‹ Du Saint-Gothard à la merChapitre 17 sur 51 · ffi . f · texte numérisé non relu

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voit-on les cfatees verts de la tnifiFe, qui était dépasse aujourdliui vend et CD en expédie de francs sur le marr Europe entière, bien

Uc \t%>tà( V^»i^><tx ïztênte exKore une moitîon dans un ordre a iOiî^ i^uc^ <t<^\«<:SL Noi» avces parié plus haut de sa latitude et vW A^ iâ^t^^K^t ^ perat^ttent d étudier dune manière si favomWv W \^w:iafci^?e:JL Jfe^ la v^^étatk» suivant Foiientatioii et la h.w«v«r V>î«» ^octkuiant^ gM^^iaphiqae favorise aussi l'obser- ^'*'»^'» vK>«i ^>^k«^».io»èi»<« «Mkcorokgtqoes. Le Mont Venteux n'est

doDiiné, en effet, que du câté de l'Est et du Nord-Est par le Bâssif même des Alpes, dont il est éloigné de 75 kilomètres. De les autres côtés il fait face à la plaine. A l'Ouest, il faut aller i lia kilomètres pour trouver des sommets de 1,500 mètres Kolement; au Sud, les plus élevés ne dépassent pas 1,000 mètres

sont encore à une plus grande distance. Le Ventoux est donc

tmoQtagne en quelque sorte indépendante, absolument détachée Sa groupe orographique de toute la région Sud-Est de la France. Celte situation avait vivement frappé de Saussure au commen- Eïment du siècle. « Le mont Ventoux, écrivait-il, est sans doute

moins haut que le mont Blanc; mais les plaines qu'il domine I sont aussi moins élevées que le sol sur lequel repose notre I haute montagne. Il serait donc à désirer que l'on fît à sa cime

des observations météorologiques suivies de jour et de nuit,

ainsi que je l'ai fait sur le col du Géant. »

Déjà au dix-septième siècle, le savant Peyresc avait fait une remière ascension scientifique; il avait amené avec lui le Père fcuite Kircher, astronome distingué. Celui-ci avait été particutent impressionné de la merveilleuse transparence de l'atmophère. Il comparaît le ciel de la Provence k celui de l'Egypte; et, m traité des cadrans solaires, il déclarait que le sommet du itnloux offrait, avec son altitude de 1,900 mètres, les conditions

plus favorables pour l'observation continue des phénomènes (dotes, ^gyptiacum ctslum cœlestium phxnomenarum observalùni /aveiifisîtm u m .

A partir de cette époque, les ascensions des savants se multiifent. C'est d'abord en juin 171 1 celle du Père Jésuite Laval, fcnt le compte rendu est inséré dans les Mémoires de Tré- Wui (1) ; celle de Guérin, le correspondant de Saussure, qui étudia Hloi de décroissance de la température avec l'altitude; celles du

luralisie Requien d'Avignon, qui a doté sa ville natale de colfcctions complètes d'animaux, de plantes et de minéraux du

Il "^^m pour rhiiloirf des sciences tl des beaux-arts recueiUU far tordre " 'iU. Sérfn. MoHseigHeHr Sanverain des Dembes, de l'imprimerie de S. A. - TfiTûii», mai ,7,4, p. 895 à 918.

Ventoux; celles des géodésiens qui ont à plusieurs reprises déterminé sa latitude et sa hauteur, La Caille, Delambre, Zach, et des officiers d'état-major chargés de préparer le travail d*ensemble de la carte de France ; celles enfin de presque tous nos botanistes et géologues modernes (i). L'opinion du monde savant a été unanime. Le Mont Ventoux, placé pour ainsi dire sur la route des grands vents du Nord et du Sud, qui descendent des Alpes ou s'élèvent de la Méditerranée, et dont la rencontre produit fréquemment de violents orages, a été tout naturellement indiqué pour devenir le centre des stations météorologiques de b Provence.

Depuis la création des observatoires du Pic du Midi et du Puy de Dôme , la météorologie est sortie , en effet , de Tomière des observations locales. Elle a élargi son horizon ; et c'est un principe universellement reconnu aujourd'hui que l'étude des lois générales qui régissent le cours des phénomènes atmosphériques ne peut avoir lieu entre les murs étroits d'un laboratoire ou dans les limites de l'horizon borné des villes et des plaines habitées. Pour être fécondes , ces recherches doivent être faites sur les hauts sommets. II faut surtout qu'elles ne soient pas isolées, et que les observations soient poursuivies d'une manière simultanée sur plusieurs points du territoire relativement assez rapprochés.

Cet heureux résultat sera bientôt atteint dans la région du Sud- Est de la France. De l'autre côté du Rhône, en effet, faisant presque face au Ventoux, se développe la longue chaîne des Cévennes, dont la crête dessine la ligne hydrographique de partage des eaux qui sépare les deux grands versants de l'Océan et de la Méditerranée. L'un des plus hauts sommets de cette chaîne, le pic de l'Aigoual , situé à 1,567 mètres au-dessus du niveau del« mer, centre des stations de triangulation géodésique de Cassin et de l'état-major français, est le véritable nœud orographiqu» de toute la région cévenole. Comme le Ventoux , l'Aigoual a un< importance toute spéciale au point de vue météorologique. Ce qui l

^i) F. Leenhardt, Étude géologique de la région du mont Ventoux, 1883.

IBCtérise, en effet, c'est ce que l'on pourrait appeler « la lutte des

r(s » de directions opposées, la violence des orages, l'abondance

Is soudaineté des pluies auxquelles il doit son nom (Aigoual,

pies, Agua, eau). C'est sur les pentes raides de l'Aigoual qui

prient le Midi que viennent s'abattre les masses vaporeuses

■ant de la Méditerranée et poussées par les vents du Sud et

dnSud-Est (le marin) , où, subitement refroidies et refoulées par

Ifs vents du Nord, elles se condensent en trombes diluviennes qui

rappellent les pluies des tropiques , tandis que les pentes plus

douces du versant septentrional reçoivent les dernières ondulations

(lesgrandes vagues aériennes qui portent les tempêtes de l'Océan.

Aussi, la quantité moyenne de pluie tombée annuellement en

France atteint-elle son maximum dans la r^on de l'Aigoual.

• A Valleraugue (altitude 360 mètres) , petite ville cévenole,

[lie au fond d'une gorge, sur la rivière de l'Hérault et à

kilomètres de sa source, il tombe près de 2 mètres d'eau par

trois fois plus qu'à Montpellier. Au col de la Sereyrède

mètres), situé à la source même de l'Hérault et à 5 kîlo-

tresàpeinedu sommet de l'Aigoual, la moyenne de la pluie

Kteint 3", 30. Quelques gros orages d'ailleurs suffisent pour cela ;

eton a quelquefois mesuré des abats d'eau de o",30 et même de

fi45 en vingt-quatre heures (i). u

bDes amis éclairés de ta science météorologique, le docteur ninard et l'ingénieur Bouvier dans Vaucluse, le général Perrier Binsle Gard, se sont faits, pendant plusieurs années, les champions des observatoires du Mont Ventoux et de l'Aigoual. Leurs ffloits ont été couronnés de succès. L'observatoire de l'Aigoual fSt en voie de construction et même d'achèvement; celui du Mont Ventoux est terminé depuis l'année 1887, et rend déjà quelquesdes services qu'on était en droit d'attendre de lui comme météorologique et forestière.

P 11) Au Blcymard (I^oière) le 23 septembre iSfiâ. (Bull, Soc. d'agriculti nKcnde.) Cf. observations Faites de 1868 à iSSo par le service CoTeslier de

Y^-ViMx,N(itie*tHrrObienial<isrederAigi>ual. Mém. înéd. Ntmes, :8S6.

SECONDE PARTIE. — GUÎmTRB SEFTlftMB.

wStT

GrÂce à la nouvelle route à flanc de coteau praticable aux vai turea, grâce aussi à l'abri hospitalier qu'on trouve à l'obseni toire, l'ascension au sommet du Ventoux ne présente pli aujourd'hui de difficultés sérieuses. On peut trouver certainemenl dans le monde des points de vue plus pittoresi^ues et plus séduisants; il n'y en a certainement pas d'où la vue s'étende de tous cdtés sur d'aussi vastes horizons, découvrant des perspectives plus larges et plus variées. La pureté de l'air permet, en effet, d'embrasser souvent, avec une très grande netteté, d'un cûli l'ensemble de la chaîne des Alpes dominée par ses plus hauti sommets : le Mont Blanc, le Pelvoux, le Mont Viso, le grand et le petit Saint-Bernard ; de l'autre, le groupe des montagnes de l'Auvergne jusqu'au plateau central de la France , les Cévennes, le Canigou et les Pyrénées, Au pied se développe la vailée du Rh6ne sillonnée par son grand fleuve et ses affluents , le long couloir de la Durance jusqu'au mont Genèvre, la riche campagne du Comtat semée de villes, de villages et de hameaux; au midi.li plaine fertile de Provence traversée par ta chaîne des Alpines; plus loin, la campagne d'Arles, la Camargue et ses étangs; au dernier plan, oiiin, le grand horizon de mer.

vit

Le Ventoux présente enfin une dernière particularité. Il y pleut beaucoup, presque autant que sur l'Aigoual ; et malgré cela le sol de la montagne se maintient presque toujours dans un état de sécheresse presque absolue. La quantité d'eau annuelle qui tombe sur le Ventoux varie de i",50 à 2 mètres. C'est deux fois plos que la moyenne de la France. Il n'en faudrait pas tant sur un sol granitique, schisteux ou même formé de roches mélangées, pour entretenir une certaine fraîcheur et même l'humidité. Mais le Ventoux est une masse énorme de calcaire fissurée et crevassée de toutes parts. Les pluies même diluviennes y sont absorbées' très rapidement comme par un filtre, et l'évaporation de l'eau qui

^Pv,

séjourner à la surface du sol y est encore activée par (esséchante du vent et du soleil. Toute cette eau pluviale ut, de même que celle qui provient de la fonte de la neige, pas être absolument perdue; et presque au sommet, à êtres d'altitude, 123 mètres par conséquent au-dessous te supérieure, jaillit un petit filet intarissable qui se perd dans les crevasses, — la Fontfiliole, — dont la tempéraistante est de 5 degrés centigrades, précieuse ressource touristes et les habitants de l'observatoire. Cette Fontovient en grande partie de la fonte des neiges, bien qu'il as de neige pendant la moitié de l'année. autres petites fontaines sont échelonnées sur la montagne es hauteurs : la source de la Grave et celle de l'Ange!, irersant Sud, la source du Mont Serein, un peu plus te, à 1,450 mètres sur le versant Nord. Elles serpentent icnt à flanc de coteau , donnent naissance à de petites verdure, entourées de toutes parts par les pierres rout les rochers, et servent pendant l'été à abreuver les trout moutons.

tutre côté, au bas de la montagne, faisant face au Nordl'échappe la source du Groseau, miniature de la fontaine Juse, très intermittente aujourd'hui, mais qui certaJne- 'ait autrefois, lorsque la montagne était boisée, un débit isidérable et surtout plus régulier. C'était, en effet, on se die, à l'époque romaine, la source alimentaire de deux aportantes, Vaison et Orange; et nous avons vu que bien a conquête, le dieu topique de la fontaine (Graselos, i, Groseau) était l'objet, de la part de la population gallo- \ d'un culte très suivi.

la plus grande partie de l'eau qui tombe sur le versant aal du Venloux est entièrement absorbée par la masse de la montagne et ne reparaît plus à sa base. Cette eau [ sou terrai nement dans la plaine; et les assises néoco- 1 du sous-sol favorisent son écoulement. Elle s'emniaga- Mont Vaucluse, et contribue à l'alimentation

de la fontaine célèbre de ce nom , la plus chantée peat-itre it toutes les sources dans toutes les langues et dans tous les rytlk mes, illustrée par de poétiques amours, objet de la visite de tooi les touristes de la Provence, et dont nous ne pouvons nous emp^ cher de parier îd avec quelques détails.

