‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 103 sur 209 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

marbre, célèbre aujourd'hui, et d’autant plus précieuse qu’on n’en connaît qu’un autre exemplaire découvert en 1894 dans les fouilles de Délos. La statue représente un jeune athlète de vingt cinq ans environ, debout, complètement nu, les bras élevés en croix et les mains infléchies sur la tête pour attacher sur son front la bandelette, signe de la victoire. Ce marbre est connu dans le monde des arts sous le nom du « beau Diadumène de Vaison »; et il est impossible, en effet, de voir un corps mieux proportionné, presque plus parfait. La souplesse des membres et l’élasticité des mouvements, compagnes nécessaires de la vigueur et de la beauté chez un homme jeune, rompu à tous les exercices de la palestre et arrivé au maximum de l’agilité aussi bien que de la force, l’harmonieuse cadence et la grâce exquise de ce corps svelte, élégant, quoique un peu robuste, dont le poids porte en entier sur une seule jambe, dans l’attitude d’un commencement de marche, ont été exprimées par le statuaire avec une science accomplie et un rare bonheur. C’est un morceau d’art très raffiné, réplique d’une célèbre statue de Polyclète; et on ne saurait trop regretter de l’avoir laissé acquérir par îe British Muséum de Londres.

Il faut enfin mentionner deux remarquables bas-reliefs de mausolées de très grande dimension qui ornent aujourd’hui la salle des Antiques du musée Calvet à Avignon. Ces bas-reliefs représentent un sacrifice, une course de chars, des bacchanales, quelques-uns des travaux d’Hcrcule et la voilure de cérémonie, cai'pentum , du corps municipal de la cité vocontienne traînée par des chevaux, et portant un fonctionnaire d'un rang élevé, accompagné d’un licteur public, — fort belles compositions d’ensemble, mais d’une exécution peut-être un peu molle et qui dénote une époque de décadence.

DE LYON A AVIGNON

L’ancienne capitale des Cavarcs, Arausio , Orange, est au contraire une des villes de l’ancien empire romain qui ont conservé de leur splendeur passée des monuments incomparables. D’abord simple castrum établi sur la hauteur, Arausio dut son nom celtique à un petit filet d’eau, YAraus, qui vient se jeter au pied de la colline dans la Meyne, modeste affluent du Rhône. Lorsque César s'en empara, Arausio était déjà une des places les plus fortes de la tribu cavare. L’occupation romaine en lit bientôt une ville de première importance. La colonie fut fondée, vers l’an 46 ou 15 avant notre ère, par Tiberius Claudius Nero, père de l’empereur Tibère, avec les vétérans de la septième légion organisée par les triumvirs, et son nom officiel était Colonia Firma Julia Arausio Secundanorum.

L’enceinte romaine a été presque entièrement détruite, et on n’en retrouve plus que des substructions dans un grand nombre do caves appartenant à des maisons des faubourgs de la ville. L’aqueduc antique, qui conduisait les eaux de la fontaine du Groseau, située à une lieue environ de Malaucène, presque à la base Nord-Ouest du mont Ventoux, avait près de 30 kilomètres de développement. Quelques traces à peine en sont encore apparentes à travers champs dans la banlieue d’Orange et de Vaison; mais elles disparaissent tous les jours; et le sol incessamment remanié par la culture les aura bientôt partout effacées.

Les ruines du cirque ou de l’hippodrome, de l’amphithéâtre et des principaux monuments, temples, forums, basiliques, thermes, etc., qui certainement existaient à Orange comme dans toutes les colonies importantes, ont à peu près disparu. L’an cicnne capitale des Cavares est aussi assez pauvre en monuments épigraphiques.

Il existe en revanche une grande quantité de mosaïques mais de médiocre qualité; et il est peu de caves de maisons où l’on

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