‹ Du Saint-Gothard à la merChapitre 9 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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huiles des environs de Marseille (i), et de son côté Athén^ racontait, d après Posidonius, que de son temps les Gaulois C Nord n'en faisaient guère usage, a Elle était rare, dit-il, elle lei convenait peu, et ils n'y étaient pas habitués (2). » Il en e: encore de même après ving^ siècles. La cuisine à Thuile des Pn vençaux n'a pas plus de succès chez les modernes Parisiens qv chez les Gaulois du temps de Posidonius; et les huiles les pli fines et les plus délicates ne sont pas celles que donnent o magnifiques oliviers de Nice et de Monte-Carlo, véritables arbn de luxe, plus décoratifs que fertiles. Elles proviennent de cet multitude de petits arbres rabougris, d'un aspect chétif, ma d'une prodigieuse fécondité, dont le feuillage un peu terne • toujours tremblotant tapisse tous les coteaux de la vallée c Rhône, et qui constituent avec la vig^e la culture traditionnel du pays.

On le voit donc, l'aspect général de la r^on était, il y a pr de vingt siècles, au moins aussi satisfaisant que de nos joux Mêmes cultures sur les terres riveraines et sur les coteau même richesse agricole, même variété de produits. Les mo tagnes aujourd'hui arides et presque dénudées, et qui forment i fleuve, de Lyon à la mer, comme un double rempart, étaient aie couvertes d'un magnifique revêtement de forêts séculaires. L affluents latéraux, qui ne sont plus aujourd'hui que de grands te rents, avaient alors un régime plus soutenu, un niveau plus élev Les sécheresses et les inondations étaient moins accentuées, et climat lui-même devait se ressentir de cette harmonie générale • la nature. A l'origine de notre ère, la situation de la vallée < Rhône paraissait donc offrir, au point de vue hydraulique, ag cole, topographique, climatérique même, les conditions les pi favorables au développement du commerce et de la civilisation -

^O Xtopav 6' ixoudiv [oi M»<i<iaXià»Tail £).ai6fvTov. (Strab., Géogr.» IV, i, 5.) \ï\ PosiDONirs. cité par Athénke, IV, 13.

Les premiers habitants delà région à ces âges extrêmement éloignés qu'on pourrait appeler l'époque de 1' a histoire parlée » et qui a précédé celle de 1' « histoire écrite », — 3,000, 4,000 ans avant notre ère, — appartenaient tous à la grande famille indo-européenne; et leur communauté d'origine avec les Aryas primitifs permet de supposer qu'ils avaient déjà une langue à peu près formée plus ou moins dérivée du sanscrit ou du zend , une organisation nidimentaire par tribus , une civilisation primordiale et des connaissances assez variées pour tout ce qui concerne les usages et les besoins essentiels de la vie. Plus pasteurs que guerriers, plus sédentaires que nomades, ils pratiquaient depuis un temps immémorial l'élève des bestiaux, ils travaillaient les métaux, s'en fabriquaient des outils et des objets de parure; ils labouraient la terre, ils attelaient des bœufs et des chevaux à leurs chariots, ils se construisaient enfin des habitations fixes et même des groupes d'habitations qui constituaient de véritables villages (i).

Les peuples navigateurs, — Phéniciens, Carthaginois, Grecs, — qui, quelques siècles plus tard, parcouraient les côtes de la grande mer intérieure, et, franchissant le détroit de Gadès, s'aventuraient sur l'Océan pour reconnaître et exploiter les îles de Bretagne et de l'extrême Nord de l'Europe, durent établir de bonne heure des relations permanentes avec les populations littorales. Us noms géographiques des côtes de Provence et de Languedoc rappellent presque tous le souvenir de ces premiers établissements. Nous avons vu plus haut que l'Hercule phénicien, Melkarth, n'était autre chose que la personnification du peuple tyrien; qu'il â précédé partout en Gaule l'Hercule grec, tout comme l'Astarté phénicienne a devancé l'Aphrodite grecque et la Vénus romaine.

