certain que ce nom indique plutôt celui d'un ^ulois, inconnu d'ailleurs, Mario, Marionis, compagnon de |ede ceux dont on a aussi relevé les noms, Dacuno, Udillas, tvir, etc. L'attribution de l'arc à Marius est donc absolument Ùesible.

ftudiaot de près Ses figures des combattants très nombreux S-relief supérieur, on voit qu'un grand nombre porte des ides ; et on sait que cette armure défensive, qui protégeait Pibes, était essentiellement grecque et ne figure dans les nents de l'empire que sur les bas-reliefs où l'on voit corn- |des Grecs. Le nombre considérable d'éperons de navire, ts, d'antennes, de cordages, entassés avec une apparence lordre, mais en réalité de manière à produire un effet très esque, est le principal argument que l'on a invoqué pour (cr le monument à César, vainqueur des Grecs marseillais, raient comme force militaire une flotte plutôt qu'une armée. peut-être un peu risqué. On sait, en effet, que si la plupart muments romains d'utilité publique étaient construits par gîons sur des types parfaitement définis, sans aucune che d'ornementation et en vue seulement du but pratique 1 ils étaient destinés, ceux qui comportaient de l'ornemenet des sculptures étaient presque toujours confiés à des W grecs. Il est donc très probable, sinon certain, que ce des Grecs de Marseille qui ont travaillé à la décoration Qc d'Orange; et dans ce genre de travail leur iniagina- |es a conduits très vraisemblablement à représenter d'une be un peu fantaisiste des armes, des vaisseaux, des vête- B assez variés sans doute, mais le plus souvent de provet et de forme grecques, et qu'ils avaient ordinairement sous Jwx. On sait, d'autre part, que les Grecs de Marseille ont

été, dans bien des circonstances, et sauf dans la guerre malheureuse où ils eurent la mauvaise inspiration de prendre le parti de Pompée contre César, les fidèles alliés des Romains, et qu'ils onl pu combattre à la bataille de Tlsère, livrée Tan 121 par Domitius Ahenobarbus contre Bituitus, le roi des Arvernes, ainsi qu*J d'autres batailles postérieures, à celles, par exemple, qui ont éti livrées, l'an 21 de notre ère, contre les révoltés commandés paj Florus et Sacrovir. On ne saurait donc induire de la présence d< vaisseaux, d'armes, de vêtements ayant plus ou moins la forint grecque sur l'arc de triomphe d'Orange, pour affirmer que a monument a été élevé à la gloire de César, le vainqueur des Grea marseillais.

Il est d'ailleurs possible, à la rigueur, que ces amoncellement de rames, de mâts, d'antennes, de cordages soient des trophée fluviaux tout aussi bien que maritimes. Les proues de navire qu tiennent une si grande place dans la décoration de l'arc rappellea sans doute beaucoup plus des navires de mer, tels qu'il y en avait ; profusion dans le port de Marseille, que des bateaux de pontonniers tels que ceux qui ont dû servir à la bataille de l'Isère pourper mettre aux Barbares de passer de l'une à l'autre rive du Rhône Les armes, les insignes militaires, présentent aussi plusieur détails d'une exécution et d'un dessin asiatiques ou grecs. Mai la présence du sanglier qui surmonte les enseignes, et la reproduc tien si souvent répétée de la trompette dite carnyx, font pense naturellement aux Barbares en général et aux Gaulois en parti culier. D'autre part, l'architecte Caristie, auquel on doit lares tauration intelligente — on pourrait presque dire le sauvetage — de l'arc d'Orange, a soutenu avec une certaine autorité que l'ar qui a présidé à sa construction est le même qui caractérise toute les œuvres de l'âge des Antonins au second siècle de notre ère il a relevé un certain nombre de détails artistiques qui, par leur dispositions générales, empêchent de faire remonter le monumen à l'époque républicaine, même au temps d'Auguste ou de Tibère et paraissent devoir lui assigner pour date le règne de Trajan.