On dit la « Huerla d de Valence ; on pourrait aussi bien Sat. la t Hueria ■ d'Avignon. La plaine qui côtoie le Rhâne et tjui s'étend jusqu'à la mont^ne de Vaucluse est, en effet, un véritable jardin. Enfermée entre le grand fleuve, la Durance et 11 |>etite rivière de l'Ouvèze, qui baigne les murs de l'antiqK Vaison, traversée par la Soi^es et ses ramiiications , ^Honnie par un nombre considérable de canaux et de filioles dont les chutts motrices actionnent une série presque ininterrompue d'usines et de moulins, cette plaine privilégiée, tour à tour échauffée par le soleil de la Provence, rafraîchie, colmatée, nourrie par des eaui d'arrosée et des eaux industrielles, est devenue une sorte de terre promise, L.a banlieue d'Avignon, en particulier, est une oasis d'une fertilité, d'une fraîcheur, d'une richesse incomparables.- La Sor^ues, ou mieux les Sotgues — car la rivière se divise en une foule de bras — divagu^ent autrefois dans cette plaine d Formaient un peu partout des marécages insalubres. Tout e9t transformé aujourd'hui; mais les désignations locales nous oat con9er^'é le souvenir de la physionomie paludéenne de la r^iin. La belle é^îse romano-byzantine du Thor, castrum de Tlurt, porte te nom de Notre-Dame du Lac. et rappelle ainsi une statH de la \'ierge Marie, retrouvée, dit-on, miraculeusement par un taureau dans les étangs qui entouraient la ville, aujourdliià transformés par ta culture en piairies de première valeur. L'ancien petit bourg de Saint-Laurent s'appelait, dans le principe, ■ le» lies 1. Imstilje, et n'était, jusqu'au neuvième Mècle, qu'une ag^oméiation mfonoe de misinbles cabanes de pâdteuiSf

ites sur pilotis, un peu partout au hasard dans la plaine par les eaux signantes de la Sorgues. Le marécage a été la plaine assainie et rendue à la culture, les eaux crouluntes localisées et maintenues dans des lits réguliers; et jourd'hui, la jolie petite ville de l'isle en Venayssin, ou l'Isle-suricgues, traversée par plusieurs canaux appelés, suivant leurs Hnsions, des « sorgues h ou des n sorguettes », ville en quel- Horte amphibie, toute ruisselante de l'écume de ses moulins ■ ses usines aux grandes roues clapotantes, est, depuis plus ■Batre cents ans, une des plus riches et des plus industrieuses pDintat.

Un peu au-dessus de l'isle, tous les bras de la Sorgues se

unissent en un seul. La vallée se resserre entre deux rangs de

pierreuses sur lesquelles s'étagent les vignes et les oliviers

ivence. A dix kilomètres plus en amont, la route fait un

brusque, et la vallée s'élargit un peu. Une petite église

ôône de la fin du dixième siècle, une colonne commémorât ive

: l'honneur de Pétrarque , quelques viviers où l'on conserve des

uites et des écrevisses dont la chair exquise a obtenu plusieurs

isd'illuslres, presque d'augustes suffrages {i), un groupe pitto-

sqac d'usines aux grandes roues pendantes dans la rivière,

st le gracieux hameau de Vaucluse. En l'air, sur la pointe

une roche escarpée, surplombant presque le village, se décou-

iBt les ruines d'un vieux château démantelé, le château de

Ètiarque, — comme on l'appelle à tort dans le pays où l'on se

sltà tout rapporter au poète qui l'a si bien illustré et chanté, —

1 rialité demeure féodale de son ami et protecteur Philippe

Cabassole, cardinal évêque de Carpentras et seigneur de

luse. Le paysage devient alors grandiose. La Sorgues bouil-

t dans son lit comme un gave pyrénéen. Ce n'est plus un

Voit cotre autres le récit du paatagruÉlique repas fait k Vaucluse par NT, comte de Provence, depuis Louis XVUl. Mercure de Fiance, 1777ier d'Avignon, 18 juillet 1777.

G. BaVlS, Quelques viaileura célèbres de Vaucluse, Roberl, rai dt NapUs, Une de Suéde. Joseph, roi de Bamire. Louis, roi de Hollande, etc. et arch. de Vaucluse. Avignon, 187g.

SECONDE PARTIE. —CHAPITRE SKl

torrent, c'est presque une chute d'eau, un enchevêtrement i « rapides h et de cascades qui s'entre-croisent, et dont les flots brisent contre d'énormes rochers écroulés des falaises latérales. 1

vallée se ferme alors tout à coup. C'est bien , comme son ne l'indique, la u vallée close », Vaucluse, vallis clusa. Une murai' s'élève à pic sur une hauteur de 200 mètres, flanquée de coati forts inaccessibles, dessinant une sorte de cirque, une immcn chambre aux parois calcaires et dénudées, dont la crête supérieui dentelée et déchirée, se découpe en créneaux sur le ciel. Çàet contre l'énorme muraille, un trou béant, un nid d'aigle, un p suspendu entre ciel et terre, cramponné par ses racines aux flan du rocher. Au pied de la falaise s'ouvre un gouffre insondable, C dirait l'antre mystérieux de quelque redoutable divinité. C'est source, ou plutôt c'est le point d'émergence à l'air libre, le pu sant vomitoire des masses d'eau emmagasinées dans la montagr et dont le volume, la fraîcheur, la limpidité, le mouvement tura tueux, les vagues écumantes, la poussière lumineuse et irii ont été si souvent chantés par les poètes, décrits par les géog phes, reproduits par les artistes, admirés par tous.

Ce qui frappe surtout dans cette merveilleuse fontaine de V; cluse, c'est la transition brusque du torrent impétueux en i rivière paisible et bienfaisante; c'est l'appropriation facile à ti les besoins de l'homme , à toutes les demandes de l'industrie de l'agriculture, de cette force puissante qui semblerait devoir è désastreuse et qui, immédiatement disciplinée, devient t source permanente de fertilité et de richesse; c'est surtout transparence de cette eau de roche que les crues, les orages, éboulements latéraux ne parviennent jamais à altérer, sa tero rature fraîche et constante qui ne varie, malgré les saiso qu'entre 12 et 14 degrés, et son incomparable pureté. Au p même des chutes et des rapides, dès que la Sorgues commet

à se reposer et ne rencontre plus d'obstacles, elle étend entre deux beiges fleuries une nappe d'eau limpide d'une merveilleuse couleur. Nulle part, ni dans les Alpes ni dans les Pyrénées, on n'en voit de plus belle ni même peut-être de comparable. La poétique rivière est à la surface d'un vert tendre, presque lumineux, et qui s'éteint par degrés dans les profondeurs de son lit; on dirait « une plante verte qui se serait fondue en eau, une herbe liquide courant à travers les prés (i). »

Bachaumont et Chapelle, dans leur voyage en Languedoc écrit i la fin du dix-septième siècle, nous ont laissé en vers une description très rapide, mais d'une netteté, d'une exactitude technique que ne désavouerait ni un géographe ni un ingénieur moderne. Les vers ne sont-ils pas le langage qu'on devrait toujours employer lorsqu'on parle de la rivière de Vaucluse ?

Là, parmi des rocs entassés, Couverts d'une mousse verdâtre, S'élancent des flots courroucés D'une écume blanche et bleuâtre.

La chute et le mugissement De ces ondes précipitées, Des mers par l'orage irritées Imitent le frémissement.

Mais bientôt moins tumultueuse, Et s'adoucissant à nos yeux.

Cette fontaine merveilleuse N'est plus un torrent furieux.

Le long des campagnes fleuries, Sur le sable et sur les cailloux.

Elle caresse les prairies Avec un murmure plus doux.

Alors elle souffre sans peine Que mille différents canaux Divisent au loin dans la plaine Le trésor fécond de ses eaux.

Son onde toujours épurée.

Arrosant la terre altérée.

Va fertiliser les sillons

(ï) A. MézièRES, Pétrarque, étude d'après de nouveaux documents. Paris, 1868.

De la plus riante contrée ^^^

Que le Dieu brillant des saisons. ^^H

Du haut de la vofkte azurée. ^^^H

Puisse échauffer de ses rayons. ^^^H

Il est impossible de mieux dire. La Sorgues est en effet ï il fois un charme et une fortune pour l'heureux pays qu'elle traverse.

Bien que ses eaux très pures et très fraîches n'aient pas la qualités agricoles des eaux limoneuses de la Durante qui sont, pour les terres qu'elles arrosent , une véritable nourriture, elles ont transformé, dans un parcours relativement assez restrebl (li distance entre Avignon et Vaucluse est de 30 kilomètres environ), plus de 2,100 hectares, autrefois de médiocre valeur, aujourd'hui en pleine prospérité.

Des statistiques récentes et parfaitement exactes ont permis ife chîlTrer l'accroissement de fortune produit par ces irrigations.

Les 2,100 hectares arrosés donnent, en effet, un produit bnit annuel de 1,000 francs au moins par hectare et un produit net de 200 francs. C'est donc un minimum de 2,100,000 francs depn^ duits ^ricolcs que les eaux de Vaucluse ont pour ainsi dire créés, et un produit net de 420,000 francs au moins.

Le sol avait autrefois une valeur insignifiante, quelquefois même ce n'était qu'un marécage insalubre. L'hectare arrosii aujourd'hui une valeur moyenne de 4,000 francs au moins. L> plus-value des terres de la plaine est donc de 9,000,000 environ; et cette estimation est certainement plutôt au-dessous qu'au-de^ sus delà vérité.

Les eaux de la Soigues sont encore et surtout utilisées ptf l'industrie; et plus de cent usines — papeteries, filatuçes, scieries, moulins à farine et à soie — sont échelonnées sur les diffi* rents bras de la rivière. La force motrice totale de ces usiiKS est de plus de 5,200 chevaux-vapeur bruts, dont le tiersenn" ron seulement, 1,730 chevaux, est utilisé; et, comme on pe"' admettre qu'un cheval-vapeur est l'équivalent de deux cheval" ordinaires, la force utilisée correspond à 3,460 chevaux. A raisot de 5 francs par collier et pour 300 jours de travail effectif par a»

c'est donc en quelque sorte pour rien, sans frais de combustible et sans dépense coûteuse d'installation, l'équivalent de cinq millions 190,000 francs de travail.

Cinq millions de travail annuel presque gratuit et neuf millions de plus-value de la valeur foncière du sol, tel est le bilan des eaux de la Soignes. On a donc pu le dire avec raison : la fontaine de Vaucluse est pour la plaine d'Avignon l'image vivante de la corne d'abondance (i).

(i) Les moteurs hydrauliques qui mettent en mouvement les usines échelon- ■écs sur la Sorgues et ses ramifications se répartissent ainsi :

ROUES

pendantes

ROUETS

k roues horizontales

ROUES

de côté ordinaires

ROUES

de côté à la Poncelet

ROUES

en -dessus

ai

Entre la fontaine de Vaucluse et les Espélugues . . .

Branche de Tlsle

Canal de Vaucluse

Branche de Velleron

Totaux

Nombre total des moteurs hvdrauliaues

La puissance de tous ces moteurs, exprimée en force de chevaux-vapeur, est la suivante :

Force brute Force utilisée en en

chevaux-vapeur chevaux-vapeur

Entre la Fontaine de Vaucluse et les Espélugues. . . . 860 212

Branche de Tlsle 954 276

Cinal de Vaucluse 2 . 303 947

Branche de Velleron i 1 1 5 29 1

Totaux 5 . 232 i . 726

]-A. Barral, Les irrigations dans le département de Vaucluse. Paris, 1878.

t de la fontaine de Vauduse est très variable. t saison des pluies, après de forts orages, la masse deï ' ies par la grotte comme par un robinet monstnieui ■nt jusqu'à 130 mètres cubes à la seconde; mais c'est un imum. La Sorgues prend alors l'importance d'un ' pi rieuve. Dans ces conditions de débit, à certaines heureJ ■ jj iour, le soir surtout, le spectacle est une véritable féerie de 11 | rc. Le torrent en entier disparaît sous l'écume, et la goc^ M elle-même noyée dans une poussière d'eau il — ji s rayons du soleil développent une multitudk!

