II
Le roi Jean essaya en vaîn de faire une croisade contre eux. 'ne l^e du bien public fut organisée en Provence (2) et dans
<>) FkoiSSART, CAmiqtu, t. IV, p. 156.
01 Une ligme au qualotmièmi liiile. Éfiiodt du pats
«"nPrmnre. L. D. Bull, hiitor. et atch*ol, de Va
<ge dn Grandet CamfO'
tes provinces voisines ; mais il était bien difficile de s'entendre et de se grouper dans un pays épuisé par la famine, décimé par la peste, ravagé par la guerre contre les Anglais. Duguesclin fut chargé d'en débarrasser la vallée du Rhône et de les conduire en Espagne. Mais ces ramassis de pillards savaient tous qu'Avignon était une ville ouverte et la cour pontificale un riche butin. Ils ne voulurent jamais abandonner le pays sans venir, comme ils le disaient, se faire pardonner leurs péchés. Une première fois, le pape Innocent VI s'en était tiré avec 60,000 florins et une bonne absolution. Cette concession les mit en goût; et quelques années après ils revinrent au nombre de 30,000, s'intitulant des c pèl rins de Dieu ». Ils commencèrent d'abord par occuper, sur la riv droite du Rhône, le fort Saint-André et la grande tour q Philippe le Bel avait fait construire à l'extrémité du pont Saint- Bénézet. De là ils menaçaient Avignon. Urbain V essaya d« négocier avec eux et leur envoya un de ses cardinaux pour lei^ r enjoindre de se retirer, sous peine d'excommunication. La dirc3nique assez peu connue de Cuvelier, trouvère du quatorziènrme siècle, raconte d'une manière naïve la déconvenue du parleme taire et l'insuccès de sa mission. Le cardinal donnait au Pape d. détails fort peu rassurants sur les exploits des Routiers :
Je vous vieng apporter la lor confession :
Ils ont ars maint moustier, mainte belle maison,
Occiz famés, enfans, h grant destruction,
Pucelles violées et dames de grant non.
Robes vaches, chevaux, et pillé maint chappon,
Kt beu vin sans paier et robe maint mouton,
Et emblé maint joiel à tort et sans raison,
Calices de moustiers, argent, cuivre, laiton,
Ditte mainte parole plaine de malicon ;
Tous les mautz c'on puet faire plains de malefaçon.
Plus c'on ne porroit dire en livre n'en chancon (i).
Au demeurant, les routiers, et Duguesclin en tête, dem — — ^"'
(l) Cuvelier, La vie du vaillant Bertran du Guesclin. Chronique du qu(^^^^^^' Mtème siècle. Bull. hist. et archéol. de Vaucluse, t. I.
daient l'absolution et 200,000 florins d'or. Il fallut s'exécuter; et le Pape, qui tenait à ne pas payer de sa poche et voulait garder intact son trésor personnel, eut un moment Tidée de prélever cette somme sur les bourgeois et le peuple. Il faut lire dans la chronique du quatorzième siècle l'indignation de Duguesclin quand il apprit ce misérable expédient.
« Ha Dieux! se dit Bertran, or voi-je chrestienté Plaine de convoitise et de desloiaulté ; Avarice et orgueil et toute vanité Demeure en sainte Eglise et toute cruaulté ; Cil qui doivent garder sainte chrestienté Et donner de leurs biens pour Dieu de majesté, Ce sont ceulx qui le tiennent enclos et enfermé Et prennent tout partout et ont tout demandé Et n'ont néant vaillant de lor propre hérité. Par la foi que je doi la sainte Trinité!... Mais jà n'en prenderai un denier monnoié De ce que poure gent y aront ordené, Si le pape du sien ne me Ta délivré ! »
Le chef des routiers n'en voulut pas démordre, et Urbain V '"t obligé de payer 100,000 florins sur son trésor personnel.