Le champ des conjectures est, on le voit, très vaste et s'éten»

DE LYON A AVIGNON. la»

^^Se 120 anâ avant notre ère jusque vers la fin du second siècle. Onaluut vu ou voulu voir sur l'arc de triomphe d'Orange ; — la victoire de Domttius Ahenobarbus et de Fabius Maximiis Allo- Iffûgicus sur les Allobrt^es et les Arvernes, aux deux confluents dcl'Isèreet de la Sorgues avec le Rhône, l'an 121 avant notre ère; — la victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons, dans la plaine d'Aix, l'an to2 ; — la victoire de César sur les Grecs de Marseille, l'an 4g; — les campagnes d'IIlyrie et de t'Hispanie Tarraconnaise et la bataille d'Actium remportée par Octave sur Antuine, l'an 31 ; — la pacification de la Gaule et la soumission duTrévèreJulius Florins et del'.'Eduen Sacrovîr, sous l'empereur Tibère, l'an 21 après Jésus-Christ ; — les campagnes diverses de Trajan, d'Hadrien, de Marc-Aurèle, à la fin du premier et du second siècle, en Asie, sur le Danube, et contre les Germains.

Une étude récente et très approfondie de M. de Witt imiïun peu d'ordre et de méthode dans ce fouillis d'interprétations (i). Ce n'est peut-être pas encore le dernier mot de la critique; mais on peut cependant regarder comme à peu près certain aujourd'hui, d'une part, que le monument n'est dû ni à Marius, m i César, ni aux Antonins ; d'autre part, qu'il a été construit l'in 121 avant notre ère, et qu'il a servi : — une première lt»s pour le triomphe des armées romaines victorieuses des Arvernes et des Allobroges, — et une seconde fois, après avoir été convenablement orné et restauré (142 ans plus tard, l'an 21 de Krtrcère) , pour perpétuer le souvenir de la soumission des révoltés pulois Julius Fiorus et Sacrovir.

L'arc lui-même, dans son ensemble et son ornementation printipaie, fait vraisemblablement partie de cette série de monuments trâniphaux que les consuls Domitius Ahenobarbus et Fabius

W Comin, i l'Académie des ir t^' E. Deij*hoins, Cauir rama

Maximus firent élever par leurs armées en souvenir des victoires de Vindalium et de l'Isère, remportées sur le roi Bituitus. On en retrouve d'analogues, construits sur le même type, moins grandioses peut-être, mais aussi ornés, à Cavaillon, Cabellio, à Saint- Rem y, Glanuniy sur cette grande route du Rhône aux Alpes, que le triomphateur, pressé de recevoir des honneurs suprêmes, parcourut, nous dit Suétone, monté sur un éléphant richement caparaçonné, suivi de ses armées délirantes, traînant après lui les vaincus avec leurs dépouilles et leurs trésors.

Un siècle et demi après, les légions de l'empereur Tibère eurent à réprimer en Gaule un soulèvement qui n'avait rien de bien national, puisque, d'une part, les Gaulois étaient depuis longtemps conquis, assimilés, admis à tous les droits, à tous les honneurs, en un mot complètement romanisés, et que, d'autre part, les deux chefs des révoltés, l'iEduen Sacrovir et le Trévère Julius Florus, qui s'étaient mis à la tête du mouvement, étaient euxmêmes citoyens romains. On sait que Florus essaya de soulever la Belgique, que Sacrovir était maître d'Autun, et que près de 40,000 mercenaires, esclaves ou gladiateurs, étaient avec eux. Bien que l'empereur Tibère affectât de ne pas se montrer inquiet de ce mouvement insurrectionnel, — in securitatem compost^ ' tuSf dit Tacite, — il fallut avoir recours aux légions de Germanie. Florus et Sacrovir, battus l'un après l'autre, n'échappèrent au châtiment qu'en se donnant la mort. En une seule campagne, la guerre fut terminée ; et l'arc de triomphe d'Orange restauré devint le monument commémoratif de cette heureuse pacification. Les noms des principaux chefs gaulois vaincus ou prisonniers, Dacuno, Sacrovir, Mario, etc., furent alors gravés sur les boucliers des trophées décoratifs qui existaient déjà, et la frise du monument reçut en belles lettres de bronze doré une inscription que l'ingéniosité des épigraphistes a permis de rétablir à peu près dans son intégrité.