'*> P. BiAL, Chemifis, habitations et oppida de la Gaule au temps de César. — "ém. de la Société d'émulation du département du Doubs. Année 1862.)

0?. cii.

Les villes d^I/eraclea, sur le bord du Rhône (Saint-Gilles, dans le Gard), et d'Heraclea Caccaiaria (Cavalaire, dans le Var), la grande voie héradéenne, via heraclea ou herculea, le Portus Herculis (Villefranche, près de Nice), le combat du demi-dieu contre les Ligures dans la plaine caillouteuse de la Crau, cam^ lapidei, Ruscino (Castel Roussillon), les noms de Sordones ou Sardones donnés aux premières peuplades fixées sur la côte du Roussillon, ceux de Sordice stagnum et de mare Sardonicum qui ont longtemps désigné le sol mobile des étangs qui baignaient le pied de la chaîne pyrénéenne et la mer elle-même, dont Tune des principales tles, la Sardaigne, Sardo, était une colonie hispano> phénicienne (i) , Ttle de Maguelone, Magalona, la montagne de Cette, mons Setius, Seth, située à Tembouchure de THérault, rtle Phœnice dans la rade de Marseille, Incarus (Carry), Carsici (Cassis), le golfe de Saint-Tropez, Sambracitanus sinus, les embouchures mêmes du Rhône, ora Libycœ, le célèbre port de Monaco, portus Herculis - Monœci, enfin et par-dessus tout la curieuse inscription phénicienne trouvée à Marseille en 1845, près de Tancien cimetière de la Major, et qui donne les prescriptions religieuses envoyées, comme la pierre elle-même, de Carthage la mère patrie, sont autant de preuves irrécusables de la présence des Phéniciens sur les côtes méridionales de la Gaule (2).

Mais l'empire de la mer intérieure et le commerce du pays gaulois ne tardèrent pas à être disputés avec succès aux Libyco- Phéniciens de Carthage par les Grecs de Phocée et deMilet, dont la possession exclusive de Marseille était le principal objectif. Strabon rappelle à ce sujet les riches dépouilles qui se trouvaient dans la citadelle de la colonie phocéenne, « fruit des

(i) Voir, dans la plupart des vieux historiens et géographes, la légende classique de Sordus ou Sardopater, fils d'Hercule, qui aurait conduit en Sardaigne une colonie de Libyco-Phéniciens, et auquel on aurait décerné plus tard les honneurs divins.

(2) Voir Ch. Lenthéric, La Grèce et l'Orient en Provence^ ch. x, Marseille grecque, phénicienne, chrétienne, et pièce justificative V, Sur Vinscription phinicienne du temple de Baal à Marseille.

Loires remportées à diverses époques par les flottes marseîlses sur ceux qui leur disputaient injustement le domaine de la :r (i) » . Et Pausanias, qui écrivait deux siècles plus tard, signale , statue en bronze de Minerve Pronoée, que les Massalîotes ïaienl solennellement envoyée à Delphes pour y être installire : temple de cette déesse, en reconnaissance des avantages [o'ils avaient remportés sur leurs rivaux (2) . Tous les historiens de l'époque s'accordent à dire que, dans le issin de la Méditerranée, la prépondérance commerciale de Marletlie se substitua peu à peu à celle de Carthage, et que toutes les ■s du littoral, qui, dans le principe, étaient exclusivement jiÉnieiennes . furent bientôt rajeunies et presque renouvelées par Bémigrants de l'Asie Mineure et de l'Archipel. Carthage, à tout prendre, put se consoler facilement de cette dépossession graduelle de la région méditerranéenne ; car elle était depuis longtemps en possession d'un secret dont les Phocéens ne pouvaient l'emparer en un jour ni même en un siècle (3) : c'était la connaisï approfondie des grands itinéraires de mer qui conduisaient àdespays situés bien au delà du centre d'action et des horizons ÏKiniÉs de la marine grecque. La Méditerranée lui échappait, l'Océan s'ouvrait devant elle; et elle s'y engagea résolument avec «esprit d'aventure et cette aspiration vers l'inconnu qui sont le propre des gens de mer.