Clément VI, au lendemain même de son acquisition d'Avignon
^^ itîains de la reine Jeanne, avait déjà assuré la défense de son
*^^l^is en construisant une muraille qui le reliait à la berge du
^^euvç et se terminait près de la porte Ferruce, qui correspondait
*^ porte du Rhône actuelle. Un fort châtelet avait été disposé à
^i^trée du pont Saint- Bénézet. Ce châtelet faisait ainsi pendant
*^ tour que le roi de France avait élevée sur la rive gauche du
*^hône, et qui était un ouvrage offensif contre la ville pontificale.
^^is toutes les « livrées » des cardinaux, les églises, les couvents,
^s comptoirs des gens de commerce, les ateliers des fabricants
étaient absolument à découvert et à la merci d'un coup de main.
Le Pape chargea le gouverneur de la ville, Femandei H commandeur de Malte, de commencer l'enceinte. Deux nouveaux furent créés, l'un sur le vin (le souquet), l'autre sel ; et on se mit à l'œuvre.
i non seulement la ville, mais tous les fau quelques îlots délaissés par le Rhône et o plusieurs ver autres lieux agréables (i) d. On construisit d'abord la pi l'enceinte qui se développe, sur près de trois kilomètres gueur, du Nord-Est au Sud-Est, et qui fait face au Midi, la porte Saint-Lazare jusqu'au couvent des Frères Prêche se trouve aujourd'hui la porte Saint-Dominique. C'était de la plaine le plus exposé aux invasions. On entreprit enî deux raccordements du Nord avec le rocher, le premier de Saint-Dominique à la porte du Rhône, où était le chat Pont; le second, de la porte Saint-Lazare au pied de Vi ment Nord de l'éperon du rocher. Ce fut l'œuvre des troi Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Elle est demeurée nous presque intacte, et Avignon peut la montrer avec Grâce à cette enceinte continue, la ville était désormais p contre toutes les surprises du dehors; et elle l'est encore d'hui contre les débordements du Rhône.
Comme ouvrée de fortification, ces remparts parais: peu bas et de médiocre résistance; et, dans les premières de leur construction, qui fut menée peut-être trop rapidei sous la préoccupation continuelle de nouvelles attaques tiers, les inondations successives ou simultanées du Rhôn la Durance y causèrent de graves dégâts. Deux ou troiî furent affouillées, des pans de muraille et quelques toui qués et ébranlés par les eaux ; une forte brèche même se p en 1362 à la suite d'un débordement extraordinaire du fie coïncida avec celui de tous ses affluents. Tout fut bientôt et renforcé; et, dès le milieu du quatorzième siècle, la v se croire en sûreté derrière son élégante ceinture.
(i) Baluie. !• vila Innocetili VI.
A l'extérieur des remparts et sur tout leur périmètre se développait un (ossé profond de 4 mètres alimenté par les eaux de la SorguesctdesSorguettes. Des tours carrées ou rondes s'élevaient Hes intervalles assez rapprochés et flanquaient les alignements des courtines. Le pied du rempart était ainsi d'un accès assez difficile. Quant aux portes, elles étaient protégées par des ouvrages avancés qu'on appelait des chàtelets; et il fallait faire d'abord le àègeen règle d'un châtelet avant de songer à aborder une porte ou l'enceinte. Chaque entrée de la ville était ainsi très ingénieusement défendue, n Les assaillants devaient se présenter à découvert sur le flanc du châtelet bâti au devant d'une porte; ils devaient ensuite franchir un premier pont-levis, traverser diagonalement l'esplanade du châtelet, forcer une barrière, passer sur un second pont-levis, entrer dans un ouvrage avancé fermé par ce pont et défendu par deux échauguettes avec mâchicoulis, se présenter enfin devant la porte, protégée par une ligne de mâchicoulis supérieurs, par une herse et par un second mâchicoulis percé devant les vantaux (i). » Les châtelets, qui constituaient ainsi de petites citadelles au devant de chaque porte, étaient d'ailleurs, comme tout le mur d'enceinte, entourés de fossés pleins d'eau. Avec les moyens d'attaque de l'époque, la fortification d'Avignon présentait, en somme, un ensemble fort respectable; elle donnait une garantie absolue à la ville contre le retour des Grandes Compagnies et de toutes les bandes errantes ; elle pouvait même, à la rigueur, résister aux attaques d'une armée figulière.