ircs-en-ciel entre-croisés. I

En temps ordinaire, le débit est beaucoup plus modeste; dj squ'il descend à 22 mètres cubes par seconde, le niveau de 1h source cesse d'affleurer le seuil du déversoir. La fontaine os ' s'épanche plus alors à l'extérieur. La cascade est à sec ; mais les sources toujours très abondantes qui surgissent au pied de la falaise continuent à alimenter la rivière de la Soignes, qui reprend bientôt après son r^me torrentieL Les eaux peuvent s'abaisser ainsi graduellement dans la grotte, où elles forment une nappe tranquille et d'une pureté parfaite. Cette limpidité de l'eau est telle qu'on a pu quelquefois, à l'époque des plus bas étiages, distinguer très nettement le contour intérieur de l'hémicycle noyée* apercevoir même dans le fond de la vasque une sombre ouvertuR qui marque le couloir d'amenée. Cet extrême abaissement do niveau de la fontaine ne se produit qu'assez rarement et à la suite de sécheresses prolongées, a La constatation la plus ancienne q*" en ait été faite remonte au 28 mars 1683; elle fut confiée par'* vice-légat Nicolini à P. Mignard, peintre de la ville d'Avigno»! et, d'après le procès-verbal qui en a été dressé, on peut estîm** que le niveau de l'eau descendit alors à I9',54 en contre-bas o^ seuil du déversoir. Le 17 janvier 1833, le niveau descendit à «**

A et demi plus bas encore ; et on put lire, pour la première fois, s un siècle et demi, la date gravée par P. Mignard (i). Le ibre i86g, on a observé un abaissement encore plus «nsidérable; le niveau de l'eau est descendu à i",56 au-dessous de celui de 1683, soit à 21", 10 en contre-bas du seuil du déversoir. Il n'a jamais depuis lors atteint cette limite ; et on l'a adoptée pour y placer un repère et en faire le zéro d'une échelle ou 0 Sorgomèlre 0, qui sert de mesure aux hauteurs de la fontaine (2). n Dans les sécheresses les plus extrêmes, comme en i86g, alors que le niveau de la nappe souterraine est à 2 1 mètres au-dessous du réservoir, le débit de la rivière est encore de 5,300 mètres cubes par seconde. C'est l'extrême minimum de débit observé •iepuis plus de deux siècles jusqu'à ce jour. En temps d'étîage ifdiiiaire, le volume d'eau est toujours de 8 mètres cubes au Hins. La Soi^ues, malgré son faible parcours, est donc une Beitabic rivière, égale au point de vue hydraulique, supérieure même à un grand nombre de cours d'eau de la France d'un très bp développement. Son débit, à ses différents états, est : à ^ttiage extrême, d'un peu plus de 5 mètres cubes par seconde ; — Rétiages ordinaires, de 8 mètres cubes ; — en temps normal, de H2Q mètres cubes; — pendant les grandes crues, de 100 mètres »(3}-

L'origine et l'abondance des eaux de la fontaine de Vaucluse «emindent une explication. On a quelquefois parlé de la fonte des "«^sur les contreforts les plus rapprochés des Alpes Briançonts; mais, d'une part, il est assez difficile d'admettre le chemi-

ft Procès- i-erba] dea

£K, La/onl P"Hences. Montpellii * Documents publï<

délibérations du Conseil municipal de Vaucluse, Arch.

linr de Vaucluie. Association française pour l'av

\s par la commission météorologique de Vaucluse

nement souterrain d'une grande masse d'eau à travers des vall6 profondes et des terrains de constitution géologique très différent sur 150 à 200 kilomètres de longueur; et, d'autre part, la Sorgues coule le plus souvent à pleins bords pendant Thiver, c'est-i-dirc à l'époque des plus bas étiages pour tous les cours d'eau alimentés directement par les glaciers, et son débit diminue au contraire en été, alors que les glaciers se résolvent en eau. La Soigues n'est donc pas une rivière d'origine alpestre et glaciaire.

L'hypothèse d'une dérivation souterraine de la Durance et d'une filtration des eaux troubles de cette rivière à travers la montagne de Vaucluse paraît tout d'abord plus séduisante. La Durance, en effet, décrit autour de la fontaine de Vaucluse un grand circuit à une distance assez faible — 30 à 50 kilomètres environ. Son niveau est, du côté de Forcalquier et de Sisteron, supérieur à celui du bassin de la source. Il ne paraît donc pas impossible, à première vue, qu'il puisse s'établir une sorte de siphonnement entre les eaux de la Durance et la grotte d'oi s'échappe la Sorgues. Toutefois, un volume moyen de 1 5 à 20inètrei cubes d'eau par seconde ne saurait être prélevé sur une rivière comme la Durance, dont le débit descend quelquefois à 60 mètres cubes, sans qu'on remarque une diminution sensible de ce débit; et c'est ce qu'on n'a jamais observé. On a constaté assez souvent, au contraire, d'assez forts débits de la Sorgues, alors que la Durance était à son plus bas étiage. Ces discordances sont très nombreuses et très accentuées ; et elles seraient tout à fait inexplicables si les deux rivières communiquaient entre elles par un canal souterrain.

L'origine des eaux de la fontaine de Vaucluse est en réalité toute locale, et la science géologique est ici en parfait accord ave< les légendes populaires du pays.

Le terrain qui circonscrit le mont Ventoux appartient, sur un grande étendue, à la formation néocomienne. Or, le calcaire néocc mien est formé de couches puissantes placées à la base du terraJ crétacé et traversées le plus souvent par des fissures, des cr vasses, des galeries communiquant les unes avec les autres

LE MONT VBNTOOX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE. ao3

tnmiant un inextricable fouillis. Ces cavités, ces grottes profondes eiistent un peu partout dans la longue bande néocomienne qui iïtend depuis la petite ch^ne des Alpines sur la rive gauche de ii basse Durance jusque dans le Jura Bernois. Les départements d«Bguches-du-Rh6ne, du Gard, de Vaucluse, de la Drôme, de l'Ardèche, les montagnes de Voirons et de la Chartreuse, celles (!e Vaud et de Neuchâtel en contiennent un très grand nombre. Li caractéristique de ce terrain est à l'extérieur un sol aride, rocailleux, dépourvu souvent de toute végétation arborescente ou herbacée. Les ravins sont à sec, sauf pendant les orages. Les eaux de pluie même très abondantes sont immédiatement absorbées et filtrent à travers les roches fendillées. Ni puits ni sources SUT les plateaux. Les villages bâtis dans ces garrigues désertes ne peuvent être alimentés que par des eaux de citerne. Le sol est en outre percé de distance en distance d' « avens » ou abtmes, sortes lie puits ou de grandes cheminées verticales qui communiquent avec les cavités profondes de la montagne. En certains endroits, il en est liltéralemenl criblé.

Ces avens sont presque tous comblés aujourd'hui; mais, à l'origine de la période éocène, ils ont donné passage à des eaux Wttnsionn elles qui ont vomi à la surface du sol des dépôts de 'liiute nature, — fer hydraté, argile réfractaire, sable concrétionné, -connus sous le nom de terres sidérolithiques. Ces extravase- Unts sont en tout point semblables à ceux qui sont produits par 1 Éruptions d'eau chaude, connus en Islande sous le nom de 'pysers n, et dénotent, à cette époque géologique, une grande ttivité de l'action hydrothermale souterraine. Vers la fin du phé- OOiène, la force de l'éruption s'est modérée; les matières ter- Wses, tenues en suspension dans les colonnes d'eau geysériennes. Ht obstrué les grandes cheminées et tous les couloirs qui leur tenaient passage, comme les laves refroidies des volcans ont Onché les orifices d'où elles sont sorties. C'est ainsi que la (nparl des avens se sont comblés. On ne les reconnaît plus Sqourd'hui qu'aux dépôts de matières extravasées des cavités touierraines; et l'énorme masse de ces dépôts répandue à la sur-

ao4 SECONDE PARTIE. ^ CHAPITRE SBPTlftMB.

face 8VLT des centaines dHiectares peut donner une idée de V tance de ces cavités .

Dans la région de Vancluse, quelques-uns de ces puits encore béants. Celai de Cniis, entre Forcalquier et Sisterooi a diamètre de près de 35 mètres, et on a pu y descendre ji 66 mètres de profondeur. L'aven de Coustdiei à l'Ouest de diers, dans l'arrondissement de Forcalquier, présente une toute parée de stalactites comme une grotte d'Islande. On ne y descendre sans danger; mais les pierres qu'on jette dansl' mettent 7 secondes pour venir heurter un rocher en saillie forme un étranglement dans la cheminée verticale; elles sent ensuite cet étranglement, et le bruit de la chute va s'affaiblissant pendant une douxaine de secondes encore, oe permet de pouvoir donner à ce puits une profondeur d'une taine de mètres.

La plupart de ces avens sont très difficiles à sonder, à cause 1 leur direction inclinée, des obstructions produites par la tien, des agglutinements de matières terreuses, des d^ du couloir, de ses rétrécissements et de ses ramifications en sieurs bras. Toutefois, on a pu sonder Taven du Toumple, situéàj I kilomètre et demi au Nord-Ouest du château de Javon, jusque 95 mètres de profondeur ; et aux avens du Grand-Gérin et de Saint- Jean-Nouveau, situés dans le voisinage du village de Sault, b sonde a pu descendre à 100 et même à 180 mètres.

On conçoit que Timagination populaire a dû de tout temps ètie très surexcitée en présence de ces abtmes ouverts à des profoe* deurs indéterminées, et présentant des difficultés d*exploratioi j presque insurmontables. Les bergers du pays sont les propagft* teurs de mille légendes, toujours à peu près les mêmes, mais qv présentent toutes un trait commun qui est la disparition de l'objet

■^ OB de la victime jetée dans le gouffre et sa réapparition , quelque temps après, à la sortie de la Fontaine de Yaucluse. Bien avant

; les savants, contrairement même à l'opinion de quelques-uns d'entre euï, les ignorants n'ont cessé de dire et de croire que

tous ces avens pénétraient dans les entrailles du sol jusqu'à des ttvernes immenses, mystérieuses, plus ou moins inondées d'eau, 'I communiquant entre elles , et finissant par aboutir à la Sorgues par (les canaux souterrains. 11 faut le reconnaître : les ignorants ont vu clair; et les légendes n'ont été ici, comme dans biun des cas, qu'une forme Imagée de la vérité.

Des accidents répétés ont mis en évidence la réalité des communications entre les avens et la Fontaine de Yaucluse. Bien que lenombre de ces avens béants à la surface du sol soit très considérable, et que toute la région montagneuse et aride qui s'étend ukIcssus de la Fontaine en soit pour ainsi dire criblée, il en eiisle un plus grand nombre encore de cachés et d'inconnus, M qu'ils aient été obstrués par des broussailles et des ébou- Itmenis, fermés par des apports charriés par les pluies d'orage, fliisqués ensuite par une maigre végétation, ou le plus souvent engorgés par l'espèce de lave sidérolithique qui s'est épanchée par leur canal, La masse énorme des dépôts ainsi extralisis des profondeurs du sol à la surface est une indication évidente de la présence cachée d'un très grand nombre d'avens invisibles dont ils masquent l'emplacement, et que des circonstances fortuites peuvent rendre tout d'un coup apparents. A plusieurs reprises, en effet, sous l'action lente et prolongée des "ifillrations pluviales, ou par suite de quelque dislocation inté- Wure, de quelque tressaillement de l'écorce terrestre, on a vu «tte terre de recouvrement éprouver un tassement subit. Un «ilonnoir plus ou moins profond s'est formé, et l'orifice d'un Muvel aven est apparu. Les eaux de pluie s'engorgeant avec les 'wies éboulées dans cet abîme récent ont alors pénétré dans les fissures sous-rocheuses; et, quelque temps après, le flot si pur de lî Fontaine de Yaucluse prenait une teinte ocreuse très prononlà une preuve indéniable de la communication de touj

itE MONT VENTOUX ET LA FONTALNE DE VAUCLUSE.

■ mêmes expériences seraient intéressantes à faire dans la a de la Fontaine de Vaucluse, et on peut en prévoir d'avance niltats certains. On aurait beau verser dans la Durance des lelulions salines ou colorées, les eaux delà Sorgues n'en resteit pas moins pures. Le contraire aurait certainement lieu si l'on Bit avec ces dissolutions les avens qui criblent la surface Ijlateau; et l'eau de la Fontaine ne tarderait pas à être altérée Wlorée, comme elle l'a été toutes les fois que des éboulements jjtKls dans ces avens ont entraîné de la terre ou de l'argile rouvre dans les cavités intérieures de la montagne. La région cree des avens disséminés sur le plateau constitue donc le b alimentaire de la Fontaine de Vaucluse (i).

les observations faites par la Commission météorologique de le confirment d'une manière évidente. Plusieurs stations ibïques ont été placées à des altitudes différentes et à plus ou moins éloignées de la Fontaine; et on peut ■«rec quelle régularité et quelle rapidité les variations de la lie, à chacune des stations, se transmettent à la courbe des tnts de la source. Un intervalle de vingt-quatre ou de quaranteb heures au plus, suivant l'éloignenient , suffit pour cette Hmission, qui, sauf un léger ralentissement, dû aux difficultés h circulation souterraine, s'opère avec la même ponctualité ri'il s'agissait d'un bassin ordinaire et d'un cours d'eau à ciel

iCgraphique comparatif des hauteurs de pluie tombée et des (*urs de la Fontaine permet encore de constater qu'avec les basses, des pluies d'une certaine importance ont pu se prodans le bassin de réception sans déterminer de surélévation

W) Voit 11 urte da bassin alin

e de la Fontaine de Vandoie, pi. X.