On la vit alors prendre son essor au delà des colonnes d'Hercule (Gibraltar); et deux de ses enfants, Hannon et Himilcon, l'un vers «Kord, Vautre vers le Sud. montés sur des vaisseaux qui portaient Huelquefois 500 colons, vinrent reconnaître , exploiter , peupler nfanedes rivages inhospitaliers, déserts et jusqu'alors inexplorés, ^isles côtes du Sénégal et l'tle du Cap-Vert jusqu'aux extrêmes nvîgeî de la mer Germanique.

Le > périple d'Hannon », l'un des monuments les plus curieux de la géographie antique, donne à ce sujet, malgré les erreurs iné-

iO SiuwK, IV. 1. s.

111 P*UiUn*s, X, Vm, 6.

']! E. DUJARDINS, ClHlr ro

vitables qu'il contient, des indications d'une importance capitale, et nous permet de considérer les Phéniciens comme les premiers et les plus hardis explorateurs du monde.

Moins entreprenants et plus pratiques qu'eux, les Grecs localisèrent à peu près leur action dans le bassin de la Méditerranée, et, dits le quatrième siècle avant notre ère, paraissent avoir à peu près supplanté Tyr et Carthage sur toutes les côtes méridionales de la Gaule. On sait la prodigieuse et rapide expansion de cette colonisation hellénique dans les limites de la grande mer intérieure, la seule qui pût présenter un intérêt commercial pour un peuple lie trafiquants. Cette fourmilière de marins et d'aventuriers, éclose il y a environ 2,500 ans sur les côtes et dans les Oes de la mer Egée, presque tous jeunes, beaux, intelligents, ayant le goût nature! des arts, ingénieux et pressés surtout de jouir, entendaient la vie d'une façon toute nouvelle. Sans grande conception religieuse comme les Hindous et les Egyptiens , sans gniodc oiganiaatioB sodalc comnie les Pbïscs et les Axtynoi», sans prfoccupatioD de castes et sans principes de gouvemement bien défini comme toutes les vieilles monarchies théocratiques de l'Orient, ils eurent essentiellement, avec l'instinct naturel des arts qui parlent surtout aux yeux et aux sens, le goût de la vie libre, facile, indépendante; et, au lieu de fabriquer des lois, de fonder des États, de s'assurer par les armes la possession d'un territoire plus ou moins étendu et nettement délimité, ils s'éparpillèrent un peu partout dans la région méditerranéenne, y établirent à profusion des comptoirs d'affaires, des entrepôts de marchandises, des ports pour abriter leurs navires, des bazars pour faciliter leurs échanges; et, de la mer Noire à l'Océan, d'Alexandrie à Marseille, le long des côtes et des promontoires de l'Asie Mineure, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Italie, de la Gaule et de l'Espagne, ils égrenèrent en peu de temps autour de la Méditerranée un chapelet presque continu de colonies sporadiques et des^ petites villes marchandes d'une incroyable prospérité.

Leurs excursions ne s'arrêtent pas à la côte même. Ils remontèrent aussi haut que possible le cours des fleuves avec leurs

DE LVON A AVIGNON.

steaux à fond presque pl.it, d'un assez faible tirant d'eau, souevés même quelquefois artificiellement avec des outres pour Bsscr sur les hauts-fonds et les écueîls. Partout ils trafiquaient NX la route, nomades et colporteurs, s'assiirant le contact de toutes les peuplades fixées plus ou moins à demeure sur les rives et dans les vallées. Point de querelles ni de violences avec eux; is seulement des rapports d'affaires, des échanges de denrées «t de produits, favorisés d'ailleurs par l'acceptation faciledetoutcs les monnaies indigènes, quelque grossières qu'elles pussent être, « par l'offre de leurs monnaies spéciales d'une fabrication supérêurcet d'un plus commode maniement, et parla mise en circulation d'un monnayage mixte sur lequel les emblèmes locaux juraient souvent à côté de la légende massaliote MA22.