Le mur d'enceinte avait, de la base au parapet, une hauteur de I! mitres. Son développement était de 4,880 mètres. Il était percé de sept portes flanquées chacune de tours et portant une dûche d'alarme :
La » porte de l'Oulle 11, dont le nom provençal oulles, poterie,
■WHiiite, brique, rappelle le marché des oulles et de tous les objets
L possiers en terre cuite que l'on fabriquait à Villeneuve ; elle s'ap-
I) Voit les mémoires et comptes rendus publiés par la Commisuan dei [ ""Wt» dei monumenla historiques.
pelait aussi quelquefois la « porte du Pertuis u, à cause du pissage de la Sornette, qui la longe avant de se jeter dans le Rhfine, et la 0 porte du Limas », à cause des timons que le fleuve y avait déposés tout autour;
La « porte Saint-Roch », qu'on appelait aussi la « porte du Miracle n ou « de Champfleury », et qui s'ouvrait sur la plaine arrosée par la Durance ;
La u porte Saint-Michel n , qui tirait son nom d'une petite chipelle consacrée à ce saint, et qu'on appelait aussi quelquefoii 0 porte des Princes » ;
La H porte Humbert ii ou u l'Imbert u ;
La « porte Saint-Lazare » ;
La a porte de la Ligne " ou a du Bois », où se trouvait le qiai des charpentiers sur le Rhône ;
La II porte du Rhône n enfin, la plus fréquentée, qui se trouvaità peu près sur l'emplacement de l'ancienne « porte Femicel de l'enceinte du moyen âge et de la porta Aquaria de l'enceintt romaine. C'était celle par laquelle on entrait lorsqu'on venait di H Royaume » dans le domaine du Pape, en passant sur le pont Saint- Bénéz et, la véritable porte d'honneur de la ville.
Deux nouvelles portes ont été ouvertes dans le courant du siècle :
La o porte Saint-Dominique », qui traverse le vaste emptaœment, désert aujourd'hui, où se trouvait le magnifique couvent des Dominicains, situé sur la Sorguette, et dont la grande tour de Saint-Jean fut un des premiers ouvrages construits parlepap< Innocent VI. Tour et couvent ont été rasés à la Révolution;
La « porte Pétrarque m enfin, qui est aujourd'hui la principale entrée d'Avignon, depuis que le chemin de fer a déplacé le moo* vement des marchandises et des voyageurs qui avait lîeu autrefi» sur les quais du Rhône, entre la porte de la Ligne et la porte de l'OuUe.
existe un nombre considérable de vieilles estampes représen- Avignon au quinzième, au seizième et au dix-septième siècle. e des plus curieuses est une perspective cavalière de la ville, ÎÉe à Cologne en 1572 par G. Braun et Fr, Hogenberg, sous Un de « Plan aux Personnages ». Sauf les petits châtelets qui dispani en avant des portes et les deux entrées nouvelles (la e Saint- Dominique et la porte Pétrarque) , l'enceinte que l'on ;au]OUrd'hui ne diffère en rien de celle du seizième siècle. Les Is seuls ont été combles et remplacés par un large chemin de equi sert de boulevard extérieur à la ville moderne; mais les BTts ont conservé les mêmes lignes; et les mâchicoulis, supil par de petites consoles d'un profil ravissant, les créneaux ; parfaite régularité, les pierres d'un poli, d'une finesse de tt de taille que nos appareîlJeurs modernes pourraient preneur modèle, sont recouverts çà et là de mousse et de petites tatres qui ont pris avec le temps une couleur de feuilles sèches ! tonalité exquise. La seule différence sensible du plan ancien l'état actuel est le nombre beaucoup plus grand des construcde toute sorte qui remplissent, presque sans vides, tout l'esrirconscrit par l'enceinte, tandis qu'aujourd'hui la ville préy à l'intérieur des remparts, surtout du côté du Sud-Ouest et id-Est, d'immenses lacunes, des jardins souvent abandonnés, Errains vagues et presque déserts. La population a, en effet, kué de plus de moitié depuis le départ des papes. Elle est à 1 de 40,000 âmes; et, bien qu'elle ait une certaine tendance icrohie, il est peu probable que ce chiffre soit jamais beaudépassé.
