XII
Allmer, Rn: fp
gr. du
midi de la France.
la)
Voir
suprà, eh
ït, p.
10, m et notes.
de VamclMU. \\
deCoUias le lieu de retraite de saint Vérédême, le plus connu des ennites du Gardon au septième siècle, qui n'y passa pas moins de quarante ans jusqu'au jour où il fut appelé par Tacclamation populaire à occuper le siège épiscopal d'Avignon.
On ne saurait surtout oublier de mentionner les deux sources célèbres qui alimentèrent pendant si longtemps la métropole du pays arékomike, et plus tard la ville impériale de Nîmes. La première est celle qu'on appelle encore aujourd'hui, comme il y a dix-huit siècles, « la Fontaine ». Elle était consacrée au dieu Nemausus lui-même, qui avait pris dès l'origine, sous l'influence de la civilisation grecque, les allures et les traits d'un héros éponyme dont le culte se confondit avec celui de la fontaine ellemême, qui avait précédé et préparé la ville. Ce culte, tout gaulois d'origine , paraît s'être transformé d'assez bonne heure dans l'esprit et sous la main hardie des Grecs, qui donnaient, comme on le sait, des héros ou des demi-dieux pour fondateurs à la plupart de leurs cités.
Un grand nombre de monnaies autonomes du pays, presque
toutes en bronze et d'un faire assez inégal, ce qui semble indi-
^juerune fabrication échelonnée à diverses époques et provenant
de plusieurs ateliers monétaires, représentent à l'avers une tête
jeune et couronnée de roseaux qui est visiblement l'image du dieu
[fons et deus Nemausus) y assez semblable à celle de la nymphe
Aréthuse dans les belles monnaies des Syracu sains. Le revers
porte le type classique du sanglier gaulois en arrêt, sus gallicus^
dessiné d'une manière barbare comme sur la plupart des mon-
^^es autonomes antérieures ou même postérieures à la con-
9"^te. La légende enfin donne, en deux lignes, dans le champ
"revers, le nom ou l'ethnique du peuple nîmois, les Nemausen-
' ^rit en caractères grecs, NAMA1AT(c«)v), ce qui indique que
la ville gauloîsi; avait bien adopté, pour les usages ofKcieb dfli moins, la langue des Massaliotes.
Le temple du dieu n'avait été dans le principe que le basnO'l it sonore *, comme l'appelait si bien le poète Ausone, d'oô jaillissaient en bouillonnant ses eaux « vertes» (i), en agitant les longuesalgual qui en tapissaient les bords. Entouré, suivant l'usage celtique, de, pierres dressées, il constituait le lieu consacré, le Nemet gxi\a\i, qui corresfjondait au sanctuaire primitif, au lieu saint pareicd» Icncc [zifavii. it'M) des âges héroïques de !a Grèce. Ce ne futqtiS plus tard, lorsque Auguste fit entourer la ville de belles murafllo, ainsi que le porte l'inscription parfaitement conservée qu'on peut' lire sur une de ses portes (2), que l'élégant sacellum, celui q« nous voyons aujourd'hui et qu'on appelle le ■ temple de Diane >,liiL bâti pour servir de demeure au dieu protecteur. 11 touchait presque les bords de la source, était orienté du côté du levant, suivant Id prescriptions du rituel antique, et, pour concilier la dévoti» locale avec le culte officiel de l'empire, se trouvait dans l'an même du balneum public et de YAug-usteum nouvellement cou-, siruits.
De la même époque date la digue transversaleen belles pierresile taille qui sert encore de mur de soutènement et de déversoir an bassin de la fontaine, et qui avait pour but d'en régler ledébili sans toucher A la coupe toujours sainte d'où s'épanchaient s» eaux. C'est là que se trouvait la grande statue d'Auguste *■ bronze doré; et les dévots bien avisés pouvaient ainsi confondre et rapprocher dans une sorte de culte commun le premier et l* second fondateur de la ville, le dieu Nemausus qui en avait réDO> et groupé les premiers habitants, et le divin Auguste qui l'av^
..glauce, pnftitide, sonore...
(AUSOK., t. I
Inscription de la porte dite d'Auguste, ouverte dani l'eDoeint< ville de Ntmes du cât£ de l'Est pour le pasnge de la voie Domitie ou i6 ans av. J.-C. (Herzoc, Append. kpigr..
e de murailles et enrichie de monuments. C'était sous le
péristyle ou dansVarcadu petit temple qu'ils venaient déposer ou suspendre leurs offrandes ; et, quand leurs prières avaient été exaucées, ils jetaient en reconnaissance dans le creux de laNymphée (NCjXf^x) des pièces de monnaie, de petits autels votifs, des fMJoui, mille menus objets d'une valeur proportionnée à leur fortuncouàrimportance des grâces qu'ils avaient obtenues.
Presque toutes les inscriptions de ces autels votifs trouvés soît ïmabordsdutemple.soit dans le creux de la fontaine, sontdédiées au dieu ou au génie Nemausus ; d'autres au dieu et aux nymphes augustes (i), et les essais récents de restitution de la grande inscription qui décorait le fronton du monument (probablement \iklncum ouVAugustcum situé au midi du bassin de la fontaine), pennettent de conjecturer que Diane la Sainte était aussi invoquée
is le petit sanctuaire du dieu de la source. La désignation vulpircde temple de Diane donnée au gracieux saccl/utn reposerait donc sur une tradition sérieuse; et, suivant un système d'associa-
)n de dieux et de déesses assez répandu, la source de Nîmes peut
isbien avoir été consacrée à la fois au dieu topique Nemausus,
a nymphes et à Diane (2) .
Quelque divines que fussent ces eaux, elles ne tardèrent pas ■({Knduit à avoir le tort fort grave d'être insuffisantes dès que ta lîlle gallo-romaine prit une certaine extension. Elles n'étaient ifcllement abondantes qu'en temps de pluîe, en automne et en . Elles naissaient tout à fait au pied de la colline qui forme lidemière ondulation des Cévennes et ne pouvaient être utilisées
te pour les habitations delà ville basse ou pour les cultures de la
Mne. La plus grande partie des constructions étaient sur la hau-
<*i A, Auj«R| Hnr. /figr. du midi dt la France, a° 330, p. 271.
leur ; et, pour assurer une alimentation régulière à tous les niveaui de la grande agglomération nîmoise, on était allé chercher jusqu'à L'zès, Ouketia, Ucetia, une autre ville des Volkes Arekomikes, les l>clles eaux d'une source qui a conservé son nom indigène 6rff, la fontaine d'Eure. La canalisation d'Uzès à Nîmes à travers un pays accidenté, coupé de vallées et de petites montagnes, derniers contreforts de la chaîne des Cévennes, avait exigé de nombreux travaux d*art, dont le plus considérable franchissait la goige du Cjardon, au moyen d'un magnifique aqueduc à trois rangs d'arcatures superposés, qui est resté l'un des monuments deTépoque ini{>ériale, le plus grandiose et peut-être le mieux conservé du monde entier. C'est le pont du Gard.
Les eaux arrivaient ainsi à Nîmes à mi-côte et pouvaient alimen* ter et rafraîchir l'innombrable essaim de villas étagées à tous les degrés de la colline, aujourd'hui couronnée par la tour Magne et où presque chaque coup de pioche amène encore la découverte de substructions et de mosaïques antiques. Elles se réunissaient dans un élrgant château d'eau (castcllum dtvtsortum, divtdiculum, divcrsoriunï) , dont le bassin de répartition et la cuve intérieure rrtrouvrs intacts en 1^44, après dix-huit siècles, pourraient (•iKorc servir à une distribution moderne.
V\\ autre rhAteau d'eau dont les bassins étages avaient été adossés contre la falaise qui forme une sorte de cirque autour du creux (!<• la fontaine, et qui malheureusement ont été détruits au siè( le dernier, presque au lendemain de leur découverte, était évidemment destiné à alimenter les bas quartiers situés aux abords du tem|)le, alors les plus riches et les mieux habités. Les eaux abondantes et continues de la fontaine d'Eure étaient donc, |)our la colonie riche et grandissante, bien autrement pré- ( ieuses (|ue celles de la source de Xemausus avec lesquelles elles se confondaient immédiatement au-dessous du saccllum, dans la \ ille basse et dans la plaine. Elles furent donc naturalisées de très bonne h<-ure ; et on peut même croire que le dieu topique de l'Eure avait aussi ses adorateurs organisés en une sorte de corporation religieust\ L'n petit autel votif, trouvé il y a une cinquan-
lE MONT VENTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE. 241
taioe d'années dans le centre de la ville antique, représente, en
effet, no membre de la confrérie, un des magistri probablement,
fd s'intitulaient les « fidèles de la fontaine d'Eure », cultores
Vrgfontis, ainsi que le porte l'inscription gravée sur le monu-
nent (i), vêtu et voilé comme c'était l'usage aux jours de fête ou
delostration, tenant à la main une patère qu'il s'apprête à verser
a forme de libation sur un petit réchaud allumé à ses pieds.
Un petit temple, Nympk viim^ avait été élevé à Uzès même prun particulier aux nymphes de la fontaine ; et la dédicace Ajrthmée, formée de deux distiques, intentionnellement par- Koés d'archaïsmes qu'on affectionnait dans les inscriptions conacrées aux divinités champêtres, nous apprend que le dévot Rconnaissant qui l'avait composée était, en même temps qu'un >aez fin lettré, le propriétaire du fond sur lequel jaillissaient ces eux bienfaisantes (2). Il est donc absolument certain que, divinsée comme la célèbre fontaine de Nemausus, la belle source d'Enre avait autrefois son culte, ses fidèles et ses admirateurs.
On pourrait multiplier ces exemples à l'infini. Ils suffisent d'ail-
AVGVS LARIBVS
personnage
ftacrifiant
sur on autel.
CVLTORES . VRAE FONTIS (2) [{Inscript. Nemaus., 18.)
//X . POMPEIVS . D . COGNOMINE . PANDVS y . ^VoiVS . e/ . HOC . AB . AViS . CONTIGIT . ESSE . SOLVM
*^Vlam . HANC . NVMPHIs . POSVlT . QVIA . SAEPIVS . VSSVS Hoc . SVM . FONTeSENEX . TaMBENE . QVAM . IVENIS
'Sextus Pompeius, dictas Cognomine Pondus, K^ujus et hoc ab avis contigit esse solum, ^ediculam hanc Numphis posuit, quia stepius assus ^^ Pç^ Hoc sum fonte, senex tant bene quant juvenis.
I, ï^«ius, surnommé Pandus, possesseur de ce fonds par h'ritage de
SECONDE PARTIE
leura pour permettre d'affirmer à priori que la plus belle ■ toutes tes sources de la Gaule et même de l'Europe occidcntill ne pouvait être une exception unique à cette coutume sécuUil ■ de la divinisation des eaux. On n'a pas eu encore, il est vrù> 1>1 bonne fortune de trouver, soit dans les textes classiques, soiidans les inscriptions ou sur les autels votifs, le nom du dieo topique de la source deVaucluse; mais ce dieu devait nécessairement exister ; et si on ignore son nom, on a pu relever quelqu*^ vestiges de son temple.
Le petit village de Vaucluse est situé à l'entrée de la go^e ^ fond de laquelle jaillit la célèbre fontaine. Cette gorge, très r^ . serrée, a 500 mètres environ de longueur et était, dans les teiK"» i anciens et même encore au moyen âge, beaucoup plus vert^= boisée que de nos jours. Pétrarque, qui l'a habitée longtem. ^ - parle à plusieurs reprises « des ombrages sous lesquels il espé:3H adoucir l'ardeur amoureuse qui le consumait... et de la f-^r^* — chênes qui entourait la chapelle et la citadelle (1) ».