Chacun y trouvait son compte. Les populations sédentaires de ii vallée livraient leurs animaux, leurs récoltes et tous les produits de leur sol fécond; les commerçants grecs et phéniciens leur apportaient l'or, l'argent, le cuivre, le corail, les épices, tous les objets fabriqués et toutes les marchandises précieuses de l'Orient alors à l'apogée de la civilisation . Le fleuve était le canal naturel ■^ces échanges, l'artère principale de distribution en Gaule de ■toutes les provenances de la région méditerranéenne, la grande roule du transît entre l'Orient et l'Occident, et méritait bien déjà «nom expressif de a chemin du pain » que le peuple reconnais- Mnt lui a depuis plusieurs fois donné, pendant les grandes liisetlesde la fin du siècle dernier, alors que la navigation fluviale, wppléant à l'insuffisance des routes de terre, assurait l'arrivée des Wésdelamer Noire sur les principaux marchés du Centre et du Korddela France.

Miis ce chemin de la paix ne tarda pas à devenir le chemin de ''pierreetla route même de l'invasion.

Tout d'abord, les émigrants de Phocée et tous les Asiates qui

s*étaient joints à eux n avaient rencontré aucune opposition sérieuse de la part des tribus celtiques ou gauloises fixées sur la côte ligurienne; et leurs rapports avec tous les aborigènes furent excellentS| t^t qu'ils limitèrent leur occupation à quelques ports plus ou mmis distancés et surtout au petit groupe rocheux de Massalia, qui ne fut pendant un certain temps pour eux qu'une escale, la porte d'entrée dans la Gaule et la vallée du Rhdne, un lieu d'abri et de ravitaillement pour leurs vaisseaux, un bazar et un dépôt pour leurs marchandises.

Quoiqu'un peu farouches et très attachés au sol, les Celto- Ligures indigènes étaient pauvres, médiocrement industrieux, et ne virent pendant un certain temps, dans ces étrangers toujours en route, qu'un précieux élément de richesses et de profits. Mais les commerçants qui font fortune ne résistent jamais au désir de posséder le sol et de s'installer à demeure ; et Marseille, non contente d'être devenue en très peu de temps le premier comptoir de la Méditerranée, voulut bientôt avoir son territoire.

Alors commença une série de démêlés entre les Massaliotes et les populations liguriennes. Mais, en gens pratiques, d'un tempérament peu belliqueux, et n'ayant avec raison qu'une confiance modérée dans leur force et leur valeur propres, tous ces commerçants gréco-orientaux avaient eu soin de se ménager de longue main la protection des armées romaines. L'alliance de Rome et de Marseille était d'ailleurs tout indiquée et à l'avantage des deux parties contractantes. Leurs ambitions ne pouvaient jamais se rencontrer, et leurs intérêts devaient souvent se confondre. Les Marseillais devinrent en réalité les commissionnaires de Rome.

Les produits de la Gaule et de la Bretagne, les marchandises brutes et manufacturées de toute la Celtique, blés, vins, huiles, peaux, minerais de cuivre, étaient embarqués par eux de Marseille pour Ostie. Lacydon, le port de Massalia, était en outre le lieu de transit obligatoire pour l'étain de la Cornouailles et des îles Cassitérides (i) ; et l'on sait quel usage on faisait à Rome du

(i) Tov oà KaçfjiTepov... sx twv HpsTowixàiv oè el; ti^v Mad^aXitov xo(i(CE96ai.