^description des enceintes successives d'Avignon, depuis les ttes primitives et sans histoire définie jusqu'aux temps moderiles circonstances dans lesquelles elles ont été construites, les Wérationsqui ont motivéleur tracé, les destructions partielles
OU totales qu'elles ont éprouvées à la suite de sièges, d'iiivaàons, de désordres intérieurs, d'inondations du Rhône et de la Durance constituent, en lait, une riche collection de documents dont l'interprétation, la continuité et le classement méthodique permettraient de suivre le développement de la ville à travers les âges. L'histoire d'Avignon est, en réalité, celle de ses remparts. Nous ne pouvons que la résumer en quelques lignes.
Avignon a eu cinq enceintes, ayant toutes pour noyau le masslE du rocher, son oppidum primitif.
La première, aux temps préhistoriques, a été l'enceinte grossière, presqae naturelle, composée de gros blocs informes qui entouraient la plate-forme supérieure du rocher des Doms
La deuxième, à l'époque barbare, a réuni à cet oppidum les premières pentes du rocher et descendait jusqu'à la grève du Rhône. Ce fut l'enceinte du burg cavare, qui comprenait seulement le rocher comme citadelle et une grève sur les bords du fleuve;
La troisième a circonscrit toute la partie insubmersible qui s'étend autour du rocher et est à peu près définie par ce appelait autrefois « les sept paroisses ». C'est l'enceinte galloromaine qui a supporté les sièges de Clovis et de Charles- Martel ;
La quatrième est parfaitement déterminée par le cours de la Sorguette, qui lui servait de fossé extérieur et longeait son mut d'escarpe. C'est l'enceinte du moyen âge, celle qui a supporté le siège de Louis VIll en 1226 et a été complètement rasée ;
La cinquième enfin, qui empiète sur le champ d'inondation du Rliône et défend contre ses débordements la plus grande partie de la ville et des faubourgs conquis sur le fleuve. C'est l'enceinte des papes, que ton admire encore aujourd'hui.
Toutes ces enceintes ont le rocher des Doms pour point commun de contact ou plutôt de soudure. A peu près circulaires, ou mieux ayant la forme d'ellipses allongées, elles peuvent être représentées par une série d'anneaux aplatis de dimensions gran- jlisfiantes que l'on tiendrait à la main. Les anneaux figureraient
les différentes enceintes, la poignée qui les relierait représenterait le massif du rocher, successivement berceau et acropole de la ville antique, citadelle de la ville du moyen âge, plate-forme et promenade de la ville moderne (i) .
(i) Voir le plan d'Avignon et de Villeneuve-lez-Avignon, pi. XIII.
La traversée du RbAne ^ Avignon. — Absence de pont fixe. — Rareté des pi sur les grands fleuves i l'époque romaine. — Le pont d'Avignon. — I^ge de saint Bènézct. — Les textes et les chroniqueurî. — La Charte avigo naise, aniiqua membrana. — Le récit légendaire, Aisleria, et le procÈs-veri d'information, notalio. — La Charte lyonnaise, — Canonisi saint Bénéiel. — Critique dei texte* et des témoignages. — Mention e: de l'éclipsé totale de soleil en 1177. — Les Frères pontifes â Avignon. — I chapelle et l'hospice. — Description du pont. — Ruines et leConlCruclia — État actuel.