La chapelle, placée sous le double vocable de la Vierge M — et de saint Véran, est bâtie presque au bord de la Soigut— a l'étranglement même de la vallée. A l'époque de sa constriic^;3 elle était entourée de tous côtés par la forêt aujourd'hui dispa.;^ Véran, ou plutôt Vraie, dont l'église latine a fait Veranus, ^& venu du centre de la France, probablement du Gévaudan, ^> évangéliser cette partie de la vallée du Rhône. Il choisit '^Z cluse pour lieu de sa retraite ; et son zèle pour prêcher la&siM renverser les idoles païennes a été symbolisé par la nalvet^^ ■ légendaires dans cette histoire d'un dragon terrible qu'il ^^^ enchatné comme sainte Marthe l'avait fait sur les bords du Rlv.^ quelques siècles auparavant, pour le fameux monstre de T.^3J con (2) . Cette légende du dragon terrassé par un saint locaK •
mes ancftres. ai élevé ce modeste temple aax Nymphes de cette foDtÙBC -^^ j'ai souvent fait, tant vieux que jeune, un salutaire um^. (A. Allher, Reo. èpigr. du midi de la France, n* 403.)
(l) PÉTRARQUE, églogUE X.
{a) Voit le grossier morceau de sculpture trouvé en 1849 d cou, ptts de t'église de Noves, dans un« ancieaae localité g
au
retrouve en France dans tant de lieux différents, n'est que la
B[>roduction des anciens mythes Scandinaves et gaulois dans les- ;ls un serpent envoyé par Odin, Esus ou Tentâtes, habite tanle fond d'une grotte remplie d'eau, tantôt le lit d'un torrent les abîmes de la mer. Thor, dans la mythologie Scandinave,
laran ou Taranis dans les récits gaulois, attaquent le monstre,
iftnchatnent et en délivrent le pays (i). Transportée dans le milieu chrétien des premiers siècles, la
Ugendc barbare représente, sous une forme saisissante, le triomphe de la foi nouvelle sur les croyances païennes et particulièrement sur le culte des eaux sacrées. Le peuple des campagnes demeura
'tD effet très longtemps attaché à ces vieilles superstitions religieuses; et la dévotion aux sources fut une de celles qui résis-
' tirent le plus énergiquement aux exhortations des missionnaires isolés, et même à l'autorité des évêques réunis en concile, De nos jours encore, certains paysans du Cantal et du Rouergue, après avoir tenté la fortune hors de leur pays, viennent au retour jeter comme offrande dans le lac de Saint-Andéol ou dans le creux d'une petite source qui s'y rend, des pièces de monnaie, quelquefois des objets d'une certaine valeur, en reconnaissance de faveurs que Dieu leur a accordées pendant leur séjour à l'étranger (2). C'est incontestablement une réminiscence de l'ancien culte régulier et public rendu à la divinité topique des eaux , et c'est exactement la même pratique. Saint Grégoire de Tours parle avec
' de nombreux détails de ces restes de paganisme dans le Gévau-
' !• pMit Tarascon {TarascoaetHm). Le monïtre, la gueule ouverte, les pattes ^Dfin sur deux lËtes humaines, a une facture archaïque trts graxiikre. 11 ^Mntrauvé au milieu de débris antiques, coupes, patires, amphores, etc., et Mnble rtinteiiipui ain de l'origine de notre ère, It est probable qu'il a appartenu ■ quelque ancienne chapelle, ajant remplacf un temple antique (ce qui expli- ' ^cnil 11 présence des débris de poteries, etc.), et dédiée à sainte Marthe de rarucdn oti on avait représenté l'image du monstre dompté par la sainte, sui- *>ni la légende, el appelé la Taraïqu/, du nom de la localité oii ces faits mira- "iWïi'éuient passés, (L. Rocae.TlH , A rcliéahg-ie vauclusiiunt. Mém. de l'Acad. *t Vaucluse, 1B51 .)
(') CtRguMJD, Rtvue cetlique, t. VI, p. 417-456.
(>) IcNOK, NatUt sur Ui manumtnts antiques de ta Lotirt. Mém. de la Sociéli
et a
s deMende, t. XI, 1839-1840.
dan (i), et les Bénédictins racontent qu'il ne fallut pas moins que l'énergique prédication de l'évêque du lieu, la construction d'une | chapelle chrétienne sur les bords du lac lui-même, l'inhumation I dans cette chapelle d'une partie des reliques de saint Hilaire, évêque de Poitiers, pour triompher de ce culte superstitieux (2). On voit qu'après dix-huit siècles il n'a pas tout à (ait disparu.
Les premiers conciles adressèrent à plusieurs reprises des remontrances au sujet de ces cultes idolâtres, « Un évêque, dit le texte du vingt-troisième canon du second concile d'Arles tenu en 442, ne doit pas permettre que des fidèles allument des torches ou qu'ils adorent des arbres, des sources ou des rochers ; s'i néglige de détruire cet usage, il se rend coupable d'un sacrilège. Le seigneur du lieu qui souffre de pareilles choses malgré l'aveT' tissement qui lui en est donné doit être excommunié, t Tout porte donc à croire que le triomphe de Vrain ou de Veranus sur led»gon de' Vaucluse symbolise la destruction violente du culte de 11 source; et l'office du saint qui rappelle que le monstre vaincu et terrassé habitait la caverne même d'oîi jaillit la Sorgues, semblt venir encore à l'appui de cette opinion (3) .
Dans la première année de sa vie érémitique, saint Véran fit construire une chapelle en l'honneur de la mère du Sauveur sous les ombrages de la forêt qui borde la Sorgues ; et un modeste oratoire fut dédié à saint Victor au sommet même de la muraille rocheuse qui domine la source. Le petit oratoire aérien existait encore au dix-septième siècle et n'est plus aujourd'hui qu'une mine, ^uant à la chapelle de Vaucluse, après avoir reçu d'abord la dépouille de son fondateur, elle fut remaniée au dixième et a"
(1) GHÉr.0IHE DE TovNS, HisI . FraHC. I. EV. ch. XL; et de Gloria Canf"iorum. ch. 11.
(3) Dom Cl. Devic el Dom J. Vaissette, Hiil. ght. de Languedoc, I 1. VI, IV,
G. Chabvet, La Fumadts, ap. cil.
(3) Sorei«,erpens!alilan>iHanlr«
Vincult, Tindus iffugaiur.
(Off, de S. Vcran.)
U l*ONT VBNTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE.
nzième siècle. Elle faisait alors partie d'un couvent de religieux pÇtti dépendit d'abord du monastère de Lérins, fut cédé de très |borne heure à l'abbaye de Saint-Vîctor de Marseille et a été complètement détruit dans le quinzième siècle (i). Mais l'élégant sancuaire roman a subsisté presque intact ; et des fouilles faîtes au I riècle dernier par un intelligent prieur de l'église ont permis de retrouver le sol antique et des débris mutilés du temple païen prirnïtif — chapiteaux, tronçons de colonnes cannelées, fragments de ta Biaibre de diverses couleurs — qui, malheureusement, ont en Bpande partie disparu.
B Les restes de saint V'éran, que l'acclamation populaire avait ■ÉOTcéde renoncer à sa solitude et d'accepter le diocèse d'Avignon, Bttnt été solennellement transportés au commencement du qua- ^terzièrae siècle dans sa ville épiscopale, où ils sont aujourd'hui renfermés dans une châsse d'argent donnée par un de ses successeurs, Philippe de Cabassol, l'ami de Pétrarque; mais le tombeau primitif du saint existe encore à Vaucluse, porté sur deux colonnes antiques. L'arc de l'abside repose sur deux belles colonnes cannelées dont la base a été coupée et dont le fût porte directetnentsur le pavé du sanctuaire. Ces colonnes proviennent certaiiieinent du temple païen. Un petit torse en marbre grec avait été [ aussi exhumé au commencement du siècle dans les environs de ^lise ; il a été perdu ou brisé ; mais on sait qu'il ressemblait I asseï à celui qu'on a retiré en 1 734 des ruines de la fontaine sainte 1 deNîmes, et qui représentait probablement le dieu Nemausus lui- I nrfme. Les formes étaient jeunes et viriles, et rappelaient celles L deshÉros fondateurs des villes grecques, et en particulier du divin I Taras (0 Tàfo^, Tdi-avnq,), que les belles monnaies des Tarentins I nous montrent assis sur le dos d'un dauphin, élevant un trident au-dessus de sa tête. Il est donc probable que le jeune et bel ado- 'Cscent n'était autre que le dieu topique de la Sorgues.
^ 'Oudjlio
t Dom Marten.ve {Miscell. fpUt. ut diplamat., 1 à Vaucluse en 979. par Walci a (EccUs. Cabell., p. 944t.
p. 330) la charti udus. évËque di
"" '1 nclitsr . Avignon, 1S76,
TckM. et biogr. du dtpar-
a4tf âBCONOE PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME.
Sans doute aussi les murs de la cella étaient recouvert!, comme à Ntmes, de nombreux ex~vûio, de plaques commémocak tives en marbre, (abell^ votivx ; et les abords de l'édifice étaient ornés de ces mille autels votifs, témoignages de la piété et de la reconnaissance des fidèles. Quelque frustes et mutités que soient les débris qu'on en a retirés, ils suffisent cependant pour permettre d'attribuer au temple d'assez belles proportions, un portique a colonnes cannelées et une assez riche décoration intérieure. Le monument existait certainement encore lorsque saint Véran vint, au sixième siècle, vivre en ermitt sur les bords de la Sorgues; mais le pieux anachorète le fit jeter à bas ; les pierres provenani de la démolition servirent à édifier la petite chapelle dans laquelle il devait être inhumé ; et le culte de la Vierge fut célébré par les populations gallo-romaines converties au christianisme au lieu et place de celui de l'ancienne source divinisée.
Ce culte des sources était partout le même. Le rite principal était l'ablution. Les fidèles se trempaient les mains dans l'eau sainte et s'en mouillaient silencieusement les yeux, le front et les lèvres (i) . Les plus fervents, les bras ouverts, dans l'attitude d« II orantes n, récitaient des prières presque toujours gracieusement rhythmées et même « rimées », que le temps a malheureusement emportées avec les religions naïves qui les inspiraient, et dont M croit retrouver un écho dans l'invocation toute païenne qu'Ausoof ' adressait à la source sacrée de sa patrie (2) . Tous, riches ou pau- 1 vres, allaient déposer quelque offrande proportionnée à leur fortune dans le sanctuaire consacré au dieu. On l'aimait, ce dieu, et on lui parlait comme à un génie bienfaisant, presque domestique ; on l'avût
FtToma fymfha
(HoR.\T., Salir., I, s, V. 24.) (s) Voit tuprà, p. 234.