(Strab., Géogr., III, II, 9.)

ronïe, dans la composilion duquel i'élaîn entrait pour un dixième îl le cuivre pour neuf dixièmes. Rome était donc un des princtuix débouchés de Marseille et de la vallée du Rhône.

A un autre point de vue, l'alliance de Marseille facilitait pour les Romains la route de l'Espagne; et ils trouvaient à Massalîa un refuge bien fortifié, un port de ravitaillement, un chantier de constructions. Non seulement Marseille, mais toutes les colonies grecques, échelonnées sur la côte depuis les Alpes jusqu'aux Pj'rénées, contribuaient à l'entretien de la route littorale, l'an- 1 denne via HercuUa qui permettait aux légions, aux courriers, ïUX transports de toute nature de se rendre d'étape en étape des Alpes maritûn es à Narbonne et à la frontière pyrénéenne.

Marseille, de son côté, tirait de l'alliance de Rome un grand preat^e et une force sérieuse vis-à-vis des populations celtoligures, aux dépens desquelles elle s'était taillé déjà un assez respectable territoire. Une mutuelle utilité était donc le gage de cette bonne entente réciproque. Strabon parle en témoin oculaire de la Diane de r.^ventîn, faite sur le modèle de la Diane gréco-massa- ^.liote, et qui était le témoignage de l'amilié qui régnait entre les eux peuples (l) . « Marseille, dit Ammien Marcellin, a été secouableaux Romains ^dan s toutes les circonstances critiques (2) a; : Ihistoire n'ofîre rien de plus curieux que cette alliance durable Dtredeux nations essentiellement différentes de mœurs, de lan- ^e et de goûts (3). Rome prêtait ses légions, Marseille ses iteresetsonor; et ce fut, pendant près de six siècles, un véritable

ange de bons procédés, une sorte décentrât synallagmatique n'édes deux côtés avec une fidélité qui a lieu de surprendre, |î l'on considère que les deux parties étaient, l'une, une société b commerçants et presque de pirates; l'autre, le peuple le plus positif et le moins scrupuleux de la terre.

C'est ainsi que les Massaliotes regardèrent le sac de Rome par

' SnuBON, IV. I, 5.

'il XuûMa... tujtu ncielatc ri virîbus. t» discrimini

lA"«. Hakciix,. XV. XI, 14,)

'S E. DtsjARDiNs, GattU ram.. 1. II, ch. 11, ( 5. i« Ci

../u/tamali-

les Gaulois comme un véritable deuil pour leur jeune république et envoyèrent même à leurs amis trahis par la fortune une partie de leur trésor public pour compléter la rançon ex^ée par les Barbares. Les premiers, ils donnèrent avis aux Romains de la marche d'Hannibal sur l'Italie, signalèrent la présence de la flotte carthaginoise aux embouchures de TÈbre ; et, lorsqu'après la bataille de Cannes le salut de Rome parut désespéré, ils mirent à sa disposition tous les secours et toutes les forces dont ils pouvaient disposer.

Menacée dans son existence par l'invasion des Ambro-Teutons, la ville phocéenne prêta encore à Marius le concours de ses armées et de sa flotte, assura le ravitaillement de son camp des Alpines, contribua ainsi puissamment à la célèbre victoire remportée sur les bords de l'Arc dans la plaine de Fourrières; et c'est alors que, pour les récompenser de leur participation, le général romain céda aux Massaliotes la propriété du canal des Fosses Mariennes qu'il avait fait construire par son armée du golfe de Fos aux marais d'Arles et ouvrait la route directe de la vallée du RhAne.