Origine du irhSteau des papes. — Installation de Jean XXII dans le palaii ép acopal. — Le palais de Benoit XII et le palais de Clément VI. —- Agrandis — Caractère militaire de la construction, — Décoritït t par les artistes italiens, — Fresques à école. — Dégradations modernes.
La ville et la cour pontificale. — Le luïe et les mœurs. — Caractère ilallM lu ville moderne.
La ville d'Avignon, dit un des plus vieux hbtoriens des évi ques, archevêques, papes, légats et vice-légats, princes et d^ taîres de l'Église qui s'y sont succédé depuis l'origine des tcni apostoliques (i), est « noble pour son antiquités, agi;Éable poi son assiette, riante pour la fertilité du solage, superbe pM ses murailles, charmante pour la douceur de ses habitants, magn fique pour son palais, belle f)our ses grandes rues, merveîUeut pour la structure de son pont, riche pour son commerce, cooni par totite la terre. Elle a espreuvé la domination de presque tm les plus grands monarques de la terre ; car des Grecs elle pas aux Romains, et des Romains aux Bourguignons sous Gc«debai
(1) Hisloir» ehroHolagique de l'Eglise, des Evesques et Archewsques d'AtigH' par François NovoviER, pr, en Avignon, de l'imprimerie de George Bramen imprimevr de Sa Sainteté, de la Ville et Vniversité, MDCLIX.
'Iltfâl/f modutM'
très, de ceux-là aux François sous Clovis, de là aux Gots kKloric; après, elle retourna aux François qui la transux roys d'Arles, dont elle passa aux empereurs d'Alle- ■OU9 lesquels elle se rendit république à l'impériale et se ; telle l'espace de plus de cent ans, iusques aux conucntes l'an 1251 que renonçant à sa liberté, elle se soumit rement aux comtes de Prouence et à ceux de Tholose par laqu'elle s'estant réunie entièrement sous les comtes de X fut acquise par le Saint-Siège, Sous la douceur de cet elle a fleury depuis l'an 1348, iusques à ce iourd'huy, esmoigné en toute sorte de rencontre la mesme fidélité llabie qu'elle avoit fait paroistre à tous ses autres souve-
«aurait être question ici de faire même un résumé histo- ■Une ville qui a éprouvé de si fréquentes révolutions , qu tant de fois de maîtres et de gouvernements et a eu la rare fortune d'être , pendant soixante-dix ans , la capitale du civilisé. Les archives d'Avignon, bien qu'une partie impore pièces et de documents, et notamment tous les comptes Boriers apostoliques désignés sous le nom de cameralia, jivi les papes à Rome, où ils restent déposés dans YArchirgto di Vatkano. contiennent encore de véritables trésors, tpouillement et leur commentaire seraient l'œuvre de plulonées; et une histoire complète de la ville, appuyée sur nombreux et précieux documents , serait un travail de Ctin. Notre intention beaucoup plus modeste est d'esquisser ent en quelques traits la physionomie originale de la ville out les rapports qu'elle a eus avec le grand fleuve qui lui a |a vie et la richesse, et qui fait toujours son charme en temps que son orgueil. Nous avons déjà décrit les enceintes rives qui l'ont séparée du Rhône dans la série des temps Jues, et la dernière de ces enceintes demeurée intacte qui lui la fois de digue, de défense et d'ornement. 11 nous reste à du vieux pont légendaire qui traverse les deux bras du fleuve, Gâteau-forteresse qui les domine de toute la hauteur de sa
masse architecturale que les siècles et les hommes ont à peine ébranler.
