SUI
minerais de plomb argentifère de l'Espagne et des Pyrénées Orientales.
Quelques-unes de ces monnaies représentent un ours à mi-corps qui semble dévorer une proie, et remontent à près de 500 ans avant Jésus-Christ. D'autres, sur lesquelles on distingue deux têtes de lion ou de griffon, sont un peu plus récentes, et paraisit du troisième ou du quatrième siècle. Mais les plus belles et plus nombreuses, celles qui caractérisent d'une manière toute Hère le monnayage massaliote, sont les médailles d'argent de cuivre aux types de Diane et d'Apollon, et dont les revers irtent l'image d'un lion ou celle d'un taureau. Apollon de Delphes et Diane d'Éphèse étaient les deux divinités principales du polythéisme gréco-marseillais, et leur présence Sur les monnaies massaliotes n'a rien que de très naturel; mais on >t réduit à des conjectures assez vagues au sujet du taureau et lu lion dont on ne connaît ni le sens précis ni l'origine. Ce lion représenterait, d'après quelques antiquaires, le lion d'airain offert en ex-voto à Apollon par les habitants d'ÉIée, ville fondée par les Phocéens dans l'Italie méridionale, à peu près à la même époque Massalia sur la càte gauloise. Quant au taureau, il rappelit le souvenir des premières galères ioniennes qui portaient à ir proue la figure de cet animal et auraient fondé la colonie :que du même nom, Tauroentum, dans le golfe de la Ciotat. explications ne doivent être acceptées qu'avec bien des
Nous ne saurions entrer ici dans de grands détails sur la numismatique grecque de la Provence. Nous en indiquerons seulement quelques traits principaux (i).
A part quelques pièces spéciales qui portent sur une de leurs faces les effigies de Minerve, de Mercure, de Neptune, de Mars, etc., ou tnëme de quelque divinité topique, comme Lacydon qui personni-
I fiait l'ancien port de Marseille, et au revers des emblèmes divers
tels que des caducées, des galères, des poissons ou des trépieds ^^ de sacrifice, les monnaies grecques se divisaient en deux grande^^^ classes très distinctes : les monnaies d'argent et les monnaies d^fc . bronze. I! n'y avait pas ou presque pas de monnaies d'or. Toute;:^-;!^^^ sont frappées au marteau des deux côtés, non fondues, et ontes:— __ général sur le revers une légende en caractères grecs. Un grar-^^j i nombre de monnaies d'argent sont même des pièces fausses; l'art de « fourrer » les monnaies, c'est-à-dire de recouvrir d'u.x3e feuille d'argent des médailles de cuivre, était arrivé à un h^.|,| degré de perfection. Le faux monnayage était donc très répand,, ce qui indique une civilisation très avancée et une grande pratique du commerce.
Les monnaies d'argent sont presque toutes au type de Diane d'Éphèse. Le profil est toujours pur. La coiffure est très variée; les cheveux sont tour à tour noués avec des rubans, tressés avec beaucoup d'art, déroulés en boucles négligées, ou couronnés de feuilles d'olivier avec leurs baies, le plus souvent relevés au-deasa» de la tête et maintenus par un diadème. Le cou et les oreilles portent, en général, des colliers et des anneaux à un ou plusieurs pendants. Derrière la nuque on voit le carquois et les flèches de ladéeâse-
Le lion du revers est passant; il semble marcher au combat, La crinière hérissée, la gueule ouverte, l'une des pattes de devan* levée, dans une attitude pleine de force et de noblesse. C'est lov:»-" jours de ce côté que se trouve la légende, qui porte quelqu^^ fois tout au long le nom des Marseillais en caractères grec^^ MAi.^AAIlfTi2J\, et plus souvent une abréviation, MA22A, o--^ simplement MA.