'Ainïrê.

3o8 SBCONDK PA1

dans la courbe des débits de la Soi^ues et sans même arrêter décroissance. C'est encore une preuve de l'existence de vastei réservoirs souterrains où les eaux de pluie trouvent facilementi' s'emmagasiner lorsque le niveau est bas, sans que les écoul»! ments en soient influencés d'une manière immédiate et a)^ rente (i).

Le bassin alimentaire de la Fontaine de Vauciuse peut avoir une superficie de 160,000 hectares environ. D'après les releïft météorologiques de ces dernières années , la hauteur moyenne àt l'eau de pluie tombée dans la région varie de 60 à 80 centimètre» par an. C'est donc une masse annuelle de 960 à 1 ,2So millionsde mètres cubes qui tombe sur le bassin alimentaire de VaucluiB; comme sur une immense éponge percée de larges et de nombreusecellules. Une certaine partie de cette eau météorique s'éi'Sp pore k la surface ou s'écoule dans les ravins qui sillonnent pays. En temps d'orage surtout, la Nesque, ordinairement à se devient un impétueux torrent, et le Coulon décuple, etaudelà^ son déijit. Mais l'éponge s'imbibe toujours; les crevasses seiaO' plissent; et l'énorme masse néocomienne de la montagne, comme un filtre, entretient dans le sous-sol un appro^ ment d'eau limpide, qui assure la continuité du débit de la Fontaine même après des sécheresses prolongées.

Le volume moyen de la Fontaine de Vauciuse est de 15 i 20 mètres cubes par seconde, soit de 500 à 650 millions de mètre» cubes par an. C'est, on le voit, à peu près la moitié de la quantité d'eau météorique tombée sur toute l'étendue de son bassin alimentaire; l'autre moitié est perdue par l'évaporation ou entiatnée superficiellement dans les ravins et les torrents.

Ces évaluations ne peuvent être , bien entendu , qu'approxirat'' tives ; et il faut sans doute laisser une certaine marge pour IM erreurs d'observations, et surtout pour la détermination esicte

(]) M. Bouvier, La fontaine de Vanduse, ep. cit. A. DavbkéE, Lis taux souferrainea à npoque actuelle. Paria, 1887. Voir le graphique des débits de la Fontaine de Vaucliue et des hauteurs d'M je pluie tojnbËe sur Je plateau aJimentaire, pi. XI. 1

des limites du bassin alimentaire ; mais cependant il y a u portion très rationnelle entre la quantité d'eau tombée sur ce bassin et celle qui s écoule par son oHBce le plus bas, la Fontaine deVaucluse, véritable bonde de fond de l'immense réservoir. Il Ht donc très probable que ces chiffres ne sont pas très éloignés de la réalité.

On peut même, en comparant le débit de la Sorgues à l'abaissement graduel du niveau de l'eau dans la vasque de la grotte, avoir une idée assez exacte de l'étendue des nappes d'eau souterraines. Le niveau de l'eau dans cette vasque a une relation directe avec celui de ces nappes; il s'élève et s'abaisse en même lîmps. Après une longue période de sécheresse, alors que le sol très pennéable a égoutté dans les cavités de la montagne toutes les eaux pluviales , l'alimentation de la Sorgues ne peut avoir lieu qu'au moyen de réserves souterraines. Il est probable, pour ne pas dire certain, que ces réserves sont réparties en plusieurs lacs Ou bassins intérieurs communiquant les uns aux autres par de nombreuses ramifications, et que, s'ils n'ont pas le même niveau, tous ces niveaux sont solidaires. L'abaissement de ces niveaux «fcûl donc correspondre au débit de la Sorgues elle-même.

Or, on a vu la Sorgues, après quatre mois de sécheresse absolue, débiter régulièrement plus de 6 mètres cubes d'eau à la Seconde, pendant sept jours consécutifs, empruntant ainsi plus de trois millions et demi de mètres cubes d'eau à la réserve inténeure. Les niveaux de cette réserve ont donc dû nécessairement s'abaisser en proportion ; et on a observé , en effet , que le niveau <^e l'eau dans la vasque de la grotte était, pendant cette même période de temps, descendu de ii centimètres. S'il n'y avait lu' un seul lac ou bassin intérieur, le calcul serait très simple et I teol à fait rigoureux ; il donnerait pour la superficie de la nappe j souterraine une étendue de 3,354 hectares. Mais comme il est j

• probable que les réserves souterraines se composent de plusieurs I

Hwsinsdont les niveaux , quoique solidaires, ne suivent pas tous J

^^pactement la même progression ascendante, il est rationnel de ne 1

^Bcnsidérer ce chiffre que comme approximatif; et nous pensons ^^^fl

On a cru même pouvoir aller plus loin ; et on s'est demandé it on ne pourrait pas, tout au moins approximativement, se rendre compte de la masse totale de l'eau emmagasinée. Ce volume est évidemment très variable dans le courant d'une même ancée. Il dépend des saisons, des orages, de !a quantité de pluie tombée, des conditions d'écoulement et d'évaporation à la surface. Tout»fois, bien que la question ne soit pas susceptible d'une solution exacte, on pourrait arriver à une sorte d'évaluation , si l'on connaissait en quelques points la profondeur des nappes d'eau soutes raines dont la superficie est de 3,000 hectares environ en eaai' basses. Malheureusement, il est absolument impossible de s'engager profondément dansle canal d'amenée des eaux de la Fontaine. C'est un immense siphon plein d'eau dans lequel on n'a pu faire qu'une exploration restreinte. En 1878, un ouvrier scaphandiitf a tenté cette redoutable aventure. Le courageux plongeur a pa descendre et séjourner pendant près de vingt minutes jusqu'à 23 mètres de profondeur au-dessous du niveau de l'eau du bassini mais il a dû s'arrêter là. Les dimensions et l'inflexion du couloir ne permettant plus le passage d'un homme, il a pu faire rouler un boulet qui lui a paru accuser le fond à 7 ou 8 mètres plus bas, Oo a donc pu évaluer à 30 mètres au moins la profondeur de l'eau à<i bassin au moment de cette périlleuse exploration. Rien ne dit qu'en d'autres points, sous la montagne, la profondeur de la napj» d'eau ne soit différente. On ne peut faire à ce sujet que des suppositions; mais, si on considère cette hauteur d'eau de 30 mètn* comme une moyenne, et si on l'applique à la surface du basaU intérieur qui est de 3,000 hectares, on voit que la réserve d'eaa emm^asinée atteint le chiffre formidable de près d'un miUiar

nôtres cubes. Ce n'est là, à vrai dire, qu'une hypothèse; mais n'a rien d'absolument invraisemblable.

F Le seul chiffre qui présente un certain degré d'exactitude est Celui que nous avons donné pour la surface de la nappe d'eau souterraine, — 3,doo hectares environ. Comment ces 3,000 hectares sont-ils répartis sur cette surface ? Y a-t-il sous la montagne de Vaucluse un ou plusieurs lacs communiquant entre eux par des isthmes et des goulets ? des rapides, des chutes d'eau ? Quel est le nombre, la largeur, la forme de tous ces méandres souterrains? Existe-t-il, dans ces sombres profondeurs, une série de cluses et de falaises entre lesquelles !a rivière se développe en plusieurs bras ? Quelle est la hauteur sous voûte de ces grandes cavernes dont les toits sont percés par les grands couloirs verticaaji des avens, comme par des cheminées aujourd'hui obstruées? Quelles sont les conditions de la vie animale et végétale, la structure minéralc^que, la flore, la faune, dans ce royaume de ténèbres? Quelles merveilles ou quel spectacle de désolation le premier rayon de lumière permettra-t-il d'y découvrir si l'on parvient S jour à déboucher un ou plusieurs avens? L'imagination peut r ici libre carrière.

Si jamais ce monde, jusqu'à présent caché, peut s'ouvrir devant - et à vrai dire il n'y a là aucune impossibilité absolue, — on trouvera peut-être, probablement même, sous la montagne de Viucluse, l'équivalent des merveilles souterraines de l'Istrieetde « Karniole. Toute la région du Karst est en effet comme celle de ^aucluse, en nature de calcaire très perméable, sillonnée en tous r des fissures et des crevasses. Les eaux ne séjournent pas rface; les pluies sont immédiatement absorbées, et les 1res ravins s'engouffrent dans des grottes et des cavernes c sortent qu'après un parcours plus ou moins long et qui quelquefois plusieurs kilomètres. C'est le pays pour ainsi ïâique des rivières souterraines.

. mêmes phénomènes doivent se manifester de la même

de la

I dans les mêmes terrains ; et 1 ; eo particulier présente un très gran^

rures profondes, de galeries et de rivières couvertes dont l'exploration, toujours assez difficile, commence à être l'objet d'études sérieuses de la part de hardis pionniers.

Aujourd'hui qu'on a escaladé presque tous les pics des Alpes, les naturalistes et les géologues, jaloux de mettre le pied sur un sol absolument vierge, doivent descendre sous terre pour trouver un champ d'explorations tout à fait neuf et fertile en observatioDS et surtout en émotions, h Tout a été parcouru sur les hauteurs, a-t-on dit, et l'on vient trop tard depuis plus de trente ans qu'il)' a des alpinistes... et qui grimpent (i) n ; et c'est ainsi ques'est constitué depuis quelques années, notamment en Autriche-Hongrie, une sorte de sport d'un nouveau genre, ayant pour objet 1» reconnaissance scientifique des cavités souterraines. On a pu ainsi parcourir déjà et lever topographiquement un immense dédale de galeries noyées, de grottes, de couloirs. Le succès a couronné ces premiers efforts. La Hohtenkunde (étude des grottes), ou la Hohlenforschung (exploration des grottes) , est devenue une variété des plus intéressantes de l'alpinisme, comportant sobs i terre tous les modes de locomotion, cheminement, reptation, glissement, escalade, navigation même, exigeant par conséquent un | outillage spécial, des aptitudes physiques peu communes, un cou- j rage très réel, et pouvant procurer à de fervents pionniers, en 1 échange des fatigues éprouvées et des périls encourus, desénifr tions incomparables et tous les enthousiasmes des découvcrtts imprévues.

L'obscurité absolue dans laquelle sont plongées les grands cavernes traversées par les cours d'eau, leur profondeur inconniiti les dangers de l'exploration, en avaient fait pendant longtemps un objet de terreur et de superstition. Aujourd'hui, quelques-unO de ces grottes, que des légendes populaires persistent à peuplo d'esprits mystérieux et d'êtres invisibles et surnaturels, sontdeïf nues pour les touristes des excursions classiques (2) .

pin, anoée 1889.

libre grotte d'AdeIsberg en Kainîole, dans laqi

LE HCHfr VENTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE.