On se rappelle qu'une des quatre grandes voies militaires,
et la plus importante certainement, — construites ou restaurées par Agrippa au premier siècle de notre ère, et qui rayonnaier» ' autour de Lyon, descendait la rive gauche du Rhône et traversai' successivement Vienne, Valence, Avignon et Arles. Là, elle ^* soudait à la fois à la voie Aurélienne, qui conduisait en Italie p^^J le littoral et les Alpes Maritimes, et à la voie Domitienne, qt^i conduisait en Espagne par Nîmes, Narbonne et les Pyrénées. E :*>
I face d'Avignon, sur la rive droite du Rhône, une route secondaii «
[ gravissait les coteaux qui bordent le fleuve, passait au Pu 'ZJ Andaon (i) , au pied duquel s'éleva plus tard Vil I e n e u ve-1 ez- A v::^*" gnon, à Pujaut, Podium Allum (2}, dont elle contournait l'étan^^^i et se retournait ensuite pour retomber dans la vallée du Gardoi >■ Elle traversait cette rivière à Remouhns au moyen d'un pont e — =" maçonnerie, dont on voit encore la culée d'appui sur la riv^^-'S droite {3) , à, trois kilomètres environ en aval du célèbre aque
(1) MmasttTium Sancli Andréa, in cacumint moniU gMJ ntutiupatttr AitJaim •
»Hp*r Jiuvium Rhùdani.
Hiil. di Languedoc, II, pr. c. 156 et 3x5.
Cart. de Sainl-Viclor de Uarseille, ch. 533.
Chap. de Nîmes. Arch. départ., II75.
Cari, de Villeneuve. Arch. du d*p. du Gard.
(3) Casirum Ptidii-Alli — Mons Allas — Podium Altum.
Cart. dt Saint-Andri de Villeneuve. 1 175.
M*N*., I, pr. p. 70, ch. 1, iïî6.
Mss, d'Autais, Bibl. de Ntmes, 13, 885, 1316.
Dfn. de la Sh,hh.. 1384.
(3) La traversée du Gardon avait lieu, dans le principe, par le guÉ pemunc"' qui subsiste toujours. Cette traversée fut améliorée, sous l'occupatioa roniiiiie, par l'itablissemeot d'un pont fixe en maçonaerte dont les vestif^es ciUtenl encore sut la rive droite, ,\ S5 mitres en amoat du pont suspendu de RemouliW- Le pont romain a été détruit dans la première moitié du huitiime siècle; le P»^' sage pat le gué fut repris pendant tout le moyen âge, '
qaï conduisait à Ntmes les eaux de la Fontaine d'Eure, Ura, située au pied même de la falaise d'Uzfes. Elle suivait de Remoulins à Nîmes à peu près le même tracé que la route moderne actuelle et se raccordait à Nîmes à la voie Domitienne.
Il est donc à peu près certain que les voyageurs, qui avaient à se rendre par terre d'Avignon à Nîmes et de là à Narbonne et en Espagne, ne prenaient pas la peine de descendre sur la rive droite jusqu'à Arles pour traverser le Rhône. Ils le traversaient directement à Avignon ; mais il est aussi très probable que le passage à travers les bras du fleuve, les « lônes » plus ou moins atterries et les tlots vagues qui les encombraient, n'avait pas lieu au moyen d'un pont en maçonnerie ni même d'un pont fixe en charpente. Les Romains, d'ailleurs, qui nous ont laissé, sur la terre ferme, des monuments dont les proportions grandioses et la puissance de ''ésistance sont encore pour nous un sujet d'admiration , étaient, au demeurant, d'assez médiocres constructeurs hydrauliques. Leurs jetées à la mer, leurs murs de quai, leurs fondations dans les terrains vaseux et surtout au-dessous de l'eau étaient absolument rudimentaires et n'ont pas duré plus de deux ou trois siècles. Le fameux pont construit par Trajan, sur le Danube, lors de son expédition contre les Daces, n'était, comme le pont du Rhin, "âti par César pour faciliter les incursions des années romaines en Germanie, qu'un grand ouvrage en charpente. Si l'on en croit les bas-reliefs de la colonne Trajane (i) qui s'accordent avec la gravure d'une médaille conservée à la Bibliothèque Nationale {2) , chaque ouverture ou travée devait se composer essentiellement de trois arceaux concentriques, formant la partie agissante d'une ferme, dont les grandes pièces étaient des poutres artificielles laites de petits madriers assemblés, suivant le système décrit par
^Hpclubli i Lafoux, et qui a fonctionné jusqu'en 18^3, fpoqiic de 1
^Bk;«atiu9pendu actuel.