K>ur ainsi dire à sa portée ; on le trouvait plus sympathique et plus attentif qu'un grand dieu officiel aux petites choses des petites geos. C'était presque un ami, un confident, et, comme on le disait alors dans un langage véritablement touchant, un dieu « rappioché 9, ^oxumus, proxumt, proximi [Inscr, Nemaus. pass,). Les plus fortunés élevaient dans Tenceinte sacrée de petits Lvtds votifs, arâ^, arulée, ou suspendaient aux murs du temple les tablettes de bois ou de bronze, quelquefois peintes, sur lesquelles leurs noms étaient inscrits. Pour cela ils avaient ordicuiiement recours à des marbriers, marmorarït, ou à des ciseleurs sur pierre ou sur métaux dont les échoppes et les ateliers entouraient Varea du temple, comme on le voit de nos jours autour des sanctuaires spécialement vénérés (i). Les humbles et les pauvres se contentaient de faire des libations de lait, <le vin ou d'eau pure, puisée souvent dans la fontaine ellemtme (2) , sur un des autels rapprochés de ses bords ; ils composaient quelquefois eux-mêmes, en l'honneur du dieu, des distitiques ou des quatrains de remerciements dont la métrique et l'orthographe souvent aventureuses faisaient sourire les riches plus lettrés qui visitaient le sanctuaire (3) ; et ils les crayonnaient ensuite de leur main sur les murs et les colonnes du temple, avec
(i) Quo fit ut omnis
Votiva pateat veluti descripta tabella
Vita senis
(HoR., Sat., 1. II, I, V. 32-34.)
Nam passe mederi
Pic ta docet templis multa tabella tuis.
(TiBULL., 1. I, III, V. 27-28.)
Voir le petit ex-voto en bronze de Valeria Procilla, trouvé au siècle dernier
Prts du creux de la fontaine de Ntmes. L'inscription porte : deo nemavso valeria
woaiu. La plaque de bronze était percée à ses deux extrémités, découpées en
<P*^c d'aronde, de deux trous qui avaient servi à la fixer contre le mur du
^ple du dieu Nemausus ou au bas de son simulacre placé dans le temple ffléme,
(Mesard, Hist. de Nîmes, t. VII.)
(2) Et peiere e vivis libandas fontibus undas.
(OviD., Metam., 1. 3, v. 27.) 13 Leges multa multorum omnibus columnis omnibus parietibus inscripta, ^ fons ille deusque {Clitumnus) celebratur. Plura laudabis, nonnuUa ridebis.
(Plin., Epistol, 1. 8, ép. 8.)
cette naïve et touchante confiance qui a fait de tout t( force des hommes de foi. Presque tous enfin, avant de se jetaient en manière d'ofîrande, slipes, dans le creux delà des monnaies de bronze, d'argent ou d'or, que l'on a reti souvent en très grand nombre mêlées à des bijoux, bague les, bracelets, pierres gravées, ou même à de petits obj( valeur, vases de terre ou de verre, etc., offerts par des ! petite condition qui semblaient s'excuser de la pauvreté i dons (... pro copia... pro mediocritate sua, comme le dis' vent les inscriptions antiques) , et qui sont, en même temf témoignage de la piété de nos ancêtres, une des richesse: collections antiques ou gauloises, grecques ou romaines.
Tel était le culte de ces fontaines sacrées, que la race > avait divinisées de très bonne heure, auquel les Grecs et les Romains, préoccupés de ne jamais froisser les coutuT mœurs et les institutions des peuples conquis, n'appi jamais aucune entrave, qui dut à cette tolérance et presc patronage de pouvoir traverser sans encombre l 'ère du poly officiel et mùme celle des religions orientales, et qui, dans 1 endroits et en particulier à la fontaine de Vaucluse, empr l'ombre de la forêt, au mystère de la grotte, à la pun l'abondance d'une eau merveilleuse, un charme délicat et i table parfum de poésie.
La véritable divinité de la fontaine de Vaucluse est bi plus moderne et surtout plus réelle.
Vaucluse a retenu le nom chéri de Laure (i),
et avec le nom de la belle Laure de Noves, celui de ] Pétrarque, son glorieux et immortel amant. Ces noms son
(I) I.A1IAKTIKE, Midit., III.
hres de tous les Provençaux. Les poètes, les rêveurs, tous X dont le cœur et l'esprit sont ouverts au culte de l'idéal, de k beauté, du génie ou de la vertu, connaissent la thébaïde de
lueluae. Dans cette retraite sauvage et presque sacrée, on se )at réellement pénétré d'une émotion délicate, en quelque sorte Ipérieure, et on se plaît à évoquer de nobles et pieux souvenirs, «jourd'huî encore, après plus de quatre siècles, la célèbre Fone est en quelque sorte la Mecque provençale de la poésie et
! l'amour.
Notre intention ne saurait être ici de donner même un résumé lia vie et des travaux d'un homme dont le fécond et multiple hiie, l'âme ardente et l'action puissante sur les hommes de son ni)» ont trouvé à plusieurs reprises des historiens érudits et floquents panégyristes. La gloire que Pétrarque a recueillie de avivant ne l'a pas abandonné après quatre siècles. Si l'auteur I CamoHiere a beaucoup écrit, on a encore plus écrit sur lui, La iblioChèque nationale de France possède une série d'admirables muscrits de ses œuvres latines, si nombreuses et si variées.
le du Louvre est plus riche encore et ne renferme pas moins de
it cents volumes relatifs à sa vie, à son rôle politique, à l'ana-
e de ses ouvrages, collection unique au monde qu'un érudit ofesseur de Padoue avait réunie avec autant d'intelligence que (passion, et que la France a pu heureusement acquérir, quoique grands frais, en 1829. Lorsque l'abbé de Sade publiait en 1764 • Mémoires pour la vie de François Pétrarque », il avait déjà i de vingt devanciers. Tout semble donc avoir été dit et écrit tle grand Toscan ; et cependant, malgré la clarté des textes et S documents, l'autorité des écrivains les plus consciencieux et I aveux sincères de Pétrarque lui-même, les subtilités de la criint à plusieurs reprises entretenu une sorte d'équivoque sur réalité de l'amour qui a tenu une si grande place dans le cœur
J'illustre poète et sur l'existence même de la femme qui en a i l'objet. On n'a vu dans cette passion de toute une vie, l'une ■ plus touchantes et des plus durables qui aient existé peut-être .monde, qu'une légende, une fiction uu un thème à variations
sur lequel Pétrarque se serait exercé pour broder les sonnets de son Canzoniere, quelquefois même un jeu de mots, le nom de Laure, laura, signifiant pour lui le laurier poétique qui devait le couronner au Capitole.
Pétrarque était fils d'un proscrit de Florence. Comme Dante Alighieri, il appartenait au parti gibelin ; comme lui, le rêve politique qu'il poursuivit pendant sa vie entière, le dogme auquel il consacra toutes ses forces et le meilleur de son génie, pour lequel il écrivit pendant plus de quarante ans un nombre incalculable de lettres, de dissertations, d'églogues, d'entretiens, de pamphlets, de traités de toute nature, fut la résurrection de la patrie italienne. Il ne cessa d'appeler à Rome le Pape et l'Empereur. Il voulait les y voir tous deux rois, indépendants, trônant côte i côte dans la ville de saint Pierre et des Césars, l'un au sommet de la hiérarchie politique et militaire, chef de la société civile, l'autre gouvernant les âmes, chef de la société religieuse. C'était pour lui les deux grands pouvoirs dérivant directement de Dieu, devant lesquels devaient disparaître et s'effacer toutes les puissances de la terre et surtout les petits États italiens déchirés par de sanglantes rivalités. Rome était pour lui une ville sacrée, prédestinée de tout temps, marquée par Dieu pour dominer et conquérir le monde. Le peuple romain devait être toujours le peuple roi ; la langue latine, la langue universelle ; et c'est pour cela qu'il s'absorba pendant plus d'un demi-siècle dans l'étude passionnée des classiques anciens. Il ne les quittait pour ainsi dire pas. C'était un lecteur infatigable, un copiste merveilleux. Son érudition était immense, sa mémoire prodigieuse. Il possédait des auteurs qui ont été découverts depuis dans des palimpsestes, après (les éclipses de plusieurs siècles ; il en possédait peut-être que nous avons perdus. On sait qu'il a rendu aux lettres des manuscrits précieux, qu'il a retrouvé des fragments considérables des meilleurs classiques, entre autres l'institution oratoire de Quintilien, et une partie des lettres et des discours de Cicéron, qui, sans lui, ne seraient probablement pas venus jusqu'à nous. Pétrarque avait pour ami et pour correspondant Boccace, non
lUX ET LA FONTAINE im VAUCLUSE.
lilcrventadmirateur que lui deslettres antiques, et dans lequel 3n n'a vu quelquefois à tort que l'auteur licencieux du Décaméron, naùqui était en fait un érudit et un humaniste comme la première Renaissance seule en a produit. Leur objectif à tous deux était la fsurreclion de l'antiquité romaine sous toutes ses formes, et suri>ut de cette belle langue morte qu'ils ne cessaient d'admirer et de ■tiquer même dans leur correspondance familière. Dy avait sans doute dans cette tentative quelque chose d'un Co artificiel. L'erreur était cependant assez naturelle. La langue itine était, en effet, l'idiome universel des lettres, des sciences, e l'Église, des affaires. Pétrarque voulut en faire la langue suelle; et, s'il composa le Camoniere, comme Boccace le Décntéron, en italien, ce n'a été pour ainsi dire qu'un accident de sa ic littéraire qui a eu du reste l'heureux résultat de contribuer à L formation de la langue italienne, jusque-là absolument incorscteet manquant de règles, de précision et d'unité. Le Camoùre, d'ailleurs, a été écrit surtout pour des femmes, on peut ifme dire pour une femme; il devait naturellement avoir un très rand succès dans toutes les petites cours élégantes du pays itÎD, italiennes ou provençales, et dans la haute société du uatorzième siècle, très raffinée, spirituelle, passablement corïTipue et n'ayant qu'une religion superficielle et peu sérieuse. ■*est par là qu'il a conduit son auteur au Capitole. Mais en réaté Pétrarque fut un lettré d'une plus haute portée et d'un plus rand caractère. Ses plus belles œuvres et ses plus nombreuses ni été écrites en latin ; et c'est par le latin qu'il a conquis sa înommée dans toute l'Europe et qu'il y a répandu les trésors e son immense érudition.
La personnalité morale de Pétrarque est encore plus remaruable. Cet homme, que l'on a dépeiijt souvent comme un poète aniéré et frivole, une sorte de troubadour et d'amoureux transi, ait par-dessus tout une âme profondément religieuse et péné- ■c àecfi que la morale et les dermes chrétiens ont de plus grand, plus noble et de plus pur. Sa vie, traversée par un amour mali été une longue souffrance. A part quelques écarts de
jeunesse et quelques bouffées d'orgueil que les marques d'admior tion unanimes de ses contemporains, son universelle renommée et la gloire bruyante recueillie de son vivant permettent bien d'excuser, il a donné pendant un demi-siècle l'exemple de vertus supérieures. Ses grandes consolations furent l'étude constante des lettres, la méditation religieuse, la prière, les exercices contiailï d'une sincère piété; et dans les intervalles d'une vie souvent errante et toujours agitée , la retraite de Vaucluse a été pour lui, à diverses reprises et pendant de longues années, non seulemettt un sanctuaire de travail, mais un asile de pénitence très sévèn;.
Tel était l'homme. Patriote et érudît, amant et poète, chrétiea fervent et discipliné , utopiste peut-être , mais essentiellemenl sincère et convaincu.