Indépendamment de la légende, on voit, dans le champ et l'exergue, des lettres dont il a été impossible de donner jusqu'il —^ une explication satisfaisante. On ne peut les considérer comrc^^^ des lettres numérales ; car, par leur arrangement, elles ne para^»-*' sent exprimer aucun nombre, La meilleure hypothèse est que *e sont les initiales des magistrats n éponymes n ou des t inormi^ taires », ou bien qu'elles indiquent quelque détail de fabricat-70fl qui nous est encore inconnu.
LA RÉGION D'ARLES
Les médailles de bronze sont au type d'Apollon de Delphes, représenté sous la figure d'un beau jeune homme aux cheveux bouclés et couronnés de laurier. Le revers, qui porte en légende /es mêmes lettres que les monnaies d'argent, est caractérisé par un taureau d'une grande finesse d'exécution et que les numismates désignent sous le nom de taureau cornupèie (qui cherche à frapper de la corne), ou taureau procumbens (qui succombe). L'aTiimal est représenté dans cette période de la lutte tauromachique où il se sent vaincu ; il se raidit sur sa croupe ; sa corne est encore menaçante ; mais il fléchit ; l'une de ses jambes de devant manque, et il tombe.
Cette attitude du taureau est très expressive et rappelle celui des exercices publics qui est resté le plus en vogue dans la Provence. On sait, en effet, combien la passion pour les taureaux est ^ï^ente dans la partie inférieure de la vallée du Rhône. Le plus petit hameau, tout comme Arles et Nîmes, saisit le moindre prétexte pour se donner le plaisir d'une course ; et la lutte de force et d'adresse avec ces animaux, quelquefois assez dangereuse, est tellement passée dans les mœurs des Provençaux, qu'on a la plus E*^nde peine à empêcher les enfants eux-mêmes de descendre *^ milieu d'arènes improvisées sur les places publiques ou en rase
(*^mpagne, dans des enceintes formées de chars et de voitures couverts de spectateurs que la fièvre du combat finit par entraîner * leur tour dans le cirque.
Mais la course provençale diffère essentiellement de la course ^^pagnole. On n'y tue pas le taureau; on n'y verse pas de sang, ' l'on n'y voit jamais ces déplorables scènes d'abattoir et ces épi- ®*^*<ies de chevaux éventrés qui réjouissent si fort \ts. afficionados **^ l'Espagne et n'ont jamais soulevé chez nous qu'un l^itime **^oût.
Les tueries du cirque espagnol viennent en droite ligne de ^Hiphithéâtre romain. Les courses de taureaux de la vallée du ^-Hône sont, au contraire, une réminiscence et ont conservé la *"^*3itîon des courses thessalîennes.
Dans son roman célèbre de Thiagène et Chartcîée, Héliodorc
LA ReCION D'ARI-ES.
ou celtique à propos de l'étymologie du aom du • Rhône » (l) ; et nous avons dit que la phi]ol<^e celtique est une science d'origine trop récente pour avoir donné encore des résultats fnio Eueux, et qu'il faudrait posséder d'autres documents que ■ quelqaes rares débris pour reconstituer la langue parlée par nos ancêtres gaulois {2) ■.
Toutefois, le sol de la Gaule nous a révélé jusqu'à aujourd'hui une vingtaine d'inscriptions d'origine gauloise incontestable qui ont été assez bien déchiffrées et interprétées. C'est plus qu'i] n'en faut pour affirmer, d'une part, que les Gaulois avaient une langue définie, et, d'autre part, qu'ils n'avaient pas d'écriture spéciale; et que, dans les rares occasions où ils croyaient devoir noter leurs paroles ou leurs pensées, soit sur des monuments lapidaires, soit sur des monnaies, ils se ser%'aient des caractères les plus répandus ^ns la r^on qu'ils habitaient.
L'écriture suppose, en effet, une civilisation assez avancée; et nos ancêtres paraissent s'en être assez peu souciés. Or, dans la "lajeure partie de la Gaule, depuis la conquête romaine, le latin était devenu la langue dominante; et c'est ce qui explique pour- ■^uoi toutes les inscriptions gauloises et la plus grande partie des 'Rendes monétaires du Centre et du Nord sont gravées en carac- •^ères romains. Dans la vallée inférieure du Rhône, au contraire, '^s mêmes mots gaulois étaient écrits en grec.