^ (G. Chaïvbt, Z,« ^Bits remaimi cha les Volkes Arékemikes. Alai
l') F»OEHNEK, Lacohnnf Trajane. texte et planches.
W Exergue ■. s . p . q . k . optimo . princii'i
I Au^leMous : une arche en charpente formée d'un triple COUM
l"*tsel équidiswntes (grand bronze, Cohen, n' 419).
ApoUodore (i) ; or. c'est ApoHodore précisément qu'on croit kc*^ l'architecte du pont de Trajan (2). Les arches de rive étaie«^t solidement encastrées dans de fortes culées en pierre; quant ai.» s arches en rivière, elles avaient à peu près toutes la même ouvei"ture, — une quarantaine de mètres, — et reposaient sur vingt piliex-s en maçonnerie, peut-être même simplement sur des pilotis. L'ensemble, qui constituait en somme un système assez fr<^le, deva^ït nécessiter un entretien continu et des réparations incessantes, e;t être plus ou moins disloqué par les grandes crues du fleuve et l^s déb&cles de glace. Le pont ne résista pas d'ailleurs aux invasior» s des Barbares. Il n'existait pour ainsi dire plus, moins d'un siècl« après Trajan (3) .
Il est très vraisemblable qu'il n'y avait sur le Rhône, cntr« Lyon et la mer, que deux grands ponts fixes, l'un à Vienr»*;. l'autre à Arles. A Lyon, la communication entre les deux riv«ïs avait lieu au moyen de bateaux jointifs ou même simplement d'u " bac qui se trouvait à peu près à l'emplacement oii on a éi3fc:>l' depuis avec tant de peine le pont de la Guillotière. Le pont sur 1* Saône qui reliait la ville romaine, établie sur les pentes de la coHi«:^*= de Fourvières, au quartier marchand et cosmopolite du confloeiB- *t n'était qu'un pont de bateaux, tout au plus un pont en charpent ^- Le pont de Vienne, qui faisait communiquer entre elles les de«-^' parties de l'ancienne métropole des Allobroges, paratt, au contrair-^ avoir été un véritable pont en pierre et a subsisté jusque vers 1' milieu du dix-septième siècle. La légende plutôt que l'histoire ^srt attribue la construction au proconsul Tibérius Gracchus cond»**' sant, dans les premiers temps de la conquête, — 175 ans avaJi*
(1) PolioTcélique dfs Grecs, édit. Wercher, p. 139. I. V et suiv.
AUG. Choisv, L'art de bâtir chet Us Romains, Paris. 1873.
(a) pRocop., De adific, lib. IV, cap. vi,
(3) L'ouverture des travées du pont était de 36 mitres en moyenne; les ptle» maçonnées étaient distantes environ de 54 mètres d'a»e en aïe. L'ouverture totale du pont, vides et pleins compris, paratt avoir été de 1,134 mètres, D'"pr*» DionCassius(LXVI[I, [3). la largeurdu fleuve était, en cet endroit, de3,SJ0pi"'* grecs, soit 1,100 mètres. — Voir ii ce sujet le rapport de M. Launne, président de la commission technique européenne pour la construction d'un pool *•" " Danube, décembre 1879
l'établissement d'un > semaines, on peut
l-i— C-, — son armée en Espagne. Maîscomn pont en pierre n'est pas l'œuvre de quelqi regarder comme certain que le passage de l'armée romaine eut lieu simplement sur un pont provisoire de bateaux jointifs ou recouverts par des pièces de bois, comme dans tous les temps les généraux en ont jeté sur les cours d'eau pour le passage rapide de leurs troupes et de leurs convois; et il est très probable que le pont romain de Vienne, qui a été, pendant sa longue vie, l'objet de la vénération et de la sollicitude des populations riveraines, date du règne de l'empereur Trajan, qui fut peut-être le plus grand constructeur de l'empire.
