CHAPITRE SEPTIÈME
consuls Cn. Manlius Maximus et Quintus Servilius Cœpio essayèrent en vain de s’opposer à la poussée des barbares; mais, si l’on en croit Paul Orose, qui écrivait d’après Tite-Live (1), les armées romaines furent presque anéanties; et il se lit, sur les bords du Rhône, un si grand massacre de légionnaires que leur perte se serait élevée à quatre-vingt mille, en comptant les alliés, et que celle des goujals et valets de camp, calones et lixæ , n’aurait pas été moindre de quarante mille, sans parler de la mort des deux fils du consul Manlius Maximus. Quelque exagérés que puissent paraître ces chiffres, ils donnent cependant une idée du désastre et de la panique qui dut s’ensuivre. La digue qui s’opposait aux barbares était rompue. Tout le pays compris entre le Rhône et les Pyrénées fut alors ravagé, et l’invasion germanique pénétra môme jusqu’en Espagne.
Fort heureusement, le consul Caïus Marius venait d’être envoyé dans la province pour fermer aux barbares l’entrée de l’Italie. On sait le prodigieux succès de cette campagne, l’une des mieux conduites et des plus heureuses qu’un général romain ait entreprises. Un seul combat, livré sur les bords de l’Arc, près d’Aix, en Provence, anéantit les timbres et les Ambrons. La Province était complètement sauvée. Rome put dès lors continuer avec méthode son grand travail de colonisation de la Gaule Chevelue; et, malgré des alternatives de paix et de guerre, de révoltes et de soumissions, elle s’infiltra tous les jours de plus en plus dans la vieille Celtique. La plupart des peuplades qui la composaient reconnaissaient d’ailleurs sa loi, étaient ses alliées et la considéraient presque comme une libératrice; et ce que l’on a appelé si souvent la conquête de la Gaule par César a été surtout la protection de la Gaule contre l’invasion germanique, protection qui a eu pour conséquence naturelle d’englober la vieille Celtique dans le monde romain. La grande guerre contre Ariovisle était commandée touf autant, peut-être plus, dans l’intérêt de la Gaule que dans celui de Rome. La patrie gauloise
(1) pmt Om te, V» 40.
DE LYON A AVIGNON
avait déjà depuis longtemps disparu. Une nouvelle patrie se formait, c’était Rome. La conquête commencée par les armes s’achevait par les institutions; et le règne d’Auguste consacra, à l’origine de notre ère, l’assimilation complète de la Gaule indépendante à l’empire pacificateur et bienfaisant.
La vallée du Rhône ressentit bientôt les heureux effets de la conquête. Les villes situées sur les bords du fleuve devinrent presque à vue d’œil de petites réductions de Rome. Au Nord, Lyon et Vienne étaient les centres de rayonnement de plusieurs routes qui traversaient toute la Gaule dans sa plus grande étendue et se dirigeaient à la fois vers la Germanie et la vallée du Rhin, vers le rivage de l’Océan, vers les Alpes, à travers les Cévennes sur l’Aquitaine, le long du Rhône jusqu’à Arles et Marseille, et de ces deux villes enfin, en suivant la côte de la grande mer intérieure, sur l’Espagne et sur l’Italie. La plus im portante de ces routes magistrales, presque toutes améliorées et restaurées par Agrippa, gendre et favori d’Auguste, était, sans contredit, celle de la vallée même du Rhône qui se soudait à Arles à la voie Domitienne, et aboutissait d’un côté à l’Espagne, de l’autre au rivage massaliote.
Les débris romains de toute nature — motifs d’architecture, monuments épigraphiques, colonnes milliaires, substructions d’édifices, tronçons de canalisation, fragments de statues, mosaïques, vases, fibules, armes, camées, monnaies — abondent dans toute la vallée; et un grand nombre de localités riveraines pourraient presque fournir les éléments d’un musée local, si ces débris étaient dégagés des constructions parasites qui les recouvrent, préservés contre les injures du temps, défendus contre les attaques des hommes, recueillis et classés avec intelligence et méthode. Mais tout a été dispersé, et la plupart des grands mq-