‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 100 sur 209 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

C’est dans cette partie de la vallée du Rhône qu’eurent lieu, cent vingt ans environ avant notre ère, les deux grandes rencontres entre les Romains et les Arvemes, qui constituaient alors le groupe le plus puissant de la fédération gauloise, et dont la domination s’étendait depuis les Pyrénées jusqu’aux Alpes : la première, à Vindalium % au confluent de la Sorgues, près de Bédarrides, dont le nom au moyen âge, Biturritæ , semble rappeler les deux tours que les vainqueurs élevèrent sur les lieux témoins de leur victoire (1); la seconde, à l’embouchure môme de l’Isère, Isara , dans la plaine, au Nord de Valence.

L’ordre de priorité des deux batailles n’est pas très nettement établi; et il n’y a pas concordance entre les textes des géographes et des historiens classiques.

A Vindalium , les éléphants des Romains jetèrent l’épouvante au milieu des chevaux des Allobroges; vingt mille Gaulois restèrent sur la place, trois mille furent enveloppés et pris. C’était déjà une perte sérieuse.

A 17sara, le désastre fut complet; et la jactance de Bituit, le brtnn des Arvemes qui, à la tête de scs 200,000 hommes, couverts d’armes étincelantes, narguait insolemment la petite troupe romaine — 30,000 hommes; à peine, disait-il, de quoi nourrir mes chiens, — reçut une cruelle punition. Il existait, au confluent de l’Isère et du Rhône, un pont de bateaux qui permettait le passage de l’une à l’autre rive du Rhône. Bituit en fit construire un second pour s’assurer de meilleures communications et la liberté de ses mouvements. Mais, après une action vive et sanglante, le désordre se mit dans ses rangs; les deux ponts furent envahis à la fois. L’un d’eux surchargé se rompit; et les auteurs classiques n’évaluent pas à moins de 120,000 à 150,000, le chiffre des noyés, des tués et des captifs. L’un des consuls, Fabius, reçut le nom d’ <c Allobrogique »; l’autre, Domitius, plus pratique et désireux d’assurer les résultats de la double victoire, appliqua immédiatement ses troupes à la réfection de la grande route

(t) Stbamk, iv;i,it; Trrmlnm , Fpiiom ., LXI: Paul Orose. V, 13; Eutropb, IV, 22, al. 10; Ameivr Fraym. De re Gall., XII; Vàl*re Maxime, IX, VI, 3.

DE LYON A AVIGNON

d’Italie en Espagne, la môme qui avait conduit Hannibal des Pyrénées au Rhône; et celle route a gardé son nom, via Domibia.

Quinze ans après (103-102 ans avant J.-C.), tout fut encore sur le point d’être bouleversé, anéanti. Une formidable nuée de barbares du Nord s’abattait sur l’Europe méridionale, sur l’Italie, sur la Gaule, chassée probablement par quelques-unes de ces inondations maritimes qui ont désolé à plusieurs reprises les terres basses du Nord de l’Europe.

Une véritable « nation errante », gens vaga , comme l’appelait Tite-Live, descendait vers le Midi, animée d’une soif ardente de pillage, ramassant dans sa course à travers tous les pays celtiques des volontaires, des frères d’armes, des aventuriers de toute provenance toujours bien accueillis, et formant une masse écrasante de plusieurs centaines de mille hommes. Ce fut la grande invasion cimbrique.

Cimbres, Teutons, Ambrons, Toygènes, Tigurins réunis ou séparés ont laissé chez tous les historiens de l’époque une profonde impression de terreur. Les mœurs de ces hordes désordonnées semblaient les rattacher à la Germanie supérieure. Leur nombre, leur férocité, leur audace, leur haute stature, leurs yeux bleus, leurs cheveux blonds; la multitude de leurs chariots couverts de cuir, remplis de richesses, fruits de leurs pillages, et portant leurs familles, leurs femmes à demi nues, drapées de quelques voiles noirs, les cheveux épars, presque toutes adonnées à la vaticination, qui les accompagnaient à la guerre et qui, avec leurô enfants, assistaient à l’action et, véritables furies vengeresses, ne craignaient pas de les immoler de leurs propres mains et de se sacrifier, elles aussi, pour échapper à la honte de la servitude, tout contribuait à faire de cette irruption désordonnée du Nord sur le Midi un sujet légitime d’épouvante (1). La Gaule entière se courba devant ce flot comme sous le vent d’une avanlanche. Dans la plaine même dVirausio, Orange, les

(1) Cf. Plutarque, Marins , II, 3 ot 11, ut Strabon, VII, xzv, xxvi, xxvii.

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