■■Ce qui constitue la véritable féerie de toutes c sont les concrétions cristallines dont elles sont presque toujours Opissées. On connaît le mécanisme très simple de ces magni6ques lomiations. En pénétrant lentement dans les pores et les fissures des massifs calcaires, l'eau de pluie se charge, par dissolution, de substances diverses, notamment de carbonate de chaux. Elle finit pîT traverser toute la couche minérale et par arriver en gouttes lux voûtes des grottes souterraines. Chaque goutte tremble d'abord pendant un certain temps et finît par tomber verticalement iurle sol après avoir abandonné à la voûte une partie de son cartonale de chaux. C'est l'origine de la m stalactite n. Des millions dégouttes se succèdent pendant des milliers de siècles, abandonnant chacune une petite parcelle minérale et finissant à la longue par laisser suspendue à la voûte une aiguille de cristal. Un phénomène analogue se produit sur le sol de la grotte. Les gouttes ijni tombent ne sont pas absolument pures et contiennent encore une partie de matières terreuses. Cette matière finit par se déposer à son tour et augmente d'une manière infinitésimale, mais continue, formant tantôt un glacis, tantôt des concrétions mamelonnées, souvent des aiguilles verticales appelées « stalag-

La stalagmite s'élève graduellement à mesure que la stalactite descend. L'une constitue le chapiteau, l'autre le piédestal d'une colonne. Quelquefois les deux extrémités se rejoignent , et la colonne de cristal est formée. Le plus souvent, la voûte est franger de draperies d'un blanc mat, de pendentifs, sorte de végétation minérale toujours en progression, qui prend les formes les plus variées, glaçons suspendus, fontaines congelées, fleurs, ^its, pyramides, obélisques, tours, autels, tuyaux d'orgue,

llnTièce de ta Poïka entre par un ma^îËque portail pour en ressortir, à dix kilombres plus loin, piËs de Flaaiiia, 90us le nom de rivière d'Uni, et dans bqDelle an petit tramway est établi sur près de deux kilomÈtres de dèveloppe- KnL Les fp'ottes d'Adelsherg et de Flanina sont connues de tous les touristes k l'Europe ceotrale. L'industrie et la spéculation s'en sont emparées comme des te beaux sites de la Suisse; et, deux fois par an, des milliers de voyageurs it de Vienne et de Triesle pour assister à leur illumination.

statues drapées, fantômes, figures d'animaux vrais ou fantastiquory groupes humains ou monstrueux. Les arceaux et les avenua s'entre-croisent dans ces immenses halls souterrains, étages à différents niveaux, coupés de distance en distance par des gouffres insondables, des lacs d'eau dormante, des bras de rivière avec leurs rapides, leurs cluses, leurs cascades, leurs falaises escaN pées.

Dans cette obscurité absolue se développent une flore et une faune spéciales, plantes incolores et spongieuses, mousses et cryptogames presque pétrifiés, animaux rudinientaires, poissouf et crustacés sans nerf optique, aveugles comme ceux qui habitent les régions les plus profondes des lacs de montagne où la lumîèf* ne pénètre jamais, et dont les conditions de vie sont appropriées à leur étrange milieu. Tout ce monde souterrain n'a été jusqu'à présent qu'entrevu ; et on conçoit tout l'intérêt qui s'attache i une exploration sérieuse et scientifique de ce sous-sol dont noit ne connaissons encore que quelques accidents épars et très semés.

Dans CCS derniers temps, un courageux explorateur a réussi! suivre sous terre une de ces nombreuses rivières qui sillonnenlà travers d'étroites déchirures les plateaux dénudés des Cévenna désignés sous le nom de « causses w [calx, chaux ; caoïu, *■! idiome languedocien et cévenol) . C'est le Bramabiau {brama-bitot, beuglement du taureau), une des merveilles de la France méridionale. La petite rivière de Bonheur, échappée des flancs de l'Aigoual, s'engloutit tout entière dans la montagne calcaîreet n'en sort en mugissant, à 90 mètres plus bas, qu'après un parcours sinueux de plus de 700 mètres. « Rien ne ressemble plo* aux galeries intérieures de Bramabiau, dit M. Martel, que l(S classiques coupures des torrents alpestres, appelées gorges en Suisseet en Savoie, eti/ammfw en Autriche. Que l'on suppose voûtées à leur sommet les fissures où bondissent le Fier, près d'Annecy, la Diosaz, près de Chamonix, le Trient, la Dornant, près de Marfr gny, la Tamina, près de Pfaffers, l' Ache {Liechletisieiii~Klammi)s près de Gastein, etc., et l'on aura la représentation assez fidèle

LK «ONT VEKTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE. aïs

S canaux par lesquels s'écoule la rivière de Bonheur, Le tableau ffant permet d'en Juger:

DÊSIGNATiON

^CAKTIUENT

d» paroi]

— de la Diosaz . .

— du Trient

— de la Dornant. .

— de la Tamina . .

Lwchtenstein

Coi^ de BramabUu . .

Lorsque, dans un certain nombre de siècles, les arcades ogivales

supportent le plateau de Camprieu se seront affaissées sous

Sort lent, mais continu, des érosions, Bramabiau deviendra une

iple klamme; et ses flots s'écouleront comme ceux de ces tor-

Itsalpestres. Pour îe moment, c'est un véritable Trient cou-

. Il possède son tunnel supérieur, des sources intérieures,

lents cachés d'origine inconnue, «ne cascade, des rapides et

de i,ooo mètres de galeries à sec portant à 1,700 mètres le

sloppement total de ses ramifications souterraines (i) ».

Parmi les plus belles et les moins connues de ces cavernes, il

citer celles d'Arta et del Drach, dans l'île de Mayorque, la

grande des Baléares. On n'a pu en faire encore qu'une

annaissance sommaire, et sur un parcours très limité. Mais

ficit pittoresque de son premier explorateur peut donner une

de la physionomie particulière et de l'étrange beauté de

pays^es souterrains, m Nous pénétrons dans la première

Je. Peu à peu nos yeux s'habituent aux ténèbres ; et ta

e des lampes devient suffisante pour voir des contoursqui se

ent et même des reliefs éloignés, La nature a réalisé là les

ft.-A. MaRIKL, Lei Cétenneiel la rfgian dei laMua. Paris, 1690. MxfitraHmt dts taux inlfrirHrts tt dft cavtmts dis (aussts. Club alpio,

formes les plus terribles d'une sorte de cauchemar. Des langues de flamme pétrifiées lèchent les parois ; un lion énorme s'accroupit ; des cyprès rigides s'élèvent; des tombeaux s'alignent; des bètc! fauves semblent gronder dans des cavités obscures. A un ceruit endroit, on croit voir un château féodal avec ses tours, ses aé neaux; puis de fantastiques silhouettes s'élèvent, des vide énormes s'ouvrent dans les fonds ; des orgues immenses dresseo leurs tuyaux de pierre contre les parois des cryptes souterraiuea semblant attendre dans le silence et la nuit qu'un infernal musi cicn ou quelque Wagner apocalyptique vienne réveiller les ccho endormis. Les plus hardis frissonnent ; les plus braves sont ptî d'une peur instinctive. Ces formes vagues, pétrifiées, semblen s'animer à la clarté tremblante des flambeaux. Nous voici au ia; Nero (Lac Noir). Ses eaux immobiles, diaphanes, se perdec dans des gouffres obscurs. D'immenses colonnes s'appuient pa instants sur des rochers sombres; et plus loin d'autresplusninict pénètrent dans l'eau et s'y reflètent. Ce reflet est si net, sîptti qu'on dirait les objets eux-mêmes semés au fond du lac, ond froide, profonde, immobile, engourdie, d'une transparence tel' qu'elle ne prend pas de corps et qu'elle baigne les objets comir ferait une atmosphère dense. Elle sommeille dans le grand sileM de ce palais qu'on dirait enchanté, sans un frisson, sans un frM* ment, sans qu'un soufHe vienne passer à sa suriace. C'est uc vision étrange, fantastique, tragique presque d'un monde engoup dans lequel vivent des êtres sans yeux , et où l'eau, fluk comme de l'air, dort dans des abtmes effrayants et dans un àlew étemel (i). »

L'exploitation méthodique du sous-sol est sans doute une eotr prise dangereuse dans laquelle ne doivent se risquer que h

(i) VuiLLiif , Voyage avx tlei Baléares. Tour du Monde. Juillet 18S9.

ïz Mcarr ventoux et la fontaine de vauq-use.

t les forts. Mais il y a dans ces recherches souterraines plus que le vain attrait de la curiosité et de la séduction de découvertes pittoresques, La zoologie, la botanique, l'hydraulique, la llniciure minérale de ce inonde caché, nous sont encore très imparitement connues; et le petit nombre des explorations sérieuses Btes jusqu'à ce jour en Europe n'a permis d'avoir, pour ainsi dire, ^des échantillons dont le tableau, que nous donnons à la page hivante, des grottes connues aujourd'hui présente le résumé (i). Les grottes d'Amérique, surtout celles du Kentucky, de la Virginie et de l'Indiana (États-Unis), sont de beaucoup plus étendues; mais leurs accidents paraissent être bien moins variés {t moins pittoresques. Les principales sont : La grotte de Mammouth, Mammoutk's cave (2), la plus grande aïerae connue de ta terre, non encore explorée dans toute son itendue, véritable monde souterrain, dans lequel on a déjà relevé J7 dûmes, 11 lacs, 7 rivières, 8 cataractes, 32 puits et 226 branches ft allées formant un labyrinthe à divers étages, dont la longueur Iplalcest de plus de 300 kilomètres ; "«grottes de Wyandott, 37 kil. 6 ; Les grottes de Nikajack, 19 kilomètres ; Le!grOi;*îs de Howes, 11 kil. 2.

C'est tout. Cl c'est peu si on le compare à la masse énorme des avités souterrain is qui se trouvent enfermées certainement dans ■ plupart des massifs calcaires, et dont l'existence se révèle à 'tttérieurfjarles énormes couches de terres extravasées à la sur- ■ce et le nombre considérable des avens.

L'aven est d'ailleurs la route naturelle qui doit pouvoir conduire Iccscavités; c'est la grande cheminée verticale d'où sont sorties 3 eaux ascensionnelles chargées de terrains sidéroUthiques dont Énorme volume répandu tout autour sur les plateaux peut don-

l'j Var A- Mabtel, ef. Ht, 1») Cf. ï. c, FkUWIRTB, PetermoHns PouuiEuiitE, Tour du Mandt. [863, f°^-*aa[,,The Mammalh Catt. 1870.

P«RAïDjndPA-nïAM, Tht InhabilaiU of Mai ^'"ykfidie èrHannique, t. XV, p. 449.

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s MONT VENTOUX ET LA. FONTAINE DE VAUCLUSE. âïç

ner une idée de l'importance des vides qu'ils avaient remplis. C'est donc par là qu'on pourrait descendre aujourd'hui dans les abîmes. Tout le massif calcaire, qui commence à la falaise de Vaucluse et se prolonge jusqu'au Venteux et aux montagnes deLureet du Luberon, est criblé d'avens et perforé de cavernes. L'énorme quantité d'eau qui sort par la Fontaine permet d'affirmer que ces cavernes doivent être comptées parmi les plus vastes du monde, Il est, d'autre part, à peu près certain qu'une ou plusieurs nappes d'eau, — lacs, rivières, bassins, — occupent une partie de ces vides sur une surface de plus de 3,000 hectares. Ce chiffre, à lui seul, donne une idée de l'immensité de ces cryptes.

Or, la rivière de la Sorgues, depuis sa sortie souterraine à la fontaine de Vaucluse jusqu'à ses confluents multiples avec le Rhône ou avec l'Ouvèie, à Avignon, à Bédarrides et à la petite ville de Sorgues, a une trentaine de kilomètres environ de développement. En tenant compte de tous ses bras naturels ou artificiels, la largeur moyenne de la rivière est à peu près d'une centaine de mètres. La surface de l'eau de la Sorgues visible est donc de 300 hectares environ — le dixième à peu près de la surface de la rivière intérieure cachée dans le massif calcaire. En d'autres termes, la rivière souterraine ou les nappes d'eau jusqu'à présent invisibles sont dix fois plus étendues que la rivière apparente et qui s'écoule à l'air libre. Comment cette eau souterraine circule-t-elle dans toutes ces cavernes qui s'étendent sur plus de 100,000 hectares ? Combien de galeries ? Combien de niveaux, de lacs, de cascades, de puits, de dérivations? II est impossible de le savoir encore. Pénétrer dans ce monde souterrain par la Fontaine même est une entreprise absolument irréalisable. Un plongeur, enfenné dans un scaphandre, a pu faire, non sans danger, une reconnaissance sommaire du canal d'amenée des eaux ; mais il est évident que ce mode d'exploration n'est à la portée que de quelques spécialistes, et ne peut être que très limité.