Le caractère complexe de Pétrarque, sa vie nomade, le st]
quelquefois allégorique et souvent déclamatoire de ses poésies amoureuses, et par-dessus tout l'ingéniosité et l'imagination <ie cette école de commentateurs qu'on a désignés sous le nom " Pétrarquistes » , ont donné prise à bien des interprétationssingi*- Hères; et tout d'abord on a soutenu que la Laure du Cansonift était un personnage multiple, et que quelques descriptions différentes et contradictoires relevées dans les sonnets et les Camsxi devaient s'adresser à quatre ou cinq femmes dont le poète aurait été tour à tour amoureux. Cette opinion un peu bizarre combattue par un autre groupe de critiques qui ont pris naturellement le contre-pied et ont prétendu que le personnage était tout à fait fictif, et, comme le disait Brantôme, que h l'auteur s'estât forgé en sa cervelle un beau subject pour en escrire mi Pétrarque aurait feint, d'après eux, une passion de plus de ans de durée, aurait passé la plus grande partie de sa vie danslf retraite sévère de Vaucluse , pour s'entraîner en quelque sorte et au demeurant, pour mystifier la postérité. Puis sont venus leï'
artisans d'une « Laure allégorique n qui aurait représenté tour à ourla philosophie, l'âme, la science, la religion, la poésie. Les ■oliciques ont été plus profonds et ont imaginé que la Fiametta le Boccace, la Béatrix de Dante et la Laure de Pétrarque l'étaient que la figure et comme la personnification de l'indépeBlance italienne , telle que la comprenau e parti gibelin , c'est-à- Sre garantie par l'intervention de la puissance impériale. Les rois poètes auraient ainsi chanté la patrie rajeunie et désormais iviolable, sous la forme d'une femme purement aimée et ardemlent désirée.
Tout cela est bien subtil; et la lecture seule du Cansoniere, wvre de toute une vie , remplie de détails si minutieux , se raportant évidemment fous à une seule femme, suffit pour détruire ïutcs ces hypothèses.
On sait que l'une des qualités dominantes de Pétrarque était I droiture et la sincérité. C'est uniquement par amour de la vérité a'il avait renoncé à la carrière du barreau, pour laquelle il avait ïpendant étudié à Montpellier et à Bologne , ne pouvant se ^udre, disait-il, à pratiquer l'art de vendre des paroles ou plu- It des mensonges (i) . Pétrarque lui-même, dans ses lettres famiïres, dégagées de tous les faux ornements de la rhétorique et de nite prétention littéraire, et surtout dans sa fameuse « Epttre à ■ postérité B, parle avec une touchante simplicité de n cet amour ajque violent et honnête (2) ». qui le prît tout entier au début de i jeunesse et ne le quitta qu'avec la vie. Dans une réponse célèbre 1 cardinal Colonna, qui le raillait doucement de sa passion et
alVm
Diwndfr
roUile HHti menmogHt.
(CanMon-, Vil.)
roBJoitn par respect pour la vérité, Pétrarque qualifiait mïme l'étude ou pluia pratique du droit d'une manière un peu sévère : n J'avais, dit-il dans son tre à ta postérité, une grande répugnance à apprendre une science dont je ne bus pas me servir malhonnètennent. dont je pouvais â peine me servir bonnéeat et avec laquelle, si j'avais voulu ttre honnête, on eût attribué ma proji l'ignorance, n {Episl. ad poster.) Cf. Méziêres, Fitrargue, op. cil. I Amere aarriiKo sed unice tt honesto.
(Episl. ad poster.)
ferait malicieusement de ne pas la croire aussi séiieu» • s'exprime en termes si douloureux et sî sincères qu'il est iir sible de ne pas ajouter une foi absolue dans ses déclarations
Les documents sur Laure de Noves sont d'ailleurs nombrei 'précis. On possède des actes authentiques sur sa naissance, mariage, sa mort. On a son contrat de mariage et son testam plusieurs de ses portraits. Grâce à Pétrarque , on connaît moindres traits de sa vie et de sa figure; et le personnage f être très fidèlement reconstitué.
Laure était la fille d'un petit gentilhomme de Provence, Ai bert de Noves. Elle naquit à Noves en 1308, y fut marife - 16 janvier 1325, à un riche bourgeois et négociant d'Avign mourut, le 5 avril 1348, de cette peste noire, dite « pesle Florence ■, sî dramatiquement décrite par Boccace dans le Û^ mêron, et qui ravagea le tiers de l'Europe. Elle fut inhumée lendemain, près de sa demeure, dans l'église des Cordeliers-
La famille de Noves est éteinte. Elle occupait le premier c dans le petit village de ce nom, assez bien situé, dans la vallfe la Durance, sur le versant d'une colline couronnée aujourf' par les ruines du château construit par le pape Jean XXIL Nir fait actuellement partie du département des 6ouches-du-RMi On peut voir encore ce qui reste de la « maison de la Belle Um comme on l'appelle toujours, dans le quartier de BourTian,il'' trée de la Grand'Rue, en face de la chapelle des Pénitents,' était l'ancienne paroisse du pays. Un petit cours d'eau mo . abondant, mais aussi limpide que la Sorgues, descend de lacdl et coule tout auprès. Ce ruisseau et cette colline reviennent ] sieurs fois dans les vers de Pétrarque. La maison avait antie une assez belle ordonnance : porte gothique, grandes fenètit meneaux de pierre sculptés, corniche monumentale supportée
(1) (I Pourquoi dis-tu que je me suis forgé un nom imaginaire de Lwue, qu'il y eût une femme dont je parlasse et il cause de laquelle beaucoup puis de moi, mais qu'en réalité dans mon esprit il n'y a point d'autre I^me q laurier poétique. . . que mes vers sont feints, mes soupirs simulés... Tu ce ma pMeur, ma peine. Tu insultes i ma douleur... »
(Famil., II, 9.)
desaages en fort relief. Elle est très délabrée aujourd'hui. Toute Iracc d'ancienne architecture a disparu à i'intérieur. La façade a ilércraaniée et dégradée. Un maçon et un cafetier se sont partagé le petit manoir du treizième siècle. Au-dessus de la fenêtre où s'accoudait la « Belle Laure » pend encore un rameau; ce n'est pas le laurier poétique, c'est une enseigne de marchand de vîn. La famille de Sade a aussi disparu d'Avignon. Mais le vieil l'Ilâlet de Sade est resté ; et , malgré les transformations et les Bifcctations modernes qu'il a subies (on a pu, en effet, y aménagera la fois des salles de dessin et d'architecture, une école professionnelle, un temple protestant et une école d'enfants) , on t encore juger de l'ampleur et de la magnificence princière de cette ancienne demeure. La famille de Sade n'appartenait pas cependant à la noblesse. C'étaient de vieux bourgeois et surtout de riches marchands, burgensis sive mercaior, comme le porte explicitement le « Livre des dénombrements de l'Archevêché ii à U date de 1363 (i). Ils exerçaient en grand l'industrie de chenevassier ou chanvrier, canabasserius. Les registres de l'époque mentionnent plusieurs membres de la famille associés à ce commerce de la toile, et qui étaient charpentiers ou brasseurs (2) . Ces chanvriers possédaient des usines et des moulins sur les bords de la So^ues, dont les eaux très pures étaient favorables à la fabrication et au lavage des tissus (3). Leurs grandes fortunes leur pemiireot de contracter des alliances dans un milieu social plus relevé. Plusieurs de Sade épousèrent des filles de petite noblesse, de jurisconsultes, de chevaliers; et Hugues de Sade, en particulier, épousa la fille du seigneur de Noves.
C'est un trait commun aux parvenus de tous les temps de rougir un peu de leur origine, de se donner des ancêtres et de
^i) Aflraochissemeiit d'une maison située à l'entrée de la dont une partie appartenait aux héritiers de Feu Hugues de Sade chanrriei [Anglici Griiiuiardi doctimenla. l- 363). G. Bavle, J Bail, hiïtor. et archéol. de Vaucluse. Avignon, 187g.
(3) Archives de l'hôpital d'Avignon, n" 6. Terrier d'Avignon d'ATignon. Livre de compter de Dulcelîne de Sade.
(jl Sargia mutcnditia. Archives du chapitre de N.-D. des Dom
Vieille-Blanquec
chercher à se faire une généalogie. Déjà, sous l'empire, on voyât, en Gaule surtout, des affranchis qui avaient fait fortune transformer leur nom gaulois en y ajoutant des « gentilices » romains qui ne leur appartenaient pas ; et l'usurpation des noms était poussée si loin que l'empereur Claude dut prendre un édit spécial pour le défendre (i).
L'immigration italienne du quatorzième siècle qui suivit le* papes sur les bords du Rhône, avait introduit à Avignon société nouvelle, formée, comme celles de Gênes, de Lucques et de Florence, de commerçants, de changeurs, d'armateurs qui, non contents de jouir de leur grande fortune , avaient des préte»tions nobiliaires assez peu justifiées. L'industrie chanvrière, tri» répandue alors dans la vallée de la Sorgues, avait beaucoup enrichi la famille de Sade (2) ; maïs le souvenir de cette industrie parait avoir quelque peu froissé son amour-propre, si l'on en cmt certains parchemins de famille oii le mot canabassertus, chanvrier, est intentionnellement gratté ou raturé. Ce détail peut donna une idée des sentiments assez médiocres d'Hugues de Sade, qû paraît avoir été un personnage vulgaire, dur, vaniteux, peu capable, en un mot, de comprendre la délicatesse de la femme incomparaUe qu'il avait pu associer à sa vie. II le prouva, du reste , à la mort de Laure. Elle lui avait donné onze enfants; elle lui en laissait neuf. Malgré tant de liens et de souvenirs, le riche ch; remaria dans le cours de l'année.
La première rencontre de Pétrarque et de Laure est connue
(i) Suétone, Claude, ch. xxv,
Frcedhesdeu, Mrcurs TomaÎHes, t. 1. p. 84, note.
G. Mavrin, La colantr Hlnioise, Nemansa, t. 1[, p. 137.
(3) Les archives du couvent de Bonpas, ie l'hospice du pont Saint-B^nénli du monastère de Sa in te -Catherine, de la commune de Malaucène, mentiotuieit un grand nombre de terrei; alors affecties à ta culture du chanvre, canabiin.
G. Bavle, LhCUl de Sad^. op. cil.
ptoua. C'était le 5 avril de l'année 1326, un vendredi saint, à relise du couvent de Sainte-Claire, dans une petite rue, au cœur d'Avignon, aujourd'hui la rue de la Masse. Pétrarque était non seulement d'un tempérament très religieux , mais il appartenait, en sa qualité de clerc régulièrement pourvu d'un bénéfice, à la grande famille de l'Église. Très recherché pour ses qualités brillantes et l'élégance de sa personne (i) , il vivait dans ce milieu de lacour pontificale, délicat et raffiné, à la fois mondain et dévot, qui conservait encore quelque chose de ces cours d'amour du siècle précédent, et où les femmes continuaient à exercer l'irrésslible empire de la grâce et de la beauté. Son âme un peu mystique, son âge — il avait vingt-quatre ans, et Laure dix-huit, — la soudaineté de l'apparition de cette jeune femme en prière, d'une élfgance et d'une séduction infinies, la poésie du lieu, la solennité nème de cette semaine douloureuse qui semblait bien faite pour voir naître un amour qui devait être malheureux, tout contribuait i l'éclosion d'un sentiment profond et tendre.
L'amour du poète s'éveilla subitement en même temps que son génie; et cet amour ne le quitta plus. Il aima Laure pendant ifingt et un ans, et la pleura dix ans après qu'elle fut morte. Il se souvenait encore d'elle à ses derniers jours. Laure ne fut pas nsensible à cette adoration passionnée et fidèle; mais on sait à l'en pas douter — et Pétrarque lui-même ne craint pas de l'avouer — que ses instances, ses supplications furent toujours vaines, )u'elle ne se départit jamais d'une très grande réserve et que, nalgré le trouble de son cœur, elle ne lui donna d'autres gages Ju'une tendre compassion, n Je ne suis pas ce que tu crois », lui iit-elle un jour simplement pour modérer l'expression trop vive leson langage (2). Et depuis lors, Pétrarque se tut. Il écrivit au in de parler, et c'est ainsi que commença le Camoniere {3) .