Les Romains, d'ailleurs, très désireux de ne laisser échapper aucune occasion de mettre un pied dans la Gaule, vinrent avec empressement au secours de la colonie grecque, toutes les fois qu'elle leur fit appel. Ils intervinrent ainsi dans la guerre de Marseille contre les Décéates et les Oxybiens (143 ans av. J.-C.). Le consul Quintus Opimus débarqua près de Cannes, yE^'tna, avec deux légions, sauva heureusement Nice et Antibes, deux comptoirs de Marseille menacés, et lui fit don, après la victoire, d'une partie du territoire conquis.

Vingt-trois ans après, les Marseillais réclamèrent de nouveau l'assistance de Rome ; et le Sénat leur envoya sans tarder le consul Marcus Fui vins Flaccus, qui refoula à plusieurs reprises les Salluves ou Salyens dans la vallée de la Durance. Les troupes de Flaccus furent les premières qui pénétrèrent en Gaule par terre. La route de la vallée du Rhône était désormais trouvée. A partir de ce moment, la présence armée des Romains sur le sol gaulois fut à peu près continue.

L'année suivante, un nouveau consul, Caîus Sextius Calvinus,

continua à guerroyer contre les Salyens. Comme ses prédécesseurs, il obtint à Rome les honneurs du triomphe ; et le résultat de cette campagne célèbre fut, sinon de soumettre complètement les différents groupes de la tribu ligure, du moins de la réduire à la défensive et de Téloigner définitivement de la côte. Un de leurs principaux oppida, dont on voit encore quelques restes près d'Aix, fut détruit; on y établit un camp militaire retranché, castellum, destiné à protéger l'occupation romaine et à surveiller le pays conquis.

Ce fut l'origine de la ville d'Aix en Provence, dont le nom, Aquœ Sextù^, rappelle à la fois les sources thermales qui firent sa fortune et le consul romain qui fut son fondateur. Les Ligures furent rejetés dans les montagnes, contraints d'abandonner aux Massaliotes toute la bande littorale qui s'étend depuis les embouchures du Rhône jusqu'au Var, et, d'après le témoignage de Strabon , « obligés de se tenir éloignés à la distance de 12 stades des rivages qui offraient des ports commodes, et à celle de 8 stades des côtes couvertes de rochers (i) ».

En vertu du droit de clientèle qui unissait les différentes peuplades celto-ligures, le principal chef ou brenn des Salyens, Teutomal, alla se réfugier chez ses voisins les Allobroges. Ce fut dès lors pour Rome un excellent prétexte à la reprise des hostilités. Les deux années 122 et 121 avant Jésus-Christ furent signalées P^ les grandes expéditions des consuls Cneius Domitius Ahenobarbus et Quintus Fabius Maximus contre les Allobroges et les Anernes; et les Romains prirent réellement possession de la vallée du Rhône.

Nous avons eu l'occasion de parler précédemment de la fière i^ation des Allobroges, dont le territoire devint plus tard la pro-

ïj Sttiabon, Géogr., 1. II, ch. i.

vince viennoise, correspondant à peu près à la plus grande des provinces modernes du Dauphiné, du Faucigny Chablais.

Les Arvernes, bien autrement importants, occupaient le j central de la Gaule et paraissent avoir eu une véritable supr dans toute la Celtique. C'était incontestablement le groupe nombreux et le plus fortement constitué de la grande féd^ celto-ligure. La domination des Arvernes paraît devoi placée chronologiquement de Tan 200 à l'an 121 avant net et avoir atteint son apogée sous les règnes des deux brenns, cl rois, Loueïr (Aouec^toç, Luerius, Luterius) et Bétuit, ou {Betuitus, Bttuttus, Vituitus) , les seuls d'ailleurs dont l'h nous ait conservé le souvenir et le nom (i).