On sait le râle important qu'il a joué dans l'histoire de la ville
et avec quel soin les vieux chroniqueurs ont tenu ses annales (i) .
, On le considérait comme une merveille. Pendant tout le moyen
i il résista tant bien que mal aux crues du Rhàne. On le
ait sans cesse. Tantôt on reconstruisait quelques arches
roulées, tantôt on les remplaçait par des travées en bois ou des
Natelages établis sur pilotis. Ce fut pendant plusieurs siècles un
^Chantier permanent. Les papes accordaient des indulgences, les
rois de France, les dauphins du Viennois, les empereurs d'AI-
(cmagne eux-mêmes concédaient des privilèges à tous ceux qui
<^ntribuaient de leur argent ou de leurs bras à ces réparations
successives, jusqu'au jour où, complètement enlevé par les eaux,
On fut obligé de l'abandonner et de le remplacer d'abord par un
H^'OpJebac, puis par le pont suspendu que nous voyons aujour-
^Vhai.
9^ La construction d'un pont en pierre à Vienne n'offrait pas " ailleurs de 1res grandes difficultés, à cause du peu de largeur du "euve, qui présente, en cet endroit de son cours, un fond assez
É*ble et un lit parfaitement déterminé. Mais 1! n'en était pas de (l) CwoKitu, Antiquités dt Vienne. Lyon, 1659. 1 *fawcrr, Histoire de Vienne. Paris, 1828-33. •*ocb;eii, Histoire du Vivarais.
A. Sacjjieb, Les ponts romains sur le Rkône. Avignon, 187g. ^BtcviER-RoURE, Les conslrucleurs de ponts an moyen âge. Ricits légendaires :. Paris, 1875.
3ia SECONDE PARTIE. — CHAPITRE HUITIÈME.
même à Arles ; et les géographes classiques rapportent d'une manière très précise que le grand pont qui reliait la ville constarttinienne à son faubourg populeux de Trinquetaille n'était qt pont de bois appuyé sur chaque rive contre deux culées en maçonnerie. Les vestiges en sont encore très apparents (i).
De Lyon à Arles, les itinéraires ne mentionnent aucun poat fixe sur le fleuve. Il n'y avait pas de communication rcgullÊrc entre la colonie de Valence et le pays des Helviens situé en sur la rive droite; et la traversée du Rhône devait s'y effectuer soit au moyen d'un bac, soit en empruntant le secours d'une de ces nombreuses corporations de bateliers ou d'utriculaires qui étaient installées sur les deux rives du fleuve. On se rapprfli qu'une des plus importantes de ces associations de bateliers ijui étaient de véritables n passeurs d 'eau e avait son siège à Cavaillon, où elle assurait à la fois la traversée de la basse Durance et lo communications dans toute la banlieue d'Avignon presque entièrement formée de lagunes et de marais.
Une autre existait sur le Rhône, à Aramon, à quatre Idloiot' très environ en aval d'Avignon (2) ; et une route secondaire pMtait d'Aramon même, se dirigeant sur le Gardon et de là vers Nîmes.
Bien que Tarascon et Beaucaire fussent l'un et l'autre situés sur la voie Domitienne, aucun pont fixe ne reliait ces deux ïil!«. peu importantes d'ailleurs par elles-mêmes à l'époque romaine, mais qui étaient cependant des étapes obligatoires sur la graoïic route de l'Italie en Espagne. On traversait le Rhône à Beaucaif
Vtmtd
„mfa
cias n
avali ponte
pluleam
(Au
BON., De clar.