Il faut donc attaquer les cavernes par le haut. L'entreprise est ; des avens est en moyenne de 700 mètres;

iËFnHI

celle de la Fontaine, de 105 mètres. Quelques-uns de dt\k une profondeur de 100 mètres; et il ne resterait à forage de 5 ou 600 mètres pour atteindre le niveau dt Il est même certain que le toit des grottes est k un 1 ilevéque celui de la Fontaine, et que, sans creuser à o deur, on atteindrait les cavités souterraines. L'extn roche néocomienne ne présente pas d'ailleurs de diff ciales. Tout le monde a pu voir aujourd'hui des puits pleine exploitation à des profondeurs beaucoup plus bles (i). L'opération pourrait donc être tentée. Que donnerait-elle? Faudrait-il la renouveler à plusiet Il y a certainement là une part d'inconnu a^sez ce Mais on ne saurait cependant douter un seul instant ( site des cavernes situées immédiatement au-dessous de l'existence d'une Sofgues souterraine dix fois pi que la Sorgues extérieure, et d'une réserve d'eau a dérable pour fournir en temps de sécheresse prolo dénivellation sensible, plus de 500,000 mètres cubes jour. Il y a donc là incontestablement tout un monde les dimensions grandioses dépassent celles de la plupart actuellement connues. Il est possible, facile même di au jour; et ce sera peut-être une des merveilles de noi

Malgré le silence des historiens et des géographes classique, on ne saurait douter que la fontaine de Vai

(1) Voir notamment le puits Saint-André dans le bassin de ( exploite une couche de houille à 940 mitres de profondeur et est : descendre à 1,000 mitres. L'extraction peut atteindre par jour 51 durée de l'ascension d'une cage est de 80 secondes, ce qui con vitetse moyenne de ti°",7S par seconde. Cette vitesse peut s'( 17 mttres i la seconde.

La descente des ouvriers dure 5 minutes, ce qui correspond 1 moyenne de 3' par seconde, soit près de 1 1 kilombtres A l'heure. {Bt dts Irav. fut!. Dec. tSS;.)

LE MONT VENTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE. aai

lié, bien avant l'occupation romaine, connue, visitée et surtout Imoréc de la part des populations primitives, celtiques ou gaubbes. Pline est le seul auteur de l'antiquité qui en fasse mention. DTappeile la « noble Fontaine n et lui donne le nom A'Orge ou Orige (i). qui a une physionomie gauloise assez prononcée; mais est probable qu'une omission de copiste a fait disparaître la prenière lettre du mot, qu'il faudrait lire alors {S)orge ou {S)orige ; (tsous cette forme on reconnatt tout de suite la rivière de Vau- ^se, C'est le Sulgas, lw^.yai de Strabon, la Sorgia des chartes les, le Sorgo de l'idiome provençal, la Sorgues de notre lan- |)^ moderne.

Celte noble Fontaine, dont la gorge, aujourd'hui très abrupte, Itlit autrefois tout à fait boisée, avait certainement un débit fins régulier que de nos jours, et devait être l'objet d'une vérifie adoration. Les religions des f>euples primitifs de la Gaule ne ient pas sur des vérités éternelles et morales , mais sur des iperstitions toutes locales, et n'étaient le plus souvent que la induction par un culte extérieur des impressions d'admiration 'effroi produites par les différents spectacles de la nature. les montagnes, les mers, les rivières, les forêts, les champs, ient divinisés. Ce fétichisme naturaliste, qui s'étendait à tout, s'est conservé très longtemps, grâce à la tolérance et même i !a protection de l'administration romaine, vivant côte à côte Sïec le polythéisme classique et solennel et la religion ofRfltiiede l'empire. Il y avait des dieux du monde souterrain. Tel- •*', Cirés, Dis Pater ; des dieux de la mer qui soufflaient la temî^e ou favorisaient les traversées, et un nombre encore plus Jtosidérable de dieux de la région moyenne de la terre, Me- ^vtmi (2) , dieux des champs et des forêts , de la moisson et de ivendange, des sources et des rivières; dieux populaires, aimés tchoyés plus que lesgrands dieux de l'Olympe qui vivaient un peu

11) h Ifariûiuunsii prmiHcia nobilisfoHi Orge tiomine est; i'« to httha mu- "fi' il tanlum espehla 6o6u3, ul mersU capilibta Mit eat çtufrunl. (Plini, ^- Ml.. XVUl. 22.)

(J) Puinï. Citlellaria. Il, 1, 45.

trop loin des mortels. Là régnaient la Bona Dea ou Ma\a; la u Terre », qui produit toutes les choses nécessaires à la vie et que, pourcette raison, on appelait la u Grande Mère n, Mater AIagnii[\] Saturne a le bon Semeur h. Faune, Sylvain, Paies, les dieux de bois et des prairies, qui n protégeaient la ferme, la basse-cour, |i jardin, établis dans une éciaircîe de la forêt et qui écartaientl loup et les maladies funestes (2) n ; Rumina, la mère nourriciÈie qui veillait à rallaitement du jeune bétail ; Rubigo, qui préservai les blés de la nielle ; Vertuinnus et Pàmone, qui faisaient mûri les fruits du verger ; Liber, qui assurait l'abondance de la table Feronia, l'aimable déesse des fleurs, de la joie et de tous le charmes de la nature.

On sait que le Pater Tiberinus, le Tibre, était un dieu puis sant, bien supérieur aux naïades, aux nymphes et à tous les génie des eaux ; qu'il ne voulait pas être enchaîné par un pont de pien et ne toléra longtemps au-dessus de lui qu'un pont en bois, le pm Sublicius, construit sans un seul morceau de fer; que ce pou était entretenu pieusement par un collège de Pontifes qui, pou ménager sa susceptibilité, exécutaient toutes ses réparations aTO un rituel spécial, et qu'on lui sacrifiait même, dans les premier années de Rome, des victimes humaines.

Nous avons vu aussi que les principaux sommets des Alpes des Cévennes, des Pyrénées, de l'Auvergne, avaient presqui tous leur Jupiter, leur Mars ou leur Mercure local, qu'il était pn dent d'invoquer lorsqu'on en gravissait les pentes (3) .

Les forêts, de leur côté, étaient presque toujours l'objet d'u» religieuse terreur ; et pour trouver une protection dans ces «Ji tudes, au milieu de périls inconnus et d'autant plus redoutés, on} consacrait presque toujours dans une clairière un groupe d'arbresqn devenait un temple et un asile inviolables. Un curieux bas-R^ du Louvre montre l'un de ces arbres sacrés. Des cymbales son' suspendues à ses branches. Un autel est dressé à l'ombre de «n

(1) Macr., Sat., I, XII, 20.

(2) V. DURUÏ, Hisl. des Romains, t. f, ch. ni, 1.

(3) Voir t. I", I" partie, ch. u, p. 134, et t. [I, ch. vu, p. 178 et 179, et note

gll^e. Un enfant conduit le bélier qui va être immolé. Une Itresse et un joueur de flûte s'avancent gravement devant kuprès duquel se tient une autre jeune femme portant des tandes (l).

Les rivières et les sources étaient naturellement considérées

ime des divinités aimables et bienfaisantes, et la plupart des

es mythol(^iques qui nous en ont conservé le souvenir et les

ts sur des monnaies ou des bas-reliefs, revêtent les formes

trieuses de naïades, de nymphes, de génies jeunes, beaux et

Les sources des fleuves, disait Sénèque, nous inspirent

la vénération et méritent qu'on leur dresse des autels (2}. m

autels, ces témoignages d'adoration et de reconnaissance se

ùuvent partout.

L'hommage à la divinité topique d'une source comportait tou-

l'offrande d'une pièce de monnaie en or, en argent, le plus

Bïeiit en bronze, que l'on jetait dans le creux de la fontaine.

sondages exécutés dans les bassins de presque toutes les

ces thermales, qui étaient , comme on le sait , connues et fré-

itées de toute antiquité, ont ainsi permis de recueillir de

ieuses collections de monnaies.

On en a retrouvé un peu partout dans la vieille Celtique.

ip. cit., 1. 1. ch. I

T que toutes les populal

t les Pilas ktioa tupetstitleuse. Au berC' M, i'uitique centre de la ci v:

Itu grand dieu Zeui ou Jou.

pcophétiqi

s leu

mcêlres

1 rnSme lîe la société 1 ation pélasgique, une KEUZER, Religions de , générale n

focét de chênes conanliquité.) On prêtait forêts sacrées.

, Giegr., VIII, VII.) L«s oracles les plus célèbres, ceux de Claros, de otira. d'01}impie, de Charaz en Carie, étaient placés dans le voisinage de Scrés. (L. Rekieh, Etuyelop. mod., art. Oracles.) VoirA. Hauhï, Lti forêts de la Gault, op. cit.

>l Uafturum enin /wnifnim capita veneramnr... Subila ex abdila vaiU tplio aras habel. [SÉnÈQUE. Letir., 41.)

A Bourbonne-les-Bains, dans la Haute-Marne, l'ancienne ^^rbonta, ou Aquss Bormonis ou Borvonis des Romains, on arecudlli près de 4,700 monnaies, dont 4 en or aux effigies de Néron, d'Hadrien, de Faustine jeune et d'Honorius, 265 en argent et le reste en bronze, les unes gauloises, la plupart impériales échelonnées depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui des derniers souverains du Bas-Empire. Au-dessous de ce premier trésor lapidaire, les fouilles ont permis d'extraire près de 1,600 pièces auxquelles l'action érosive de l'eau thermale avait enlevé tout leur relief, et qui recouvraient elles-mêmes une couche plus ancienne de conglomérat portant de nombreuses empreintes de médailles tout à fait frustes, mais de provenance évidemment gauloise. Ce conglomérat et ces monnaies étaient mêlés à un nombre considérable d'objets antiques très variés, — statuettes, fragments de poteries, épingles en os, bagues en or pâle, grains de colliers en succin, etc.

A Niedernau, près de Rottenbourg, dans le Wurtemberg, on eut ridée de creuser, en 1835, un peu à côté de la source actuellement exploitée; et on découvrit, à cinq ou six pieds de profondeur, une série de monnaies romaines, échelonnées depuis Trajan jusqu'à Valens, et une statuette d'Apollon qui semblait montrer du doigt l'emplacement de la source sacrée. Sur la foi de cette indication, on continua les fouilles, et on ne tarda pas à arrivera l'orifice du nymphœum antique (i).

L'établissement thermal d'Arles en Roussillon, connu aujourd'hui sous le nom d'Amélie-les- Bains, a donné lieu, en 1846, à des découvertes analogues. Lorsqu'on escarpa la roche granitique à travers laquelle coule la principale source, dans le but d'en augmenter le volume, les eaux sortirent avec plus d'abondance et entraînèrent avec elles des monnaies romaines et celtibériennes et des inscriptions sur lames de plomb encore indéchiffrées (2).

(i) Max de Ring, Établissements romains sur le Rhin et sur le Danube. Paris, 1846.

(2) E. Germer-Durand, De l'antiquité des eaux des Fumades, Mémoires de l'Académie du Gard, 1865- 1866.

\ LE MONT VENTOlfl^ST LA FONTAINE DE VAUCLUSE.

résultats aux sources de Neyrac, dans l'Ardèche, où on a mis au jour, en 1S52, une piscine romaine, un assez grand lombre de débris de poterie antique et des monnaies en bronze leGordienle Pieux (i).

Les découvertes faites à la station de Néris, dans l'Allier, en 1S19, en 1847 et en 1867, sont bien autrement importantes. On \ a retrouvé les ruines de toute une ville d'eaux antique, des ihrmies, un temple, un théâtre, des aqueducs, plusieurs villas, des fragments de statues et de bas-reliefs, des inscriptions votives en l'honneur des divinités augustes et du dieu topique Nérius (2), Le nom d'un autre dieu topique gaulois, ivahv, se lit sur une poterie en bronze noyée depuis près de vingt siècles dans une des piscines de l'établissement thermal d'Évaux, dans la Creuse (3).

Presque de nos jours, dans le Gard, les sources hydro-suif urées àts Fumades, près de Saint-Ambroix (4) , ont été explorées avec k plus grand soin et ont donné une abondante moisson archéologique:— plusieurs autels votifs portant, avec le nom du dona- [teur, la dédicace aux déesses mères ou aux nymphes augustes Klrices de la source (5I, et l'image de ces nymphes, les unes

M Ct. Charvet. Ln Fn-iaée! cl IfUrs environs. Nîmes, 1880. ^ RcviK des Société savant», 6' s6rie, t. V. 1S77, p. 4ii-4[s. I AiDïles de la SociËté du Puy. t- XXXI, :87o-iS7[.

urces jaillissent bu pied de la colline qui domine le confluent de de l'Auzonet, un peu avant le débouché de cette dernière rîvjtrc 'tola Cêie, Tun des gros affluents du Rhône. Très abondantes et trissulfu- 'tuet. elles sont en réalité très improprement appelées les » Futnades n, puisll'ffhasoat froides et ne fument pas. On les désigne dans l'idiome local sous le

Ile Ftut-Pudenta «Pontaîne puante), qui est plus expressif et plus eitaot. Vdîcl quelques-unes de ces dédicaces .