On avait, en effet, remarqué depuis longtemps que des trous existaient dans l'espace occupé par la frise et l'architrave ; et on ne pouvait douter qu'il n'y eût eu là des lettres de métal fixées

dans k pierre avec des tenons. Quand, à Tépoque des mutilations offidelles qu'ont subies tous les monuments dédicatoires de l'empire romain, on avait arraché ces lettres à la fois pour en utiliser le métal et pour démarquer l'édifice païen, les tenons qui étaient adhérents au dos des lettres et avaient pénétré dans le marbre, ayant la forme de queues de goujon, y avaient laissé des empreintes assez profondes pour permettre de reconstituer quelques parties de l'inscription . Pour figurer les lettres antiques disparues, des lettres en bois furent placées suivant la forme et les dimensions indiquées par les trous et les rainures du marbre ; et on put amsi rétablir, avec une exactitude parfaite, la première ligne de l'inscription, — avec un peu de bonne volonté et quelque vraisemblance, la seconde.

Et tout d'abord, on a reconstitué le nom de l'empereur ; TI. CAESARI , « à Tibère César », et sa filiation . Tibère ayant été adopté par Auguste, on devait trouver, après les mots Tibère César, le nom d'Auguste, mais d'Auguste mort et divinisé : DIVI AVGVSTI P(</w), « au fils du divin Auguste » ; puis le nom de son grandpère d'adoption, qui était le grand César également divinisé : DIVI IVLI NEPOTI ou « petit-fils du divin César » ; puis enfin, après la filiation, le nom d'Auguste, appliqué cette fois à Tibère : AVGVSTO, a à Auguste ». C'est ce que les trous des tenons ont exactement donné ; et le commencement de l'inscription a pu être, sans incertitude, reconstitué de la manière suivante :

TI . CAESARI . DIVI . AVGVSTI . F . DIVI . IVLI . NEPOTI .

AVGVSTO.

C'est ici que commencent les interprétations et que l'érudition des épigraphistes s'est quelque peu donné carrière. Après les noms et la filiation de l'empereur Tibère devaient nécessairement être indiqués ses titres, c'est-à-dire les magistratures et les sacerdoces qu'il avait exercés ou qu'il exerçait l'an 21 de notre ère; ensuite, et pour terminer, le motif de l'érection du monument.

Les titres de l'empereur Tibère étaient alors le grand ponti-

ficat, la vingt-deuxième puissance tribunitienne, la huitième salutation impériale et le quatrième consulat; mais on ne sait au juste dans quel ordre ; et ce n'est qu'après un tâtonnement persévérant et quelque peu de bonne volonté qu'on a obtenu la restauration suivante de cette partie du texte :

PONT {ifict) MAX {tmo), TRlB (untctaè). POT (estait) XXll. IMP

[eratort) Vlll. COS [ult) IIII.

Un peu plus douteuse est la restitution proposée pour la fin de l'inscription, et qui devait formuler la raison d'être du monument, c'est-à-dire la libération de la Gaule et la soumission des rebelles :

OB . GALLIAM . SERVATAM . REBELLESQVE . POPVLOS

SVBACTOS.

L'inscription officielle, d'ailleurs, pour se conformer à la règU de haute convenance universellement adoptée, et dans le butd< ménager l 'amour-propre et l'orgueil des vaincus que l'on redoutait toujours un peu, ne devait porter ni les noms des peuples, n ceux des chefs, ni ceux des combats.

L'inscription entière occupait donc deux lignes. La voici :

TI. CAESAKI. DIVI. AVGVSTI. F. DIVI. IVLI. NEPOTI. AVGVSTO [pont. MAX. TRlB. POT. XXII. IMP. VIII. COS. IIII. OB. GALLIAM. SERVA'KAM. REBELLESQVE. SVBACTOS.

La première ligne, celle qui donne le nom et la filiation d< l'empereur, est tout à fait certaine. La première partie de 1 seconde, celle qui mentionne ses titres, est très probable. Seuls les six derniers mots de la fin qui rappellent le motif de rérectio^ du monument, sont assez douteux, et seulement conformes l'exactitude des faits et à la vraisemblance du style lapidaire d« l'époque.

L'arc de triomphe d'Orange est, on le voit, non seulement ui somptueux monument d'architecture qui date de l'origine mèm de notre ère, mais encore une véritable page d'histoire romaine e d'histoire nationale.

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