(l) Voir a ce sujet la lettre si curieuse de Pétrarque à son frire Gérard dans iqndle il te reproche les raflînenients d'élégance et les assujettissements que «Bt impiMaît i tous dcu» le dÉsir de plaire dans la société des femmes. {Famiitm, X, 3. édit. Fracassetti.) 13) r •>«<• .«. /o'B eki tu tredi. {Cansoniiri, \- partie, Caa*<me, 1, stance iX.) I Voir pour tous ces détails Tétude très fine de A. Méziires sur Pétrarque
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SECONDE PARTIE. — CHAPITRE SKPrifiMB.
Les documents de toute nature que l'on possède sur Laurede représentent pas comme une beauté parfaite. Oni d'elle plusieurs portraits et plusieurs fresques. Simon Memmiieo particulier, l'a reproduite nombre de fois ; à Avignon, sous le porche de Notre-Dame des Doms; à Florence, sur la façade de la chapelle de Santa-Maria Novella; à Sienne, dans l'église de/ii Angeîi, sans compter le portrait qu'il fit spécialement pont Pétrarque, lorsqu'il vint à Avignon, en 1338, pour décorer It palais du pape Benoît XII. Le poète amoureux le portait toujours avec lui dans sa vie errante, et il l'avait payé au peintre dedeui sonnets si admirables, que Vasari disait qu'ils avaient jelé plus d'éclat sur la vie de Simon de Sienne que tous ses tableaux.
Par contre, les deux portraits de femme qui existent au masit d'Avignon, sous le nom de 0 portraits de Laure », n'ont JJ représenté l'amie de Pétrarque. Le costume, la coiffure, lesl^ et les ornements, la couleur verte de la robe et du manteau, était la couleur préférée de Laure, de celle qu'elle portait ment, semée de violettes, lorsque Pétrarque la vit pour la prenilj fois à l'église Sainte-Claire {1), ont créé à ce sujet une \( locale, mais qui ne repose sur aucun fondement sérieux. A> tient à honneur de posséder dans son musée des portraits aul tiques et sur nature de la belle Laure. Une étude récente parait avoir démontré que ces deux toiles sont bien de l'époque, mafi représentent probablement deux autres femmes delà famille de Sade ou de la famille de Real qui lui était alliée (2) .
On se fait réellement mieux une idée de la physionomie raie de Laure en rapprochant tous les détails contenus dans le' Canzoniere, les Lettres familières, le Secret, le Dialogue sur le'
d'aprii de nouveaux documents, et dont quelquej-unes de ces lignci !
(i) Le vieltite e'iverde,
Di ch'cra nel firiiicipia de mia gntrra
(CoMOJW, 15.) (2) G, Bayle, Lis poriraiti dt Lettrtau tnusèi d'Avifnm, Bull. hist. t
de Vaucluse, 1S80.
monde, le Triomphe de la chasteté, le Discours sur ta ift l'im^e de la femme aimée revient à chaque instant sous différents. Pétrarque la compare quelquefois à une dont le toit serait d'or, les murs d'albâtre, la porte d'ivoire, 1res de saphir (i). Il désigne ainsi la chevelure blonde de U blancheur éclatante de son teint, ses yeux bleus et cette adorable où Ton voyait briller des perles et des roses (2),
peu le style du Cantique des cantiques; mais, ailleurs il
:3 détails bien autrement précis. Il avoue même quelque ^1 (ut assez heureux pour entrevoir Laure au bain dans le
sommaire de Diane devant Actéon (3) ; et il ne cesse de
en variant à l'infini ses descriptions, toutes tes grâces de
charmant, la pureté de ses traits, la noblesse de sa
be, le son de sa, voix, ses regards limpides, ses épaules
., sa taille souple, ses coiffures qu'elle variait souvent,
X, ses vêtements, la couleur de ses robes, les moindres
en un mot, de sa vie et de sa personne,
démarche, dit-il avec enthousiasme, n'avait rien de mor-
avait la forme d'un ange, et ses paroles avaient un autre (celui de la voix humaine (4). » a Des grâces que te ciel iccorde à peu de personnes, une vertu rare, plus qu'hu- B0U3 de blonds cheveux une âme mûre, chez une humble une haute beauté divine, une élégance singulière et ori-
n chant qui s'entend dans l'âme, une démarche céleste...
lUX yeux qui pétrifient les cœurs (5). a « L'amour, dit-il
.Vuri trait d'alahastro e UUù d'ofo Vavorio Htcio e finesire Ji taffiro.
{Canaonitre, 2" part., CaHtone. 4.) GU acchi strent, e le siellatili ciglia La Mie bacca angiUca, di perle PUna, e di rote, t di dotci parole.
; I, Itatu. 15 et 16 [1" part, du Canton.) . Non tra Vandar SHO cosa moriale Ma d'angelica forma, r It parole Sonavan altro cke pur voce umana.
ailleurs, se joint en elle à l'honnêteté, une démarche élé^anteàll beauté naturelle; elle a une attitude qui parle en silence... un j^ ne sais quoi dans les yeux qui éclaircit la nuit (i). » « Dans rang noble une vie humble et tranquille, avec une haute intelligence, un CŒur pur, des fruits mûrs sous une fleur juvënileet avec un air pensif, une âme joyeuse (2). b
Tous ces détails sont réellement exquis. On sent bien qu'ils sont vrais, et on comprend dès lors le véritable culte que Pétni^ que avait voué à cette femme idéale. Son amour violent et passionné au début ne tarda pas à devenir tout à fait chaste ; et bien qu'un sentiment de cet ordre ne soit pas absolument contre nature, c'est un état de l'âme exceptionnel, une sorte derarttf physiol<^que, presque un accident dans l'histoire de l'huma* nité.
Heureuse et fière d'avoir contenu la passion ardente de Pétrarque dans les limites du respect. Laure put l'admettre dans soninti' mité, reprenant toujours sa rigueur pour arrêter de nouvelles i passagères entreprises, passant sa vie à le repousser et à lui pardonner, sans jamais lui accorder de réelles faveurs. Elle se défsn* dit pendant vingt ans sans un jour de faiblesse. 0 Aucune priift ne l'émut, aucune caresse ne triompha d'elle; elle garda son honneur de femme, et, malgré son âge, malgré le mien, malgré beaucoup de circonstances qui auraient fait fîéchirméme un cœur ausfl dur que le diamant, elle resta ferme et inexpugnable (3).iL« poète dut se contenter de faire pleuvoir sur son idole un déluge de canzoni, de sonnets, de sextines et de ballades, que cellerO, du reste, ne comprenait pas très bien. Laure, en effet, ne parlàtl pas l'italien. La langue du Canzoniere était de création nouvelle, '
{Sann.. 160.)
(2) Cf. MÉZIÈKES, Pétrarque, op. cil.
(3) Nullis mota precibui, nulIU vicia blandiiiii, mttHibrem tennil dtcatim,^ advtnui suam simul et meam ataUm, advenus mulfa et varia q-ua jUclert li»- Monfiniini liett sfirilum lUàuissenl, iHtipMgHabilis el firtna permatuit.
(De C0Hle«<plu mundi, d. 3.)
La MONT VENTOUX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE.
«raimable cardinal Colonna, l'ami dévoué de Pétrarque et de la
uniliedeSade, ne trouvait pas mauvais de se prêter à un commerce
ïJanterie littéraire en lisant à la jeune femme et en lui tra-
Hotsant en roman, qui était sa langue maternelle, les plaintes un
u alambiquées et subtiles du poète (i).
L'impression trop vive des charmes extérieurs de Laure paraît s'itre un peu calmée avec le temps ; et l'épouse fidèle d'Hugues de Sade avait trouvé, d'ailleurs, le plus sûr des calmants pour elle et pour son amant dans la continuité d'une respectable maternité. On se rappelle qu'elle eut onze enfants. Laure, du reste, mltissait un peu ; et sans cesser de l'aimer, Pétrarque s'en apercevait. Cet amour se transforma alors d'une manière véritablement touchante. Pétrarque l'exprime d'une façon charmante dans une de ses poésies : « Notre jeunesse fleurieet verte, dit-il, s'écoulait; je sentais déjà s'attiédir le feu qui brûla mon cœur, et j'étais îfrivÉ à l'âge où la vie descend jusqu'à ce qu'elle tombe. Déjà ma chère amie commençait à se rassurer peu à peu contre ses soupçons. Sa douce honnêteté tournait en jeu mes peines cruelles. Le temps approchait où l'amour se rencontre avec la chasteté, où il tôt permis aux amants de s'asseoir l'un à côté de l'autre et de se Monter leurs aventures (2). »
Aussi, lorsqu'au bout de vingt-deux ans il apprit la mort de die qu'il aimait, il avait déjà détaché de sa main le premier ] de la chaîne qui l'unissait à elle. Le temps et sa volonté paient attiédi son amour sans l'user; il n'en restait plus qu'une fflme douce dont le rayonnement éclairait sa vie, mais ne la Ipublait plus. Il la pleura, mais sans amertume ; souffrant moins a. mort qu'il n'avait souffert autrefois de sa froideur et de ses . Sa tristesse prît alors un caractère plus mâle, et sa pen-
Alt mùerl ei inirila quit AttJitil aul Uni describet carmin
(Églogve, Vlll, DiTiorii
Cen caslitate; ed agli o
{Sonn.. 47. P. M. L.)
sic, affranchie désormais du soupçon même d'un désir, s'élanfj plus librement vers l'ombre de Laure, qu'elle ne s'était jamais iUncée vers Laure vivante. Il n'y avait plus de maii, plus d'enfants, plus de lois sociales, plus de barrière qui les séparait. Leuis Imes pouvaient enfin se rejoindre. Le poète spîntualiste, jusque- I& gftné et meurtri par la réalité, retrouvait le droit de s'abandonner à l'ivresse de ses rêves et d'entourer son amante d'une tendresse idéale (i).
La religion seule le consola en lui ouvrant les perspectives infinies de» espérances immortelles. Morte, en effet, il ne la perdait {tas, puisqu'il ne perdait que son corps. Morte, elle lui inspiradcf accents plus pénétrants et d'une poésie plus élevée que pendant le cour» de ta vie troublée et toujours enfiévrée des regrets de la séparation. II ensevelit alors la chère mémoire dans k plus profixid de son cœur et ne pensa plus qu'à l'étude, à ses Aints et k Dieu. ■ Je la revois, disait-îl, plus belle et moins ftltt^ {3). Mon Ime, qui a si souvent brûlé pour elle, dési" rause d'alk^ravec dtc, ouvre ses deux ailes; mais elle est trop 4le\"ée pour mon poids terrestre. Heureux le jour où, sortant de ma prison d'tci-bas, }c laisserai, brisée et dispersée, cette peunte, fr^igile et mortelle enveloppe (3). ■ ■ Belle dame, lilî <ttt-U aàUeurt. ta as donni on court sommeil. Maintenant, tt) X'm rfvolWe panai ks esprits ans, là où l'âme s'unit à son CrtotMrH). •
Une certaine école d'historiens — et même des historiens locaux ont eu la triste pensée de flétrir la mémoire de Laure et de l'amour de Pétrarque comme une intrigue vulgaire et équipe (i).