HVMP . gVINTINA ,

oir I' traduction et les commentaires de ces inscnplïo graphie de G. Cbarvet. sur les Fumades, ap. cil. WJk- AlLMER, Sn. ffigr. du midi de la France. yt-JT-

s l'inlére

couchées et nues à mi-corps, les autres debout, vêtues de la 1/0/0 antique (i) ; — des monnaies en or aux effigies de Vespasien, de Nerva, de Trajan, de Marc-Aurèle; — des milliers de médallcs grand bronze, dont une gauloise portant en légende le nom d'Epadnactus, ce chef arverne, qui devint Tallié de César (2), les autres aux noms de Vespasien, de Nerva, d'Hadrien, de Faustmc, de Septime Sévère, de sa femme Julia Domna. Point de pièces en argent ; elles ont dû être d'ailleurs complètement altérées, par suite de leur séjour prolongé dans Teau sulfureuse.

Le classement de ces diverses monnaies, rapproché de tontes les découvertes de même nature faites dans les localités environnantes, où l'on a retrouvé, en même temps que des pièces romaines, des médailles gauloises et massaliotes du troisième etqua* trième siècle, permet de conclure que les eaux des Fumades, très en vogue dans la période qui s'étend des premiers Flaviens aux derniers Antonins, ont été connues et fréquentées depuis l'an 350 avant notre ère et jusque vers l'an 390 après Jésus-Christ, c'està-dire pendant près de sept siècles (3) .

Des découvertes de même nature ont été faites à Vichv, ^ Plombières, à Bains dans les Vosges, à Niederbronn dans le Bas- Rhin, à Bourbon-Lancy dans la Saône-et-Loire, à Bagnèresde Luchon, à Cauterets, en un mot dans les bassins de presque toutes nos sources minérales qui étaient, on le voit, aussi bien connues des Celtes et des Romains que de nous-mêmes. Nous devons rappeler enfin le véritable trésor lapidaire retiré, en 1852, des

(i) La déesse de la source est en particulier figurée sur l'un de ces autels, a''* dessus des trois nymphes, par une jeune femme à demi couchée, le coude appu^ sur son urne symbolique, la poitrine découverte, les jambes drapées, les pieo* nus, les bras ornés de bracelets, les cheveux séparés en deux bandeaux retoW' bant sur les épaules, la tête coiffée du corymbe suivant la mode grecque.

(2) Epadnactus ou Epasnactus, chef gaulois arverne, qui livra Luctère à César. Tête analogue à celle de Minerve ci droite. Légende : EPAD. Au revers, gucf' rier debout, tenant une enseigne de la main droite, et le bouclier et la hastcû* la main gauche. (Gr. Charvet, Les Fumades, op. cit., note.)

(3) Les fouilles exécutées aux Fumades ont permis de retrouver une grao»* partie de la piscine antique, des galeries d'adduction et de très nombreuses s^^ btructions de l'époque gallo-romaine.

I LE MONT VBNTOU* ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE, aay

sources de VicareUo, près de Viterbe, en même temps que les iameux vases ApoIlinaJres, l'un des plus précieux documents de tïgèc^rapMe et de l'épigraphie antiques (i).

a somme, les vertus curatives des eaax étaient partout, en e et en Gaule, l'objet du même culte. Le dieu topique qui résidait à ces eaux bienfaisantes était toujours à peu près le même (a). On l'honorait de la même manière, on lui offrait les mimes présents. On l'appelait en général de son nom gaulois Bdcn ou Belenus, assez semblable au Bel ou Baal de l'Orient et au fameux Belenus A folio des trois premiers siècles, dont le culte itsit associé à celui de l'empereur sur les inscriptions d'Aquiiée « dont l'attribut caractéristique, gravé sur tant de monnaies gauloises et massaliotes, était une roue à quatre rayons, rappelant le fameux disque qui surmontait le trépied fatidique de l'Apollon Pythien dans le temple de Delphes (3).

Le nombre des pièces de monnaie et la quantité de métaux précieux jetés ainsi en offrande pendant une assez longue série "le siècles dans les sources sacrées, sont pour ainsi dire incaiculabiés, La plus grande partie de ces trésors a disparu, soit par suite de l'action corrosive des eaux minérales, soît surtout par le iâl des détournements qui ont dû être très fructueux.

c de ces spoliations est restée célèbre ; c'est celle du trésor (la Vieille-Toulouse.

On connaît le curieux épisode qui marqua la prise de cette e capitale des Volkes Tectosages par le consul Cépion, I de Rome 648 (106 ans avant J.-C). D'immenses richesses bient concentrées, provenant du butin que les Gaulois avaient É dans toutes leurs expéditions de Pannonic, de Grèce et Hirace. La ville possédait un temple dédié à Belenus Apollon, ijtii était un objet de vénération dans tout te Sud-Ouest de la

W G. MaKCHI , La atipe tribulala aile ditinilâ ,

' t", I" partie, ch. li, p. 108 et suiv. W Pline dingoe même certaines sources sou ■■■^«ilats Ulf fans dgusque cttebratuT. (PliKE, I. t!) E DU]«DINS. Cfographii de la Gaulr ranii

■ Apollînari.

Gaule (i). Autour du temple s'étendaient des étangs « Le pays, dit Strabon, était riche en mines d'or et d'arg depuis un temps immémorial, les Gaulois Tolosates jetait lingots et des pièces de monnaie dans les étangs consaci divinité protectrice de la ville, u Cette protection n'enipêch consul Cépion de la livrer à un pillage en règle. Peut-êtrt fut-elle pour lui une utile indication; et la quantité fa de lingots d'or et d'argent que l'on emporta ainsi de T a été pour les historiens classiques des premiers siècles de longues discussions. Justin, dont l'opinion est gi menl adoptée, fait monter la somme à 118,000 livres à' 1,500,000 livres d'argent (2), qui auraient valu ensemble cent trente millions, d'après le calcul fait par les Bénédii moment où ils écrivaient leur Histoire de Languedoc . Cel près de deux cents millions de notre monnaie actuelle (3) peut-être prudent d'en rabattre quelque peu. Quoi qu'il 1 c'est là un des exemples les plus saisissants de l'accun des offrandes en métaux précieux jetés dans les fontaine réservoirs antiques (4).

On n'a pas oublié avec quelle solennité la ville de Pai une singulière réminiscence des vieilles religions du passé être aussi par un sentiment assez naturel de gratitude ei

(I) J--J.-A. Barthélémy, Numismatique ancitK«e. DiO Cass., Fragmenta apud VaUsium, p. 6t8-6]0.

Aulu-Gelle, L III, ch. IX.

Orose, l. V. ch. IV,

Strabon, l. IV, p. 189 et suiv,

<3) JUSTCK, I. XXXIl, ch. [|[.

(31 Hist. ght. de Languedoc, I. 11, ch. xxxiv.

(4) La coutume de jeter dans le creux d'une source ou d'un lac des monnaie et d'autres objets d'une certaine valeur, en reconnaissance de et des protections accordées par la divinité topique qui préside â ces e conservée <]ans certains cantons du Cantal, du Rouergue, de la Loiir ment aux lacs de Saint-Andéal. de Saillants, de Born, de Soube/tol. \ (lOIRE DE Tours, De glaria confessomm, ch. 11.

loNON, Notice sur Us monumenls antiques de la LoMire. Mémoires de d'agriculture, sciences et arts de Mende, l. XI, 1839-1840.

Bulletin de la Société de la Lozère, t, IX, i8j8.

; ( qui a donné son nom au département de la Seine, et Wjuel Paris doit son antique prospérité {i) n, a élevé, en i86y, II sources même de la Seine, un monument en l'honneur de la Mse bienfaisante dont le culte était oublié depuis bien des kles. On peut y voir aujourd'hui la Seine rajeunie, représentée u les traits séduisants d'une jeune nymphe entièrement nue, lollement couchée dans le fond d'une élégante grotte en rocaille, oudée sur une urne symbolique d'où l'eau se répand en cascades sur les pelouses d'un jardin anglais. L'intention est louable la doute. 11 eût été mieux cependant, en s'inspirant des souves de l'époque gallo-romaine, d'élever un monument plus en e avec la nationalité et le caractère du fleuve, de restaurer, au moins de mettre au jour les ruines de son temple ntique et d'y classer les nombreux et précieux débris qu'on en a Eirés.

C'est dans l'Auxois, Alestensis pagiis, non loin de la célèbre iliaia, illustrée par Vercingétorix , que naît le grand fleuve pari- 1, au cœur même de la vieille Gaule. La source jaillit au fond le petite combe perdue dans le massif montagneux qui sépare l bassin de l'Océan de celui de la Méditerranée. Le pays est 6ïÈre , boisé de grands hêtres et de chênes, presque désert et Des fouilles intelligentes ont permis d'y retrouver les substructions d'un monument gaulois considérable, bâti en gros i'Ppareil , sans mortier ni ciment , très complexe , de près de saillante mètres de longueur sur une largeur indéterminée, et pfésentant tout autour de la cella centrale , qui paratt avoir été le ssnctuaire de la divinité de la source, une série de chambres ou ^t compartiments de dimensions moyennes. Douze de ces compartiments ont été exactement relevés ; et il paraît certain aujourd'hui que ces salles étaient destinées aux dévots et aux malades venaient demander des faveurs ou une guérison. Des débris de chapiteaux, de marbres précieux, d'enduits couverts de peintures variées, de pavages en losanges et en mosaïques, indiquent

I Voir l'inscriplioD commémoralive gravée sur la pierre scellée dans U içade du moniimenl Élevé au nom et aux ftaï» de la ville de Paris.

que le saccllum était orné avec beaucoup de richesse. Deux fragments de statues de femmes, Tune assise, Tautre debout, d'une facture assez grossière qui dénote une main barbare et étrangère aux procédés de Tart gréco-romain, rappellent la déesse gauloise Secuana. Une statue d'Apollon Pythien , très reconnaissaUe, quoique mutilée, indique une de ces associations de dieux et de déesses si fréquentes dans les temples où Ton admettait facilement plusieurs divinités sous le même toit. Un très grand nombre de débris en marbre ou en pierre du pays se rapportent à des statues ou à des bas-reliefs représentant des « orantes i portant des fruits, des corbeilles, des offrandes, presque tous vêtus du sagum ou des braies nationales (Gallia Braccata)^ et du capuchon, casula, qui caractérisaient le costume gaulois.

Le produit des fouilles exécutées aux sources de la Seine a déjà donné des résultats prodigieux. On n'y compte, en effet, pas moins de trente-cinq statues et trente-quatre bustes, presque tous de personnages gaulois, trois statuettes en bronze, quatre figurines en terre cuite, provenant des centres de fabrication locale, et quatre-vingt-douze débris, représentant des parties diverses du corps humain destinées certainement à rappeler le siège d'une maladie et constituant de véritables ex-voto. On en a exhumé encore, en mille morceaux, des fragments d'autels votifs, des plaques de marbre, avec inscriptions commémoratives (i)i des figures d'animaux en pierre et en bronze, des vases en poterie rouge sigillée dite de Samos , des ustensiles , des bagues avec intailles, des fibules, des fioles à parfum du type de ces unguen' taria allongés qu'on appelait autrefois lacrymatoires, des instruments et des outils, des crochets, des clous, des tenons, des plaques ornementales et une très grande variété de ces menus objets en métal ou en os qu'on rencontre dans les décombres d^ toutes les habitations gallo-romaines.