Strabon, qui en parle d'une manière assez explicite, n dit pas cependant à quelle époque elle avait commencé, quelle manière elle s'était établie. Il y a toujours un peu d fusion dans l'histoire des premiers établissements celto-li Mais cependant il paraît à peu près certain que, vers le j siècle qui a précédé notre ère, les Arvernes avaient atteint lei grande expansion, et que leurs possessions s'étendaient dep Pyrénées jusqu'aux Alpes, et de la mer intérieure, où elles naient à celles des Massaliotes, jusqu'à l'Océan et aux ri^ Rhin ; et il ressort de la plupart des témoignages anciei cette espèce d'hégémonie reposait, depuis un certain temp;

(i) Le nom Brennus, qu'ont porté plusieurs chefs gaulois, celui entr qui, vers l'an 390 avant notre ère, s'empara de Rome et menaça sérieuse Capitole, n'est plus considéré aujourd'hui par tous les philologues comme propre, mais comme la désignation d'un titre officiel et honorifique, anal mot latin rex que les Gaulois possédaient eux-mêmes dans la forme rig {rex, rix, rigis, ri/^es) , et qui figure à la fin d'une foule de noms j Arnbiorix, Dumnorix, Orgetorix, Vercingetorix, etc.. {Hisi. de Languei VI, note E. B. — Cf. A.m. Thierry, Hist. des Gaulois; C.«sa; Gaîl., pass.)

On peut l'identifier aux mots celtiques brenitt, brecnhin, brentiin, et 1 cher étymologiquement à l'adjectif bry, que les dictionnaires celtiques tr; par alfus (éminent, élevée, et aux substantifs bryn, brynn {collis, sublii colline, éminence, hauteur), auxquels se rattache h son tour le substanti bryent, employé dans le sens de privilcgium, privilège, marque de puis: d'autorité au moyen âge. (J. C. Zeuss, Grammatic. celt. Leipzig, 1853.)

'. clientèle hiérarchique dans arce la plupart des peuplades

;ystènie de patronag lequel étaient entrées de gré de la Gaule Chevelue.

En réunissant aux troupes qu'ils levaient dans leurs propres États . 1« contingents qu'étaient tenues de leur fournir les nombreuses tribus qui relevaient d'eux, à titre de clientes ou de vassales, les Ar\'emes pouvaient mettre sur pied une armée de 180 ou de 200,000 hommes (1). Leurs rois qui, indépendamment de leurs revenus publics ou privés, levaient de lourds péages sur les mardiandises qui traversaientleursÉtatsouceuxde leurs feudataires, depuis le port de Corèilo (Coiîeron, à 13 kilomètres à l'Ouest de N'antes), sur la Loire, jusqu'à ceux du Rhône et de la mer intérieure, étalaient dans leur cortège un luxe dont les marchands grccsde Massalia et d'Emporije avaient été vivement frappés (3}. Le roi Loueïr, qui tenait table ouverte dans ses fermes de la Limagne et du Cantal, voyageait de l'une à l'autre, suivi par des piqufturs qui menaient en laisse ses chiens de guerreou de chasse, «était accueilli dans chaque village par une fouie bariolée à laquelle il jetait à poignées des pièces d'or et d'argent. Son fils, le

w Bituit. combattait sur un char plaqué d'argent, qui figura dans e Iriomphe de Domitius, avec le roi lui-même, revêtu de ses îsémaillées. précédé et suivi de monceaux d'armes de toute ire, d'objets précieux et de torques d'or et d'argent recueil-

B après le combat sur le champ de bataille (3) .

n défaites suffirent pour mettre fin à l'hégémonie que les

«Vîmes exerçaient depuis près d'un siècle dans le Centre et is le Sud de la Gaule, Le grand rôle politique qu'ils jouaient dans ^fonlédéraiion gauloise disparut toutàcoup. Ils furent définitive-

.„.TOTi (liv iiupiârriv iIxoqi, (Strah., 1. IV, c. n

,„ lâÂvtu xal Tpuç) iintYEÎlv. (Strab,, IV, rr, .

lit blm anupicMun m Iriumpho guam rei ip: ' 'Tgtnleeytu rarpenla, qualit pugaamirat. i,Flor "•fa IX torquibui Gallemm ingens Romain fie

l,lV,c

1 'fmt *i|ua|ii xal ipY^pou Siù^s i

ment refoulés sur les hauts plateaux qui forment la terrasse ce traie de la Celtique ; et les plus puissants de leurs alliés, les AU broges, qui dominaient entre le Rhône et les Alpes, etles Volkc par lesquels ils atteignaient Narbonne, TAude et la mer, fure distraits de la Gaule indépendante et Chevelue et incorporés dai les limites de la grande province que les Romains se hàtèrej d'organiser au lendemain même de la victoire.