D'autres auteurs, sous les dehors d'une apparente critique, et
suite de cette tendance assez naturelle qu'on a de juger un
trop des personnages d'après le milieu dans lequel ils vivent,
aussi contribué à amoindrir et à rabaisser le caractère de
ire de Noves. La société dans laquelle elle vivait était bril-
ite, frivole et quelque peu corrompue. Jeune, belle et riche,
devait naturellement y être très courtisée. Pétrarque, de son
;, avec sa double auréole de poète et de proscrit, sa nature
ite, ses grâces naturelles et même ses fonctions demi-ecclé-
[ues qui lui permettaient de vivre dans le monde, tout en
it Tami et le familier des papes et des cardinaux, se présentait
un aspect tout à fait romanesque, en amoureux des plus
Cette société, à la fois galante et religieuse, avait conservé fnelque chose de ces fameuses cours d'amour des deux siècles prtcédents, dont les reflets étaient encore si brillants en plein fBatorzième siècle, dans cette première Renaissance de la cour pontificale d'Avignon. Il n'est donc pas étonnant qu'avec un peu ((Imagination on ait pu voir dans Laure une de ces femmes un peu faciles de l'époque chevaleresque de la « gaie science » , dont la beauté inspirait la muse des troubadours, qui recevaient à visage découvert et le sourire aux lèvres les hommages souvent assez hardis
(1) Bruce Whyte, Histoire des langues romanes.
NicoLO Franco et Hercule Giovannini, Petrarchista.
J.-B. JOUDOU, Histoire des Papes d'Avignon.
(3) Pétrarque est le premier poète de l'Italie moderne, parce qu'il est à la fois le plus élevé et le plus sensible, le plus pieux et le plus amoureux. (Lamartine, Entret. fam. de littérature.)
de leurs vassaux de cœur, et dont le nom, le rang et les chanacs étaient célébrés avec une tendresse quelquefois un peu intempérante, dans cette jolie langue néo-latine, mère de notre i^om^ romano-proyençal .
Laure valait mieux que cela. L'homme qu'elle a aimé pendant vingt ans n'était ni un troubadour ni un coureur d'aventures, mais le plus illustre, le plus séduisant et peut-être le plus recherché de son temps; et elle savait qu'elle en était passiona^ ment aimée. Chaste et fière, elle a élevé son cœur au-dessus des joies de la terre. Son amour est resté absolument pur; et, malgré la violence d'une passion partagée, elle a su inspirer à son illustre amant un sentiment du même ordre, sans aucune espérance de possession. Ce fut sa gloire. On ne pouvait aimer une telle femme, une âme si droite, une intelligence si élevée, un carac* tère si ferme, sans devenir meilleur à son contact et sans s'élever avec elle au-dessus des vulgarités de la vie. o Le peu que je suis, déclare Pétrarque dans son traité sur le mépris du monde, je le huIm \viT elle; si j'ai un peu de renommée, de gloire, jamais je n'y Itérais arrivé, si la faible semence de vertu que la nature aval placée dans mon cœur n'avait été développée par cette noble afïrrtion... Klle m\i séparé de la société du vulgaire ; elle a été \\\o\\ ^uiilo ilans toutes mes voies ; elle a aiguillonné mon génie lah^uiss^nU ot excité mon esprit engourdi (i). »
Il c'st iiu possible de faire de Laure un plus bel éloge. La vérité <st i|u'ellr tilt |Hnir Pétrarque la providence de sa jeunesse; qu'elle \c i\v\o\\\\\A lies plaisirs bruyants et grossiers, et l'arracha aux dis- MpatioUN d'une siviétê corrompue. Sa vertu, son héroïsme ont 4iu\t»ibue pour une larj^e part au développement de son génie. S.u\^ «lie, Ir (\;»/i'.>w.Vfr n'existerait pas, et peut-être aussi les nuN le»* Irs pbis sérieuses de l'illustre Toscan, qui n'aurait jamais tvu' bn ollm un amour obscur et sans gloire. Aucune femme, sans diMilr, \\\\ etè plus et mieux aimée, mais aucune ne méritait n»li UN \\c Vi^Wc. Ou peut croire aussi qu'il en est peu qui aient
eo i subir de plus terribles luttes intérieures. Elle sut résister i une passion noble, sans doute, mais qui, satisfaite, aurait perdu toat son prestige. Elle est sortie victorieuse de cet admirable combat, donnant ainsi au monde Tun des fiv0 merveilleux exemples de tout ce que le cœur de la femme contient d'héroïsme et de vertu lorsqu'il est à la fois possédé par un amour sincère, jievaleresque et idéal, soutenu par la foi religieuse et dirigé ar le sentiment profond du devoir.
^^^ CHAPITRE HUITi:
ËME ■
Le* fle» en amont d'Avignon . — Différence dos cgurant , les deux rives. — Action de la rotation de la terre. -
s et dei profbnden - L'Ile de U Barthi
— U bras d'Avignon et le bras de Villeneuve, Topographie d'Avignon au» premiers temps historiquenicii-iine. — L'oppidum primitif et le burg cavan
;. — Colonie gr*ci !. — U ville celti
grecque, Aven-io, 'Aoueviiov. — Monnayage grec a enceintes de l'époque gtéco- barbare. — La ville. 1 romaines. — L'enceinte du moyen Sge et les dii porl — Destruction complète des remparts. — Les papes . ment rapide de la population. — Menaces des Grand.
modernes. — Essai de reconstitution des cinq encein
Avignon. — Le.
enceinte et la popli ^es. -- Le siège de i. Avignon. — Aco :s Compagnies. — 1 iciennes portes ^ tes d'Avignon, ^1
Après le passage du pont Saint-Esprit,
la pente du R
s'adoucit d'une manière sensible et continue.
Cette pente (l]
(i) Pente moyenne du Rhûne eo aval de Lyon.
DisMIlM lOIllfl
mJlrFS
tûn"i=èT. jj
Confluent de la Saune. i6a De ta SaSne â l'Isère.
— derisère... 107 De l'Isère à la Drûme.
— de la DrAme . 90 De laDrAmeà l'Ardèche 6a ^^1
— del'Ardèche. 40 De l'Ardèche â la Du
— delaDuriince 13 De la Diirance à Foui
3a uJl
d'Arles.. 2 De Fourques à la mer
De Lyon à la mer,. .
t de So centimètres environ par kilomètre entre la Drôtiie et l'Ardèche, De dépasse guère 45 centimètres entre l'Ardèche et la Durante. C'est une réduction de près de moitié,
La vitesse du courant diminue dans la même proportion. Le fleuve commence à ne plus avoir la force de charrier ses graviers et ses limons; il les abandonne çà et là, un peu partout sur sa route, dans tous les endroits où un élargissement du lit, une plus grande étendue des grèves latérales, l'existence d'un banc de gravier qui brise le courant, un coude qui le rejette sur la rive opposée, un rocher, un massif d'arbres en taillis, la moindre cause accidentelle provoque quelque remous et donne naissance à une de ces zones tranquilles plus ou moins étendues qu'on appelle des • mortes eaux n. La vallée s'élargît alors peu à peu. Trois grands affluents torrentiels du Rhône, — l'Ardèche, l'Aigues, laCèze, — sans compter un nombre assez considérable de petites rivières secondaires, augmentent à la fois le volume de ses eaux et celui de ses atterrissements. Le courant du fleuve, influencé par ces apports latéraux , se divise en deux ou trois bras. Les vases, les graviers et les sables se déposent de plus en plus; et le lit majeur est encombré d'îlots et de bas-fonds, qui ont été jusqu'à ces derniers temps une gêne sérieuse pour la navigation.
Les cartes du cours du Rhône dressées depuis la fin du siècle dernier fournissent à ce sujet les plus intéressantes indications. A moins de vingt ans de distance , elles présentent des variations considérables. Des ties anciennes ont disparu, de nouvelles se sont formées; la plupart se sont modifiées , divisées ou réunies. Le lit du fleuve a changé de place. Les courants ont passé d'une rive à l'autre. Là où se trouvait un haut-fond , la sonde relève un gouffre. Les bancs de sable se sont développés , presque tous allongés et soudés les uns aux autres. C'est un désordre complet, une instabilité perpétuelle. Toutes ces îles basses, couvertes d'oseraies verdoyantes, émergent à peine de quelques centimètres au-dessus des eaux moyennes, et sont recouvertes par les grandes crues ; elJessont traversées par un dédale de petits bras sinueux du fleuve, I appelés dans le pays des u roubines », des h lônes a, des o bras-
siferes ». Leur nom varie comme leurs formes et leurs ^menâou.. A quelques kilomètres seulement, en amont d'Avignon, on n'a: comptait pas moins d'une trentaine au commencement du siède, dont quelques-unes mesuraient plusieurs centaines d'hectares; la îles du grand et du petit Saînt-Marc, l'Ile du Seigneur ou de Hixtemart, les (les du grand et du petit Dragonet , l'tie de Sahuc « des Voleurs, les îles d'Oiselay, l'île de Durban, l'île de la Verge*tière, l'île de la Motte, les îles de Bonne-Ame, de la Priadc.ile Pâturas; enfin, la grande Ile de la Bartfaelassc, qui n'était pu encore soudée à l'île de Plot, au droit même d'Avignon {i).
tl
D'une manière générale, l'examen de toutes les cartes ancienne» semble indiquer que le courant du fleuve a une tendance h « porter du côté de la rive droite. C'est le contraire qui a lieu auji d'hui. Le bras navigable du fleuve, les grandes profondeurs, eaux rapides se trouvent sous les murs mêmes d'Avignon, quieît et doit rester une des principales escales de la batellerie. Mais « résultat tout à fait artificiel est dû aux travaux récents entrepris depuis une trentaine d'années pour assurer et régulariser la navigation du fleuve.
Il y a à peine un demi-siècle , le bras du Rhône qui longe Arignon était une simple n lône » presque atterrie en temps de basses eaux, à peine navigable par les eaux moyennes. La batellerie passait de l'autre côté de l'île de la Barthelasse, au pied de la tour de Philippe le Bel , sous les murs de la Chartreuse de Villeneuve et du fort Saint-André. Les vieilles gravures du Rhône au devant du château des Papes, et la série si connue des tableaux du peintre Vernet, l'une des gloires d'Avignon, représentent invariablement les tartanes, les allèges, les trains de radeaux amarrés ou narguant te long d'un chemin de halage sur la rive droite , tandis que
(i> Voir la carte au commencement du chapitre, pi. XII.
e gauche , à peu près déserte , est figurée comme une sorte Ie lagune morte , entrecoupée de terrains vagues , de bancs de avier et d'oseraies.
Cette situation était d'ailleurs conforme aux lois générales qui Cgissent le cours des fleuves. Presque toujours, en effet, ils pré- BDtent des conditions de navigabilité très différentes sur leurs hii rives. L'une d'elles n'est profonde qu'au détriment de iutre. Le courant qui se porte sur une rive augmente tous les i cette profondeur; et l'atterrîssement de la rive opposée 'accentue au fur et à mesure que se creuse celle qui lui fait ce.
Ce phénomène est la conséquence de l'action perturbatrice que mouvement de rotation de la terre exerce forcément sur la itection des eaux courantes. Tout le monde sait que la terre autour de son axe. dans la direction de l'Ouest à l'Est, en &>gt-quatre heures. La vitesse de cette rotation est riaturelleariable en chaque point d'un même méridien. Nulle aux Ses, elle atteint son maximum à l'équateur, oij elle devient lement effrayante , près de deux millions de mètres en vingttre heures; c'est-à-dire 30 kilomètres à la minute ou 500 mètres taseconde. C'est trente fois plus que la vitesse moyenne de nos upress. Or, si l'on imagine, dans notre hémisphère boréal, cours d'eau exactement orienté suivant le méridien, — et c'est cas du Rhône qui coule presque directement du Nord au Sud, Lyon et la mer, — il est évident que chaque molécule liquide, fur et à mesure de sa descente vers l'équateur, et en passant un parallèle au parallèle suivant, sera animée d'une vitesse latéle moins grande que celle de la terre qui tourne, et qu'elle viendès lors heurter et frotter contre la paroi Ouest qui constitue rive droite du fleuve.