(i) SF.CVAN I DF^E SEQVANAE | DF-\E SEQ | EQVANAE | D SEgVANE

Inscriptions sur divers objets et monuments votifs aux sources de la Seia ^ (Hknki Bai'DOT, Découvcrics archéologiques faites aux sources de la Seine. Mér^ de la Comm. des antiq. du dép. de la Côte-d'Or. Tome II, ann. 1842-1846.)

riche trésor monétaire a élé encore retiré d'une aiguière lée elle-même dans un énorme tlolium offert à la déesse :iana. Le pieux donateur y avait enfermé 836 médailles, dont ijBcIques-unes en or et de grand bronze ; d'autres très frustes et [irobablement de fabrication indigène. 537 de ces médailles ont [Hiêlre reconnues et classées, et donnent une belle série d'empettffï, depuis Auguste jusqu'à Magnus Maximus, mort i;n 388. I Hais la découverte la plus précieuse a été celle de près de trois —'- feuilles de bronze, dont quelques-unes sont dorées ou itées, toutes découpées ou travaillées au repoussé, de manière :nter un membre ou un organe du corps humain. Toutes CM plaquettes sur lesquelles les lésions, les difîorniîtés , les ncroissances étaient figurées avec une simplicité et une naïveté •fc procédé tout à fait l>arbares , montrent à quelle variété de maladies ou d'infirmités s'appliquait, dans l'opinion des adorateurs lie la déesse, l'inépuisable efRcacité de ses eaux. If est impossible de se méprendre sur l'intention de l'auteur de chaque ïïu; et plus la plaquette était exagérée et brutale dans sa signification, plus le dévot s'en retournait content d'avoir fidèlement «quitté la dette de sa reconnaissance et laissé la marque figurée ilr M guérison. C'était très certainement pour tous, riches ou pauvres, l'çx-voto obligatoire, en quelque sorte sacramentel; et pmurs intérieurs de la cella en étaient entièrement recouverts. I-L'état de ruine du temple de la déesse de la Seine , l'émiettehtntdcs débris, presque tous à vives arêtes, la mutilation des statues et des inscriptions sur lesquelles on croit souvent apercevoir l'empreinte du marteau qui les a brisées, les cendres, les Cubons, les matières vitrifiées, les morceaux de métal fondu n'en a retrouvés dans le sol, tout indique une destruction volon- Vt, rapide et violente. Les dernières monnaies laissées en tvolo sont de la fin du quatrième siècle. C'était le moment oij ■inl Martin, devançant l'édit d'Arcadius (i) , chevauchait nuit et widans toute la Gaule pour enseigner aux adeptes de la religion

Vi ■ Si fw in a£rU Itmfla su»t, sine turba et lumultu dirnantur; kii min

a.ia SECONDE PARTIE, — CHAPITRE SEPTIÈME.

nouvelle les moyens pratiques de faire disparattre l'idolâtrie. Malgré l'éloignement de sa retraite, Secuana ne put lui échapper. Le fougueux apôtre renversa son autel, brisa ses images, ri« son temple , brûla ses trésors , a'efforçant, par tous les moyt son pouvoir, d'anéantir un culte profane et détesté. Mais b ruines ne sont pas l'oubli; et, quelque odieusement mutilé (juil ait été, le Hche trésor archéologique, désormais sauvé aujourd'hui, restera comme un monument national des anciennes croyinos de nos ancêtres.

D'une manière générale , partout où l'eau apparaissait par 11 force même de la nature, oii elle avait, comme disait le dwl romain, une « cause perpétuelle n, on reconnaissait une divijiiti particulière, un numcn , un geit tus <{m' on honorait d'un cultespt cial (i). A côté de toutes les sources se trouvaient presque toi^' jours un bois sacré, un autel, un temple; et bientôt après segruupèrent des habitations qui devinrent souvent de grandes villes [l)- Il était donc naturel , dans le midi de la Gaule surtout, sous un soleil ardent et toujours pur, que les populations primitives vin»sent se fixer aux environs mêmes des sources, arrêtées par cet élément de l'eau qui répond à tant de besoins de la vie. Co très grand nombre de villes celtiques ont ainsi commenrf sur le bord de ces fontaines que l'on adorait sans leur donoet

dejcclh alque sublatis, omnis superslilionis maltria cenaumifur. u Resaiti'Aï" .radius en 39g. (Voir Cod. Thtad.. lit. X, 1. XVI.)

Ces ordres furent sans doute lîdtlement exécutfa ; cat vingt-sept ans plni tV*! en 436. Théodose le jeune, son lîls et son successeur, semblait douter de l'opp"' Cuiiit£ des prescriptions qu'il formulait en ces termes : « CHHda romin /«■■' limfila, delubraqur, si qna etiam nHnc rtslant intrgra, jtusu magislralmim Â^ Irui, ronlocatianeque venertnila chrislîanit rtligiatiis tigni expiari pracifimu* • Ibid.. 1. XXV, (Ed. Flouest, Le tempU des sources de la &.«. Semur, i870,> (1) L. Preller, Les dieux de l'ancienne Rome, trad. DietI, (ï) AugenI Humerum deorum nominibus variis urbesque candunt. (Plt- Nal. kisi.. 1. XXXI, ch. 11.)

de nom, comme les rochers arides ou les montagnes boisées au pied desquels elles jaillissaient. Le sentiment de reconnais- , sïnce que les premiers habitants éprouvaient pour cette eau eniaisante, qui abreuvait leurs troupeaux et fécondait leurs bltures, prit insensiblement le caractère d'un culte, dont la simple et vague dans le principe, comme toutes les religions naïves à peine distinctes de la nature qui les inspirait, se tonsfonna peu à peu en pratiques régulières et en dévotions très formalistes. Un dieu tutélaire présidait ainsi aux destinées 4t chaque ville et devenait son génie local. On le considérait ment comme son fondateur , et on avait recours à lui comme à »n protecteur naturel, coniiitor, tiumcn, lutvla.

L'une des villes les plus importantes de la Gaule méridionale, l'ancienne métropole des Cadurques, aujourd'hui Cahors, devait inexistence et son nom à la fontaine toujours célèbre des Charfreux, située un peu au delà du Lot, et qui était connue dans Idionie celtique sous le nom de Divona (Div-ona), qu'on tradui- >it couramment au quinzième siècle ysi fontaine divine ou divï- \iiit (i). Cette racine caractéristique de Di'v se retrouve avec le (me sens dans toutes les langues aryennes alternant avec celle KNemet ou Nemetum, qui désignait en général un lieu interdit, nul ou consacré, et qui rappelle le nom primitif de la fontaine de Ntines, .Vemaus, Nemausiis, Le nom de Nem-au ou Nem-aus, que les Latins traduisaient s grand changement par celui de Nemausus, Nemausum. ujourd'hui Nîmes, n'est qu'une variante du radical Nemel, que l'on retrouve, suivi ou précédé d'affixes significatifs, dans une fwle de noms de lieux de la Gaule du Nord, tels que Nemetacum, fîtmitocfHita, le fleuve Ncmesa, le peuple des Nemètes, Verne- Kttum en Bretagne. L'épithète .Wemcl ou Nemed, associée au iiot celtique ona, qui figure dans tant de noms de la Gaule septtntnonale, servait donc à désigner d'une manière générale ces

Di-BOHa, Cftlarum UngHa, Pont additt divii.

(AUSON., Clar. Urh., BuidigaL. v. 33.)

fontaines bienfaisantes que l'on déifiait de la même manière et que l'on adorait sous le même nom, Nemet-ona, depuis les rives du Rhin jusqu'à celles de la Tamise.

Bordeaux, l'ancienne Burdigala de l'époque impériale, devait également son origine à une belle source qui sortait de terre, i l'entrée du désert des Meduli , devenu le riche et fertile Médoc moderne, presque sur les bords de la Garonne (Gar-ona). Dis naissait presque au milieu des sables, dans cette région incertaine de landes et de dunes oïi les alluvions maritimes alternaient av« celles du fleuve. On la regardait comme miraculeuse; on l'apprlait a la Sainte b, Divona sacer, et le poète Ausone lui adressait des invocations comme à une divinité :

Salve, fora ignote ortu, lacer, aime, pereitHÎs, V'ilrtp, glauct, prafitnde, sonore, illimis, opace. Salve, urbii geniut, medieo, potabilii kaustu. Divona (l).

L'estuaire, XipoTi^auTi, sur les bords duquel la ville était bîlie, . n'était autre chose que le bassin de la fontaine dans lequel pâif- 1 traient les eaux de la mer à la marée haute, et que l'on avait élargi de manière à en faire un port intérieur mieux abrité et plui commode que ne l'est aujourd'hui la rivière. La fontaine sainlc, devenue par degrés le génie ou le dieu tutélaire de la ville, fMi« ttrbis, tutela, comme on le disait avec une réelle conviction dant la langue religieu*ie des Romains , occupait ainsi le centre de lï , cité florissante, entourée de ses adorateurs (2) .

A Périgueux, Civilas Pctrucoriorum , la source voisine de Telon ou Telo, qu'on appelle aujourd'hui le h Toulon n et doiA un aqueduc conduisait les eaux dans la ville, était l'objet d'oa culte spécial ; et de très bonne heure les habitants dédiaient des autels et faisaient des sacrifices au Telon divinisé (3) .

Fluminii atveum

(AusoN., op. cit., V. 17.)

(3) (d)KO TELON(i)

Tacllkfkr, Aniiquitfs de Vesone.

ïy Galï, Calalogiu du mnife de Ptrigueu*.

:ï Tout dernièrement, dans la Vienne, près de Sanxay, des ves-

rl liges importants de constructions romaines, temples, théâtres, \ thermes, ont été retrouvés dans la fraîche et riante vallée de la Vonoc, dont le nom évidemment tronqué devait être autrefois Divona, et rappelle assez bien , malgré son altération, la divinisation antique de ce petit cours d'eau.

Le mot latinisé de Dt'vona avec les altérations Dibona, Diona, Rappliquait donc d'une manière générale à toutes les sources ilivinisées. Un assez grand nombre n'ont pas eu d'autre nom pendant un certain temps. L'une d'elles l'a conservé intact, et est RstËe une station hvdrothérapique très fréquentée. C'est Divone, prèsdeGex, dans l'Ain.

Nous avons parlé, quelques pages plus haut, des intéressantes li&ouvertes faites à l'établissement thermal des Fumades, oii l'on a pu retrouver une magnifique série d'autels et de monuments %urts consacrés à la divinité topique de la source.

Non loin de là, près d'Alais, un modeste petit autel votif, dédié ides eaux bienfaisantes et par suite sacrées, a été trouvé dans "Mgoige de l'ancien pays cévenol autrefois plus boisé que de 10S jours, où l'on ne voit plus aujourd'hui ni arbres ni sources; *', malgré la concision de l'inscription, il est fort probable que 'abréviation qui suit le mot AQVis désigne l'ethnique et vrai- •emblablement le nom de la localité. C'était Briginn, aujourd'hui Bf^on. L'autel était consacré aux Açh^ Briginnenses (i).

Une découverte bien autrement intéressante a été faite récemment à Collias, dans la vallée du Gardon, un autre affluent du iîhine, La chapelle de Notre-Dame de Laval est située en dehors du village, à l'extrémité d'un étroit couloir bordé de rochers à pic et dénudés, terminé brusquement par une falaise escarpée. C'est Hoe véritable vallée close, vailis clausa, qui mériterait aussi bien ^tie celle de la Sor^ues le nom de » Vaucluse ». La nature semble

fiS-lKMr VEÊNTcniX ET LA FONTAtNE DE VAUCLUSE.

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Cl'diHil AiirtUus Aquis Bfriginf (A. AUJ«EB, Rtv. fpigr. du midi

m) Slolvif) Hibtm) M{erilo).

avoir disposé les lieux comme un sanctuaire. Une série de m nients votifs consacrés aux divinités gallo-romaines des localités voisines ont été trouvés en place à l'extérieur de la chapelle et formaient ainsi une sorte de panthéon local. La chapelle moiîerne est, pour ainsi dire, greffée sur les substructions de l'anWB saceîlum consacré à la divinité topique de la source; et dans l'un de ses murs a été encastrée une pierre très fruste ayant appaittiiu visiblement au tejnple primitif. Cette pierre porte une inscription gallo-grecque sur laquelle on voit d'abord très nettement le nuni du dieu topique de la fontaine ou de la localité KOAIOC, ColuK Collias ; puis des lettres éparses , très effacées , probablement m lambeau du nom du donateur ou du dévot. A la dernière ligi* on lit les mots sacramentels : BPATOrAE KANTENA, Bratcuii Kanléna. caractéristiques dans les inscriptions votives celtique)) analogues au SOLVIT VOTVM des inscriptions latines, et qui si évidemment la formule de la dédicace à la source divinisée.

Cette inscription de Collias est presque absolument idenli^luB comme facture, comme caractère, comme texte (i), à celle de I* source du Groseau, beaucoup plus abondante autrefois que jours, et qui alimentait Orange et Vaison (2) . Ces lieux sauvagM et déserts, abondamment pourvus d'une eau de roche fraichert intarissable, exerçaient dès tes premiers siècles une attraction particulière sur les chrétiens fervents désireux de se vouer àll solitude ; et des traditions très accréditées placent dans la gorft

sus

EAEBPATO lAEKAN

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