C'est dans la vallée même du Rhône qu'eurent lieu les deu grandes rencontres entre les Romains et les Arvernes : la pre mière, à Vtndalium, Vtndalum ou Vtndelicus, ^.wcovAMtùi à la Sorgues [Sulgas^ ZouXyo^) avec le Rhône, soit à Port-Trailles soit à Bédarrides, dont le nom au moyen âge, Biturritœ, sembla rappeler les tours que les vainqueurs élevèrent sur les lieu: témoins de leur victoire (i) ; la seconde, à l'embouchure mêmcdi risère, Isara, dans la plaine, au Nord de Valence.

L'ordre de priorité des deux batailles n'est pas très netteiwi établi ; et il n'y a pas concordance entre les textes des géc^^raphe et des historiens classiques : Strabon, Florus, Tite-Live, Pat Orose et la célèbre inscription des Fastes Capitolins qui rappel le triomphe des deux consuls. Les dates manquent à la fois dai les textes et sur le monument lapidaire. Mais si cette questic de chronologie peut être un éternel sujet de discussions plus < moins intéressantes entre les érudits, tous les auteurs so d'accord sur les principaux épisodes et surtout sur l'issue d deux combats de Vindalium et de X Isara.

A Vindalium, les éléphants des Romains jetèrent Tépouvar au milieu des chevaux des Allobroges; 20,000 Gaulois restère sur la place, 3,000 furent enveloppés et pris. C'était déjà u perte sérieuse.

(i) Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus ipsis quibus dimicaverant U saxeas erexere turres... (Florus, X, 36.) Strab., IV, I, 1 1.

TiT.-Liv., Epitom., LXI.

Paul Orose, V, 13.

EuTROPK, IV, 22, al. 10.

Appien, Fragm. De re Gall., XII.

Valère Maxime, IX, VI, 3.

A Visara, le désastre fut complet; et la jactance de Bituit, le wtnn des Arvernes qui, à la tête de ses 200,000 hommes, couverts irmesétincelaDtes, narguait insoiemnient iapetite troupe romaine -30,000 hommes; à peine, disait-il,de quoi nourrir mes chiens, -reçut une cruelle punition. Il existait au confluent de l'Isère ;du Rhône un pont de bateaux qui permettait le passage de l'une l'autre rive du Rhône, Bîluit en fit construire un second pour l'assurer de mùlleures communications et la liberté de ses mouve- :nts. Mais, après une action vive et sanglante, le désordre se mit ns ses rangs; les deux ponts furent envahis à la fois. L'un wi surchargé se rompit; et les auteursclassiques n'évaluent pas inoins de 120,000 à 150,000, u une innombrable multitude n, le lâilllre des noyés, des tués et des captifs. L'un des consuls, Fabius, reçut le nom d'ii Aliobrogique u ; l'autre, Domitius, plus et désireux d'assurer les résultats de la double victoire, |ua immédiatement ses troupes à la réfection de la grande d'Italie en Espagne, la même qui avait conduit Hannibaldes PytÉnces au Rhône; et cette route a gardé son nom, via Domitia. Tousdeux, enfin, voulant éterniser le souvenir de leur victoire, ■Itsnt même que le Sénat leur décernât les honneurs solennels 'Ju triomphe (i), firent élever au confluent de la Sorgues et de

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