Si, dans le même hémisphère, le fleuve coule du Sud au Nord, fet sera encore le même. Seulement, la molécule liquide, à sure qu'elle avancera vers le Nord, conservera un excès de tsse de rotation qui se traduira par une composante latérale ii^ée dans le sens du mouvement; elle sera donc rejetée et
exercera une action de frottement sur la rive Est, c'est-à-éie toujours sur la rive droite.
Le résultat serait ie même , sauf une réduction de cette composante latérale, si le cours d'eau, au lieu d'être orienté exactement suivant le méridien, avait par rapport à lui une direction plusos moins oblique.
Il est enfin aisé de comprendre que le même phénomène doit « produire pour les mêmes raisons, mais en sens inverse, dans l'hémisphère austral.
En thèse générale donc , la loi des effets de rotation de la tait par rapport au mouvement des eaux courantes peut s'énoncer de la manière suivante :
Les fleuves de l'hémisphère boréal doivent tendre à ronger Imt rive droite et à atterrir leur rive gauche. Les fleuves de rhéniisphère austral doivent tendre à ronger leur rive gauche et à aller» rir leur rive droite. Ces effets de corrosion et d'atterrissement doivent être d'autant plus sensibles sur un même parallèle (|ue t* direction du fleuve se rapproche le plus du méridien ; ils sont nols pour les fleuves parallèles à l'équateur.
Telle est la loi. Mais, en réalité, les effets en sont très petits, quelquefois même tout à fait inappréciables , masqués et détruits par une foule de circonstances extérieures. 11 est évident d'aboro qu'ils ne peuvent être constatés d'une manière un peu suivie que dans les fleuves à très grands parcours, comme ceux de l'Alix magne et de la Russie, chez lesquels les molécules de Tcau «m* rante, traversant d'immenses étendues de territoire, rencontrent successivement des parallèles animés de vitesses de rotation très différentes. Dans les fleuves à parcours moyen, comme le RWne, il y a en réalité bien peu d'écart entre la vitesse de rotation de deux parallèles aussi rapprochés que ceux de Lyon et d'Avigno" ou d'Arles. La force qui rejette une molécule d'eau du fleuve sut la rive droite est donc infiniment petite, et son eflfet peut îtrt détruit à chaque instant par la moindre circonstance locale, '^ plus petit accident naturel. Toutefois, quelque minime qu'elle soit, cette force existe; elle anime un nombre incalculable de
ffiïe qui longe les départements de la Loire, de l'Ardèche" ard, est presque toujours plus abrupte que la rive gauche ;ne les plaines de l'Isère, de la Drame et de Vaucluse. ute, la formation géologique des deux rives entre pour la ■nde part dans cette différence entre les escarpements laté- ^ profondeurs et les courants qu'on y observe; mais le lent de rotation de la terre n'a pas été sans produire, après gue période de siècles, une certaine influence sur le déptade l'eau courante; et c'est à lui qu'il faut attribuer cette ;e du cours du fleuve à se porter, lorsque rien ne s'y de préférence sur la rive droite (i).
■ particularité est remarquable surtout aux environs d'Avi- :t si le bras navigable du fleuve passe aujourd'hui sous les èmes de la ville, c'est qu'il n'obéit plus aux lois naturelles y a été conduit artificiellement par une véritable dériva-
amont d'Avignon, le Rhône reçoit, rive gauche, la rivière de l' Aiguës; sur la rive droite, ■re de la Cèze. Les apports de ces deux aflluents, les ns du courant à leurs embouchures ont provoqué la divifleuve en deux bras. Deux grandes îles se sont formées, Colombier et l'tle de la Pîboulette, la première exactea confluent de l'Aigues et du Rhône, ayant une longueur I (Ik 4 IrilnmMrpfi? la «eronde dp fi idiomèfri"!. form^ p
Un peu plus bas, le fleuve se divise encore en deux branches qui enserrent la grande île d'Oiselet, sillonnée elle-même par un réseau de petites lônes. Enfin, à 5 kilomètres au-dessus d'Avignon, presque au droit de l'embouchure de l'Ouvèze, une nouvelle division du fleuve donne naissance à la grande île de la Bartlie' iasse, qui descend jusqu'à Avignon, où elle se soude à l'Ile de Piot. Il est intéreasant de constater que le grand bras du Rhdnï, le bras navigable, est toujours celui qui longe la rive droite. Seul, le bras d'Avignon fait exception à la règle, mais par suite de causes tout à fait spéciales; car, livré à lui-même, le Rhône qu'au commencement du siècle, délaissait presque complètement la rive gauche et se portait surtout du côté de Villeneuve. J qu'en 1850 et même plus tard, la navigation, de plus en plus di cile dans le bras d'Avignon par la présence de plusieurs hautsfonds, passait le plus souvent, et surtout en basses eaux, dans Ic grand bras de la rive droite (1) . Le port d'Avignon menaçait d'étie perdu , et il fallut opter entre les deux branches du fleuve.
On décida alors de sacrifier la branche de Villeneuve; et, potfi relever le plan d'eau dans celle d'Avignon, on établit, en tête de l'île de la Barthelasse, un seuil en enrochements qui fut d'abofd tenu assez bas pour permettre aux bateaux modérément chargés de le franchir à peu près en tout temps, La plus grande partie des eaux passa dès lors dans le bras de la rive gauche. Maïs le seuil de la Barthelasse ne pouvait être un ouvrage durable; 3 était bouleversé après chaque crue. On fut d'abord obligé de le relever jusqu'à l'étiage et de barrer ainsi presque complètement le bras de Villeneuve. II y a près de vingt ans enfin, afin d'éviter le retour des avaries qui se produisaient sans cesse, on établit, eo tête de l'île, au point où le Rhône se sépare en deux branche!)
ID Le véritable port du RtiAtie Était à Villeneuve pendant tout le mofen ip- C'était li, au-dessous de U route moderne, sur l'emplacement qui esteoOB* d£sig;Dé sous le nom de II Jardin delà mattrise des Ports », et oii l'on voit eucOR dE> vestiges de l'ancien quai, que se trouvait, jusqu'au siècle dernier, le bureau ginffll delà << Mattrisedes Ports », qui avait sous sa juridiction les bureaux des pont d'Aiguës- Mortes, de Beaucairc, de Pont- Saint-Esprit, de Fronlignan et de ' faubourg de Montpellier.
jue divîsoire de i,ooo mètres de longueur, élevée à 3 mètres ^susdes plus basses eaux et qui a même été prolongée depuis rès de 800 mètres. La presque totalité du cours du Rhône t ainsi la digue directrice de la Barthelasse et passe désormais Uns le bras d'Avignon. L'ancien bras navigable et navigué de Wleneuve est condamné. Ce n'est plus qu'un m Rhône mort », délaissé par la grande batellerie, accessible seulement aux petites embarcations des pêcheurs et faisant tourner le long des rives les mndes roues pendantes de quelques moulina
Il faut se représenter le Rhône affranchi de ses digues , coulant
pleins bords entre ses berges naturelles, remplissant son lit
jeur, inondant même sur une certaine étendue les terres rive-
les, pour se faire une idée de l'aspect et de la topographie
&?ignon aux premières époques de l'histoire. La Soi^ues, qui
idîvisait alors comme aujourd'hui en plusieurs ramifications, se
lait, avant d'arriver au Rhône, dans des marécages plus ou
15 profonds. La Durance elle-même, dont le confluent était
icoup plus rapproché d'Avignon, inondait, à la moindre crue,
les terrains d'alluvions aujourd'hui merveilleusement cultivés
l-s'étendent au Midi de la ville. Le rocher des Doms seul émer-
jtde la plaine en grande partie noyée, s'avançait dans les eaux
Unie un éperon et dominait l'une des plus vastes étendues de
Dtoire que l'on puisse embrasser, — à ses pieds, les étangs et
méandres du fleuve qui les alimentait; en face, les premières
hlations des Cévennes ; au Sud et à l'Est, la large vallée de la
Qance; et tout autour, à l'horizon, les Alpes, les Pyrénées, les
mes d'Arles, la mer.
^rtains archéologues, qui agrémentent quelquefois leur science
>vent aride par un peu d'imagination, alarment qu'il devait
itter, dans les temps de la préhistoire, sur la plate-forme du
Othetdes Doms, un temple consacré à Hercule. On peut même
lire dans les précieux manuscrits de l'abbé d'Expilly, qui ètùl certainement l'un des premiers érudits du siècle dernier, qu'une statue d'Hercule portant l'inscription HERCVLI AVENICO, ^ encore debout à Avignon sous le pontificat d'Urbain V, qu'elle, (ut brisée à cette époque et ses débris enfouis dans les fondations du palais des Papes, alors en construction (1362). C'ait' I>eut-être aller un peu loin; et le moindre défaut du savant auteur du n Dictionnaire géographique des Gaules et de la France « et de la « Topographiedel'Univers n, qui ne craignait pas d'einbrassef^ comme on le voit, des sujets assez vastes et un peu dispropop tionnés avec ses connaissances techniques et celles de son temps, était de manquer presque toujours de critique, souvent même d'exactitude, La vérité est qu'on n'a trouvé sur la platc-furme du rocher des Doms que des ruines informes, — fragments de stèlM, d'autels \'otifs, de soubassements, etc., — dont il est assez difScile de préciser l'âge et la provenance. Mais l'hypothèse de teB^ pies dédiés à Hercule et à Diane est, à la rigueur, assez adnùl sible, puisqu'on ne saurait douter qu'Avignon n'ait été, près 4 six siècles avant notre ère, un comptoir gréco-phénicien très frè»: quenté; et on sait que le Melkarth tyrien, l'Astarté phénicienne et la Diane d'Ephèse faisaient en quelque sorte partie du matérirf' sacré de toutes les colonies nomades venues de la Grèce et de I Orient.
On ne saurait douter, d'ailleurs, que le fameux rocher des, Doms, dont les escarpements étaient baignés de tous côtés parfcl Rhône et les éUngs, n'ait été occupé dès l'origine même do. temps historiques. L'oppidum était, pour ainsi dire, tout (orntî sur la plate-forme presque horizontale du rocher dont l'assieUfti s'est conservée depuis plus de vingt siècles, et il présentait da' conditions de défense naturelle trop précieuses pour ne pas avcir été de très bonne heure utilisé et habité. Les premiers occupant* faisaient partie du groupe important des Cavares, dont Orangl était le centre le plus populeux, et Cavaillon, sur la Durant* l'un des ports alors très fréquentés par la batellerie fluvial* Au pied du rocher, près de ces eaux tranquilles et peu p*"
S, un peu au-dessus du niveau des grandes inondations, des S, des cabanes, des hangars étaient construits suivant la celtique, en torchis, en bois et terre battue, flanqués de
blocs appareillés sans ciment, couverts de chaume, de joncs ierates, tapissés de nattes de sparterie dont la culture et la ition ont traversé plus de vingt siècles jusqu'à nous sans
ifications presque sensibles (i).
but cet ensemble un peu confus constituait une petite ville de ;urs et de mariniers étagée sur les berges et les versants de
Bine, très bien disposée pour faire des échanges avec les baret les radeaux qui remontaient ou descendaient le fleuve.