Cette particularité, très importante à noter, est un indice frappant de la suprématie intellectuelle de la nationalité grecque, bien 'ï^e la Gaule méridionale fût devenue une province romaine et *ï**e le sort des armes en eût fait une annexe de l'empire. Malgré ^ «Conquête, et pendant près de huit siècles, la langue grecque est '"^stée, en effet, la langue dominante de la Provence et de la vallée ^ Rhône. On parlait grec sur toute la côte; et à Marseille, •^t-amment, la langue latine était si peu connue qu'on était obligé ^ l'enseigner comme on enseignerait chez nous une langue étran- ^^^«. On y a retrouvé, notamment, une plaque de marbre blanc, < * ) Voir
<*) A. Picrrr, Ess,
!. Paris, 1867.
véritable enseigne sur laquelle, il y a deux mille ans, les Gallo- Grecs pouvaient lire qu'Athénadès, fils de Dioscoride, exerçât k profession de « grammairien latin n (i). L'inscription, qui est en grec, semble bien prouver que le grec était la langue populaire tt la seule connue; sans quoi le Ris de Dioscoride n'eût pas manqué de faire graver devant sa porte une inscription latine ou tout m moins bilingue, afin d'être compris du public auquel il s'adressait.
Mais le grec n'était pas seulement la langue usuelle. C'était aussi et surtout la langue noble, celle des savants, des artistes et des lettrés; et le christianisme s'empressa de l'adopter dans ses rites. Les exercices religieux se faisaient à la fois en grec et «a latin. Saint Césaire, évêque d'Arles, célébrait encore, dans la première moitié du sixième siècle, l'office divin dans les deui langues. Le grec était, d'une manière absolue, la langue de l'Église primitive; et saint Paul, citoyen romain, écrivait en grec aux chrétiens de Rome. L'évangile de saint Marc, composé à Rome et pour l'usage des Romains, fut d'abord rédigé en grec, La Pères apostoliques, les apologistes, les historiens et les tW(ilf>giens de la primitive Église écrivaient et enseignaient en grtt. Toutes les lettres pontificales étaient écrites en grec, non seulement quand elles s'adressaient à des évêques d'Orient, mais encore quand elles étaient destinées aux évêques des Gaules; et lorsque, vers la fin du sixième siècle, l'usage du grec comme langue usuelle commença à décliner en Occident, il trouva un dernier asile dans la liturgie de l'Église romaine. Au septième et au huitième siècle, les sacramentaires romains contenaient 1h répons écrits dans les deux langues, en grec d'abord, puis « latin; et le vocabulaire ecclésiastique emploie encore aujourd'hui un grand nombre de mots grecs, empreinte indestructible (tes anciens âges : hymne, psaume, liturgie, homélie, catéckisnu,itt'
(I) AeH."4AA[lC
AIOCKOPIAOr rPAMMATIKOC PÛMAIKOC
{Rèpert. des Irav. dt la Secièti de slalist. de MatieiUe. t. III, 1839.)
LA RÉGION D'ARLES
, eucharistie, diacre, prêtre, évêque, pape, église, cimetière, fisse, diocèse, etc. (i).