>eu de profondeur n'était pas alors un obstacle. Bien au con- Le grand courant du Rhône passait assez loin du rocher, d des collines de la rive droite. On évitait ainsi les ■ rapiqui présentaient toujours un certain danger, quelquefois des difficultés insurmontables à la navigation. Les petites de t'époque tiraient alors très peu d'eau ; et même au moyen
Iës navires de mer, ceux surtout qu'on appelait du nom éléde a galères subtiles », pouvaient, convenablement allégés, il> ter tous les méandres du fleuve et venir atterrir sur les berges 9, où on les échouait suivant la méthode antique pratiquée «t temps sur les rivages méditerranéens. Avignon présentait la disposition pour ainsi dire classique de toutes les villes qui ont l'heureuse fortune d'être baignées par un I fleuve et d'être adossées à une colline ou à un promontoire nix. Au pied, sur la rive, la ville basse, marchande, cosmo- :, Yemporium, la n marine n. Au sommet, la population :btone, la ville sainte et guerrière, l'acropole et les temples. lit à la cime qu'on plaçait toujours la demeure des dieux, cet air pur qui était lui-même un dieu (3) .
m t'ioaust
rie de la sparterie fabriquée avec les osera
le. rives du fleuve d'Avignon à Taraacon
■ Voir la
arte donnant les enceinlea successives d'
Le nom de la ville répondait bien à cette situation de forteresse qui domine les eaux; et, pour cette fois, les étymologistes, dont il est toujours prudent de se méfier un peu, pourraient bien avoir raison. Les interprétations qu'ils donnent sont tout au moii très satisfaisantes et conformes à la topt^raphie des lieux. Si l't admet avec eus que la racine an ou aven signifie eau. rivière, et que le Rhône et la Saône, Rhod-an et Sohn~an, signifient t Teai rapide » et h l'eau tranquille », on peut, sans trop de témérili, traduire le vieux nom celtique Avenio ou Aouen-ion par h souverain du fleuve ou des eaux (i) ». Il est à remarquer, dailleuiï, que trois villes voisines, Ouas-ton (Vaison), Cabal-ion (Cavaillon), Araus-ion (Orange), ont leurs noms formés d'une manière idw tique, rappelant les noms anciens des cours d'eau qui les Iravw saient ou coulaient sous leurs murs, l'Ouvèze, le Caulon, l'Ataîi/ aujourd'hui l'Evgue^;; Avignon était baigné par le fleuve par excellence, la grande eau. Aven. Les Grecs, qui ont tout transformé et adouci, ont seulement donné au vieux mot celtique une terminaison sonore; ils en ont fait Aiialuiv, AàvrAtn; et c'est soiM cette forme qu'on peut le lire sur leurs médailles et dans les textes de leurs géographes, Artémidore, Etienne de Byzance, Ptotémée, Strabon.
Les relations des Phéniciens et des Grecs de Marseille avec la populations celto-ligures qui occupaient la vallée étaient constantes. Non seulement l'empire de la mer leur appartenait, mas leurs navires remontaient très haut le cours du Rhône et rafew de la Saône. En échange des denrées agricoles et des produits locaux, ils apportaient les trésors de leur riche industrie, Iwf civilisation et leur mélodieux langage ; ils prenaient ainsi pied pc*. à peu dans toutes les villes barbares où leur marine pouvait abo^^
(1) Ah. owh iCell.), Abhoin (Gaélic), Ave» (Kymric). (BULLET, Mim. tM ** langue celliquf, 11, p, 8i2. Besancon, 1751.) If^J
der; ils y eurent bientôt des établissements fixes; de nomades ils devenaient sédentaires; et l'élément grec s'était tellement substitué à l'élément celtique que, i3o ans avant Jésus-Christ, les villes (l'Avion et de Cavaillon étaient considérées comme des colonies grecques et appelées des a villes de Massalia (i) ».
De cette époque gréco-barbare de la ville d'Avignon il n'est resté d'autres souvenirs qu'un nombre assez considérable de médailles et de monnaies et quelques inscriptions. Monnaies et inscriptions ont une facture très archaïque et un caractère mixte, moitié grec, moitié gaulois, témoignant ainsi de la pénétration profonde de la civilisation grecque dans le milieu barbare de la Gaule. Les inscriptions sont en langue celtique ou gauloise, toujours gravées en caractères grecs, les seuls que les Gaulois du Midi aient adoptés dans leurs textes épigraphiques et dans leurs actes officiels, tandis que les Gaulois du Nord se servaient tou- )ours, pour le même usage, de caractères latins. Le plus grand nombre des monuments épigraphiques a été trouvé dans le Gard et dans la r^ion de la Durance, c'est-à-dire dans cette région du bas RhAne qui subissait d'une manière plus directe l'influence salutaire de l'hellénisme marseillais. Cette abondance d'inscriptions celtiques en caractères grecs de la belle époque ne doit pas être, d'ailleurs, considérée comme un indice de barbarie, ni même comme le s^e de la prédominance ou de la ténacité de l'élément gaulois, mais plutôt comme la marque de la supériorité réelle et de la véritable direction que les Grecs de Marseille, riches, instruits, artistes et entreprenants, ne pouvaient manquer d'exercer sur les populaùons autochtones , attachées au sol , relativement pauvres , "ayant d'autre industrie que celle de la terre, presque aucune . culture intellectuelle, et conservant encore la grossièreté des mœurs iinittves.
f L'ioRuence massaliote s'exerça surtout par le monnayage, qui Wûrisait tous les échanges. On connaît cinq types de monnaies cques frappées à Avignon. Presque toutes portent sur l'une de
1, hoJk Moavalîac tpiî »" 'PaSsvtp. {Étjenne de Bvzance.) [ Iiblliùv, nàXi; Maa7il<ii<. i^ABTÊMrDORE, d'après Etienne de Byzance.)
*9* SECONDE PABTIE. — CHAVITftE nmri&lIE.
lenrs faces une roue k quatre rayons, avec les sigles MA2 ou HA^A intercalés. Cette roue ou ce disque à quatre rayons, x^/jj>i ftavztxi^, était l'un des attributs de l'Apolloo pythîen qM l'on retrouve sur le trépied fatidique de Delplies; et la légende MAI est l'abréviation du nom des Marseillais, MAl^AAIHTM, On a retrouvé reH monnaies par centaines dans les fouilles de beaucoup de maisons au cceur de la ville, dans les fondations dts principaux monuments, et notamment dans celles du théâtre d de lliAtel de ville moderrtes, situés sur la place actuelle de l'Ko> loge, au lieu même où se trouvaient l'agora de la ville grecque le forum de la vUIe romaine.
Les plusanciennessont enai^nt etenbronieet portent l'image du sanglier qui est éminemment gauloise. D'abord informée! gros* sicr, le sanglier e»t gravé avec plus de finesse et de perfection, i mesure que le contact grec se développe. Il finit bientôt par disparaître et est remplacé par le taureau « comupète i>, aWamont semblable h celui de tous les bronzes de Marseille, tandii que le revers porte la tète d'Apollon laurée ou celle de Dii«e tourelée, divinités marseillaises par excellence, avec la légende AOYE ou AYE qui rappelle le nom de VAvca celtique, A-- Avignon (i)-
Le burg cavare a entièrement disparu, et les débris de gios bloc» informes que l'on a pu rencontrer dans quelques fouilles i h partie supérieure de la ville ne peuvent jeter qu'une lumière douteuse sur ce passé évanoui. Tout au plus peut-on considérer comme certain que la terrasse du rocher, véritable castrum natarel. constituait dans le principe le réduit de la ville barbare, et qu'elle fut entourée de très bonne heure d'un mur d'escarpe. L* mur <téfensif de ce petit oppidum, dans lequel les habitants pou» valent se réfugier au jour du danger, devait être construit suiva la méthode celtique en terrassements et pierres sèches, da l'éi»iSseur duquel des poutres entre-croisées de distance en i
tl> D( \.\ ivM'KSAVII, Wmiim é»U Ganlt Sari., p. 157. p). XVT. LAl'Oltn, JV/~. 4i tAml. àntr.i -Irlt. ri atii de MlmnriHf, 1874-1876.
tance formaient un enchevêtrement des plus solides. La disposition naturelle des lieux , les escarpements de !a roche , la platetorme supérieure se prêtaient merveilleusement à ce mode de défense; et l'enceinte de cette acropole devait être à peu près inexpugnable. Le bui^ s'étendait au-dessous sur les pentes du rocher, It ne devait former, dans le principe, qu'un amas confus de huttes et de palissades en pieux, terre battue et roseaux; il se transforma peu à peu, au contact des Grecs massaliotes, en empcd'une réelle importance. Des hangars et des habitations de tprirent la place des cabanes primitives; ces constructions (Hnelles abritèrent une population plus policée; elles devinrent lieu de dépôt pour les marchandises qui descendaient ou remontaient le Rhône, et on reconnut alors la nécessité d'entourer it ville naissante d'une muraille de protection capable de résister surprise, sinon à une attaque prolongée, peut donc avec quelque vraisemblance imaginer qu'à l'époque gréco-barbare il existait à Avignon deux enceintes, l'une au sommet du rocher, grossière fortification construite selon les rffles de l'époque et qui constituait l'oppidum , la citadelle, où la population pouvait se retirer en cas d'attaque et faire pendant un certain temps une défense sérieuse; l'autre, simple mur de clôture ou de protection, établie au pied des pentes qui descendaient jusqu'au Rhône. Cette dernière englobait à peu près la partie la plus ilevée de la ville moderne, c'est-à-dire la place actuelle du palais dnPapes et peut-être une partie de celle de l'Hôtel de ville et ftll)Dartiers de la Fusterie et du Limas, situés alors sur la berge 4l Ilb6ne et même tout à fait noyés par le fleuve dès que eaux commençaient à grossir [Fusterie, fustes, /tish's, bois, wrque, bateau ; Limas, limon, idiome prov.) (i).
") Fuili. fus
ve, fu.
f'Mirtau, ftalHorius, nac
tangue tomant. Par
a8o SECONDE PARTIE. — CHAPITRE HUITIÈME.
Le premier système r^ulier de fortification date en réalité de Tépoque romaine ; mais on ignore la date précise de la construction. Il est probable cependant qu'elle fut très peu postérieure à la conquête. Dès que la vallée du Rhône fut dotée de la grande voie stratégique et administrative qui reliait Marseille à Arles, à Vienne et à Lyon, la ville d'Avignon, qui se trouvait sur le passage de tous les convois de troupes, fut occupée militairement et dut être mise en état de résister à un retour offensif des Barbares. Ville latine d'après Pline, colonie d'après Ptolémée, Tune des plus florissantes de la Narbonnaise d'après Pomponius Mda, c'était, par sa position même, la clef de la vallée du Rhône, une étape obligatoire pour les courriers et les I^ons (i). L'enceinte romaine date-t-elle des années qui suivirent la grande défaite des Allobroges au confluent de la Sorgues et du Rhône, ou de l'administration d'Agrippa et du séjour de l'empereur Auguste à Lyon? II est impossible de le dire. Avignon est beaucoup moins riche en monuments épigraphiques de l'époque romaine que la plupart des villes de la vallée du Rhône; et on n'y trouve pas, comme sur l'une des portes de Nîmes, une inscription précieuse, d'une conservation parfaite et qui donne la date exacte de la construction des remparts (2) .
Il est cependant assez probable que, vers l'origine de notre ère, la ville fut défendue par une enceinte continue , et que cette
(Il Oppida Intina : Avcnio Cavarum, etc..
(Plin., 1. III, v^iv), 6.) Avignon était inscrite dans la tribu \'oltinia.