1 langue d'une religion naissante et faite pour tous ne saurait
Stè, en effet, que la langue populaire. Le peuple en conserve des
Ibris, alors même qu'elle a disparu ou que les siècles en ont fait
le langue morte; et encore aujourd'hui, le pêcheur de la côte
leillaise parle le provençal pur, qui est une véritable langue
no^ecque corrompue, dans laquelle presque tous les mots
itifs à sa profession sont des mots grecs (2) ,
Un assez grand nombre de monuments lapidaires de la Pro-
ice et du pays d'Arles sont en écriture bilingue, moitié grec,
koitié latin, beaucoup en grec seulement. Ils abondent à Mar-
iille, à Arles, à Fréjus, à Antibes, à Aix, à Carpentras, à Avi-
npn, à Nîmes, à Vaison. On trouve très souvent sur les épita-
Edes cognomen d'origine ou de signification grecque, Eupor, , Atênats, Citarède, Hellas, Altica, etc.; XAIPE, Adieu, \ sur beaucoup de monuments funéraires. L'influence helléique se trahît à chaque instant sur les pierres tumulaires par des ymboles essentiellement grecs, tels que Psyché, qui représentait , des tritons, des coquilles, des nymphes et surtout des aux, faisant allusion à cemythe poétique de la navigation des s à travers les mers à la recherche des îles bienheureuses et 1 paradis inconnu (3]. EvnXot, u bonne navigation 0, tel était lemier souhait pieusement formé par les parents et les amis t les morts ; et on le trouve gravé sur un très grand nombre
9 J.-B. Rossi, Rorna soUttranta, pass.
% Nous citerons entre autres les mots provençaux ; bOM, coup de filet, ^oX»;; n, clou, cheville, piflTpov; brume ou brime, câble, amarre, Ttpulivjjoiii ; brou- ; bruit de la tempête, ^apu^ luvîn ; escaume, toleC, irxa).|i.i;: <s<roj>, corde Bt la rame au tolet. orpo^ot; esleu, écueil, (rri)Bo;; nadrago, parc de pèche, ^; nau, neF. voù;, etc. ; et beaucoup de noms de poisson» : canle, escarbot. rambol, langouste, tâ^a&ov. ramb, turbot, 'pù|iC(><ï laml, marsouin.
tu Wblcker. Dis Hamti
m fat Philologie. 1832, I, S.
■« mythe du voyage des âmes i et Fortunées, se retrouve >de Scandinave, eermain et saxe
Pkoeaktn und die l'nseln dtr Seligen. Rketn-
travers les mers, cette croyance aux lies à peu près sous la même forme dans le VAIlantide de Platon, VÊlyjl-e d'Hésiode
4i6 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE NEUVIÈME.
de tombes, toujours en caractères grecs. Sur beaucoup d'autrea le 0 grec, initiale du mot &xvctr%, w mort », est inséré au milici de l'inscription latine et indique combien les formules grecqu^ avaient persisté même sous la domination romaine. C'est ainsi q\^ le peuple d'Arles, plus grec que romain, nous a laissé jusque dixt la mort le souvenir de son origine. Confiant dans le profond re» pect dont les anciens entouraient les sépultures, il a gravé sur s^ pierres tombales le sceau de sa nationalité et semble avoir voiila parler en mourant la langue de ses ancêtres et donner sa dernière pensée à la patrie lointaine et toujours aimée.
Notre intention ne saurait être de décrire ici en détail les mmi\ments anciens de la ville d'Arles. Cette étude a été faite plusieurs fois avec conscience et taJent (i). Aucune colonie impériale de J l'Orient et de l'Occident ne fut plus richement dotée. Toutes kl f rues, toutes les places d'Arles, presque toutes ses maisons conservent encore, apparent ou caché, quelque débris de la ville romaine. Pour l'archéolc^ue et l'épigraphiste , Arles est une sorte de musée en plein air. Les principaux édifices, les palais, les temples étaient groupés sur la hauteur, suivant l'usage antique, et étages depuis la bei^e du Rhône jusqu'au sommet du plateau. C'était la ville noble, officielle et administrative. Le peuple, les mariniers habitaient la ville basse et surtout le grand faubourg <fc
et le Paradis de Pindare sont devenus pour les peuples septentrionaux te V'^ elleCimi7/aii lesValkyries attendent les héros morts en comballant tl 11» réservent des joies éternelles.
Cf. E. VlNET, Les paradis profanes en Occident. 1856.
Voir tome I-, page 415.
(I) Noble Lalausière, Abrfgé c/ironol. de rkisl. d'ArUs. Arles, 1S08.
A.-L. MlLLCN, Voyage dans le midi Je la France. Paris, 1807.